Ahnenerbe

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Emblème de l'Ahnenerbe.

L'Ahnenerbe, traduit par « Héritage ancestral » (ou plus exactement Ahnenerbe Forschungs und Lehrgemeinschaft, c’est-à-dire « Société pour la recherche et l'enseignement sur l'héritage ancestral »), était un institut de recherches pluridisciplinaire nazi, créé par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, Herman Wirth et Walther Darré le . Intégré aux SS en janvier 1939, l'Ahnenerbe avait son siège à Munich. L'institut avait pour objet d'études « la sphère, l'esprit, les hauts faits et le patrimoine de la race indo-européenne nordique » avec comme outils la recherche archéologique, l'anthropologie raciale et l'histoire culturelle de la « race aryenne ». Son but était de prouver la validité des théories nazies sur la supériorité raciale des « Aryens ».

Fondation et organisation[modifier | modifier le code]

Bruno Beger en train d'effectuer des études d'anthropométrie à Lachen, au Sikkim peu avant l'expédition de 1938 du SS Ernst Schäfer.

L'Ahnenerbe[1], Studiengesellschaft für Geistesurgeschichte « (Héritage des ancêtres, société pour l'étude des idées premières »), est créée par Heinrich Himmler le , non seulement pour supplanter l'influence de Rosenberg dans les milieux culturels[2], mais aussi pour étendre l'influence de la SS dans les milieux de la recherche[3].

Sa présidence est d'abord confiée à un préhistorien renommé, Herman Wirth, puis, après le désaveu public infligé à celui-ci par Adolf Hitler, et la prise de distance de Himmler par rapport à ses travaux en 1936[4], au doyen de l'université de Munich, Walther Wüst, spécialiste de littérature et de religions de l'Inde, le . L'organisation, au service des idées mystiques, terme employé par les universités du régime Hitlérien, d'Himmler, comptait 137 savants et 82 techniciens (libraires, secrétaires, etc.)[1]. Wolfram Sievers, qui fut condamné à mort lors du procès des médecins de 1947, était nommé secrétaire général de l'Ahnenerbe par Himmler.

En 1937, date de la rupture entre Himmler et Darré, l'institut est réorganisé, confié dans les faits à Walter Wüst[5], et octroie une large part de ses recherches aux disciplines historiques[6].

Durant la période précédant immédiatement le conflit, la politique de Himmler pour cette institution s'organise dans plusieurs directions : tout d'abord, il tente d'en faire une institution de recherche spécifiquement SS, en l'émancipant du RuSHA, en le subordonnant à son état-major personnel, puis, en 1939, en le dotant de nouveaux statuts, qui font de lui le président de l'institut[5]. Durant cette période, il fait de l'institut non seulement un centre de recherche mais aussi un lieu dans lequel sont centralisés l'ensemble des objets rapportés des expéditions ou des chantiers de fouilles[7]. Ensuite, l'institution publie, sous son impulsion, un certain nombre de revues, toutes directement contrôlées par Himmler et conçues comme scientifiques ou de vulgarisation destinée à propager les idéaux SS, "validés" par l'institut[7]. Enfin, l'institut tente de s'étendre dans le monde universitaire, en proposant, avec succès dans de nombreux cas, aux enseignants et aux chercheurs des postes de directeurs de départements, couplés à des grades dans la SS[8].

L'Ahnenerbe dans la nébuleuse du IIIe Reich[modifier | modifier le code]

