Élection présidentielle française de 2002

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Élection présidentielle française de 2002
1995  link= 1995 1995 2007 2007  link= 2007
Élection présidentielle française de 2002
Jacques Chirac
Élection présidentielle française de 2002
Jean-Marie Le Pen
RPR FN
Résultats du 2nd tour
25 537 956 voix 5 525 032 voix
82,21 % 17,79 %
Président sortantJacques Chirac  link= Président sortantJacques Chirac Président sortant
Jacques Chirac
Président élu
Jacques Chirac
Président éluJacques Chirac  link= Président éluJacques Chirac

L'élection présidentielle française de 2002 consista d'abord en un premier tour qui eut lieu le 21 avril 2002 et qui conduisit au second tour opposant le 5 mai le président de la République sortant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Cette élection attira une plus grande attention internationale en raison de la présence du candidat du Front national au second tour. C'est aussi la première de la Ve République à devoir élire un président pour cinq ans au lieu de sept ans et la deuxième à devoir élire un président pour une durée différente de sept ans (la première étant celle de 1848).

Bien que toujours appuyé par la majorité parlementaire de la gauche plurielle, le gouvernement Jospin démissionna le lendemain en raison du coup de tonnerre provoqué par la présence au deuxième tour du Front national, étant remplacé par le gouvernement Jean-Pierre Raffarin, nommé par Jacques Chirac, président sortant réélu.

Pour cette élection, l'ordre de présentation des élections présidentielle et législatives fut changé, amenant la présidentielle en premier, et les législatives, qui eurent lieu en juin, en second.

Sommaire

[modifier] Déroulement

[modifier] Dates

[modifier] Premier tour

Le 21 avril 2002 est inédit dans la vie politique française, puisqu'un représentant d'un parti classé à l'extrême-droite de l'échiquier politique a réussi à se qualifier pour le second tour d'une élection présidentielle. À 20 heures, les estimations donnaient Jacques Chirac en tête avec 20 % des voix, contre 17 à Jean-Marie Le Pen, lequel éliminait alors Lionel Jospin, chef du gouvernement qui recueillait 16 % des suffrages. Tous les candidats ont appelé à faire barrage au Front national, excepté Lutte ouvrière et le Mouvement national républicain. Ce fut également le plus fort taux d'abstention observé lors d'une élection présidentielle, depuis le passage au suffrage universel direct en 1962 suite à l'Attentat du Petit-Clamart, avec 28,4 %.

[modifier] Évolution des abstentions sous la Ve république

[réf. souhaitée]

[modifier] Réactions au premier tour

De nombreuses manifestations spontanées se sont déroulées dans la nuit du 21 au 22 avril 2002 puis les 22 et 23 avril, dans les grandes villes françaises, en signe de protestation contre la présence de l'extréme-droite au second tour[1]. Ces manifestations se sont poursuivies durant tout l'entre-deux-tours atteignant leur apogée pour le 1er mai.

  • Mercredi 24 avril : 60 000 personnes dans les rues des grandes villes.
  • Jeudi 25 avril : 250 000 personnes dans les rues des grandes villes.
  • Samedi 27 avril : 200 000 personnes dans les rues des grandes villes, dont 45 000 à Paris.
  • Mercredi 1er mai : de 1 300 000 (chiffres du ministère de l'Intérieur) à 2 000 000 (selon les organisateurs) manifestants dans une centaine de villes (dont 400 000 à Paris, toujours selon le ministère de l'Intérieur[2]).

De son coté, le Front national mobilise le 1er mai environ 10 000 (selon la police) à 100 000 (selon l'organisateur) personnes au défilé annuel du parti à Paris en l'honneur de Jeanne d'Arc et pour soutenir Jean-Marie Le Pen[2].

[modifier] Second tour

Graphique du comportement électoral des inscrits au second tour

Jacques Chirac refuse de débattre à la télévision avec Jean-Marie Le Pen. Il est élu avec le plus fort score depuis la création de la Cinquième République : 82,21 % ; Jean-Marie Le Pen obtient 17,79 % des suffrages exprimés, avec 720 319 voix supplémentaires par rapport au premier tour, soit une progression de 15 %. À l'exception du MNR qui appelle au soutien du candidat Jean-Marie Le Pen et de Lutte ouvrière qui refuse de soutenir un candidat ou un autre, une alliance de toute la classe politique pour faire barrage au président du Front national permet à Jacques Chirac d'obtenir ce résultat sans précédent.

Le lundi 6 mai au matin, Lionel Jospin présente sa démission. Quelques heures plus tard, Jacques Chirac nomme Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre.

[modifier] Candidats

Cette huitième élection présidentielle sous la Ve République vit un nombre record de seize candidats réunir les 500 parrainages nécessaires, ainsi qu'un taux d'abstention jamais vu pour un premier tour d'élection présidentielle : 28,40 %.

Le président de la République sortant, Jacques Chirac (RPR), arrive en tête devant Jean-Marie Le Pen (FN).

