Nelly Roussel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Roussel.

Nelly Roussel, née le 5 janvier 1878 et morte le 18 décembre 1922, est une libre penseuse, franc-maçonne, féministe, antinataliste, néomalthusienne et publiciste libertaire française. En 1902, elle est la première femme à se déclarer en faveur de la contraception. Avec Madeleine Pelletier, elle souligne l'importance de l'éducation sexuelle des filles.

Biographique[modifier | modifier le code]

Nelly Roussel en 1896.
Nelly Roussel en 1911.

Nelly Roussel est une militante antinataliste[1],[2]. Comme Madeleine Pelletier, elle est l'une des premières femmes en Europe à revendiquer publiquement le droit des femmes à disposer de leurs corps et à prôner une politique de contrôle des naissances. En 1902, elle est la première à se déclarer en faveur de la contraception, ce qui déclenche d’abord une grande hostilité chez les féministes[3]. Avec Madeleine Pelletier, elle souligne l'importance de l'éducation sexuelle des filles[4]. Pour elles, un objectif prime : dissocier la maternité de la sexualité. Il ne s’agit pas de promouvoir l’amour libre, comme veulent bien croire leurs opposants (y compris féministes), mais de revendiquer le droit des femmes qui vivent en couple, mariées ou non, au plaisir et à l’expression de leur sexualité sans maternité non-souhaitée. La femme doit pouvoir choisir d’être mère[5]en autorisant le recours aux contraceptifs et à l'avortement. Elle adhère au mouvement néo-malthusianiste de Paul Robin qui soutient que le contrôle des naissances, la « prudence parentale », est un moyen d'émancipation des classes sociales les plus pauvres[réf. souhaitée].

Elle lutte pour modifier l'image traditionnelle de la femme. C'est ainsi que l'action, la vie et la pensée de Nelly Roussel s’insurgent contre ce modèle, développant au contraire celui de la « nouvelle femme  », bien représenté aux États-Unis. Au travers d'une femme sportive, active, investie dans une profession valorisante. Elle oppose à « l’éternel féminin » ce qu’elle nomme « l’éternelle sacrifiée » (c’est le titre de l’un de ses livres) . La femme, écrit-elle : « est en effet sacrifiée non seulement par Dieu et par la Nature mais aussi par la société républicaine elle-même. »[6]


Elle est initiée en franc-maçonnerie à la Grande Loge symbolique écossaise. Proche du noyau fondateur de l'Ordre maçonnique mixte international « le Droit humain »[7], elle est affiliée à la loge n°4[8]

Elle épousa le sculpteur Henri Godet, dont elle eut trois enfants. Elle décède de la tuberculose en 1922.

Citation[modifier | modifier le code]

