Antoine-Ignace Anthoine

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Antoine-Ignace Anthoine,
baron de Saint-Joseph
Anthoine père par Frédéric Christophe d'Houdetot (1778–1859)
Anthoine père par Frédéric Christophe d'Houdetot (1778–1859)
Fonctions
Maire de Marseille
18051813
(Drapeau de l'Empire français Empire français)
Prédécesseur Dominique Sarmet (maire du nord)
Antoine Mossy (maire du centre)
François Omer Granet (maire du midi)
Successeur Jean-Baptiste-Jacques-Guy-Thérèse de Montgrand
Député des Bouches-du-Rhône à la Chambre des représentants
15 mai 181513 juillet 1815
Élection 15 mai 1815
Législature Drapeau français Empire français (Cent-Jours)
Biographie
Nom de naissance Antoine-Ignace Anthoine
Date de naissance 21 septembre 1749
Lieu de naissance Embrun
Date de décès 22 juillet 1826
Lieu de décès Marseille
Nationalité Drapeau de la France France

Antoine-Ignace Anthoine
Liste des maires de Marseille
Liste des députés des Bouches-du-Rhône

Antoine Ignace Anthoine né à Embrun le 21 septembre 1749, décédé à Marseille le 22 juillet 1826, négociant, maire de Marseille (1805-1813), créé baron de Saint-Joseph en 1808.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le négociant[modifier | modifier le code]

Fils d’André Anthoine (1720-1783) avocat au parlement, lieutenant général de la police d’Embrun, et de Marie-Madeleine Rous la Mazelière (1728-1798), Antoine Ignace d’Anthoine était l’aîné de sept enfants : il avait 4 frères et 2 sœurs. Bien qu'issu d'une famille de magistrats, autodidacte, il s'adonna au commerce. Il commença sa carrière à 18 ans comme simple régisseur de la maison de commerce Seimandi, après avoir été peut-être employé chez Alexis-Joseph Rostand[1].

Il se vit confier, grâce à l'appui d'un négociant de Marseille la direction d'une importante maison de Constantinople où il partit dès l’âge de 22 ans, et y réalisa des bénéfices considérables. En même temps, il se préoccupait activement d'une union commerciale entre l'Empire de Russie, la Pologne et le Royaume de France, projet qui nous ouvrait un nouveau débouché par la mer Noire et le Bosphore.

Par le traité de Kutchuk-Kaïnardji (Bulgarie actuelle) qui mettait fin à la première guerre russo-turque (1768-1774) la Russie de Catherine II obtenait Azov, Kertch, les districts de Kouban ainsi que la liberté du commerce et de la navigation sur la mer noire. Catherine II décidait en 1778 de créer sur le Dniepr le port de Kherson. Anthoine de Saint-Joseph reçut du cabinet de Versailles la mission officielle de visiter la Russie pour travailler à la réalisation de ses plans ; après les avoir fait adopter par le prince Potemkine et par Catherine II, il obtint l'autorisation de fonder à Kherson un établissement qui réussit à souhait. L'expérience tentée par Anthoine eut les plus heureux résultats ; c'est depuis lors, et grâce à lui, que les blés de la Crimée ont pu devenir dans les temps de disette une ressource inappréciable.

Ainsi que le souligne Saint-Priest ambassadeur auprès de la Sublime Porte, « Anthoine a pressenti que cette navigation sur la Mer Noire doit faire une révolution dans le commerce de l’Europe aux dépens de celui de la mer baltique »[2]. Anthoine estime que les denrées de Russie et de Pologne suivront de préférence le cours du Dniepr qui débouche dans une mer sans glace. Il parvint encore à rendre à la marine française un service signalé, en faisant venir du centre de la Russie par la voie de Kherson, les bois de grande mâture, qui auparavant, étaient importés dans les ports français de l'Océan et de la Méditerranée par la voie de Riga, transport qui exigeait, seulement de la forêt à ce port de la mer Baltique, 18 mois à 2 ans. L’arrivée à Marseille en 1781 et 1782 de deux navires russes qui apportèrent du fer, des cordages, des toileries, de la viande salée et du tabac démontra la justesse de cette appréciation. À la demande de Saint-Priest, Anthoine rédigea un mémoire qui fut envoyé aux cours de France et de Russie.