Le Premier ministre sortant, Lionel Jospin (PS), n'est que troisième homme et annonce le soir même son retrait de la vie politique, à 21 heures 30.

Pour la deuxième fois sous la Cinquième République, la gauche n'est pas représentée au second tour d'une élection présidentielle (la première fois était en 1969 avec Georges Pompidou et Alain Poher).

Si les résultats des derniers sondages étaient relativement fiables pour la majorité des candidats[3], les instituts réalisant les enquêtes ainsi que les journalistes et les personnalités politiques n'avaient pas anticipé la possible présence du Front national au second tour.

Il s'ensuivit un débat concernant les techniques de sondages, leurs résultats et leurs interprétations, débat porté à nouveau au-devant de la scène lors de la campagne pour le premier tour de l'élection présidentielle de 2007.

La présence du Front national au second tour a fait aussi ressurgir le débat sur le vote utile pour les élections suivantes, celui-ci étant considéré par certains comme anti-démocratique (le 1er tour devant selon eux représenter fidèlement les sensibilités politiques de l'ensemble des votants) et par d'autres comme une nécessité pour contrer la présence au second tour de tel ou tel candidat/parti jugés dangereux selon leurs critères.

Les affiches officielles des 16 candidats

[modifier] Sondages

En février 2002, un sondage donne un podium constitué de Chirac à 23 %, Jospin à 22 % et Chevènement à 12 %. Le Pen n'est alors qu'à 7 %, comme Arlette Laguiller. Au second tour, Jospin est donné gagnant avec 51 % des suffrages. Un autre sondage réalisé à la même époque donne le même résultat au second tour, mais diffère en ce qui concerne le premier tour. Chirac est donné à 24 %, Jospin à 22, Le Pen à 11, Chevènement à 10 et Laguiller à 7,5[4].

[modifier] Derniers sondages avant le premier tour

Candidat arrivé en tête dans chaque département au 1er tour
Jacques Chirac Jean-Marie Le Pen Lionel Jospin
10-11 avril - CSA 21 % 12 % 19 %
10-13 avril - BVA 18,5 % 14 % 18 %
11-12 avril - Ifop 19 % 11,5 % 17 %
13 avril - Ifop 20 % 13 % 18 %
13-15 avril - Nouvel Observateur/Sofres 20 % 13 % 18 %
17-18 avril - CSA 19,5 % 14 % 18 %
17-18 avril - Ipsos 20 % 14 % 18 %
17-18 avril - LCI/Sofres 19,5 % 13,5 % 17 %
21 avril - Sondage confidentiel 18 % 14,5 % 17 %
Résultats du premier tour 19,88 % 16,86 % 16,18 %

[modifier] Second tour

Date de publication photographie de Jacques Chirac photographie de Jean-Marie Le Pen
Jacques Chirac
Jean-Marie Le Pen
21 avril 2002
78 %
22 %
Source : TNS Sofres[5]

[modifier] Résultats détaillés

Premier tour
le 21 avril 2002
Second tour
le 5 mai 2002
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 41 194 689 41 191 169
Votants 29 495 733 71,60 % 32 832 295 79,71 %
   suffrages exprimés 28 498 471 96,62 % 31 062 988 94,61 %
   bulletins blancs ou nuls 997 262 3,38 % 1 769 307 5,39 %
Abstentions 11 698 956 28,40 % 8 358 874 20,29 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République, soutenu par le Parti radical, le Parti populaire pour la démocratie française et de nombreux dissidents de l'Union pour la démocratie française
5 665 855 19,88 % 25 537 956 82,21 %
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 804 713 16,86 % 5 525 032 17,79 %
  Lionel Jospin
Parti socialiste
4 610 113 16,18 %
  François Bayrou
Union pour la démocratie française
1 949 170 6,84 %
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
1 630 045 5,72 %
  Jean-Pierre Chevènement
Mouvement des citoyens, soutenu par le Pôle républicain
1 518 528 5,33 %
  Noël Mamère
Les Verts
1 495 724 5,25 %
  Olivier Besancenot
Ligue communiste révolutionnaire
1 210 562 4,25 %
  Jean Saint-Josse
Chasse, pêche, nature et traditions
1 204 689 4,23 %
  Alain Madelin
Démocratie libérale
1 113 484 3,91 %
  Robert Hue
Parti communiste
960 480 3,37 %
  Bruno Mégret
Mouvement national républicain
667 026 2,34 %
  Christiane Taubira
Parti radical de gauche
660 447 2,32 %
  Corinne Lepage
Citoyenneté action participation pour le XXIe siècle
535 837 1,88 %
  Christine Boutin
Forum des républicains sociaux
339 112 1,19 %
  Daniel Gluckstein
Parti des travailleurs
132 686 0,47 %
Sources : Site officiel du Conseil constitutionnel : premier tour, second tour


[modifier] Analyse générale

Le premier tour de l’élection présidentielle marque plusieurs succès pour Jean-Marie Le Pen :