En 1904, elle écrit dans Le Libertaire : « Nul n’est plus que moi – vous le savez peut-être – partisan de l’union libre. Mais « union libre » n’est pas malheureusement synonyme de « union illégale ». L’union véritablement libre – basée uniquement sur l’amour et n’ayant point d’autre raison d’être que lui, – l’union idéale que nous rêvons et que nous travaillons de toutes nos forces à rendre un jour réalisable, cette union-là n’existe pas, ne peut pas exister actuellement pour la femme, – ou tout au moins pour la plupart des femmes. Car, vous le savez aussi bien que moi, il n’est guère de métier où elle ne puisse, même par le travail le plus acharné, subvenir complètement à ses besoins et à ceux de ses enfants. Et ce qui fait son esclavage, ce sont moins peut être les chaînes légales, l’injurieux article du Code lui prescrivant l’obéissance, que la nécessité où elle se trouve, neuf fois sur dix, de recourir à un homme qui l’aide à vivre et qui souvent abuse de sa situation pour l’humilier et l’asservir. Mariage régulier, union illégitime, ou « galanterie »... au fond, c’est toujours la même chose pour la femme, toujours la même situation, aussi périlleuse qu’humiliante : livrer son corps à l’homme en échange du pain quotidien. Si l’amour se glisse au foyer, c’est par hasard et par exception. Eh bien, c’est cela que nous ne voulons plus ! »[9]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Quelques lances rompues par nos libertés, Paris, Giard et Brière, 1910, (OCLC 864483092).
  • Paroles de combat et d'espoir (discours choisis), préf. Madeleine Vernet, éditions de l’Avenir social, 1919, (OCLC 61392146).
  • Trois conférences de Nelly Roussel, Paris, Marcel Giard, 1930, (OCLC 222947805).
  • Derniers combats : recueil d'articles et de discours (1911-1922), préf. Han Ryner, Paris, L'Émancipatrice, 1932, (OCLC 459988678).
  • Centenaire Nelly Roussel : 1878-1922, à l'avant-garde des combats actuels, féminisme, libre pensée, droit au travail…, Paris, Bibliothèque féministe Marguerite Durand, 1978, (OCLC 461654575)[10].
  • L'Éternelle sacrifiée (conférence du 28 janvier 1906 à l’université populaire de Lille), éd. préf. et notes par Maïté Albistur, Daniel Armogathe, Paris, Syros, Coll. Mémoire des femmes, 1979, (OCLC 5613557).
  • Féminisme, Le Libertaire, 13 février 1904, texte intégral.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jeffrey Tyssens, Le monument Ferrer ou l’histoire d’une statue mal aimée in Francisco Ferrer, cent ans après son exécution. Les avatars d'une image, Actes du colloque organisé en octobre 2009 par le Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité et le Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches de l'Université libre de Bruxelles, La Pensée et les Hommes, 2011, note 32.
  2. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.
  3. CIDEM, Les dates-clefs de l'égalité entre les hommes et les femmes, Centre d'information civique, ars 2005, lire en ligne.
  4. Yvonne Knibiehler, L'éducation sexuelle des filles au XXe siècle, Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, 4|1996, lire en ligne, DOI:10.4000/clio.436.
  5. Anne Epstein, Anne Cova, Féminismes et néo-malthusianismes sous la IIIe République : « La liberté de la maternité », Clio, 2|2012, lire en ligne.
  6. Nicole Edelman, « Elinor Accampo, Blessed Motherhood, Bitter Fruit. Nelly Roussel and the Politics of Female Pain in Third Republic France, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2006, 312 p. ISBN 978-0-8018-8404-7. 50 dollars. », in Revue d'histoire du XIXe siècle, no 35, 2007. p. 161-208 Voir art. mis en ligne le 6 novembre 2008.
  7. Dominique Ségalen, Marie Béquet de Vienne : une vie pour l'enfance, Les Presses maçonniques - Conform, 2013, lire en ligne.
  8. Francis Ronsin, La grève des ventres – Propagande néo-malthusienne et baisse de la natalité en France, 19°-20° siècles, Paris, Aubier Montaigne,‎ , 255 p. (ISBN 2-7007-0177-1), page 154.
  9. Nelly Roussel, « Féminisme », Le Libertaire, 13 février 1904, texte intégral.
  10. Publié à l'occasion de l'exposition Centenaire Nelly Roussel, Bibliothèque féministe Marguerite Durand, Paris, 5 janvier-4 mars 1978. Recueil de textes de Nelly Roussel, extraits de diverses revues et publications, 1908-1919. Notice Sudoc.

Annexes[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

Les archives de Nelly Roussel se trouvent à la bibliothèque Marguerite Durand, 79 rue Nationale, 75013 Paris.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Maignien et Salwan Magda, Deux féministes, Nelly Roussel, Madeleine Pelletier, bibliothèque Marguerite-Durand, 1975.
  • Le Grief des femmes. Anthologie de textes féministes du Second Empire à nos jours, textes présentés par Maïté Albistur et Daniel Armogathe, Paris, Hier et demain, 1978, 320 p.
  • The new biography. Performing femininity in nineteenth-century France, vol. 38 Studies on the history of society and culture, edited by Jo Burr Margadant, University of California Press, 2000.
  • Elinor Accampo,
  1. Industrialization, Family and Class Relations : Saint Chamond, 1815-1914, Berkeley et Los Angeles, University of California Press, 1989.
  2. Blessed Motherhood, Bitter Fruit. Nelly Roussel and the Politics of Female Pain in Third Republic France, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2006, 312 p. (ISBN 978-0-8018-8404-7).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]