Anthoine obtint l’autorisation de voyager aux frais du roi pour étudier sur place les moyens de transport de la Russie méridionale et les façons d’ouvrir à la France le commerce de cette zone. Muni des lettres de recommandations de Potemkine, gouverneur général de la « nouvelle Russie » (Ukraine), il part le 13 avril 1781 à bord d’un navire russe pour Caffa (actuellement Théodosie), la Crimée, Kherson, Saint-Pétersbourg but principal du périple. Il y rencontre Vérac, ministre plénipotentiaire du roi de France près l’impératrice de Russie. Il est reçu par Potemkine et lui remet un mémoire que ce dernier présente à l’Impératrice qui voulut bien le parcourir et faire des remarques[3]. Catherine II donna une suite favorable. Anthoine se rend en juillet 1782 à Kherson pour y créer son propre établissement qu’il confie à son frère Louis. Il repart pour Varsovie puis rentre à Versailles à la fin de l’année 1782. Il rend compte du succès de sa mission au comte de Vergennes, ministre des Affaires étrangères et au Maréchal de Castries, ministre de la Marine. Le roi lui-même porta beaucoup d’intérêt à l’initiative d’Anthoine. En effet il avait obtenu le droit de naviguer en Mer Noire sous le pavillon russe. En Pologne il avait signé avec le prince Stanisłas Auguste Poniatowski un traité pour l’achat de bois des mâtures de bateaux. Il obtint du gouvernement un prêt sans intérêt pour son installation à Kherson, des conditions avantageuses pour l’acquisition de cinq bateaux royaux et le droit d’enrôler des marins français sous pavillon russe. Il est de retour à Marseille en novembre 1783 pour s’y établir comme négociant. Le démarrage effectif de son comptoir s’effectuera en 1784 année au cours de laquelle quatre de ses navires arrivèrent à Marseille chargés de chanvre, blé, suif, potasse, cire, miel, thé, graine de lin, anis, tabac et peaux de bœufs. Son comptoir connut alors la pleine prospérité.

Les ottomans espérant refaire de la Mer Noire une mer intérieure turque, multiplièrent les difficultés afin d’entraver le commerce. De plus la reprise de la guerre russo-turque à la fin de 1787 ruinait les espoirs de conciliation. Un des vaisseaux d’Anthoine était saisi à l’embouchure du Dniepr, un autre séquestré à Constantinople, un troisième échoué sur la côte anatolienne. Anthoine abandonnait le comptoir de Kherson à la veille de la Révolution française.

Ses spéculations ne profitèrent pas seulement à son pays; il acquit lui-même en peu de temps une grosse fortune, qu'il expliqua dans son Essai historique sur le commerce et la navigation de la mer Noire, publié à Paris, en 1805. Anthoine fut créé baron par Louis XVI en 1786.

Le maire[modifier | modifier le code]

Anthoine, homme intelligent et habile était de plus chanceux. En effet, cette même année 1786, il se maria avec Rose Clary qui avait deux autres sœurs à savoir Désirée qui se maria avec le général Bernadotte et fut reine de Suède, et Marie Julie qui épousa Joseph Bonaparte et fut reine d’Espagne. Il aura un fils François Anthoine de Saint-Joseph (1787-1865) qui fut un brillant officier qui devint général de division. L'une de ses filles avait épousé le maréchal Suchet, l'autre, Charles Saligny, duc napolitain de San-Germano puis (veuve) le duc Decrès ; il laissa aussi deux autres fils.

Sous la Révolution, Anthoine se retira à Gênes. De retour à Marseille, le 18 brumaire, il devint membre de la Chambre de commerce, reçut la croix de la Légion d'honneur, établit un majorat sous le titre de baron de Saint-Joseph et de l'Empire et fut nommé maire de Marseille, en 1805. Les trois municipalités du Directoire maintenues sous le Consulat sont remplacées le 4 août 1805 par un maire unique. Antoine Ignace Anthoine est le premier maire nommé et le restera jusqu’en 1813. Peu après cette nomination, il est élu membre de l’Académie de Marseille le 19 novembre 1805[4] et président en 1806[5]. Il sera créer baron de Saint-Joseph en 1808.

