Architecture normande

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La nef de la cathédrale de Durham illustre le modèle arqué rond caractéristique, quoique l’utilisation de voûtes brisées peu profondes au-dessus de la nef annonce le modèle gothique.

Architecture normande est un terme employé pour décrire le style roman créé aux XIe et XIIe siècles par les Normands dans les divers territoires sous leur domination ou leur influence. Ils ont introduit tout à la fois un grand nombre de châteaux et de fortifications, y compris des donjons normands, en même temps que des monastères, des abbayes, des églises et des cathédrales, dans un modèle caractérisé par des proportions massives et des arches rondes, en particulier au-dessus des portes et des fenêtres.

Ces styles romans nés en Normandie se sont répandus dans le nord de l’Europe occidentale, particulièrement en Angleterre, pays qui a considérablement contribué au développement de ce style et qui en conserve le plus grand nombre d’exemplaires. À peu près à la même époque, une dynastie normande a régné en Sicile où elle a produit une variation distincte, également connue sous le nom d’architecture normande, ou alternativement, d’architecture romane sicilienne, qui incorpore des influences byzantine et sarrasine.

Origine du terme, évolution vers le gothique[modifier | modifier le code]

La cathédrale de Messine.

Ce terme a peut-être été lancé par des archéologues au XVIIIe siècle, mais son utilisation au sein d’un enchaînement de styles a été attribué à Thomas Rickman dans son ouvrage de 1817 An Attempt to Discriminate the Styles of English Architecture from the Conquest to the Reformation (Essai de distinction des modèles d’architecture anglaise de la Conquête à la Réforme) qui a employé les catégories « gothique normand, gothique primaire, gothique curvilinéaire et gothique perpendiculaire ». Charles de Gerville ayant utilisé, dans une lettre adressée à son ami Arcisse de Caumont en 1818, le terme plus inclusif de « roman » pour qualifier les langues romanes, ce dernier reprit le terme « roman » pour l’appliquer à l’architecture des XIe et XIIe siècles dans son Essai sur l’architecture du Moyen Âge, particulièrement en Normandie datant de 1824.

Bien que l’abbaye de Westminster d’Édouard le Confesseur, aujourd’hui entièrement remplacée par des reconstructions plus tardives, ait été construite, juste avant la conquête de l’Angleterre, en style roman et continue d’être considérée comme la plus ancienne construction romane majeure en Angleterre, on ne peut clairement démontrer qu’aucune architecture romane significative encore en existence en Grande-Bretagne précède la conquête, bien que les historiens croient qu’il se pourrait bien que nombre d’éléments « normands » subsistant dans les édifices, presque tous des églises, soient en fait anglo-saxons.

Lorsque les tailleurs de pierre ont développé leur style et expérimenté avec des manières de surmonter les difficultés géométriques des plafonds en voûtes d’arêtes, ils ont introduit des agencements, tels que la voûte en berceau brisé, qui seront, par la suite, caractérisés comme de style gothique. Comme les historiens et les spécialistes de l’architecture considèrent qu’un style doit être évalué de façon intégrale plutôt que comme un agrégat de caractéristiques, certains mettent ces développements au compte des modèles normand ou roman tandis que d’autres les décrivent comme « gothique normand transitoire ». Quelques sites Web[1],[2], emploient le terme de « gothique normand », mais il est peu clair s’ils se réfèrent au modèle transitoire ou au modèle normand dans son ensemble.

Architecture religieuse romane[modifier | modifier le code]

Les églises normandes comportent généralement une nef, deux bas-côtés, un transept et une abside. L’abside, les collatéraux et parfois le chœur sont les seules parties voutées de l’église. La nef est couverte d’une simple charpente jusqu’à l’époque gothique : l’absence de voûte permet d’ouvrir dans les murs latéraux, au-dessus des grandes arcades, de larges baies, devant lesquelles souvent une galerie de circulation. L’abside est dépourvue de déambulatoire et d’absidioles ; elle est généralement précédée d’un chœur profond souvent flanqué de collatéraux s’arrêtant à la naissance de l’abside. Une tour-lanterne percée de nombreuses ouvertures est établie au-dessus de la croisée des transepts, éclairant directement le chœur. L’ensemble de l’édifice est spacieux, élancé, lumineux[3].