— Le candidat du FN est bien concurrencé à sa droite par Bruno Mégret, n’ayant pas reçu le soutien du Mouvement national républicain ; cependant, son score de 16,86 % des suffrages est bien supérieur à ce que prévoyaient les sondages : 11,5 % à 14,5 % ;

— Il parvient à se qualifier pour le second tour et distance largement le candidat du MNR sur l’ensemble du territoire. Il est surtout arrivé en tête dans 35 départements, par exemple en Lot-et-Garonne où il réunit 18,9 % des voix, ou encore en Seine-Saint-Denis avec 17,7 %. Dans la majorité des départements, il obtient 20 % des voix : en Alsace, il en obtient 23 %, tandis qu’à Marseille, il distance de peu Jean-Pierre Chevènement avec 27 % des voix ;

— Enfin, il n’a que 3 points de retard sur le président sortant Jacques Chirac, et il est parvenu à éliminer le Premier ministre Lionel Jospin.

Ce bon résultat de Jean-Marie Le Pen doit toutefois être resitué dans un contexte de fort fragmentation de l'offre politique (16 candidats), et de fort émiettement électoral. Le candidat du FN ne gagne en effet que 230 000 voix par rapport au résultat qu'il avait obtenu au premier tour de l'élection présidentielle de 1995. L'augmentation de l'abstention et les faibles résultats obtenus par les candidats du PS et du RPR ont indirectement favorisé le succès de Jean-Marie Le Pen, dont le socle électoral s'est avéré être beaucoup plus stable entre deux élections.

En ce qui concerne les deux candidats sortants, leurs scores respectifs sont médiocres : Jacques Chirac ne réalise que 19,88 %, son étiage personnel traditionnel, mais aussi le score de premier tour le plus faible pour un président sortant ; quant au Premier ministre du gouvernement de la Gauche plurielle, il essuie un fort recul par rapport à 1995, échouant de ce fait à se qualifier pour le second tour. En conséquence, Lionel Jospin annonce le 21 avril même son retrait de la vie politique. Le score décevant du candidat socialiste a d'une certaine manière mis le voile sur la bonne tenue de la Gauche plurielle dans son ensemble, les candidats des Verts, du PRG, du PCF et du MDC cumulant plus de 15 % des suffrages exprimés.

Arrivé 4e au premier tour François Bayrou obtient 6,84 % des suffrages exprimés, un score se situant dans la fourchette haute de ce pouvaient lui laisser espérer les instituts de sondages avant l'élection, avec des intentions de vote plus proches des 5 %. Le candidat de l'UDF fait ainsi mieux qu'Arlette Laguiller et Jean-Pierre Chevènement, qui étaient crédités de scores supérieurs au cours de la campagne.

L'élection présidentielle de 2002 a également marquée par une forte poussée de l'extrême gauche trotskyste : la candidate de LO et le candidat de la LCR obtiennent chacun le meilleur score de leur parti :

— D’une part, Arlette Laguiller, à sa 5e candidature, réalise le score le plus haut de Lutte Ouvrière depuis l’élection de 1974, et s'impose comme la candidat la mieux placée à la gauche du Parti socialiste et de Lionel Jospin ;

Olivier Besancenot obtient également un très bon score pour son parti : 4,25 % des voix, faisant ainsi mieux qu’Alain Krivine en 1969 (1,06 %) et 1974 (0,36 %).

Robert Hue, avec 3,4 % des suffrages, obtient un résultat historiquement mauvais pour le PCF, très éloigné du score qu'il avait obtenu à l'élection présidentielle de 1995 lors de laquelle il avait obtenu près de 9 % des suffrages. Il est outre devancé tant par Arlette Laguiller que par Olivier Besancenot, ce qui constitue une inversion de tendance historiquement dans la famille de la gauche radicale française.

[modifier] Analyse

  • Livres :

[modifier] Annexes

[modifier] Engagement des artistes

Durant la nuit du premier tour, Saez compose et enregistre un titre en téléchargement gratuit, Fils de France.

Sur l'album Révolution.com, No One is Innocent dénonce l'abstentionnisme dans la chanson Où étions-nous ?"

[modifier] Fiction

  • Bande dessinée : cycle en cours de parution Dantès (5 volumes pour l'instant). Dans les milieux de la Bourse Christophe Dantès -inspiré d'Edmond Dantès, comte de Monte-Cristo- dans sa lutte vengeresse, attaque un complice politique du personnage arriviste, qui arrive en tête au premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Mais les deux candidats sortants apparaissent sous des pseudonymes.

[modifier] Notes et références

  1. Source : Libération du 1er mai citant les chiffres du ministère de l'Intérieur.
  2. a et b Succès du 1er mai anti-Le Pen.
  3. Selon certains sondages du 17 au 18 avril, Jacques Chirac était crédité de 19,5% des voix, Lionel Jospin de 18%, Jean-Marie Le Pen de 12.5%, François Bayrou de 6%
  4. Sondage: 51 % pour Jospin au second tour, Libération, 2002. Consulté le 13 décembre 2011
  5. Historique des élections présidentielles » 2002. Consulté le 18 décembre 2011

[modifier] Articles connexes

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