En compétition avec Alfred Rosenberg pour le contrôle de la recherche sur les Germains et la germanité, Himmler tente, avec cet institut, de contrôler la recherche sur le passé germanique des Allemands[4].
En effet, depuis 1934, l'archéologie nazie est le fief d'Alfred Rosenberg, ce dernier souhaitant refondre l'archéologie nazie selon les principes nationaux-socialistes[9]. En 1937, la section archéologie de l'Amt Rosenberg, confiée à Hans Reinerth, devient une structure indépendante, qui, à partir de 1940, connaît un essor important dans l'ensemble de l'Europe occupée[10]. Cependant, à partir de la fin des années 1938, ces instituts doivent compter avec l'Ahnenerbe, institut de recherche pluridiscplinaire, qui les supplante définitivement pendant la première partie du conflit[11].
Mais les institutions créées dans la nébuleuse du NSDAP ne sont pas les seules face auxquelles l'Ahnenerbe doit trouver sa place, l'institut devant aussi compter avec les institutions plus anciennes, comme l'Institut archéologique allemand, le DAI[12]. Face aux attaques des proches de Rosenberg, le DAI se rapproche de la SS et de son institut de recherche, soutenus l'une comme l'autre par la majorité des chercheurs du Reich[13].

Recherches menées par l'institut[modifier | modifier le code]

Domaines de compétences[modifier | modifier le code]

Dans le domaine de l'archéologie, les chercheurs de l'Ahnenerbe tentent de démontrer les thèses développées par Himmler, à savoir un pangermanisme européen, c'est-à-dire le recherche dans l'ensemble de l'Europe de preuves d'un passé germanique, à l'aide d'une approche pluridisciplinaire, intégrant des disciplines aussi variées que l'archéologie proprement dite, l'histoire du peuplement, l'étude des folklores européens, l'astronomie et les sciences occultes[6]. Ainsi, de futurs archéologues renommés, tels que Herbert Jankuhn, Peter Paulsen ou Edward Tratz, travaillèrent à l'Ahnenerbe, qui s'était taillé un rôle central dans la recherche archéologique sous le Troisième Reich[1].


L'Ahnenerbe mit en place un grand nombre d'instituts de recherche (en). Outre l'archéologie, de nombreux instituts concernant la culture « indo-germanique » (c'est-à-dire « aryenne ») étaient créés, dans le domaine linguistique, religieux, juridique, musicologique, etc. Des départements de biologie, de génétique des plantes, d'entomologie, de physique nucléaire ou de médecine traditionnelle étaient aussi créés. Un département de météorologie, dirigé par l'Obersturmführer-SS Hans Robert Scultetus (en) fut aussi institué, à l'initiative d'Himmler, convaincu que la théorie de la glaciation éternelle d'Hans Hörbiger pourrait permettre des prévisions météorologiques à long terme.

Travaux et recherches[modifier | modifier le code]

Focalisé sur l'histoire de l'Allemagne et de ses origines germaniques, l'institut mène des fouilles sur un certain nombre de sites considérés par Himmler comme essentiels dans la culture germanique. Chaque secteur est fouillé sous l'autorité directe de Himmler[2]. Ainsi, le site viking d'Haithabu, en Allemagne du Nord, est mis au jour et fouillé, comme le tumulus princier de Hohmichele, dans le Pays de Bade[14]. Mais les Externsteine, dans la forêt du Teutoburg font partie des sites les plus fouillés par l'institut[15].

Cependant, l'archéologie n'est pas le seul domaine de recherche de l'institut : partisan de la théorie climatique de la glace éternelle, Himmler réunit en juillet 1936 les scientifiques partisans de cette thèse et leur enjoint d'en démontrer la véracité dans le cadre de l'Ahnenerbe[16]. Pour cela, il organise deux départements de l'institut : celui de climatologie, sous la direction de Hans Robert Scultetus, et celui de recherche en astronomie, installé à l'observatoire de Grünwald, départements sur lesquels le controversé Werner Heisenberg exerce, à la demande personnelle de Himmler, une certaine influence[16]. Directement ou par l'intermédiaire de son aide de camp, Himmler est tenu régulièrement informé des recherches sur les glaces éternelles, donnant certaines orientations, suggérant des pistes, ordonne la rédaction de commentaires d'ouvrages en lien avec cette théorie[16].