L’entente entre Anthoine assez vaniteux et le préfet Thibaudeau, bon administrateur mais imbu de sa personne ne pouvait pas être parfaite d’autant plus que le marasme économique provoqué par la reprise de la guerre avec l’Angleterre s’amplifiait au fil du temps. Dans ses mémoires Thibaudeau présente Anthoine comme étant difficile dans ses relations et peu aimé de ses confrères. Thibaudeau installa la nouvelle municipalité et dans son discours fit ressortir les qualités du maire alors que ce dernier lui rendit la politesse avec parcimonie[6]. La condescendance avec laquelle Thibaudeau traita Anthoine ne facilita pas les relations entre les deux hommes. Le maire est qualifié ainsi : « jaloux dans ses attributions, soupçonneux, défiant, lourd au travail, voulant tout voir et tout faire, il se noyait dans les détails, il écrivait lettres sur lettres aux autorités, aux conseillers d'État, aux ministres, à l’Empereur, le plus souvent pour des minuties dont il faisait des affaires graves.»[7]. Le tableau certes partial est peu flatteur mais reflète les relations qu’il pouvait y avoir entre les deux dirigeants.

Obélisque de Mazargues
Plaque commémorative de l'obélisque de Mazargues

Les travaux réalisés à Marseille durant son mandat sont de faible ampleur car durant cette période la ville a cruellement souffert du déclin économique. Il y eut cependant la création d’un jardin botanique sur les berges du jarret sur un terrain devenu bien national sous la Révolution après avoir appartenu à l’ordre des Chartreux. Il y eut également la restauration de l’église des chartreux et de l’hôtel de ville, l’aménagement de la colline Puget et de la porte d’Aix-en-Provence ainsi que le dégagement du quartier des Accoules encombré des ruines de l’église détruite pendant la Révolution. On lui doit aussi la statue érigée à la Paix, l'achèvement de la place de Monthyon, et les bas-reliefs de la fontaine à la porte des Fainéants.

Le maire voulut faire construire à la place Castellane une fontaine avec un obélisque dessiné par Michel-Robert Penchaud. La naissance du roi de Rome accéléra la décision de la construction qui fut prise le 27 avril 1811. Cet obélisque fut inauguré par le préfet Thibaudeau et par le maire Anthoine[8]. Ce monument sera transféré au rond-point de Mazargues en 1911 pour faire place à la magnifique fontaine offerte par Jules Cantini et sculptée par André Allar.

Il résigna ses fonctions en 1813, sa santé se trouvant trop affaiblie. Pourtant, il accepta encore, après le retour de l'île d'Elbe, le mandat de représentant que lui confièrent les électeurs des Bouches-du-Rhône le 15 mai 1815. Il fit partie de la Chambre des Cent-Jours puis se retira dans sa famille.

Le roi d'Espagne, Charles IV, qui habitait le château de Compiègne désira s’établir à Marseille où il fut accueilli avec tous les égards (et non les honneurs) dus à son rang[9]. Anthoine mis à sa disposition sa bastide de Saint-Joseph qu’il avait acheté en 1800. Anthoine devait mourir dans cette bastide le 21 juillet 1826. Trois ans après son décès son domaine est vendu à une congrégation religieuse puis il est transformé en séminaire. La ville de Marseille achète ce château en 1976 et y installe la mairie du secteur qui se trouve dans la rue Coxe.

Récapitulatif[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essai historique sur le commerce et la navigation de la mer noire, Chez H.Agasse, imprimeur libraire, Paris, 1805 réédité en 1820.

Titres[modifier | modifier le code]

Château de Saint-Joseph à Marseille

Décorations[modifier | modifier le code]

Officier de la Légion d'Honneur Commandeur de l'ordre royal de l'Étoile polaire de Suède

Armoiries[modifier | modifier le code]

Image
Blasonnement
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Blason Antoine-Ignace Anthoine (1749-1826).svg
Armes du baron de Saint-Joseph et de l'Empire

De sable à un cœur d'argent, traversé d'une flèche en bande de gueules, accompagné en pointe d'un croissant d'argent, au comble d'azur, chargé de trois étoiles d'or ; au franc-quartier des barons maires.[11]

French heraldic crowns - Baron.svg
Blason fam fr Anthoine de Saint-Joseph.svg
Armes de baron héréditaire sous la Restauration

De sable, au cœur d'argent traversé d'une flèche de gueules, posée en bande et accompagné en pointe d'un croissant d'argent ; au chef cousu d'azur chargé de trois étoiles d'argent.[11],[14]

Ascendance & postérité[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Témoins : Martin Gaudin (1756-1841), duc de Gaète, Dominique, baron Louis (1755-1837).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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