Quechua

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Quechua, quichua, quéchua
Qhichwa, Runasimi
Pays Argentine, Bolivie, Chili[1], Colombie, Équateur, Pérou
Région Andes, Amazonie
Nombre de locuteurs 9,6 millions
Typologie SOV, agglutinante, à accent d'intensité
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de la Bolivie Bolivie
Drapeau de l'Équateur Équateur
Drapeau du Pérou Pérou
Langue nationale :
Drapeau de la Colombie Colombie
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme en quéchua de Ayacucho, puis en quéchua de Cusco (voir le texte en français)

Punta Kaq

Lliw runakunam nacesqanchikmantapacha libre kanchik, lliw derechonchikpipas iguallataqmi kanchik. Yuyayniyoq kasqanchikraykum hawkalla aylluntin hina kawsayta debenchik llapa runakunawan.

Hukñiqin utaq ñawpañiqin

Llapa runan kay pachapi paqarin qispisqa, libre flisqa, allin kawsaypi, chaninchasqa kawsaypi kananpaq, yuyayniyuq, yachayniyuq runa kasqanman hina. Llapa runamasinwantaqmi wawqintin hina munanakunan.

standard (OHCHR).

Tukuy kay pachaman paqarimuqkuna libres nasikunta tukuypunitaq kikin ubligasyunisniyuqllataq, hinakamalla hunurniyuqtaq atiyniyuqtaq, chantaqa rasunwantaq kunsyansiyawantaq dotasqa kasqankurayku, kawsaki masipura hina, tukuy huk munakuyllapi kawsakunanku tiyan.
Carte
Aire linguistique du quechua en Amérique du sud.
Aire linguistique du quechua en Amérique du sud.

Le quechua[2] (prononcé en français : /ket.ʃwa/[3],[4] ou /ket.ʃu.wa/[5]) ou quichua (prononcé en français : /kit.ʃwa/[3],[5]) est une famille de langues parlées au Pérou, où il a le statut de langue officielle depuis 1975, ainsi que dans d'autres régions des Andes, du sud de la Colombie au nord-ouest de l'Argentine. Sa variante équatorienne est appelée kichwa, ou quichua. Il compte environ dix millions de locuteurs[6], dont un million et demi en Équateur[7], plus de quatre millions au Pérou[8] et près de trois millions en Bolivie[9], tout en étant également parlé localement au nord du Chili[1]. Il se subdivise en de nombreuses variétés. La plus répandue (sud du Pérou et Bolivie) est le quéchua dit « cuzquègne », qui possède une tradition écrite ancienne remontant à l'époque coloniale (XVIe siècle).

Le quechua était la lingua franca de la civilisation inca (mais non sa langue officielle, laquelle était l'aymara). L'extension territoriale actuelle du quechua est due au fait qu'il a été promu au rang de lengua general par la couronne espagnole.

Histoire[modifier | modifier le code]

Avant le développement de l'empire inca, le quechua était la langue des Chinchas qui vivaient dans la région côtière autour de l'actuelle ville de Lima et qui comprend notamment le temple de Pachacamac. Durant le Ier millénaire apr. J.-C., la langue se serait propagée dans un premier temps via les échanges commerciaux entre les Chinchas et les peuples voisins, notamment à Cajamarca et jusqu'en Équateur[10], sans nécessairement s'y imposer comme langue vernaculaire. Selon le linguiste Nicholas Ostler, le quechua est devenu la langue impériale des Incas après l'annexion des territoires des Chinchas sous le règne de Pachacutec[10]. Durant les générations suivantes, la langue s'est propagée dans une grande partie de l'empire inca grandissant, soit par une politique de colonisation[11], soit comme le rapportait l'historien jésuite Blas Valera (en) en éduquant directement à Cusco les héritiers des territoires vassalisés, lesquels devaient en retour transmettre le quechua à leur descendance[12].

Distribution géographique[modifier | modifier le code]

Les langues quechuas sont parlées dans une large zone géographique discontinue dans l’ouest de l’Amérique du Sud, du sud-ouest de la Colombie jusqu’au nord de l’Argentine[13].

Le nord : l’Équateur, la Colombie et le Loreto[modifier | modifier le code]

Entre le sud-ouest de la Colombie, l’Équateur et l’extrémité nord de l’Amazonie péruvienne prédomine la variante du quechua appelée kichwa. Cette variante s’étend de régions discrètes des départements de Nariño, Putumayo et Cauca (Colombie) jusqu’aux versants nordiques du fleuve Amazone dans le département de Loreto (Pérou), passant au travers d’une grande partie de la sierra équatorienne et de l’Oriente.

