Marguerite Durand (féministe)

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Marguerite Durand

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Marguerite Durand en 1910.

Nom de naissance Marguerite Durand
Naissance 24 janvier 1864
France
Décès 16 mars 1936 (à 72 ans)
France
Nationalité Drapeau de la France France
Profession journaliste et féministe

Marguerite Durand (Marguerite Charlotte Durand), née à Paris dans le 8e arrondissement le 24 janvier 1864[1] et décédée le 16 mars 1936, est une journaliste et féministe française, fondatrice du journal La Fronde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille naturelle d'Anna-Caroline Durand, Marguerite Durand est élevée au Couvent des Dames Trinitaires, rue Henner, dans le 9e arrondissement de Paris. En 1879, âgée de 15 ans, elle entre au Conservatoire, où elle obtient un premier prix de comédie en 1880. Le 1er septembre 1881, elle entre à la Comédie-Française où elle se spécialise dans des rôles d’ingénue amoureuse. En 1888, elle quitte la scène et épouse Georges Laguerre, avocat [2]et député boulangiste [3]. Grâce à lui, elle fréquente les milieux politiques et journalistiques de l’époque et s’initie au journalisme en publiant ses premiers articles dans La Presse, journal que dirigeait Laguerre. Le journalisme devient la nouvelle passion de Marguerite.

Après le suicide du général Boulanger le 30 septembre 1891, elle se détourne du boulangisme, se sépare de Georges Laguerre, dont elle divorcera le 9 mai 1895, et entre au Figaro où elle crée la rubrique "Courrier" [4].

Son combat féministe[modifier | modifier le code]

En avril 1896, le journal l’envoie au Congrès féministe international qui se tient à l’hôtel des Sociétés savantes à Paris. Elle refuse d'écrire l'article [5]demandé sur le congrès, comme elle le raconte à Thilda Harlor en 1935 : "Le Figaro en 1896 m'avait chargée d'écrire un article sur le congrès féministe que des obstructions malveillantes, des quolibets et des chahuts d'étudiants signalaient bruyamment à l'attention publique. Je me rendis donc aux Société savantes où se tenait le congrès et je fus frappée par la logique du discours, le bien-fondé des revendications et la maîtrise, qui savait dominer l'orage et diriger les débats, de la présidente Maria Pognon. Je refusai d'écrire l'article de critique pour Le Figaro[6]. Mais l'idée m'était venue d'offrir aux femmes une arme de combat, un journal qui devait prouver leurs capacités en traitant non seulement de ce qui les intéressait directement, mais des questions les plus générales et leur offrir la profession de journaliste actif." [7]. Ce congrès va bouleverser sa vie car elle décide dorénavant de se consacrer à la défense des droits des femmes [8].

L’année suivante, elle fonde La Fronde, situé 14 rue Saint-Georges ; le premier numéro paraît le 9 décembre 1897. De la direction à la rédaction en passant par la typographie, c’est un journal exclusivement élaboré par des femmes. Les articles parlent non seulement des femmes mais aussi de tout sujet lié à l’actualité : politique, littérature, sport, finance, etc. Pour couvrir certains événements, les journalistes doivent parfois d’ailleurs obtenir des autorisations spéciales ; en effet, certains lieux tels que L’Assemblée ou la Bourse de Paris sont à cette époque interdits aux femmes.

Ce journal, surnommé "Le Temps en jupon" et qui, selon les mots de Durand, était "comme les autres journaux... pas plus amusant", favorisait les méthodes du reportage (observation et témoignage directs de l’événement). Ce fut un quotidien jusqu’en 1903, puis un mensuel jusqu’en 1905. De nombreuses plumes y ont collaboré telles que Séverine, Marcelle Tinayre, Lucie Delarue-Mardrus et Clémence Royer.

Outre La Fronde, Marguerite Durand participe à la création en 1903 d'un quotidien anticlérical et socialiste, L'Action, avec Henry Bérenger, journaliste à La dépêche de Toulouse et Victor Charbonnel, prêtre défroqué, directeur de l'hebdomadaire anticlérical La Raison. Cette expérience ne dure pas au-delà de 1905, car Marguerite ne peut s'entendre avec les autres dirigeants. La Fronde en a été le supplément mensuel d'octobre 1903 à mars 1905).

