Kanaky

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Kanaky est le nom donné à la Nouvelle-Calédonie par les indépendantistes depuis les années 1970, et dérive du mot polynésien « Kanaka » imposé par les colonisateurs anglais dans le Pacifique. Le terme est inventé par Roselène Dousset-Leenhardt, la fille du pasteur Maurice Leenhardt[1]. Kanak désigne désormais les Mélanésiens de cet archipel. Après la création du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) le , le boycott actif des élections territoriales du 18 novembre suivant et l'entrée dans la période dite des « Événements » (1984-1988), les indépendantistes choisissent d'obtenir l'indépendance par la force et créent certaines institutions et symboles qui doivent servir de base au futur État baptisé « Kanaky » (le « y » final est utilisé pour éviter la confusion avec la « Kanaki » déjà existante de Naxos en Grèce) [2].

Les institutions indépendantistes des années 1980[modifier | modifier le code]

Dès le est créé un « Gouvernement provisoire de Kanaky » (GPK)[3], véritable exécutif parallèle et clandestin ayant autorité sur les zones contrôlées par le FLNKS. Il est présidé par Jean-Marie Tjibaou (leader du FLNKS, UC) et, outre ce dernier, comprend quatre membres[4] :

Il est élu par une « Convention nationale de Kanaky » (CNK) composée de 37 « députés » désignés par les conventions régionales des comités de lutte locaux (un comité est établi par commune initialement pour y organiser le boycott actif, les barricades, les coups de force et occupations de propriétés publiques ou privées appartenant à des Calédoniens d'origine européenne, le comité de lutte est également chargé à partir du congrès de Nakéty de l'organisation économique et sociale). Il est pourtant contrôlé et subordonné, tout particulièrement après le congrès de Nakéty de février 1985, par le bureau politique (BP) du FLNKS, composé de deux représentants par parti et « groupe de pression » formant le front. Le GPK est à partir de là chargé d'entériner les décisions du congrès et du BP, de les faire appliquer et connaître et d'administrer le mouvement indépendantiste.

Le , au nom du GPK, Jean-Marie Tjibaou dépose — un mois après le référendum d'autodétermination organisé par le gouvernement français et boycotté par le FLNKS qui a vu toutefois l'indépendance rejetée par 98,3 % des suffrages exprimés et par 58,1 % des inscrits — à l'ONU un projet de constitution pour la « Kanaky », « république démocratique, laïque et socialiste » qui aurait pour fondement social la coutume traditionnelle kanak et pour principe économique le socialisme, souhaitant donner une forme juridique au principe de l'Indépendance kanak socialiste (IKS) défendue par le FLNKS. L'organisation territoriale souhaitée prévoit trois niveaux de gouvernement : local (communes), régional (les huit aires coutumières traditionnelles kanak) et national (avec pour capitale Nouméa, qui aurait un statut à part), chaque échelon étant dirigé par une assemblée (élue par les seuls Kanak, sur le modèle des comités de lutte, conventions régionales et convention nationale déjà appliquée par le FLNKS) et une instance coutumière (conseil ou sénat, principe repris ensuite par les statuts issus des Accords de Matignon en 1988 puis de Nouméa en 1998), afin d'« administrer ou coadministrer [...] le patrimoine naturel du peuple indigène ». Le français serait reconnu comme langue véhiculaire officielle et des accords de coopération avec la France seraient établis[5].

Si, après les Accords de Matignon, le GPK et toutes les institutions parallèles du FLNKS sont dissoutes, le terme de « Kanaky » reste le terme essentiellement utilisé par les indépendantistes pour désigner l'État souverain qu'ils souhaitent voir naître un jour.

Le drapeau Kanaky[modifier | modifier le code]

Le « drapeau Kanaky »

Le même jour que l'installation du GPK le est hissé pour la première fois à la tribu de La Conception au Mont-Dore le drapeau dit « de Kanaky »[6], « Kanaky »[7] ou « indépendantiste »[3]. Celui-ci est toujours utilisé comme emblème par tous les partisans de l'indépendance : jusqu'en 2010, il flotte généralement aux côtés du drapeau français et du pavillon municipal dans les communes dont le maire est indépendantiste[8] et est devenu un motif fréquent sur tissus et vêtements. Il est toutefois rejeté par l'ensemble des non-indépendantistes et plus particulièrement par ceux issus de communautés non mélanésiennes.

Le drapeau est à cinq couleurs (bleu, rouge, vert, jaune et noir). Il comprend trois bandes horizontales (de haut en bas : bleu, rouge et vert) surmontés d'un cercle jaune légèrement décalé sur la gauche et comportant en son centre, en ombre chinoise, une flèche faîtière de case traditionnelle kanak percée d'une toutoute. Sa symbolique est ainsi expliquée par Jean-Marie Tjibaou[9] :

  • « Vert qui symbolise la terre, les ancêtres, la richesse du sol et l'espoir »,
  • « Rouge qui symbolise le sang versé dans la lutte, le socialisme et l'unité du peuple »,
  • « Bleu qui symbolise le ciel et le Pacifique environnant »,

En outre, Jean-Marie Tjibaou tenait à ce que les couleurs initiales de la Révolution française restent présentes (à l'exception du "blanc monarchique") "en rappel du peuple qui se soulève contre l'oppresseur et de la déclaration des droits de l'homme" (discours du 5 décembre 1984).

  • « Et le Soleil, sur lequel s'inscrit en noir la Case avec la flèche faîtière et son Toutoute ». La flèche faîtière à toutoute stylisée est un symbole largement réutilisé notamment dans des emblèmes de collectivités locales contrôlées par les indépendantistes et majoritairement peuplées de Kanak : elle figure ainsi sur les pavillons des Provinces Nord et Îles Loyauté, mais aussi dans le blason de la Nouvelle-Calédonie. Elle représente le « frère aîné », à savoir le chef de clan, ou, aux Îles Loyauté, le grand chef du district, et est donc devenu le symbole de l'organisation clanique et coutumière kanak[10],[11],[12].

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]