Friedrich-Wilhelm Krüger

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Friedrich-Wilhelm Krüger
Friedrich-Wilhelm Krüger derrière Hans Frank (second plan, milieu) lors d'une parade des forces de sécurité en Pologne
Friedrich-Wilhelm Krüger derrière Hans Frank (second plan, milieu) lors d'une parade des forces de sécurité en Pologne

Naissance 8 mai 1894
Strasbourg, Reichsland Elsass-Lothringen
Décès 10 mai 1945
Gundertshausen, Troisième Reich
Origine Allemagne
Allégeance NSDAP-Sturmabteilung Schutzstaffel
Grade Obergruppenführer-SS
Années de service 19311945
Conflits Seconde Guerre mondiale
Commandement Höherer der SS und Polizeiführer

Friedrich-Wilhelm Krüger né le 8 mai 1894 à Strasbourg, mort le 10 mai 1945 à Gundertshausen (Autriche)[1] est un membre du parti nazi et un officier supérieur SS Obergruppenführer. De 1939 à 1943 il a exercé la fonction de HSSPF (Höherer der SS und Polizeiführer) dans le Gouvernement général, nom donné par les nazis à la Pologne occupée. Il peut être considéré comme un des principaux responsables de l'Holocauste en Pologne, à la même aune que ses subordonnés, Odilo Globocnik ou Jürgen Stroop. Il se suicide le 10 mai 1945.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse, première guerre mondiale et années de crise[modifier | modifier le code]

Né à Strasbourg dans une famille de militaires, il entre en 1909 comme cadet à l'école militaire de Karlsruhe puis à celle de Gross-Lichterfelde[2]. En juin 1914, il est promu lieutenant en second dans l'armée allemande. Dès le premier jour de la guerre, son père est tué sur le front, à quelques kilomètres de l'endroit où il combat lui-même. Blessé trois fois au cours de la Première Guerre mondiale, il est décoré de la Croix de fer première et seconde classe. Il combat sur le front Ouest (notamment dans la Bataille de Liège, la Bataille des Frontières, à Ypres et en Alsace), et sur le front Est, en septembre-octobre 1916, en Ukraine[3]. Après la guerre, il s'engage dans une brigade navale et, en août 1919, rejoint le corps franc de Kurt-Jürgen Freiherr von Lützow. Son unité participe au putsch de Kapp[4]. En 1920, il retourne à la vie civile et devient employé d'une librairie jusqu'en 1923. En 1924, il est embauché dans l'entreprise de nettoyage public de la ville de Berlin, la BEMAG, jusqu'en 1928 puis, après des gros conflits avec la direction de l'entreprise, redevient entrepreneur à son compte. C'est à cette époque qu'il se serait lié d'amitié avec Kurt Daluege, ingénieur dans la même société de nettoyage, et membre influent du parti nazi.

Un début de carrière foudroyant au sein du NSDAP[modifier | modifier le code]

En novembre 1929, Krüger entre au parti nazi et, en février 1931, rejoint la SS qu'il quitte deux mois plus tard pour rejoindre la SA. Il monte rapidement en grade grâce à Daluege et mène une réforme de la formation des recrues de l'organisation. Promu SA-Gruppenführer en 1932, il fait partie du cercle des amis proches d'Ernst Röhm. Il est par ailleurs élu député du Reichstag en 1932. Certaines sources décrivent Krüger à cette période comme le responsable de l'armement illégal de la SA. Himmler aurait dit un jour de lui que si Hitler avait ordonné à Krüger de voler la Grosse Bertha aux Français, il aurait réussi à lui faire passer la frontière vers l'Allemagne sans problème[5]. En juin 1933, il est promu SA-Obergruppenführer et devient le directeur de toute la formation pré-militaire des jeunes, appelées Ausbildungswesen. En coopération étroite avec la Reichswehr, il initie l'instruction des meilleurs éléments de la SA pour qu'ils accèdent au rang d'officier. Tout au début de la Nuit des longs couteaux, il transfère les arsenaux de la SA dont il a la charge à la Reichswehr. En 1934, il réintègre la SS avec le même grade que dans la SA avant d'être promu l'année suivante SS-Oberabschnittsführer. Son rôle entre la SA, la SS et la Reichswehr est mal connu. Les membres de la SA continuèrent longtemps de penser qu'il avait trahi la SA au profit de la SS au moment de la Nuit des longs couteaux[6]. En janvier 1935, Hitler décide de dissoudre l'Ausbildungswesen ; les 13 000 employés[7] de la structure sont requalifiés, et Krüger se retrouve sans affectation d'importance pendant plus de quatre ans.

