Friedrich Jeckeln

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Friedrich Jeckeln
Friedrich Jeckeln en casquette à tête de mort et bras dans le dos avec Otto-Heinrich Drechsler  (gauche) et Hinrich Lohse (2e à gauche) (gare de Riga, Lettonie, en février 1944).
Friedrich Jeckeln en casquette à tête de mort et bras dans le dos avec Otto-Heinrich Drechsler (gauche) et Hinrich Lohse (2e à gauche) (gare de Riga, Lettonie, en février 1944).

Naissance
Hornberg
Décès (à 51 ans)
Riga
Allégeance Flag of the German Empire.svg Empire allemand
Flag of Germany.svg République de Weimar
Flag of German Reich (1935–1945).svg Troisième Reich
Arme Waffen SS
Grade Obergruppenführer
Années de service 1914 – 1946
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Commandement
  • Ve corps de montagne SS
Autres fonctions responsable des massacres de Babi Yar, Rieseberg et autres en Europe de l'Est participant à la Shoah par balles

Friedrich August Jeckeln[1] est né le 2 février 1895 à Hornberg en Forêt noire, et décédé le 3 février 1946 à Riga en République socialiste soviétique de Lettonie. Il faisait partie de la SS comme Obergruppenführer (lieutenant général) durant les années 1930, et fut nommé chef de la police en Union soviétique occupée pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il dirigeait un des plus importants groupes d'Einsatzgruppen (unité mobile d'extermination) et fut responsable personnellement d'avoir ordonné l'exécution de plus de 100 000 Juifs, Roms, Slaves et autres « indésirables » visés par le Troisième Reich. Il a été exécuté en 1946 pour ses crimes de guerre.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils d'un propriétaire d'usine, il a d'abord étudié pendant un semestre à l'école secondaire avant d'entrer à l'école polytechnique à Köthen (Anhalt). En 1913, il est mobilisé et combat sur le front ouest comme artilleur en 1915. Il obtient le grade de lieutenant en 1916 mais suite à une grave blessure il rejoint l'armée de l'air (Luftwaffe) pour s'entraîner comme pilote.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Adhésion au parti Nazi et des SS[modifier | modifier le code]

Au retour à la vie civile, il trouve un emploi d'ingénieur mais s'oriente rapidement vers la politique[2]. C'est à partir de 1930 qu'il commence son ascension rapide dans deux organisations : le parti Nazi et la SS. Il adhère au NSDAP le 1er octobre 1929 et fait une demande d'adhésion en décembre 1930 pour être intégré à la Schutstaffel (SS), acceptée un mois plus tard (1er janvier 1930) à l’époque où la SS, comparée à la SA, n’est qu’un organisme embryonnaire. Il engage alors une fulgurante ascension dans le parti et la SS. Il passe du grade de SS-Anwärter le 1er décembre 1930 au grade de général commandant de la Vème SS SS-Freiwilligen-Gebirgskorps (Corps de montagne)[3].

Après l'arrivée du parti Nazi au pouvoir[modifier | modifier le code]

En 1932, il est élu député au Reichstag, mais l'assemblée est rapidement rendue inutile avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933. De 1931 à 1933, il dirige alors la IVe section SS (SS-Abschnitt) dans les provinces de Hanovre et du Schleswig-Holstein. En même temps, il prend la direction du groupe SS « sud ».

Il prend part aux pogroms de Brunswick et à Hanovre connus sous le nom de "Nuit de Cristal".

Chef de la police de l'État de Brunswick[modifier | modifier le code]

