Écriture automatique

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Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec l'écriture spontanée

L’écriture automatique est un mode d'écriture dans lequel n'interviennent ni la conscience ni la volonté[1].

Ce processus a au moins quatre champs d'application différents : littérature, psychologie, peinture, parapsychologie.

En tant que phénomène spirite, l'écriture automatique est appelée psychographie.

Origines[modifier | modifier le code]

L'écriture automatique était une pratique spirite déjà rapportée par Hippolyte Taine dans la préface de la troisième édition de son ouvrage De l'intelligence paru en 1878 : « Il y a une personne qui, en causant, en chantant, écrit sans regarder son papier des phrases suivies et même des pages entières, sans avoir conscience de ce qu'elle écrit. À mes yeux, sa sincérité est parfaite ; or, elle déclare qu'au bout de sa page, elle n'a aucune idée de ce qu'elle a tracé sur le papier. Quand elle le lit, elle en est étonnée, parfois alarmée... Certainement on constate ici un dédoublement du moi, la présence simultanée de deux séries d'idées parallèles et indépendantes, de deux centres d'actions, ou, si l'on veut, de deux personnes morales juxtaposées dans le même cerveau ; chacune a une œuvre, et une œuvre différente, l'une sur la scène et l'autre dans la coulisse. ».

Littérature[modifier | modifier le code]

Surréalisme[modifier | modifier le code]

L’écriture automatique a été utilisée par les surréalistes comme un mode de création littéraire, permettant de s'émanciper de l'étroitesse de la pensée régie par la raison. Ce point est caractéristique du mouvement surréaliste. C’est au terme d’une quête sur la nature de l’inspiration poétique qu’André Breton formalisa cette technique appliquée à la création littéraire. Elle consiste à écrire le plus rapidement possible, sans contrôle de la raison, sans préoccupations esthétique ou morale, voire sans aucun souci de cohérence grammaticale ou de respect du vocabulaire. L’état nécessaire à la bonne réalisation est un état de lâcher-prise, entre le sommeil et le réveil (proche d’un état hypnotique).

Le premier ouvrage écrit avec cette méthode a été Les Champs magnétiques d’André Breton et Philippe Soupault, publié en 1919. Il fut le point de départ du mouvement surréaliste. L'une des premières présentations d'écriture automatique est S'il vous plaît, des mêmes, le 27 mars 1920, dans un spectacle donné par les futurs surréalistes en réaction contre Dada, dans la salle Berlioz de la Maison de l'Œuvre[2].

L'invention du « cadavre exquis » par les surréalistes s'inscrit dans la même lignée d'une création littéraire libérée des entraves de la raison.

Définition de l'écriture automatique par André Breton dans le premier Manifeste du surréalisme (1924) : « Placez-vous dans l'état le plus passif ou réceptif que vous pourrez... écrivez-vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire ».

L’écriture automatique occupa une place fondamentale dans le surréalisme, mais il ne s’y réduit pas. Faisant le bilan des activités surréalistes en 1933, Breton regrettait que cette découverte n’ait pas été mieux exploitée en ces termes : « l’histoire de l’écriture automatique dans le surréalisme est celle d’une infortune continue ».

L’écriture automatique trouve un équivalent graphique dans la technique dite du frottage, inventée par Max Ernst en 1925 : elle consiste à laisser courir une mine de crayon à papier sur une feuille posée sur une surface quelconque (parquet ou autre texture), ce qui fait apparaître des figures plus ou moins imaginaires.

Livres écrits en partie avec cette technique[modifier | modifier le code]

Le romancier Bernard Werber a déclaré avoir produit quelques chapitres de son livre Les Thanatonautes, écrit en 1994, par écriture automatique : « Certains passages ont été écrits en écriture automatique. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas d'intention d'intégrer le récit à une intrigue, mes doigts couraient tout seul sur le clavier et je relisais après pour découvrir ce que j'avais écrit »[3]

Manuels d'apprentissage notables[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

Poul Klee, Veste rouge (1938), collection de l'état fédéral de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, basée à Dusseldorf.