Quatre ans de traversée du désert[modifier | modifier le code]

La dissolution de l'Ausbildungswesen est considérée comme un échec dans sa carrière, et Krüger ne doit ses attributions suivantes qu'à son amitié avec Heinrich Himmler. Le 21 février 1936, avec l'approbation personnelle d'Hitler, il est nommé inspecteur des unités de gardes frontaliers ainsi que le représentant personnel de Himmler lors d'évènements officiels du parti nazi. Il se consacre, durant ces années, à sa famille et à ses fonctions de conseiller municipal de la ville de Berlin et de membres honorifiques du Volksgerichtshof (le « tribunal du peuple » nazi). Du fait, entre autres, de sa passion pour le cheval, il est nommé inspecteur de la cavalerie SS en 1938. Il effectue de nombreux voyages de représentation pour le compte de Himmler à cette période, comme en Italie fasciste, en mars 1939. Au moment où commence l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie, il a depuis longtemps fait savoir à Himmler son désir d'être appelé à des fonctions plus importantes.

Chef de la SS et de la police en Pologne[modifier | modifier le code]

Des attributions très larges[modifier | modifier le code]

Le 4 octobre 1939, Heinrich Himmler le nomme HSSPF (Höherer der SS und Polizeiführer) du Gouvernement général de Pologne : dans le cadre de cette fonction, il est responsable de la police dans son ensemble (Sicherheitspolizei et Ordnungspolizei), de la « question juive » et de la germanisation du territoire. Dans le cadre du plan de Heydrich de créer des ghettos juifs, Krüger signe le 11 décembre 1939 un décret qui interdit aux Juifs de déménager, de sortir de chez eux entre 21 heures et 5 heures du matin et, à partir de janvier 1940, de prendre le train[8]. Hans Frank lui confie, au printemps 1940, l'exécution du plan AB-Aktion (Opération extraordinaire de pacification), qui vise à éliminer les Polonais résistants ou politiquement suspects au nom de l'ordre d'Hitler d'anéantir la classe dirigeante polonaise.

Un conflit permanent avec l'administration civile[modifier | modifier le code]

Hans Frank, Gouverneur civil de la zone occupée, est en perpétuel conflit avec Krüger et la SS, que ce soit à l'échelon central où à l'échelle des districts, comme dans celui de Lublin, où le conflit entre Odilo Globocnik et Ernst Zörner reproduit celui de Krüger avec Frank. Ce conflit n'a pas pour objet une quelconque réticence de l'administration civile envers l'extermination des Juifs, comme Frank a essayé de le défendre plus tard, mais bien des questions de pouvoirs et d'attributions[9] : Hans Frank refuse que son pouvoir soit court-circuité par l'envoyé de Heinrich Himmler dans le territoire, car Krüger n'est responsable que devant ce dernier. S'en suivent trois années de guerre ouverte, où Frank essaye de cultiver sa propre force de police, le Sonderdienst, sans succès. À la faveur d'une grosse affaire de corruption et de détournement de fonds révélée à la fin 1941, et qui touche Hans Frank, sa femme, et ses proches collaborateurs, la SS obtient que Krüger soit nommé secrétaire d'État aux question de sécurité.

La mise en place de la « Solution finale »[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative de l'attentat de l'Armia Krajowa contre Krüger, le 20 avril 1943 (Cracovie)

Le 2 septembre 1941, Himmler discute avec Krüger de la « question juive » en rapport avec le repeuplement à partir du Reich. Début octobre Heydrich informe Eichmann de la décision d'Hitler prise fin septembre de la destruction physique les Juifs. Le 13 octobre 1941, Krüger rencontre Himmler avec Odilo Globocnik pendant deux heures au cours desquelles Himmler approuve la création du camp d'extermination de Bełżec dans le cadre général d'un « nettoyage général de tout le gouvernement général des Juifs et des Polonais pour la sécurité du territoire à l'est »[10]. Le 29 novembre 1941, Krüger est invité par Heydrich à participer à la Conférence de Wannsee[11],[12]. Le 19 juillet 1942, Himmler lui écrit : « J'ordonne que la réinstallation de toute la population juive dans le Gouvernement général de Pologne soit mise en œuvre et achevée au 31 décembre 1942. Le 31 décembre 1942, il ne doit plus se trouver une seule personne d'origine juive dans le Gouvernement Général si ce n'est dans les camps de transit de Varsovie, Cracovie, Radom, Lublin et Czestochowa[13]». Le 16 février 1943, Himmler lui envoie l'ordre de vider le Ghetto de Varsovie et ensuite de le raser. Krüger dirige alors, depuis Cracovie, la destruction du ghetto par Jürgen Stroop et la SS. Stroop, une fois le ghetto écrasé, envoie un rapport à Krüger et Himmler intitulé : « Il n'y a plus de quartier juif à Varsovie ». L'État secret polonais Armia Krajowa a ordonné la mort de Krüger, mais le 20 avril 1943, une tentative d'assassinat à Cracovie échoue lorsque deux bombes lancées sur sa voiture ratent leur cible.

