Archéologie nazie

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Gustaf Kossinna, l’un des archéologues ayant le plus influencé l'archéologie nazie.

L’archéologie nazie se réfère à la réécriture de l'histoire par divers dirigeants nazis, archéologues et autres savants pour qui l'étude de l'ensemble des vestiges archéologiques associée à des arguments pseudo-historiques (en) révèle les conquêtes de la « race supérieure germanique » depuis les origines de l’humanité. Mise au service de la propagande nazie, cette discipline a fourni ainsi une légitimité scientifique à l'entreprise d'épuration raciale et de germanisation menée par le Troisième Reich.

Présentation[modifier | modifier le code]

La recherche archéologique centrée sur la race aryenne débute en Allemagne après la défaite de la Première Guerre mondiale et l'humiliation du Traité de Versailles. À l'avènement du Troisième Reich, Adolph Hitler multiplie les crédits de recherche dans ce domaine par dix. Pionnier de l'organisation scientifique des fouilles archéologiques (Siedlungsarchäologie), Gustaf Kossinna est, avec son compatriote Carl Schuchhardt, l’un des archéologues les plus influents de son temps. Ses théories nationalistes sur les origines des peuples germaniques influencèrent bien des aspects de l'idéologie nazie, encore que les nazis eux-mêmes firent plutôt de Schuchhardt la caution scientifique de leurs idées.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, 86 % des archéologues allemands sont membres du parti nazi dont 20 % sont des nazis historiques (fidèles déjà membres avant l'arrivée du parti au pouvoir en 1933) et 25 % sont des SS, ce qui fait des archéologues le corps le plus nazifié d'Allemagne après les services secrets (88 %), les enseignants des écoles primaires (93 %) et la garde personnelle du Führer (95,4 %)[1].

Dès 1933, des archéologues nazis prennent contact avec leurs homologues français (tels George Montandon, Marcel Lutz, Saint-Just Péquart[2],[3]) et pendant l'l'Occupation allemande en France, effectuent des recherches sur des sites français (Mont Sainte-Odile, Carnac, Vix, etc.), participant à l'aryanisation de l'Ouest du Reich[4]. La loi Carcopino instaurée pendant le régime de Vichy en 1941 et validée en 1945 donne le cadre juridique à l'archéologie française (réunion des Antiquités préhistoriques et historiques dans les services d'archéologie uniques, organisation des services régionaux d'archéologie) jusque dans les années 1990, de même l'influence des recherches archéologiques nazies ont servi de cadre de référence aux recherches française jusqu'à la fin des années 1980[1].

La Germanie de Tacite[modifier | modifier le code]

L'idée d'utiliser l'archéologie pour la propagande nationaliste nazie est nourrie par la description positive des Germains faite par l'historien romain Tacite dans La Germanie. Tacite trouve en effet que la monogamie stricte et la chasteté des coutumes maritales germaniques sont dignes de louange vis-à-vis de ce qu'il voit comme le vice et l'immoralité rampante de la société romaine (chapitre 18). Il admire également leur hospitalité, leur simplicité et leur bravoure au combat. Ces traits caractéristiques sont tous soulignés à cause de la similarité avec l'idéal des vertus romaines

Organisations[modifier | modifier le code]

L'emblème de l'Ahnenerbe
  • Ahnenerbe : c’est au sein du RuSHA qu’Heinrich Himmler crée, en 1935, le Deutsches Ahnenerbe « Héritage des Ancêtres », institut qui a pour objet d'études « la sphère, l'esprit, les hauts faits et le patrimoine de la race indo-européenne nordique ».

La rivalité entre ces deux organisations est incarnée par Hans Reinerth (de), archéologue principal de l'Amt Rosenberg et Herbert Jankuhn (de) de l'Ahnenerbe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, Tallandier,‎ 2012, 313 p. (ISBN 978-2-84734-960-3, lire en ligne)
  2. Président de la Société préhistorique française, condamné comme milicien par la cour martiale de Montpellier et fusillé le 11 septembre 1944.
  3. « L'étrange destin des Péquart », sur La Dépêche du Midi,‎ 30 septembre 2010
  4. Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier, Bernadette Schnitzler, « Des archéologues nazis en France occupée », sur larecherche.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier et Bernadette Schnitzler, L'archéologie nazie en Europe de l'Ouest, Infolio, 2007
  • Reena Perschke, « Les mégalithes du Morbihan littoral sous l´occupation allemande (1940-1944) », Bulletin et Mémoires du Morbihan, Société Polymathique du Morbihan, tome CXXXIX, Vannes, 2013, p. 63–89.
  • Alain Schnapp, « L'autodestruction de l'archéologie allemande sous le régime nazi », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. 2, no 78,‎ 2003, p. 101-109 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]