Le nord-est du Pérou[modifier | modifier le code]

Deux variantes apparentées au kichwa sont parlées dans les départements péruviens d’Amazonas et de San Martín. Le quechua chachapoyas est employé dans les montagnes amazoniennes tandis que le quechua de San Martín est employé sur les versants des rivières Mayo et Sisa. À l’ouest, le quechua cajamarca est utilisé dans les environs de la ville de Cajamarca, dans des localités telles que Chetilla et Porcón. La variété d’Incahuasi-Cañaris, intelligible avec la variété cajamarca, s’étend au nord-est dans les districts andins de Incahuasi et de Cañaris (Lambayeque) et à proximité dans les provinces de Cutervo et de Jaén (Cajamarca), ainsi que dans un village éloigné de la province voisine de Huancabamba (Piura)[14].

Centre du Pérou[modifier | modifier le code]

Dans les Andes péruviennes sont principalement parlées les variétés de la famille Quechua I. Elles forment un continuum dialectal réparti entre les départements de Áncash et Huánuco au nord, et ceux de Junín, Huancavelica et Ica au sud, incluant les départements de Pasco et Lima.

Le dialecte le plus parlé dans ces régions est le quechua ancash, employé dans l’extrême nord (Áncash et le nord-ouest de Huánuco). Le quechua huanca est employé dans les provinces de Huancayo, Chupaca et Concepción situées dans le département de Junín. Au sud, dans le département de Lima, deux dialectes de la famille Quechua II partagent leur superficie avec les variétés de la famille Quechua I de la province de Yauyos : l’un est situé dans le district de Laraos et le second au sud de la province[14].

Phonologie[modifier | modifier le code]

Un locuteur du quechua enregistré aux États-Unis.

Le quechua dit « normalisé » a trois voyelles : /i/, /a/ et /u/, généralement réalisée [æ], [ɪ], [ʊ].

Chaque consonne occlusive (labiale, dentale, palatale, vélaire et uvulaire) a une variante simple, une variante glottale et une variante aspirée (exemple : p, p' et ph).

Consonnes[modifier | modifier le code]

phonèmes consonnes du quechua cusco.
Bilabiale Alvéolaire Palatale Vélaire Uvulaire Glottale
Nasale m n ɲ
occlusive simple p t k q
aspirée tʃʰ
éjective tʃʼ
Fricative s ʃ h
Spirante Centrale j w
latérale l ʎ
Rhotique ɾ
phonèmes consonant du kichwa imbabura[15]
Bilabiale Alvéolaire Palatale Vélaire
Occlusive p t k
Affriquée ts
Fricative simple ɸ s ʃ x
voisée z ʒ
Nasale m n ɲ
Latérale l
Rhotique ɾ
Spirante j w

Syntaxe et morphologie[modifier | modifier le code]

Le quechua est une langue agglutinante, exclusivement suffixante.

Le nom est constitué d'une base à laquelle viennent s’ajouter, toujours dans cet ordre, une série de suffixes possessifs, la marque de pluriel -kuna, puis en dernier les marques casuelles (le tout éventuellement suivi d'un enclitique). Aucun de ces suffixes n'est obligatoirement présent, la base nominale nue représente le cas nominatif. Le genre grammatical est inconnu en quechua, de même que les articles définis ou indéfinis, et l’opposition singulier/pluriel est moins systématiquement utilisée que dans les langues indo-européennes.

Le verbe, situé en fin de phrase, comporte obligatoirement une base et au moins un suffixe (contrairement à la base nominale qui peut apparaître seule) : il est constitué de marques de temps, d'aspects, de transitions, de post-verbes et de marques de la personne.

La première personne du pluriel est dédoublée en « nous inclusif » (nous, y compris toi) et « nous exclusif » (nous, mais pas toi).

Le quechua est particulièrement riche et nuancé pour exprimer l'implication du sujet dans les processus exprimés, et notamment les modalités de sa connaissance desdits procès (l'évidentialité).

Valeurs graphiques[modifier | modifier le code]

  • le « r » quechua est roulé comme « à l'espagnole »
  • le « h » est aspiré
  • le « ch » se prononce « tch »
  • le « ll » se prononce « à l'espagnole », ou comme « gl » en italien (« l » mouillé, dans lluvia, figlio)
  • le « p' », le « t' » et le « ch' » sont des « p », « t » et « ch » glottalisés : la voix du locuteur s'interrompt une fraction de seconde après l'émission de la consonne, puis prononce la voyelle qui suit bien détachée de la consonne, au lieu d'enchaîner les deux sons comme dans une syllabe banale.