Sur Cy Twombly (peintre, dessinateur, sculpteur et photographe américain), Pierre Restany, critique d'art contemporain, écrit : « Son graphisme, est poésie, reportage, geste furtif, défoulement sexuel, écriture automatique, affirmation de soi, et refus aussi… il n’y a ni syntaxe ni logique, mais un frémissement de l’être, un murmure qui va jusqu’au fond des choses. »

Les Hill Korwa, de l'Inde profonde de Chhattisgarh, sont appris dans les villages, que respect et pouvoir est lié à l’habilité à écrire. Pour les Hill Korwa, l’écriture n’est pas un outil pour communiquer, mais une pure magie qui donne pouvoir[4].
Voici ce qu’en dit Jagdish Swaminathan dans son catalogue pour l’exposition « The Magical Script »[5] du Bharat Bhavan (Bhopal, MP) en 1985 : « la première chose que l’on voit dans ces dessins, c’est leur caractère calligraphique, comme si ce n’était pas un dessin mais une écriture. Mais les Hill Korwa n’ont pas de documents écrits ; ils sont illettrés […] Quand on regarde ces dessins on pense tout de suite aux œuvres de Paul Klee ».

Mark Tobey (peintre américain) peint en Angleterre, en novembre ou décembre 1935, plusieurs toiles (« Broadway », « Welcome Hero », « Broadway Norm ») dans une « écriture blanche » (« White writing ») qui sera la caractéristique essentielle de son œuvre et qui, selon les critiques, aura une influence décisive sur l'itinéraire de Jackson Pollock.

Psychologie[modifier | modifier le code]

Le procédé d'écriture automatique occupe une place importante dans les premières recherches de Pierre Janet. Dans son ouvrage L'Automatisme psychologique[6], il expose une méthode d'exploration qu'il utilisera fréquemment avec ses patientes pour comprendre au-delà des actes manifestés de façon subsconsciente, les images et les sensations que ceux-ci renferment : « Allons plus loin, si nous ne voulons pas la faire parler sans qu'elle le sache, nous pouvons du moins la faire écrire ; je lui mets un crayon dans la main droite et la main serre le crayon, comme nous le savons ; mais, au lieu de diriger la main et de lui faire tracer une lettre qu'elle répétera indéfiniment, je pose une question : " Quel âge avez vous ? Dans quelle ville sommes-nous ici ?... etc. ", et voici la main qui s'agite et écrit la réponse sur le papier, sans que, pendant ce temps, Léonie se soit arrêtée de parler d'autres choses. Je lui ai fait faire ainsi des opérations arithmétiques par écrit, qui furent assez correctes ; je lui ai fait écrire des réponses assez longues qui manifestaient évidemment une intelligence assez développée. »

Par l'écriture automatique, Janet parvient à mettre en évidence l'existence de sensations et de perceptions traitées seulement au niveau subconscient. Ainsi chez des sujets hystériques souffrant d'anesthésie, une sensation de pincement du bras par exemple, est ressentie au niveau subconscient alors même que le sujet conscient poursuit sa conversation avec d'autres personnes sans aucune réaction semblant ainsi ne rien percevoir. Pour Janet l'écriture automatique, ainsi que d'autres procédés utilisés par les spirites, relève d'un processus de désagrégation psychologique.

Parapsychologie[modifier | modifier le code]

Les parapsychologues envisagent avec cette technique l’intervention du paranormal comme effet de la dissociation psychique du sujet introduit dans une nouvelle dimension. Certains auteurs prétendent pouvoir écrire en se reliant aux annales akashiques.

Spiritisme[modifier | modifier le code]

Les spirites considèrent que l’écriture automatique représente un moyen de communication avec des esprits désincarnés. Ils appellent cette méthode « psychographie »[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 2008, p. 85
  2. Roselee Goldberg, La Performance, du futurisme à nos jours, Thomas & Hudson / L'univers de l'art (ISBN 978-2-87811-380-8), chap 4 le surréalisme / de Dada au surréalisme
  3. Déclaration sur le site officiel de Bernard Weber : lien vers le site
  4. « Korwa : des ″écritures magiques″ » publié en 1996 par « Galerie du Jour Agnès B.». Auteur : Franck André Jamme. ISBN 978-2-906496-22-4.
  5. « The Magical Script », publié en mars 1983 par J. Swaminathan pour « Roopankar, Museum of Fine Arts, Bharat Bhawan, Bhopal, India ». Auteur : J. Swaminathan. Producteur : Akhilesh Varma.
  6. Pierre Janet, L’automatisme psychologique, deuxième partie, chapitre 1 1889. [lire en ligne];
  7. Allan Kardec, Le livre des médiums, chapitre XIII.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]