En 1933, il est nommé chef de la Gestapo, de la police nationale et chef de la police de Brunswick par le ministre nazi de l'État libre de Brunswick, Dietrich Klagges, dont l'objectif était d'assurer un lien plus étroit entre la police et la SS. En 1932, Jeckeln était responsable des attaques à la bombe à Brunswick, par exemple, contre la maison du maire de Ernst Böhme (SPD), qui est resté indemne.
Jeckeln été décrit comme impitoyable et brutal, complaisant et dur. Il a poursuivi sans relâche et jusqu'à leur mort les opposants politiques, en particulier les membres du KPD, SPD et des syndicats.
Il est directement impliqué dans les meurtres de Rieseberg[4] comme instigateur avec ses complices, Friedrich Alpers, membre du parti et ministre de la Justice et des Finances de l'État libre et Klagges le premier ministre. Lors de cette journée du 4 juillet 1933, en réponse à la mort d’un SS, 11 militants communistes sont assassinés. En outre, il a ordonné l'assassinat d'un SS rebelle à Brunswick[5].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au cœur des Einsatzgruppen[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre, Jeckeln est rappelé au service au sein de la SS-Waffen. Comme c'était d'usage dans la SS, Jeckeln s'engage à un rang inférieur que celui qu'il avait dans l'Alltreich et sert comme officier dans le 2e régiment de la division de Totenkopf. Mais en 1941, son service sur le front terminé, il est transféré par Himmler comme chef de la Police dans la Russie de l'Est et SS de haut rang.
Il y a pour fonction d'organiser et de diriger les massacres de masse opérés par les Einsatzgruppen de la région et de mener les luttes contre les opposants. Pour cela, il a mis au point sa propre méthode pour tuer un grand nombre de personnes connue sous le nom de « la méthode de Jeckeln » ou « Sardinen Packung » (« de la boîte de sardines »). Certains membres des Einsatzgruppen, même expérimentés furent eux-mêmes horrifiés par sa cruauté. Ainsi Jeckeln a prouvé être un meurtrier très efficace et sans égard pour ses victimes, qu'elles soient non armées, âgées, ou encore des femmes et des enfants[6]. Il était entouré pour cela de groupes spécialisés pour chaque partie du processus.

La méthode initiale consiste à ce que la police régulière (Orpo) déplace les condamnés à quelques kilomètres des villages[7]. Les victimes sont dépouillées de leurs vêtements et de leurs biens. Elles creusent alors leurs propres fosses devant lesquelles elles s'alignent ensuite. On leur tire une balle dans la nuque jusqu'à ce que les fosses soient pleines, ils les recouvrent ensuite.
Jeckeln trouvait que les fosses se remplissaient trop vite, il décida alors d'allonger directement les personnes sur les corps déjà morts où les bourreaux tiraient directement une balle dans la tête des victimes. Après chaque rangée, un officier venait vérifier que tous les condamnés étaient bien morts. On les recouvrait alors d'une fiche couche de terre et le groupe suivant venait s'allonger sur eux. Ceux qui n'ont pas encore été tués finissent enterrés vivants. On rebouchait la fosse après 5 ou 6 couches.

Kamianets-Podilskyï[modifier | modifier le code]

Après l'attaque allemande contre l'Union soviétique en juin 1941, il a été nommé HSSPF (Höherer der SS und Polizeiführer, « chef de la police et de la SS ») en Russie du sud. Il commande à ses subordonnés d'assassiner en masse la population juive de l'Ukraine occidentale. Ces mesures auront pour nom les "Auskämmungsaktionen" (« mesures de ratissage »). Avec la création du Commissariat du Reich pour l'Ukraine s'est déroulé, près de la ville de Kamenets-Podolsk, l'un des massacres de masse de Juifs les plus importants de la Seconde Guerre mondiale[8]. On dénombre 23 600 juifs assassinés par ses unités entre le 28 et 31 août 1941[9]dont quelques 14 000[10] victimes avaient déjà été déportées depuis la Hongrie, les autres étant de la région[11].

Babi Yar, Rivne, et de Dnipropetrovsk[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Massacre de Babi Yar.

Le 19 septembre 1941 Kiev est prise par les troupes allemandes, et quelques jours plus tard, le 27 septembre 1941, y a lieu une réunion sur le thème « l'évacuation des Juifs locaux ». Parmi les participants figuraient Jeckeln, commandant de l'Einsatzgruppen C, Otto Rasch SS-Brigadeführer (commandant de brigade) et le commandant du Sonderkommando 4a, SS-Paul Blobel. Il y est décidé de tuer tous les Juifs.
En l'espace de deux jours, le 29 et 30 septembre 1941, les «Einsatzgruppen» ont assassiné 33 771 personnes dans le ravin de Babi Yar. D'autres massacres ont lieu le 12 octobre 1941, ce qui donne un total de 51 000 victimes. En outre, des exécutions de masse ont été réalisées à Rivne et à Dnipropetrovsk, où Jeckeln a été impliqué dans chaque cas comme en étant le principal responsable.

