Tourisme de masse

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Tourisme de masse au Mont-Saint-Michel.

Le tourisme de masse est un mode de tourisme qui est apparu en raison de la généralisation des congés payés dans de nombreux pays industrialisés, la croissance du pouvoir d’achat, dans les années 1960 permettant aux « masses » populaires, à la part la plus conséquente de la population, de voyager et de soutenir le secteur économique du tourisme[1]. Ce qui suppose des coûts de vacances amoindris, favorisés par des moyens de transports et d'hébergement plus accessibles.

Depuis la fin des années 2010, l'expression de surtourisme est apparue pour désigner la surfréquentation et donc la saturation réelle ou perçu des sites touristiques. Le surtourisme est définit notamment par cette « croissance excessive du nombre de visiteurs qui conduit à une saturation de certains espaces où les pics touristiques temporaires ou saisonniers ont une incidence négative permanente sur le mode de vie, le confort et le bien-être des riverains »[2]. Ce néologisme s'est accompagné d'un autre, la tourismophobie, (notamment en Espagne), qualifiant le rejet, sur certains territoires, de ce tourisme et de ses diverses conséquences sur le mode de vie des populations hôtes[3].

Description[modifier | modifier le code]

Tourisme de masse sur un endroit limité : la dune 45 dans le désert du Namib.

La première expérience de tourisme de masse a lieu en 1841, lorsque Thomas Cook (1820-1890), homme d’affaires britannique organise un voyage en train entre Leicester à Loughborough, pour 500 militants d'une ligue de vertu antialcoolique. L'écrivain Martin de Viry note : « C'est la première fois qu'on rassemble des gens dans une gare, qu'on les compte, qu'on vérifie s'ils sont bien sur la liste, qu'on déroule un programme. Les racines religieuses puritaines ne sont pas anodines. Il y a comme un air de pèlerinage, de communion collective, dans le tourisme de masse. Le tourisme est très religieux. Et il y a en effet quelque chose de sacré au fait de pouvoir disposer de la géographie du monde pour sortir de soi »[4]. C'était la première agence de voyage créée par Thomas Cook qui par la suite a été utilisée pour visiter l’Exposition universelle de 1851 (Londres), enfin pour des voyages trans-Manche sur les côtes françaises. Les entreprises ferroviaires puis les industries automobiles créent des guides pour promouvoir leur activité en suscitant le désir de voyager[5].

Contrairement aux formes classiques de tourisme, qui visent la pratique d'une activité (tourisme religieux, œnotourisme, etc.) ou la découverte d'un type de site, de paysage ou de culture (tourisme de mémoire, tourisme vert, tourisme fluvial, etc.), le tourisme de masse est davantage une appellation théorisée par les études scientifiques sur la pratique touristique, un jugement analytique, même si certains lieux (grand site, ville monde, Patrimoine mondial de l'Unesco, etc.) et certaines activités, les plus médiatisées et les plus démocratisées, supportent particulièrement cette forme de tourisme, en donnant à un site une notoriété qui peut inciter un plus grand nombre de gens à le visiter.

Le voyage est généralement considéré comme un droit pour tout être humain, notamment défendu par l'Industrie du voyage et l'Organisation mondiale du tourisme (OMT)[6]. Le « tourisme social » est le mouvement de démocratisation du tourisme, perceptible depuis les années 1960 également : création du Bureau International du Tourisme Social (BITS) à Bruxelles en 1963, et adoption à l'unanimité de la « Déclaration de Manille » par les membres de l'Organisation mondiale du tourisme en 1980.

Les facteurs qui ont contribué à la propagation du tourisme massif, sont entre autres la hausse du niveau de vie, l'allongement des congés payés, la diffusion de l'automobile et le développement des infrastructures routières, le développement de moyens de transports aériens pas cher comme les vols charter, le développement des agences de tourisme et produits touristiques, hôtellerie de chaîne de grande capacité comme le club Med et hébergement à bas prix comme les villages de vacances[7],[8].

Le voyage à forfait est typique du tourisme de masse, ainsi que la concentration de lieux de villégiature sur un endroit limité : c'est là où les touristes séjournent en masse.

Conséquences du tourisme de masse[modifier | modifier le code]

Benidorm (Espagne), symbole du tourisme de masse.

Le tourisme de masse a souvent des répercussions négatives sur la population locale et l'environnement. Des déchets sont produits en masse, beaucoup d'énergie et d'eau sont nécessaires. L'eau, une denrée rare dans les pays chauds attractifs, est particulièrement gaspillée au sein des grands complexes hôteliers, au détriment des populations locales (eau courante, irrigation, etc.). En moyenne dans les régions tropicales, 27 litres d'eau sont consommés par jour et par habitant contre 100 litres par jour et par touriste (données ministérielles, 2005). En bord de mer, cette eau est le plus souvent pompée directement dans la nappe phréatique, ce qui a régulièrement pour conséquence un affaissement du sol et une infiltration du sable des plages, celui-ci comblant les vides souterrains formés. Dans ce cas de figure, les plages concernées ont ainsi tendance à disparaître, ce qui fait baisser d'autant la fréquentation touristique.