Lexique[modifier | modifier le code]

Exemples[modifier | modifier le code]

Exemples de quelques mots en Quechua (avec leur prononciation approchée)
Mot français Traduction Prononciation approchée
terre allpa alpa
ciel hanaqpacha hanarpatcha
eau unu / yaku ounou / yacou
feu nina nina
homme runa rouna
femme warmi warmi
manger mikhu-y micouille
boire upya-y oupiaille
grand hatun hatoun
petit huch'uy houtchouille
nuit tuta touta
jour p'unchaw pountchaw

Emprunts français[modifier | modifier le code]

Quelques mots d'origine quechua se sont introduits en français par l'intermédiaire de l'espagnol, notamment alpaga, condor, coca, guano, lama, pampa, puma, quinoa, et vigogne.

Controverse orthographique[modifier | modifier le code]

Une controverse orthographique oppose les partisans de l'écriture du quechua avec trois voyelles (trivocalistes) à ceux qui préfèrent employer les cinq voyelles de l'espagnol (pentavocalistes). Il est généralement admis que, d'un point de vue phonologique, les locuteurs totalement quechuaphones ne distinguent que trois voyelles ([a], [i] et [u]). Cependant, les locuteurs bilingues (également hispanophones), qui ont souvent appris à écrire en espagnol, ont tendance à noter cinq voyelles comme dans cette dernière langue (ils noteront tantôt i, tantôt e là où les trivocalistes préconisent l'usage unique de i, et tantôt u, tantôt o, là où les trivocalistes préconisent de n'utiliser que u).

Trivocalistes et pentavocalistes sont généralement d'accord pour admettre que ces variantes sont des allophones et ne sont donc pas porteuses de sens. Elles se manifestent pour des raisons de physique articulatoire, en présence des consonnes dites uvulaires ou post-vélaires, mais pratiquement pas dans d'autres cas.

L'opinion la plus couramment admise aujourd'hui parmi les universitaires préconise donc de limiter à trois voyelles la transcription de cette langue, afin d'éviter la multiplication inutile de variantes de graphies selon les dialectes et les transcriptions. Cette position reste cependant contestée par beaucoup d'autochtones, lesquels la jugent paradoxalement intellectualisante et déconnectée de la réalité (paradoxe, puisque le système phonologique du quechua se réduit à trois voyelles; mais ce paradoxe s'explique par la prégnance des modèles hérités de la colonisation).

Elle présente aussi l'inconvénient de rendre caducs de nombreux ouvrages (dictionnaires, grammaires, anthologies…) rédigés avec l'orthographe pentavocaliste. Enfin, elle néglige le fait que le quechua contemporain fait des emprunts de vocabulaire à la langue espagnole — qui, elle, fait sans l'ombre d'un doute appel à cinq voyelles. Et dans ce cas, ou bien le mot conserve la trace de son origine étrangère au quechua et il faut le transcrire avec les normes espagnoles, ou il s'intègre au système phonologique quechua, c’est-à-dire à un système trivocalique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (es) « Pueblos originarios : quechua », sur chileprecolombino.cl, (consulté le 7 janvier 2020)
  2. Le mot peut aussi s'écrire en français avec un accent aigu (quéchua) ; on trouve plus rarement les variantes quéchoua, quitchua, kitchoua ou quichoa.
  3. a et b Définitions lexicographiques et étymologiques de « quechua » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  4. Orthographe et prononciation en français, Léon Warnant, Louis Chalon
  5. a et b « quechua », dictionnaire Larousse
  6. (en) Fiche langue[que]dans la base de données linguistique Ethnologue.
  7. Languages of Ecuador dans ethnologue.com.
  8. Languages of Peru dans ethnologue.com.
  9. Languages of Bolivia dans ethnologue.com.
  10. a et b (en) Nicholas Ostler (en), Empires of the word, Harper Collins, Londres, 2005, (ISBN 0-00-711870-8)
  11. Selon Inca Garcilaso (Comentarios Reales, part I, vii.2.), les « mítmacs » (colons quechuas) étaient implantés dans les territoires conquis afin de les repeupler.
  12. Cité par Inca Garcilaso, Comentarios Reales, part I, vii.3.
  13. Encyclopædia Universalis, « QUECHUA », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 14 décembre 2020)
  14. a et b (en) Rodolfo Cerrón-Palomino, « Language policy in Peru: A historical overview », International Journal of the Sociology of Language,‎ , p. 11-34
  15. Cole 1982, p. 199.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • César Itier, Parlons quechua : la langue du Cuzco, Éditions L'Harmattan, 1997.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]