Ghetto de Riga[modifier | modifier le code]

Le 11 octobre, Jeckeln SS, chef de police en Russie-Nord et l'Ostland (États baltes et certaines parties du Bélarus) a été nommé et transféré à Riga.

En automne 1941, il y avait déjà un ghetto juif à Riga, où il y avait des dizaines de milliers de Juifs lettons. Jeckeln a, selon lui, reçu l'ordre de Himmler de liquider les juifs du ghetto, pour faire place à des déportés provenant du Reich allemand[12]. Jeckeln aidé de Franz Stahlecker aurait directement commencé en octobre 1941 à entreprendre l'extermination des juifs au sein de l'Einsatzgruppen A dans la région de Riga[13]. Il a alors choisi une forêt près de Riga appelée Rumbula. Il faisait tuer et enterrer les Juifs allemands dans la forêt de Bikernieki.

Le massacre de Rumbula[modifier | modifier le code]

Dans la matinée du 30 novembre 1941, les juifs allemands et lettons sont emmenés par le SD (service de sécurité et de police SS) à la forêt de Rumbula où en seulement 2 jours sont exécutés 27 500 personnes dont 21 000 femmes et enfants[14]. Les massacres de masse avaient parfois lieu en présence de « visiteurs » : les membres des forces armées et du commissariat général étaient là pour se faire une idée personnelle, certains ont même été invités par Jeckeln lui-même.
Seules trois personnes survécurent à ce massacre. Frida Michelson est l'une d'elles, elle prétendait être morte sous les chaussures entassées des victimes (plus tard récupérées par les hommes de Jeckeln). Elle raconte :

« Une montagne de chaussures m'opprimait. Mon corps était tout endolori à cause du froid et de l'immobilité. Cependant j'étais pleinement consciente. La neige avait fondu sous mon corps à cause de sa chaleur. Il y a eu un silence pendant un temps. Soudainement, on entendit un cri d'enfant venant de la tranchée « Maman, Maman, Maman ! ». Il y a eu quelques coups de feu. Puis, à nouveau le calme. Il avait été tué. »[15]

Le 30 novembre 1941, un nouveau train transportant des juifs allemands en provenance de Berlin arriva à la gare de Riga. Himmler lui aurait donné l'ordre par télégramme de ne pas les tuer, mais celui-ci arriva trop tard. Ce qui conduisit Himmler à fortement critiquer Jeckeln pour son manque d’obéissance[16].

En janvier 1942, Jeckneln reçoit une décoration de mérite de guerre (Kriegsverdienst or KVK) pour avoir tué vingt cinq mille personnes à Rumbula[17].
Depuis le 22 août 1942, Jeckeln dirigeait l'action nommée « Sumpffieber » (« fièvre des marais »). Six mille cinq cent hommes furent déployés lors de cette "action" dont le but était de tuer tout être humain se trouvant dans les marais et forêts environnant les villages de la zone d'opération. Dans cette opération, huit mille trois cent cinquante juifs furent tués, dont certains venaient du ghetto de Baranovichi. L'Action "Sumpffieber" fut arrêtée le 21 septembre 1942, Himmler l'ayant considéré comme un échec.
Dans ces opérations comme dans d'autres, Jeckeln attachait une grande importance à toujours impliquer personnellement ses hommes. Jeckeln n'était pas un technocrate calculateur, mais un fanatique anticommuniste et antisémite et jugeait, à ce titre, nécessaire d'assassiner les Juifs d’Europe.

Fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Il a servi jusqu'en janvier 1945 comme HSSPF dans les pays Baltes et en Biélorussie (Ostland).

Captivité, procès et l'exécution[modifier | modifier le code]

photographie lors du jugement de 1946

Jeckeln est capturé par les troupes soviétiques pendant l'avancée de l'Armée Rouge vers l'ouest, avec d'autres nazis qui opéraient dans le district. Ils sont jugés, du 26 janvier au 3 février 1946, par un tribunal militaire siégeant à Riga. Reconnus coupables, ils sont tous pendus le jour de la sentence devant des milliers de personnes au bord de la rivière de Daugava.

