Tibère II Constantin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Tibère II Constantin
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Tibère II Constantin
Solidus d'or de Tibère II.
Règne
-
(3 ans, 10 mois et 9 jours)
Période Dynastie justinienne
Précédé par Justin II
Suivi de Maurice
Biographie
Nom de naissance Flavius Tiberius Constantinus Augustus
Naissance vers 520-535
Décès
Constantinople (Empire byzantin)
Épouse Ino Anastasia
Descendance Constantina (impératrice)
Empereur byzantin

Tibère II Constantin (latin : Flavius Tiberius Constantinus Augustus, grec ancien : Τιβέριος Β′ Κωνσταντίνος) (vers 520/535-), est un empereur byzantin de 578 à 582. Thrace d'origine, il appartient à la dynastie justinienne. Tiberius était un général des armées byzantines et commandant des excubites, reconnu pour ses qualités militaires et diplomatiques. Il se distingue sous le règne de Justin II et parvient à se faire nommer César en 574. À la veille de la mort de Justin II, il se fait nommer Auguste et dirige l'Empire à partir de 578. Il nomme Maurice comme Auguste le qui lui succède comme empereur[1].

Tibère parvient à s'immiscer au plus près du pouvoir par le truchement de Sophie, l'épouse de Justin II, qui en fait son fils adoptif. Il est élevé au rang de César le et commence dès lors à exercer les fonctions exécutives de l'État en raison de la folie qui touche l'empereur. Nommé Auguste le , il devient seul empereur le 5 octobre et prend le nom de Constantin. Durant son court règne, Tibère II est d'une grande libéralité, il accorde de généreuses baisses d'impôt qui dégradent les finances de l'Empire mais lui valent une grande popularité.

Sur le plan militaire il remporte des succès face aux Perses en Arménie, mais doit abandonner Sirmium aux Avars en 581. De même, il ne lui est pas possible d'empêcher les tribus slaves de pénétrer en Thessalie et en Thrace.

Il meurt (empoisonné ou d'une indigestion ?) le , quelques jours après avoir désigné officiellement son gendre Maurice, époux de sa fille Constantina comme son successeur, en lui accordant le titre de César.

Sa carrière militaire[modifier | modifier le code]

Tibère est né en Thrace au milieu du VIe siècle et plusieurs sources syriaques en font le premier empereur de langue grecque[2]. Les débuts de sa vie sont méconnus jusqu'à ce qu'il soit nommé notarius. C'est à ce poste qu'il rencontre le futur empereur Justin II, par l'entremise du patriarche Eutychius de Constantinople après 552[3]. Les deux hommes deviennent rapidement amis[4] et, grâce à l'aide de Justin, Tibère devient comte des Excubites de 565 à 574, après avoir été l'adjoint du général Marinus jusqu'à sa mort. Il devient donc le chef de la garde impériale, ce qui lui assure une grande proximité avec le pouvoir. Il est notamment présent lors de l'intronisation de Justin II sur le trône en 565 et constitue un de ses soutiens dans la rivalité qui oppose Justin à Germanus, le cousin de Justinien et qui convoite un temps le pouvoir suprême[5].

Dès son arrivée sur le trône, Justin est confronté à la menace des Avars qui viennent de s'installer en Pannonie. Il refuse de poursuivre le paiement du tribut annuel et nomme Tibère comme magister utriusque militiae pour poursuivre les négociations. Tibère finit par accorder aux Avars de s'installer dans les Balkans, à la condition que plusieurs de leurs chefs viennent à Constantinople comme otages[3]. Néanmoins, Justin refuse cet accord. Il veut que les otages viennent de la famille même du khan, ce que celui-ci rejette. Tibère passe alors de la négociation à la guerre. En 570, il bat les Avars en Thrace et repart pour Constantinople, avant de revenir exploiter son succès. Cette fois, il est vaincu et n'échappe que de justesse à la mort. Les Byzantins et les Avars décident alors d'une trêve et Tibère fournit une escorte aux plénipotentiaires avars pour discuter les termes de la paix. A leur retour, les ambassadeurs sont attaqués et volés par des populations locales. Quand il en a connaissance, Tibère réagit et fait rechercher les coupables, avant de rétrocéder les biens volés[6].