L’ornementation consiste pour l’essentiel en moulures encadrant arcatures, archivoltes ou grandes arcades et met à contribution les motifs géométriques : damiers, chevrons, frettes, dents de scie, étoiles, bâtons rompus[3]

Rayonnement[modifier | modifier le code]

La synagogue de style néo-normand de Fallowfield.

Cette école couvre la Normandie, et son influence s’étend en Picardie, Vexin, Bretagne, Maine, pénétrant même, sous l’impulsion de Guillaume le Conquérant, en Angleterre et en Norvège… Les grandes abbayes de Caen, Jumièges, saint Wandrille, le Mont-saint-Michel… favorisent sans aucun doute ce rayonnement important[3].

Architecture néo-normande[modifier | modifier le code]

Ce style architectural s’inspire de l’architecture normande romane du XIe au XIIe siècle en Normandie. Ces travaux sont importants, en particulier dans la voûte et les piliers, de nombreux bâtiments et espaces du XXe siècle. Manchester en comporte deux exemples avec son ancienne Bourse ainsi qu’une synagogue à Fallowfield.

L’architecture normande en Normandie[modifier | modifier le code]

L’abbaye aux Hommes de Caen.
Article détaillé : Architecture médiévale normande.

Lorsque les envahisseurs vikings ont atteint l’embouchure de la Seine en 911, les seigneurs des Francs, qui combattaient à cheval, bâtissaient des châteaux. Au cours du siècle à venir, les Normands adopteront ces coutumes avec le christianisme et la langue d'oïl. Les barons normands construiront des châteaux en bois sur des monticules de terre qui donneront lieu au développement des châteaux à motte féodale et des grandes églises en pierre dans le style roman propre aux Francs. Dès 950, ils érigeront des donjons en pierre (voir aussi Logis seigneurial).

Les Normands, qui comptaient parmi les peuples les plus voyageurs d’Europe, ont été au contact d’une grande variété d'influences culturelles, y compris celle du Proche-Orient. Ils en incorporeront certains éléments dans leur art et leur architecture pour raffiner le plan des premières basiliques longitudinales avec des bas-côtés latéraux, une abside et une façade occidentale dotée de deux tours comme dans l’abbatiale Saint-Étienne de Caen, commencée en 1067, qui servira de modèle aux cathédrales anglaises de plus grande taille dont la construction débutera vingt ans plus tard.

L’architecture normande en Angleterre[modifier | modifier le code]

De même, les chevaliers normands qu’il fera venir en 1051, construiront des mottes castrales de défense contre les Gallois. Après l’invasion, les Normands édifièrent des châteaux à motte féodale et des fortifications plus recherchées comme des donjons normands d pierre, ainsi que des églises et des abbayes.

Les édifices normands présentent des formes géométriques simples de proportions massives, la maçonnerie comportant de petites bandes de sculpture, peut-être d’arcades aveugles et des espaces concentrés de capitales et des portes rondes et dans le tympan sous une voûte. La « voûte normande » est une voûte ronde. Les moulures normandes sont sculptées ou incisées avec des ornements géométriques, tels que des voûtes rondes en forme de chevron. Les églises cruciformes avaient souvent un chœur profond et une croisée du transept carrée qui est demeurée caractéristique de l’architecture ecclésiastique anglaise. Des centaines d’églises paroissiales ont été construites et les grandes cathédrales anglaises ont été fondées à partir de 1083.

Après qu’un feu eut endommagé la cathédrale de Cantorbéry en 1174, les architectes normands introduisirent la nouvelle architecture gothique. Vers 1191, la cathédrale Saint-André de Wells et la cathédrale de Lincoln imposèrent le modèle gothique anglais et le style normand devint de plus en plus souvent réservé aux bâtiments provinciaux de taille modeste.

