Grand Palais (Constantinople)

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Situation du Grand Palais dans l'ancienne Constantinople

Le Grand Palais (en grec Μέγα Παλάτιον / Méga Palátion, en turc Büyük Saray) était le plus grand ensemble architectural de Constantinople. Depuis Constantin Ier jusqu'à son apogée au Xe siècle, il s'est progressivement agrandi au gré des besoins et des goûts des différents empereurs, formant un ensemble irrégulier et quelque peu hétéroclite d'édifices, de cours, de pavillons et d'églises, plus proche du Kremlin de Moscou que du château de Versailles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au IVe siècle, Constantin fit construire le kathisma (la grande loge impériale de l'Hippodrome) et les éléments qui le reliaient au palais. Il édifia également la Grande Porte et les premières extensions.

Le Grand Palais fut utilisé jusqu’en 1204. En raison même de son étendue, l'entretien y est devenu de plus en plus problématique et il a fini par constituer un séjour complètement insalubre. Ainsi, les empereurs préférèrent par la suite s'installer dans la partie nord-ouest de la ville, à proximité des remparts de Théodose II et de la mythique Corne d'Or, entre la porte d’Andrinople et celle de Kaligaria. Là, l'empereur Constantin VII Porphyrogénète fit bâtir, sur des ruines d'un bâtiment antérieur, le palais des Blachernes. Des vestiges de ce dernier sont encore visibles.

Sources[modifier | modifier le code]

Notre principale source de connaissances de cet ensemble dont il n'existe plus que fort peu de choses est un ouvrage de Constantin VII Porphyrogénète, le De Ceremoniis. C'est en se basant sur la description des itinéraires suivis par les processions impériales, que les spécialistes ont essayé de reconstituer la situation réciproque des différentes parties du palais.

Description[modifier | modifier le code]

Le Grand Palais était un grand complexe de bâtiments s'étendant sur près de 30 hectares, sur un terrain en pente vers la mer où on avait aménagé six niveaux, et composé de plusieurs grandes parties : on distinguait d'abord à l'entrée la Chalkè, puis l'ensemble appelé Palais de Daphnè, et sur le côté, à l'est, la Magnaure, puis au-delà ce qui était considéré à l'époque méso-byzantine comme le palais « proprement dit », le Palais Sacré.

Chalkè[modifier | modifier le code]

La Chalkè (Χαλϰῆ en grec) est l'ensemble de qui fait communiquer le palais avec l’extérieur, qui tient son nom des grandes portes de bronze qui donnent sur la place de l’Augoustaion. La Chalkè est reconstruite après un incendie en 532. Elle est surmontée d’une chapelle contenant des reliques. Petit à petit, elle perd sa fonction de porte principale de l’enceinte palatiale au bénéfice du Kathisma. Une fois franchie la Chalkè, on se trouve devant l'église des Apôtres, et au-delà les casernes de la garde.

Palais de Daphnè[modifier | modifier le code]

Le palais de Daphnè est la partie la plus ancienne du complexe palatial, datant du règne de Constantin Ier. Son nom lui vient soit du nom d'une statue de cette nymphe, soit du laurier prophétique d'Apollon, soit des couronnes de laurier que l'empereur distribuait aux sénateurs le [1]. Ce n'est pas un édifice unique, mais un ensemble de salles, d'appartements et de portiques. Il contient l'Augousteus (Αὐγουστεύς en grec), grande salle d'apparat où a lieu le couronnement des empereurs (d'où le nom Stepsimon qui lui est donné dans les Patria) ainsi que celui de certaines impératrices et les mariages impériaux ; on y entre par le portique de la Main d'Or. Dans les anciens appartements impériaux se trouve la Porphyra, chambre décorée de porphyre où accouchent les impératrices. L'une des constructions s'appelle l'Octogone. Le Palais de Daphnè est flanqué du Triclinos des Dix-Neuf Lits et de l'église Saint-Étienne à l'ouest, du Grand Consistoire et de l'église du Sauveur à l'est. La galerie de Daphnè le sépare des bâtiments du Palais Sacré et communique directement avec le Kathisma.

Triclinos des Dix-Neuf Lits[modifier | modifier le code]

Cette salle de réception sert aux banquets, avec un « lit » impérial au bout, sur une estrade avec trois marches, et deux rangées de neuf « lits ». Devant s'étend une cour à portique, le « Tribunal des Dix-Neuf Lits », dominée par une terrasse ou balcon (hêliakon) où l'empereur fait proclamer solennellement des décisions législatives.

Grand Consistoire[modifier | modifier le code]

C'est un bâtiment à trois portes, séparé du palais de Daphnè par une petite cour appelée Onopodion, et où se trouve une grande salle de réunion avec un trône impérial sur une estrade.

Magnaure[modifier | modifier le code]

La Magnaure (magna aula c’est-à-dire « grande salle ») est la salle de réception du Grand Palais, bâtie sur une terrasse. Elle est orientée à l’est avec une entrée à l’ouest. Elle est composée de trois salles et de trois absides, dont celle du milieu contient le trône dit « de Salomon ». La Magnaure est la salle de réception des ambassadeurs. Selon Liutprand, elle est ornée de statues animées, des oiseaux qui chantent et des lions qui rugissent. Le trône est également muni d’un dispositif lui permettant de changer de hauteur. Elle existait déjà dans le palais de Constantin. Sous le règne de Michel III, elle abrite une université dirigée par Léon le Philosophe[2].