En 574, Justin perd peu à peu ses facultés mentales. L'impératrice Sophie se tourne alors vers Tibère pour assurer une forme de régence[5], alors que l'Empire combat les Perses en Orient et que la situation interne est fragilisée par une vague de peste. Tibère et Sophie se mettent d'accord pour une trêve d'un an avec les Sassanides, au prix de 45 000 nomismata. Le , Justin, dans un rare moment de lucidité, fait proclamer Tibère comme césar et l'adopte comme son fils. Tibère ajoute alors Constantin à son nom[6]. Néanmoins, méfiante, Sophie s'assure que Tibère ne se proclame pas empereur avant la mort de Justin en 578[7]. Dans l'ensemble, l'impératrice semble surtout soucieuse de préserver sa position. Selon Jean d'Éphèse, hostile à son égard, elle aurait même envisagé de se remarier avec Tibère. D'autres sources mentionnent son projet de promotion de Justinien, cousin de Justin, comme candidat au trône[8].

Tibère II césar (574-578)[modifier | modifier le code]

Carte de la frontière byzantino-perse.

Pendant quatre ans, Tibère II agit comme empereur de fait, même s'il n'a que le titre de césar. Il profite d'une accalmie dans l'épidémie de peste pour reprendre le contrôle de l'Empire. Surtout, il se montre rapidement dépensier alors que Justin a préservé des sommes d'argent importantes pour assurer la défense des frontières. Tibère s'en sert surtout pour le distribuer et accroître sa popularité. Selon Paul Diacre, il met la main sur deux trésors, rapidement dépenses, au grand dam de Sophie. Il s'illustre aussi par des baisses d'impôts sur le vin et le pain et négocie une trêve avec les Avars en payant un tribut annuel de 80 000 nomismata. Dès lors, il peut transférer des troupes contre les Sassanides mais négocie aussi une trêve de trois ans contre un tribut de 30 000 nomismata, le temps de déployer ces effectifs. Parmi ces soldats figurent des hommes issus de peuples barbares, incorporés dans l'armée au sein d'une unité nommée Tiberiani, forte de 15 000 hommes[9]. Seule l'Arménie reste le théâtre de combats entre Byzantins et Sassanides[10].

Tibère envoie aussi des troupes en Italie, sous le commandement de Baduaire, pour lutter contre l'invasion des Lombards. Baduaire s'illustre d'abord en défendant Rome puis s'allie avec Childebert II, le roi des Francs, pour repousser les Lombards. Néanmoins, il est vaincu et tué en 576 et les Byzantins perdent à nouveau du terrain. La même année, Tibère n'est d'abord pas en mesure de riposter aux assauts de Khosro Ier en Arménie, avec le sac des cités de Mélitène et de Sébastée[11]. Finalement, le général Justinien rassemble une force suffisante pour rejeter les Sassanides au-delà de l'Euphrate avec de lourdes pertes[12] puis pénétrer dans l'Atropatène, avant d'être vaincu en 577 en Persarménie par Tamkhosrau. Tibère remplace alors Justinien par le futur empereur Maurice et conclut une nouvelle trêve[10],[13].

Tibère II empereur (578-582)[modifier | modifier le code]

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Il ne tarde pas à se débarrasser de Sophia afin de diriger sans contrainte comme empereur suprême et légitime[14].