Architecture religieuse[modifier | modifier le code]

La cathédrale de Durham.

Architecture militaire[modifier | modifier le code]

Le château de Norwich.

Architecture privée[modifier | modifier le code]

Architecture normande en Écosse[modifier | modifier le code]

L’abbaye de Dunfermline.

L’Écosse, avec la présence de la noblesse normande à la cour du roi Macbeth Ier d’Écosse |Macbeth autour 1050, a également subi l’influence du gothique normand. Son successeur, Malcolm III, l’a renversé avec l’aide des Anglais et des Normands et sa reine Sainte Marguerite d'Écosse a encouragé l’Église catholique romaine. Les Bénédictins ont fondé un monastère à Dunfermline. Son quatrième fils qui est devenu David Ier a construit la chapelle Sainte Marguerite au début du XIIe siècle.

Architecture religieuse[modifier | modifier le code]

L’architecture normande en Irlande[modifier | modifier le code]

Dans les cinq ans suivant leur premier débarquement en Irlande en 1169, les Normands érigèrent des châteaux sur des levées de terre. Cinq ans plus tard, ils commençaient les travaux de construction de leurs premiers grands châteaux de pierre. Par exemple, lorsque le château à motte castrale construit par Hugues de Lacy sur le site de l’actuel château de Trim dans le comté de Meath fut attaqué et brûlé en 1173 par le roi d’Irlande Ruaidri O'Connor, celui-ci reconstruisit, à la place, un château en pierre entouré d’une enceinte de trois hectares au sein de ses murs destinée à la rendre impossible à enflammer. De 1177 à 1310, furent construits certains des plus grands châteaux normands en Irlande. Parmi les autres bâtiments construits par les Normands installés principalement dans l’est de l’Irlande, qu’on appellera plus tard le Pale, on compte également le château de Swords dans le comté de Fingal, le château de Dublin et le château de Carrickfergus dans le comté d’Antrim[4].

L’architecture normande en Sicile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Architecture arabo-normande.
Le cloître de Monreale.

La période normande de la Sicile a duré de 1060 (la conquête normande de l’île se fit en une trentaine d’années, de 1060 à 1090) aux Vêpres siciliennes du 31 mars 1282.

Comparable à de nombreux égards à l’architecture normande qui a évolué en Angleterre et dans le nord de la France, l’architecture normande en Sicile incorpore également certaines influences de l’architecture byzantine, mais surtout de l’architecture arabe à tel point que l’on parle souvent d’architecture normano-arabo-byzantine. Les motifs byzantins sont particulièrement évidents dans l’intérieur de certaines églises où les autels normands traditionnels ont été décorés de mosaïques dorées comme dans la cathédrale de Monreale.

La chapelle Palatine du palais des Normands de Palerme, datant de 1130, dont l’intérieur du dôme (lui-même d’origine byzantine) est décoré de mosaïques représentant le Christ Pantocrator accompagné de ses anges, constitue sans doute l’exemple le plus représentatif de cet amalgame.

Des influences du gothique primaire durant l’ère normande postérieure en Sicile se font sentir notamment dans la cathédrale de Messine, consacrée en 1197, quoique le haut campanile gothique lui soit postérieur et ne doive pas être confondu avec le précédent, de style gothique, construit pendant la période normande et qui comportait des fenêtres et des voûtes brisées au lieu des arc-boutants et des pinacles qui allaient apparaître plus tard dans le style gothique.

Édifices normands à Palerme[modifier | modifier le code]

La chapelle Palatine de Palerme.
L’église de San Cataldo.

Édifices normands en Sicile[modifier | modifier le code]

L’architecture normande dans le Mezzogiorno[modifier | modifier le code]

En Italie, les Normands ont très tôt commencé à construire les châteaux qui étaient leur marque architecturale. Guillaume Bras-de-Fer en a érigé un en 1045 dans un lieu non identifié de Calabre (Stridula). Après la mort de Robert Guiscard en 1085, le sud de la péninsule italienne a connu une série de guerres civiles et est tombé sous le contrôle de princes de plus en plus faibles. Les révoltes ont marqué la région jusqu’au milieu du XIIe siècle tandis que les petits seigneurs cherchaient à résister à la puissance ducale ou royale de l’intérieur de leurs propres châteaux. Les Normands ont entamé leur plus vaste programme de construction de châteaux dans le Molise en introduisant en Italie la technique d’opus gallicum.