Chrysotriclinos[modifier | modifier le code]

La salle du trône impérial, construite sous Justin II, est recouverte d’une coupole et percée de seize fenêtres. De forme octogonale, le chrysotriclinos (c'est-à-dire le triclinos d'or ou Χϱυσοτϱίϰλινος en grec) sert principalement aux banquets d’apparat et aux fêtes liturgiques. La salle peut accueillir 102 convives. Il semble qu’une abside, dont le cul-de-four est décoré d’un Christ Pantocrator assis sur un trône (sessos), accueille le trône de l’empereur. Parmi les nombreux objets précieux conservés dans cette salle figurait un arbre d'or avec des oiseaux chantant[3].

Troullos[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une grande salle surmontée d'une coupole décorée d'une mosaïque représentant le Christ, construite sous le règne de Tibère II et où se tinrent deux conciles œcuméniques, celui de 680 et le « Concile in Trullo » ; elle servait de siège à l'administration des finances publiques, le genikon, et existait encore en 1180 (signalée dans la Chronique de Guillaume de Tyr).

Ioustinianos[modifier | modifier le code]

Cette grande salle de réception, non loin de l'Hippodrome, fut construite en 694 sur l'ordre de Justinien II. Elle fut détruite par une tempête au XIVe siècle.

Lausiakos[modifier | modifier le code]

C'est une galerie entre le Chrysotriclinos et le Ioustinianos, où passaient les cortèges pour se rendre de l'un à l'autre, et où étaient disposés des sièges pour les dignitaires du rang le plus élevé, les « Archontes du Lausiakos ».

Kainourgion[modifier | modifier le code]

Littéralement « Nouvel Ouvrage », il fut construit sous le règne de Basile Ier près du Chrysotriclinos. Cette salle en forme de basilique était soutenue par seize colonnes, dont huit en marbre de Thessalie et huit autres en onyx et décorée de mosaïques représentant les campagnes militaires de l'empereur.

Karianos[modifier | modifier le code]

Bâtiment résidentiel mentionné sous Théophile, qu'il habitait pendant l'hiver.

Pavillon de la Perle[modifier | modifier le code]

Résidence d'été de Théophile.

Triconchos[modifier | modifier le code]

Ce hall à trois absides (ou conques), Τϱἰκονχος en grec, qui se trouve entre le palais de Daphnè et le Chrysotriclinos, fut construit en 840 sous le règne de Théophile.

Sigma[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une galerie à arcades demi-circulaire près du Triconchos formée de quinze colonnes de marbre, construite en même temps. Elle tient son nom du sigma lunaire[1], c'est-à-dire la lettre grecque sous la forme C

Palais d'Hormisdas[modifier | modifier le code]

Portant le nom du prince perse Hormisdas, réfugié à Constantinople sous le règne de Contantin Ier, il fut habité au début du VIe siècle par Justinien pendant le règne de son oncle Justin Ier. Après son accession au trône, il joignit ce domaine au Grand Palais.

Palais du Boukoléôn[modifier | modifier le code]

Dit aussi « maison de Justinien » et associé parfois au Palais d'Hormisdas, qui se trouvait en fait derrière par rapport au rivage. Il s’agit d’un palais donnant sur la mer de Marmara, avec un port privatif. Il a été construit par Théophile (829-842).

Églises[modifier | modifier le code]

Il y a eu jusqu'à neuf églises dans l'enceinte du Palais. En particulier, en plus celles qui sont mentionnées ci-dessus, la Théotokos du Pharos et la nouvelle église (Nea Ekklesia ou simplement Néa) construite par Basile Ier le Macédonien. C’est dans la Théotokos que sont conservées les reliques impériales : couronne d’épines, tunique sans couture, lance de Longin, table de la Cène, pierre de la Déposition, bassin du Lavement des pieds et Mandylion d’Édesse depuis 944.

Mésokèpion[modifier | modifier le code]

Ce jardin, le plus grand du Palais, s’étend entre la Néa et le tzykanistèrion du Palais, une sorte de terrain de polo près du rivage.

Hippodrome couvert[modifier | modifier le code]

Galerie près de l'Hippodrome, construite sur l'emplacement d'un ancien hippodrome privé, siège des juges du Voile, qui statuaient en matière de protocole.

Vestiges actuels[modifier | modifier le code]

Il ne reste presque rien, aujourd’hui, de ces ouvrages imposants si ce n'est quelques traces qui témoignent encore de leur glorieux passé. Des fouilles menées en 1935-1938, puis en 1951-1954 sous la direction de David Talbot Rice, ont mis au jour une salle absidiale ainsi qu'une cour à péristyle (66 × 55 m) décorée d'un pavement de mosaïques de sol de très belle facture. Datées des environs du VIe siècle, elles constituaient sans doute une partie du décor de l’un des nombreux péristyles. Les thèmes majeurs représentés sont la chasse, la vie quotidienne, des scènes mythologiques ainsi que des scènes bucoliques et champêtres.

Mosaïque du Grand Palais de Constantinople, Ve siècle
Mosaïque du Grand Palais de Constantinople, Ve siècle

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Janin, Constantinople byzantine : développement urbain et répertoire topographique, Archives de l'Orient chrétien,‎ , 2e éd.
  • Rodolphe Guilland, Études de topographie de Constantinople byzantine, Tomes I & II, Berlin, Akademie-Verlag,‎

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Janin 1964, p. 113
  2. Guilland 1969, p. 141, Tome I
  3. Constantin VII Porphyrogénète, De Ceremoniis

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]