Le retour à la carrière militaire[modifier | modifier le code]

Alors que les tensions augmentent entre la SS et l'administration civile, Hitler refuse de désavouer Frank lors d'une réunion le 6 mai 1943, et somme les parties de se réconcilier. Himmler, s'il veut améliorer la situation, est obligé de désavouer Krüger. À la faveur d'une demande de départ en vacances de la part de Krüger, Himmler le remplace, à son poste de HSSPF, par Wilhelm Koppe. Krüger quitte la Pologne en novembre 1943 et est alors nommé à plusieurs postes successifs dans la Waffen-SS : il sert dans la 7e division SS de volontaires de montagne Prinz Eugen en Yougoslavie. En juin, il prend le commandement de la 6e division SS des volontaires de montagne dans le nord de la Finlande puis, d'août 1944 à février 1945, du 5e corps d'infanterie SS de montagne. En février 1945, il est le délégué d'Himmler sur le front allemand sud-est et en avril il dirige une unité de combat de la police d'ordre (Ordnungspolizei) rattachée au Groupe d'armées Ostmark. Lors de la Bataille de Prague, il aurait été fait prisonnier et se serait alors suicidé dans un camp américain, le 10 mai 1945. Son frère, Walter, général dans la Waffen-SS, se donne lui aussi la mort le 22 mai 1945.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Larry Vern Thompson, Nazi administrative conflict : The struggle for executive power in the general Government of Poland, 1939-1943, Phd, University of Wisconsin, 1967, pages 261-262
  2. Martin Döring, “Parlamentarischer Arm der Bewegung”, Die Nationalsozialisten im Reichstag der Weimarer Republik, Droste Verlag, Düsseldorf, 2001, page 600
  3. Adolf Hüttmann, Friedrich Wilhelm Krüger, Das Infanterie-Regiment von Lützow (1. Rhein) Nr. 25 im Weltkriege 1914-1918, Verlag Tradition, WIlhelm Kolk, Berlin, 1929
  4. Bundesarchiv Freiburg, MSG/2/13583, Kriegstagebuch der Leutnant Fried.-Wilh. Krüger
  5. Kazimierz Moczarski, Entretiens avec le bourreau, Gallimard, Paris, 2011, pages 261 et 328
  6. Thilo Vogelsang, “Der Chef des Ausbildungswesens (Chef AW)”, in : Gutachten des Institus für Zeitgeschichte, Deutsche Verlags-Anstalt, Stuttgart, 1966, page 154
  7. Heinrich Bennecke, Die Reichswehr und der “Röhm-Putsch”, Günter Olzog Verlag, München, Wien, 1964, page 27
  8. Raul Hilberg, la destruction des Juifs d'Europe, Folio/Histoire vol.1 Gallimard 1995, p. 189
  9. Édouard Husson Heydrich et la solution finale p. 493 éd. Perrin 2012 (ISBN 978-2-262-02719-3)
  10. Christopher Browning, les origines de la solution finale, Points/Histoire Seuil 2009 p. 763
  11. Raul Hilberg, op.cit., p. 346 n.32
  12. Krüger n'y participe finalement pas, car il s'est blessé assez gravement. Voir Christian Gerlach, Krieg, Ernährung, Völkermord, Forschungen zur deutschen Vernichtungspolitik im Zweiten Weltkrieg, Hamburger Edition, Hamburg, 1998, page 108
  13. Christian Baechler Guerre et exterminations à l'Est éd. Tallandier p. 380 (ISBN 978-2-286-08847-7)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • WULF, Josef, Das dritte Reich und seine Vollstrecker. Die Liquidation von 500 000 Juden im Ghetto Warschau, Arani Verlags GmbH, Berlin, 1961, pages 225-238.
  • THOMPSON, Larry V., “Friedrich-Wilhelm Krüger. Höherer SS- und Polizeiführer Ost”, in : Ronald Smelser, Enrico Syring (Hg.), Die SS : Elite unter dem Totenkopf, Paderborn, 2000, pages 320-331.
  • FRIEDMANN, Tuviah, Der Höhere SS- und Polizeiführer im Generalgouvernement, SS-Obergruppenführer Krüger, Israël, 1995, pages 1–23.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • BIRN, Ruth Bettina, Die höheren SS- und Polizeiführer. Himmlers Vertreter im Reich und in den besetzten Gebieten, Droste Verlag, Düsseldorf, 1986.
  • PRÄG, Werner, und JACOBMEYER, Wolfgang, Das Diensttagebuch des deutschen Generalgouverneurs in Polen, 1939-1945, Deutsche Verlags-Anstalt, Quellen und Darstellungen zur Zeitgeschichte, Stuttgart, 1975.
  • THOMPSON, Larry V., Nazi Administrative Conflict. The Struggle for Executive Power in the General Government of Poland 1939-1943, Dissertation, University of Wisconsin, 1967.