Elle profite de l'année 1904, centenaire du Code civil, pour dénoncer l'œuvre napoléonienne. Le numéro de La Fronde du 1er novembre 1904 rapporte ainsi ses propos « Il n'est pas une femme qui ne doive maudire le Code, il n'est pas une femme, riche ou pauvre, grande dame ou travailleuse, qui, dans sa misère ou dans ses biens, dans sa personne, dans ses enfants, dans son travail ou son désœuvrement, n'ait eu ou n'aura à souffrir grâce au Code. » [9]

En 1907, elle organise un congrès du travail féminin et tente de fonder l'Office du travail féminin [10] avec l'aide de son ami René Viviani, devenu ministre du Travail dans le gouvernement Clemenceau en octobre 1906. Mais faute de crédits suffisants, et du fait de la farouche opposition du syndicat CGT, cet office ne pourra remplir son rôle.

En 1909, elle participe à la création d'un nouveau journal, Les Nouvelles. Elle s'investit surtout dans la campagne pour le vote des femmes et défend surtout le droit d'élire et d'être élues. Elle lance l'idée d'organiser des candidatures féminines aux élections législatives du 24 avril 1910 et se présente dans le IXe arrondissement de Paris, mais sa candidature est rejetée par le préfet de la Seine.

En 1914, La Fronde reparaît pour quelques numéros, entre le 17 août et le 3 septembre. Même si elle considère que féminisme et pacifisme sont étroitement liés, Marguerite Durand incite les femmes à participer à l'effort de guerre, exprimant son espoir que les responsabilités assumées par les femmes en l'absence des hommes appelés au front, leur permettront de bénéficier de droits nouveaux. Sa déception est au rendez-vous de l'armistice. Déception aussi en ce qui concerne la reconnaissance du droit pour les femmes de choisir librement le temps de leur maternité : avortement et propagande anticonceptionnelle sont interdits par la loi du 31 juillet 1920.

De mai 1926 à juillet 1928, elle tente de relancer La Fronde qui n'est plus le projet exclusif des femmes (la rédaction est mixte), mais le porte-voix du Parti républicain socialiste auquel elle a adhéré. Elle tente de nouveau une entrée en politique en se présentant aux élections municipales de 1927 avec le parti républicain-socialiste [11].

En 1931, elle lègue à la Ville de Paris toute la documentation qu’elle possède sur l’histoire des femmes, créant ainsi le premier "Office de documentation féministe" français, qu'elle dirige bénévolement jusqu’à sa mort en 1936. Située dans un premier temps dans la mairie du 5e arrondissement, la bibliothèque Marguerite Durand est depuis 1989 située dans le 13e arrondissement.

Marguerite Durand a aussi cofondé le cimetière animalier d’Asnières en 1899 avec Georges Harmois.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de l’état civil de Paris en ligne, 8e arrondissement, acte de naissance n° 110, année 1864.
  2. Inscrit au barreau de Paris depuis 1879, il est l'avocat de prévenus socialistes, anarchistes, ouvriers, y compris Louise Michel en 1883.
  3. Il est encore élu du Vaucluse, rattaché au groupe de la Gauche radicale. Élu la première fois en 1883, il est le cadet des députés.
  4. Debré et Bochenek 2013, p. 203-204
  5. Pour Marguerite Durand, plus modérée qu'extrémiste sur les questions soulevées par le congrès, et qui - à cette époque de sa vie -, croit plus en la liberté qu'elle n'est militante féministe, il eût été facile de caricaturer ces débats. Elle aurait pu aisément profiter de certaines propositions ou déclarations pour ridiculiser ces femmes, montrer qu'elles voulaient simplement prendre la place des hommes. Cela aurait sûrement plu aux lecteurs du Figaro. Si elle a perçu les bases parfois divergentes des opinions des congressistes féministes, elle est impressionnée par la pertinence de certaines revendications et n'écrit pas l'article critique commandé par Le Figaro.
  6. Les articles furent écrits par André Maurel disponible sur Gallica
  7. Jean Rabaut, Marguerite Durand (1864-1936): La Fronde féministe ou Le Temps en jupons, L'Harmattan, 1996, p. 135
  8. Debré et Bochenek 2013, p. 205-206
  9. Debré et Bochenek 2013, p. 206-208
  10. ...dont le but est de « transmettre aux législateurs les justes revendications des travailleuses qui, n'étant pas électeurs (...), ne peuvent être consultées quand leurs intérêts sont en jeu. »
  11. Debré et Bochenek 2013, p. 208-210

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Dizier-Metz, La bibliothèque Marguerite Durand : histoire d'une femme, mémoire des femmes, Agence culturelle de Paris, 1992
  • Jean Rabaut, Marguerite Durand (1864-1936), La Fronde féministe ou Le Temps en jupons , L'Harmattan, 1996
  • Elisabeth Coquart, La frondeuse : Marguerite Durand, patronne de presse et féministe, Payot, 2010
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard,‎ 2013, 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2), p. 189-211