Outre l’enchâtellement de la campagne, les Normands ont érigé plusieurs édifices religieux qui subsistent encore. Ils ont édifié le sanctuaire de Monte Sant'Angelo et construit un mausolée à la maison de Hauteville à Venosa. Ils ont également construit nombre de nouveaux monastères latins, dont la célèbre fondation de Sant'Eufemia d'Aspromonte.

L’architecture normande à Malte[modifier | modifier le code]

Maison normande à Mdina.

Après sa conquête normande en 1091, Malte a vu la construction de plusieurs exemples d’architecture normande encore subsistants. Des forteresses et des maisons existent toujours à Mdina et à Vittoriosa.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gothic Architecture in England
  2. (en) Norman Gothic
  3. a, b et c Claude Wenzler, Architecture religieuse romane, Editions Ouest-France,‎ 1997 (ISBN 2-7373-2151-4).
  4. Tom McNeill, Castles in Ireland Feudal Power in a Gaelic World, London ; New York, Routledge, 1997, 261 p., (ISBN 978-0-415-22853-4)

Références[modifier | modifier le code]

  • Marcel Anfray, L’Architecture normande, son influence dans le nord de la France aux XIe et XIIe siècles, Paris, Picard, 1939.
  • (it) Giulio Arata, Atlante di storia dellarchitettura arabo-normanna e del Rinascimento in Sicilia, Palermo, Librarie siciliane, 1986.
  • (it) Francesco Basile, L’architettura della Sicilia normanna, Catania, V. Cavallotto, 1975
  • Maylis Baylé, L’architecture normande au Moyen Âge, Condé-sur-Noireau, éditions Charles Corlet ; Caen, Presses universitaires de Caen, 2001 ISBN 2-84133-135-0
  • (it) Corrado Bozzoni, Calabria normanna. Ricerche sull’architettura dei secoli undicesimo e dodicesimo, Roma, Officina, 1974.
  • John Britton, Augustus Pugin, Alphonse Le Roy, Antiquités architecturales de la Normandie : contenant les monuments les plus remarquables de cette contrée (architecture romane & ogivale) présentés en plans, élévations, coupes, détails, vues perspectives intérieures et extérieures, Paris, Noblet, 1855.
  • (it) Guido Di Stefano, Monumenti della Sicilia normanna, Palermo, Società Siciliana per la Storia Patria, 1979.
  • E. C. Fernie, The architecture of Norman England, Oxford ; New York, Oxford University Press, 2000 ISBN 0-19-817406-3
  • (en) Wolfgang Krönig, The cathedral of Monreale and Norman architecture in Sicily, Palermo, S.F. Flaccovio, 1965.
  • Élie Lambert, L’Architecture normande au Moyen Âge d’après de récentes publications, Caen, Jouan & Bigot, 1928.
  • Bryan D. G. Little, Architecture in Norman Britain, London, B.T. Batsford, 1985 ISBN 0-7134-3782-0
  • Martin Meade, Werner Szambien, L’architecture normande en Europe : identités et échanges du XIe siècle à nos jours, Marseille, Parenthèses, 2002 ISBN 2-86364-110-7
  • (de) Hans-Rudolf Meier, Die normannischen Königspaläste in Palermo : Studien zur hochmittelalterlichen Residenzbaukunst, Worms, Wernersche Verlagsgesellschaft, 1994 ISBN 3-88462-941-7
  • Victor Ruprich-Robert, L’Architecture normande aux XIe et XIIe siècles en Normandie et en Angleterre, Paris, Imprimeries réunies, 1889.

Liens externes[modifier | modifier le code]