Missions spécifiques[modifier | modifier le code]

Les premières recherches de l'institut sont menées sous la houlette de Wirth en 1936, dans le Bohusland, région du Sud-Ouest de la Suède particulièrement riche en art pariétal et en art rupestre. Parmi plus de 5 000 symboles gravés à l'époque de l'âge du bronze, les pétroglyphes, Wirth est persuadé d'avoir découvert les vestiges de la première écriture au monde, créée selon lui par une antique civilisation nordique. Il fait remonter cette civilisation à près de deux millions d'années et la situe en Atlantide, continent disparu s'étendant de l'Islande aux Açores (selon la légende). Plus de vingt tonnes de plâtres sont utilisées pour réaliser des moulages des gravures.

Toujours en 1936, l'Ahnenerbe monte une petite expédition en Carélie, région de la Finlande, afin d'étudier et d'enregistrer les chants et incantations des sorciers locaux. Pour Himmler, ces incantations ont une base historique et il espère que leur analyse permettra de recréer le marteau de Thor, qui est d'après lui la plus puissante des armes conçues par les anciennes peuplades nordiques[réf. nécessaire].

L'Ahnenerbe a organisé plusieurs expéditions archéologiques, en Allemagne, mais aussi dans divers pays : France (où l'abbé Henri Breuil permet à Assien Bohmers de visiter, entre autres sites, la Grotte des Trois-Frères, tandis que la tapisserie de Bayeux suscite aussi la curiosité des nazis), Italie, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Ukraine, Islande, Afghanistan et Tibet. Cette dernière expédition, dirigée par le SS Ernst Schäfer en 1938, était, aux yeux de l'Ahnenerbe, destinée à prouver que le plateau tibétain était le berceau de la « race aryenne. » D'autres expéditions furent lancées en Antarctique, dans la région dite de la Nouvelle-Souabe, ou encore sur le front de l'Est, où l'Untersturmführer-SS Heinz Brücher fut chargé en juin 1943 de transférer la collection de semences de Nikolaï Vavilov de Russie à l'Institut SS des plantes, situé à Graz.

À la demande de Himmler en 1942, l'Ahnenerbe a procédé à des expérimentations médicales dans des camps de concentration sur des prisonniers, notamment à Dachau et à Natzweiler-Struthof. Condamné pour crimes contre l'humanité, Wolfram Sievers, le dernier directeur de l'Ahnenerbe, fut pendu en 1948, après le procès des médecins à Nuremberg.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Heather Pringle, Opération Ahnenerbe. Comment Himmler mit la pseudo-science au service de la solution finale, Presse de la Cité, Paris, 2007. Voir Recension sur About.com, par Krist Hirst
  2. a et b Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 82.
  3. Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 83.
  4. a et b Peter Longerich, Himmler, p. 269.
  5. a et b Peter Longerich, Himmler, p. 270.
  6. a et b Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 84.
  7. a et b Peter Longerich, Himmler, p. 272.
  8. Peter Longerich, Himmler, p. 273.
  9. Laurent Olivier, Nos Ancêtres les Germains, p. 80.
  10. Laurent Olivier, Nos Ancêtres les Germains, p. 82.
  11. Laurent Olivier, Nos Ancêtres les Germains, p. 83.
  12. Laurent Olivier, Nos Ancêtres les Germains, p. 86.
  13. Laurent Olivier, Nos Ancêtres les Germains, p. 88.
  14. Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 85.
  15. Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 86.
  16. a, b et c Peter Longerich, Himmler, p. 274.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Johann Chapoutot, Le national-socialisme et l'Antiquité, PUF,‎ 2008, 544 p. (ISBN 978-2-130-56645-8).
  • Peter Longerich, Heinrich Himmler. Biographie, München (Siedler) 2008, trad. française, 'Peter Longerich, Himmler, L'éclosion quotidienne d'un monstre ordinaire, Paris, Héloïse d'Ormesson,‎ 2010 (ISBN 978-2-350-87137-0).
  • Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains : les archéologues français et allemands au service du nazisme, Paris, Tallandier,‎ 2012, 314 p. (ISBN 978-2-847-34960-3).
  • Heather Pringle, Opération Ahnenerbe, Comment Himmler mit la pseudo-science au service de la Solution finale, Presses de la Cité, Paris, 2007

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]