Les quelques années du règne de Tibère sont à l'avenant des précédentes. L'Empire est confronté à des menaces sur toutes ses frontières et peine à les contenir. En Orient, alors que Khosro se montre ouvert à la paix, il meurt et cède la place à Hormizd IV, plus belliqueux. Le conflit reprend avec une offensive de Maurice en 580 le long du Tigre, tandis que le général et futur empereur Khosro II intervient en Arménie. En 581, les Romains d'Orient décident de viser Ctésiphon, la capitale des Sassanides, avec l'aides des Ghassanides. Seulement, des dissensions apparaissent entre Maurice et al-Mundhir III alors que le général iranien Adarmahan est envoyé sur les arrières des Byzantins pour ravager l'Osroène et pousser Maurice à se retirer[15]. Si Adarmahan finit par être chassé des terres impériales, le conflit entre les Byzantins et leurs alliés arabes que sont les Ghassanides fragilise la position de Tibère. Celui-ci tente de jouer les conciliateurs mais Maurice accuse al-Mundhir de trahison et va jusqu'à se rendre à Constantinople pour persuader l'empereur de son bon droit. Tibère cède, peut-être convaincu et fait arrêter al-Mundhir, ce qui rompt l'alliance entre Byzantins et Ghassanides[16]. Ces derniers lancent même plusieurs raids contre les provinces byzantines et vont jusqu'à battre une armée byzantine et à tuer son général lors d'une bataille à Bosra[17]. Néanmoins, cela n'empêche pas Maurice de remporter une importante victoire contre Adarmahan près de Constantia en 582, peu avant la mort de Tibère.

Dans les Balkans, la présence byzantine est aussi menacée par la pression continuelle de peuples au-delà du Danube, en particulier les Slaves et les Avars, qui viennent de s'installer en Pannonie en 567-568. Or, les empereurs délaissent régulièrement cette région pour consacrer l'essentiel de leurs forces à la guerre contre les Sassanides, ce qui encourage les incursions au sud du Danube. Durant son règne, Tibère II subit les offensives des Avars du khan Bayan qui s'attaque surtout à Sirmium, position stratégique sur le Danube. La ville finit par tomber en 581-582 tandis que les Slaves poursuivent leurs raids[5]. En effet, la perte de cette cité expose dangereusement toute une partie des Balkans[18].

Tibère II se voit aussi confronté à l'avancée des Lombards en Italie durant le conflit perse. Il finance des armées franques pour livrer combat aux Lombards. Durant l'an 579, Tibère achète une conciliation avec les Lombards afin de contenir leur avance en Italie. La perte territoriale est importante, l'Empire byzantin n'a plus que Ravenne et une partie de la Sicile comme territoire en Italie. L'achat de la conciliation et le financement des armées franques nuisent au trésor de l'Empire déjà en situation précaire[1].

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Tibère II Constantin est reconnu pour avoir été un empereur réaliste, comprenant les problèmes majeurs de la frontière est menacée par les Perses de Khosro Ier et de Hormizd IV[1]. Critiqué pour ses politiques irréfléchies à certains égards, il est tout de même vu comme un sauveur de la décadence byzantine et de la folie de Justin II : « The savior who died too soon » (« le sauveur qui mourut trop tôt »)[5]. Il est aussi critiqué par l'aristocratie byzantine pour avoir conféré trop de pouvoir à la faction populaire de la capitale aux dépens des aristocrates. Les nombreuses campagnes militaires pour défendre les acquis territoriaux de l'Empire et les paiements de tributs aux Avars rongent les finances de l'Empire et affaiblissent durablement sa prospérité[1].

Sa politique religieuse semble avoir été tolérante, alors que l'Empire est régulièrement agité par des querelles théologiques entre les différentes branches du christianisme, notamment les Chalcédoniens, tenants du concile de Chalcédoine et les monophysites, parfois rejetés par le pouvoir impérial. S'ils continuent d'être périodiquement oppressés, il semble que ce soit surtout le patriarche, Eutychius, qui soit à l'origine de ces pratiques. Tibère, lui, invite notamment le roi des Ghassanides Al-Mundhir III ibn al-Harith, partisan du monophysisme et le reçoit fastueusement à Constantinople en 580, l'autorisant à tenir un concile du monophysisme[19]. Au-delà, il semble même relativement passif en matière religieuse, ce que lui reproche Jean d'Ephèse, puisqu'il n'intervient dans les protestations des habitants de la capitale contre les soldats barbares de l'armée, parfois partisans de l'arianisme. De même, il ne prend pas de décision à la suite d'un scandale qui implique plusieurs autorités de l'Empire, dont le patriarche d'Antioche, dans une affaire de paganisme[20].