Littérature[modifier | modifier le code]

Jeckeln est présent dans le roman historique (notamment pour son rôle dans les massacres de la Deuxième Guerre mondiale) du français Jonathan Littell : Les bienveillantes, publié en 2006. Ce roman connaît un très grand succès en France et rapporte deux prix à son auteur : le Grand prix du roman de l'Académie française et le prix Goncourt en 2006.

Résumé de sa carrière SS[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. SCHULZ Andreas, WEGMANN Günter, ZINKE Dieter, "Porträt Friedrich August Jeckeln S" in Die Generale der Waffen-SS und der Polizei, Die militärischen Werdegänge der Generale, sowie der Ärzte, Veterinäre, Intendanten, Richter und Ministerialbeamten im Generalsrang, Band 2 (Hachtel-Kutschera), Biblio-Verlag, Bissendorf, 2005, p.343-357
  2. Cf « F.Jeckeln » de PRAZAN, Michaël, in Dictionnaire des assassins et des meurtriers, François Angelier et Stéphane Bou, Calmann-lévy, 2012.
  3. Plus de détails sur ses grades partie 6.
  4. Petite localité située dans la municipalité de Königslutter à quelques 30 km à l’est de la ville de Brunswick en Allemagne.
  5. Article wikipédia «  Assassinats de Riesberg » http://fr.wikipedia.org/wiki/Assassinats_de_Rieseberg
  6. EZERGAILIS, Andrew, The Holocaust in Latvia 1941-1944 -- The Missing Center, Historical Institute of Latvia (in association with the United States Holocaust Memorial Museum), Riga, 1996, p. 239-270
  7. PLASSERAUD Yves, MINCZELEZ Henri, Lituanie juive 1918-1940, message d'un monde englouti, Autrement, 1996
  8. Le Massacre de Babi Yar fait 33 770 victimes en 2 jours
  9. Pour plus de détails sur ce massacre : voir Croire et détruire : les intellectuels dans la machine de guerre SS, Christian Ingrao, Fayard, 2010, p. 273-276
  10. Christian Ingrao donne le chiffre de 11000 p.273
  11. MAZOWER Mark, Hitler's empire, Nazi rule in occupied Europe, Penguin books, 2009, p.370
  12. Browning Christopher, Les origines de la solution finale, les Belles Lettres, 2007, p.418
  13. MAZOWER Mark, Hitler's empire, Nazi rule in occupied Europe, Penguin books, 2009, p.175
  14. CHAMPONNOIS Suzanne, DE LABRIOLLE François, La Lettonie, de la servitude à la liberté, Karthala, 1999, p.314
  15. MICHELSON Frida, I Survived Rumbula, Unites States Holocaust, 1982 p. 93
  16. BROWNING Christopher, Les origines de la solution finale, les Belles Lettres, 2007, p.327-330
  17. FLEMING Gerald, Hitler and the Final Solution, University of California Berkeley, 1984, p. 99-100,: "There can be no doubt that the Higher SS and Police Leader Friedrich Jeckeln received the KVK First Class with swords in recognition of his faithful performance: his organization of the mass shootings in Riga, 'on orders from the highest level' (auf höchsten Befehl). "

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mark Mazower, Hitler's empire, Nazi rule in occupied Europe, Penguin books, 2009
  • Yves Plasseraud, Henri Minczelez, Lituanie juive 1918-1940, message d'un monde englouti, Autrement, 1996
  • Florent Brayard, La «solution finale de la question juive »: La technique, le temps et les catégories, Fayard, 2004
  • Christopher Browning, Les origines de la solution finale, les Belles Lettres, 2007,
  • Christian Ingrao, Croire et détruire: Les intellectuels dans la machine de guerre SS, Fayard, 2010
  • François Angelier, Stéphane Bou, Dictionnaire des assassins et des meurtriers, Calmann-lévy, 2012.

Sources de la traduction[modifier | modifier le code]