Les moyens de transport multiples utilisés par les voyageurs contribuent à l’émission du CO2 et les gaz à effet de serre, des milliers d’avions de touristes atterrissent et décollent (Le tourisme, c’est aussi 60% du trafic aérien[9]), des bus touristiques circulent quotidiennement, ainsi que les bateaux de croisières qui longent les littoraux (un bateau de croisière produit 7000 tonnes de déchets par an[10])

Des impacts sur les animaux sauvages ont été constatés comme la prise de photos Selfie avec certains animaux rapportés par l'ONG World Animal Protection.

Des mouvements anti-touristes ont vu le jour dans plusieurs villes dénonçant le tourisme massif par les locaux, ce tourisme qui a des impacts sur le quotidien des habitants qui ne trouvent plus leur place. Ces mouvements de rejet, vont continuer à se développer, avec des manifestations comme « Tourist go home », qui existent déjà à Barcelone, Venise ou Dubrovnik. Cette tendance ne va faire que s'amplifier, avec une forme de mésentente et d’hostilité sourde. Elle prend des formes plus violentes encore dans le cadre de régionalismes au Pays basque ou en Corse, avec des résidences secondaires taguées : « Le pays basque n’est pas à vendre »[11].

Des manifestations des populations ont pris place dans plusieurs villes, ce genre de révolution pourrait donner naissance à certains mouvements qui à leur tour, pourraient avoir une influence politique comme le cas de la Catalogne voulant se séparer de l’Espagne, durant le référendum le tourisme avait baissé, « la Catalogne a vu le nombre de ses visiteurs étrangers se contracter de près de 5% depuis le référendum sur l’indépendance du 1er octobre dernier »[12].

Le tourisme massif produit « des effets extrêmement clivants sur la population locale : d'un côté des gens s'enrichissent, et de l'autre des gens subissent, sont prolétarisés et marginalisés »[13].

Le tourisme apporte son lot d’impact sur la population locale qui ne trouve plus sa place dans les grandes villes achalandées. Des phénomènes ont été observés dus au tourisme massif, tel que la prostitution enfantine et adulte (appelé communément tourisme sexuel ), déplacement des populations pour laisser place aux projets immobiliers dans l'hôtellerie, la croissance du crime et trafic de drogue.

Règlementation[modifier | modifier le code]

La première fois que les puissances mondiales ont essayé de régulariser le tourisme, c'était en 1925, entre les deux guerres mondiales, alors qu'il était considéré comme un problème de trafic. Plusieurs pays européens ont créé le Congrès international des associations officielles de circulation touristique afin de minimiser les formalités douanières à l’égard des touristes. Ce petit bureau était à l’origine de l’Organisation mondiale du tourisme.

Neuf ans plus tard, le tourisme a été recalibré en une propagande ou un dossier de relations publiques axé sur la diffusion de l'information sur où et comment voyager. Dans cette incarnation, le bureau a été nommé Union internationale des organisations de propagande touristique. Enfin, après la Seconde Guerre mondiale, il a été décidé que le tourisme atteignait le niveau des relations gouvernementales nécessitant la coordination des agences de tourisme de divers pays, comme l'Office national du tourisme français et l’Italien Ente Nazionale per le Industrie Turistiche[14].

Afin de limiter les différentes répercussions du tourisme massif, des mesures peuvent être prises, en fixant des quotas en termes de nombre de personnes sur les sites touristiques, rendre les accès payant en exigeant des frais d’entrée par site et par type de lieu, la mise en place de régulations immobilières permettant l’encadrement du secteur de la construction des hôtels incluant les nouveaux immeubles tout comme l’expansion des existants, voire même instaurer des règles interdisant  de bâtir des hôtels dans certaines villes et lieux. Établir des mesures serrées pour les hébergements style Airbnb, auberges, échange de domicile et autres ainsi que prescrire des limitations à l’accès à des résidences secondaires. À Barcelone, une loi sur la quantité de lits disponibles (actuellement estimée à 175 000) connue par « Plan spécial d’hébergement touristique » régule l’octroi des permis tant au niveau des hôtels que des appartements. D’autres mesures de contrôle peuvent être envisagées comme le contrôle des visas d’entrée aux pays, la gestion des flux (des horaires d’accès strictes) et le contrôle des transports aériens, terrestres et maritimes.

Aude Lenoir, analyste en veille stratégique à la Chaire de tourisme Transat, affirme que certaines de ces mesures sont difficiles à implémenter et demeurent en mode projet pour certaines destinations.