Tibère II Constantin n'est que très peu mentionné dans les sources de l'époque. Il est mentionné brièvement par Agathias comme étant l'empereur des Romains ayant nommé Maurice à la tête des armées d'Orient pour faire des incursions dans la région d'Aghdzenik, pillant et incendiant toute la région jusqu'au fleuve Zirma[21]. L'historien égyptien Jean de Nikiou a mentionné ceci sur Tibère : « It was owing to the sins of men that his days were so few; for they were not worthy of such Godloving emperor, and so they lost this gracious and good man » (c'est à cause des péchés des hommes que ses jours furent si courts ; car ils n'étaient pas dignes d'un empereur si aimé de Dieu, et ils perdirent cet homme gracieux et bon)[22].

Succession[modifier | modifier le code]

En , Tibère tombe subitement malade, apparemment après avoir mangé un plat de champignons et il décède le . Deux candidats sont alors pressentis pour prendre sa succession. Tout d'abord, Maurice, dont les succès contre les Sassanides ont renforcé la légitimité et qui peut se prévaloir de sa proximité avec Tibère. Il est par ailleurs fiancé à une de ses filles, Constantina. Ensuite, Germanus, lui aussi fiancé à une autre fille de Tibère, Charito et cousin de l'empereur Justinien. Maurice et Germanus sont nommés césars le mais, la veille de la mort de Tibère, c'est Maurice qui est nommé par Tibère seul Auguste dans le palais de l'Hebdomon. La dépouille de Tibère est quelques jours plus tard inhumée dans l'église des Saints-Apôtres[23].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Bosko Bojovic, Le millénaire byzantin 324-1453, Paris, Ellipses, , 272 p., p. 35-37.
  2. Whitby 2008, p. 95.
  3. a et b Martindale, Jones et Morris 1992, p. 1324.
  4. Treadgold 1997, p. 223.
  5. a b c et d (en) J.W Barker, Justinian and the later Roman Empire, Minnesota, The University of Wisconsin Press, , 255 p., p. 203-224.
  6. a et b Martindale, Jones et Morris 1992, p. 1325.
  7. Kazhdan 1991, p. 2083-2084.
  8. Whitby 2008, p. 94-95.
  9. Whitby 1988, p. 95.
  10. a et b Treadgold 1997, p. 224.
  11. Martindale, Jones et Morris 1992, p. 746.
  12. Kazhdan 1991, p. 1083.
  13. Dodgeon, Greatrex et Lieu 2002, p. 160.
  14. Jean-Claude Cheynet, Histoire de Byzance, Paris, Presses Universitaires de France, , p. 42.
  15. Dodgeon, Greatrex et Lieu 2002, p. 165.
  16. Dodgeon, Greatrex et Lieu 2002, p. 163-166.
  17. (en) Clive Foss, « Syria in Transition, A. D. 550-750: An Archaeological Approach. », Dumbarton Oaks Papers,, vol. 51, no 64,‎ , p.238.
  18. Pohl 2018, p. 88-89.
  19. Kazhdan 1991, p. 51.
  20. Whitby 2008, p. 99.
  21. Agathias, Histoires, Guerres et Malheurs Du Temps Sous Justinien, Paris, Les Belles Lettres, , p. Livre IV, 29, 8.
  22. (en) R.H. Charles, The Chronicles of John, Bishop of Nikiu, London, , p. 151.
  23. Whitby 1988, p. 99.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]