Critique au regard de l'histoire du tourisme[modifier | modifier le code]

Le tourisme est apparu au XVIIIe siècle : il s'agissait alors généralement d'aristocrates confrontés à des mondes où les valeurs ne sont pas les mêmes que les leurs, où le danger est prégnant et où un sens « initiatique » existe. Au XIXe siècle, les bourgeois imitent les voyageurs du siècle précédent, afin d'acquérir, par mimétisme, leur statut social, mais en abandonnant le fond même de l'idée de voyage. Dans le siècle suivant, le tourisme poursuit cette entreprise qui déconnecte le « voyage » de son objectif intellectuel initial, notamment par le tourisme de masse, mais aussi par ceux qui le rejettent : en effet, les destinations sont généralement connues d'avance et le tourisme n'a plus un but de perfectionnement humain. L'objectif principal est désormais de s'amuser et de se détendre, dans des atmosphères qui tendent à s'uniformiser, voire s'aseptiser, avec une importance forte du marketing[4].

Dans le Manuel de l'Antitourisme, Rodolphe Christin observe que « [l]'un des paradoxes du tourisme d'aujourd'hui est de tuer ce dont il vit, en véritable parasite mondophage. Celui-ci préfère le divertissement à la diversité ; le premier est en effet plus confortable car il ne remet rien en cause. Ainsi le touriste déclare son amour à cette planète dans ses moindres recoins, et, ce faisant, il contribue à l'épuiser impitoyablement »[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bertrand Réau, Les Français et les vacances : Sociologie des pratiques et offres de loisir, CNRS, , 235 p. (ISBN 9782271072023)
  2. Traduction extraite de l'article « Le grand ras-le-bol européen contre le “surtourisme” », Der Spiegel - Hambourg, 6 septembre 2018 publiée sur le site de courrierinternational.com (version en ligne) citant la définition de (en) Claudio Milano, Marina Novelli & Joseph M. Cheer, « Overtourism: a growing global problem » (2018) (version en ligne).
  3. (es) Raquel Huete, Alejandro Mantecón, "El auge de la turismofobia ¿ hipótesis de investigación o ruido ideológico ? ", Pasos, vol. 16, n°1., pp. 9-19, 2018.
  4. a et b Martin de Viry, interviewé par Eugénie Bastié, « Tourisme pour tous ! Comment la modernité a tué le voyage », lefigaro.fr, 25 juillet 2014.
  5. Saskia Cousin et Bertrand Réau, « L'avènement du tourisme de masse », magazine,‎ mars-avril-mai 2011
  6. L'organisation Mondiale du Tourisme affirme « le droit au tourisme et à la liberté des déplacements touristiques ». Voir le Code mondial d'éthique du tourisme
  7. André Girod, Le tourisme de destruction massive, L'Harmattan, , 274 p. (ISBN 978-2-296-55565-5, lire en ligne), p. 11, 12
  8. Alain Mesplier, Pierre Bloc-Duraffour, Le tourisme dans le monde, éditions Bréal, (lire en ligne), p. 306.
  9. « Les conséquences négatives du tourisme », Consommer Responsable,‎ (lire en ligne, consulté le 8 septembre 2018)
  10. « Les conséquences négatives du tourisme », Consommer Responsable,‎ (lire en ligne, consulté le 8 septembre 2018)
  11. Annabelle Laurent, « Le rejet du tourisme de masse va s'amplifier », Usbek & Rica, 14/07/2018
  12. Alexandre Decroix, « Catalogne : le tourisme en nette baisse depuis le référendum d’indépendance », www.lci.fr, 30 nov. 2017.
  13. Katia DOLMADJIAN, « Le tourisme de masse va-t-il «s'autodétruire»? », La Presse,‎ (lire en ligne, consulté le 8 septembre 2018)
  14. (en) Elizabeth Becker, Overbooked : The Exploding Business of Travel and Tourism, Simon & Schuster, , 464 p. (ISBN 1439160996 et 978-1439160992)
  15. Manuel de l'anti-tourisme – Extraits, République & Révolution - Blog de Galaad Wilgos

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Deprest F. (1997), Enquête sur le tourisme de masse, l’écologie face au territoire, Paris, Belin, 207 p.
  • Herbin J. (coord.) (1992), Tourisme et environnement, Actes du colloque de La Rochelle, La Documentation française, 270 p.
  • Lazzarotti O. (2003), « Tourisme et patrimoine : ad augusta per angustia », Annales de Géographie, n° 629, janvier-février, p. 91-110.
  • Origet du Cluzeau C. (2000), Le tourisme culturel, PUF, coll. Que sais-je ?, n° 3389, 128 p.
  • Patin V. (2005), Tourisme et patrimoine, Paris, Études de la Documentation française, 2e éd., n° 5211, 176 p.
  • Planel-Marchand A. (1981), La protection des sites, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, n°1921, 128
  • Marin de Viry (2010), Tous touristes, Café Voltaire, Flammarion.
  • Rachid Amirou (2012), L'imaginaire du tourisme, CNRS éditions.
  • Elizabeth Becker (2015), Overbooked : the Exploding Business of Travel and Tourism, éd. Simon and Schuster.
  • André Girod, Le tourisme de destruction massive, L'Harmattan, 2011