Hélène (mère de Constantin Ier)

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Hélène
Image illustrative de l’article Hélène (mère de Constantin Ier)
Hélène de Constantinople, peinture de Cima da Conegliano.
Augusta, puis Sainte
Naissance vers -250
à Depranum en Bithynie
Décès probablement  
à Nicomédie
Vénéré à église Saint-Leu-Saint-Gilles à Paris
Fête (catholiques) et (orthodoxes et anglicans)
Attributs Vraie Croix
Statue de sainte Hélène dans la basilique Saint-Pierre de Rome.
La tour de la mairie de Colchester, avec une statue de sainte Hélène au sommet.
Hélène, portant le titre d'augusta, monnaie frappée sous Constantin vers 327 - 329
Hélène, portant le titre d'augusta, monnaie frappée sous Constantin vers 327 - 329

Hélène, née vers 248/250 à Depranum et morte probablement le à Nicomédie, est une impératrice romaine, concubine ou épouse de Constance Chlore et mère de Constantin Ier. Elle est considérée comme sainte par l'Église catholique et les Églises orthodoxes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa biographie doit être lue avec précaution car les auteurs d'apologétique chrétienne et son fils Constantin ont certainement voulu, dans un programme de propagande chrétienne et impériale, donner d'elle, ou exagérer, l'image d'une femme pieuse et charitable. La littérature la concernant relève donc plus du panégyrique impérial et de l'hagiographie[1] que de la réalité de son caractère et de sa vie.

Selon la tradition fixée[2] par l'historien Procope (VIe siècle), elle serait née à Drépanum dans la province de Bithynie en Asie Mineure, bourg dont le nom est modifié après sa mort, par son fils Constantin Ier , en Hélénopolis[3]. D'après l'évêque et historien Eusèbe de Césarée, elle aurait eu environ 80 ans lors de son retour de Palestine vers l'année 327 et donc serait probablement née entre 248 et 250[4]. D'origine très modeste, d'après saint Ambroise, elle est stabularia[5], ce qui peut se traduire comme « servante d'auberge » mais peut s'interpréter aussi comme une prostituée qui recrutait ses clients dans les étables (stabula) près des auberges[6].

On ne sait avec certitude où elle rencontre Constance Chlore, mais c'est peut-être en Asie Mineure lorsque Constance, officier de l'empereur Aurélien, participe à la campagne contre la reine Zénobie (271-273). Certaines sources la mentionnent comme son épouse, d'autres comme sa concubine, ce dernier statut étant plus probable étant donné leur différence de condition sociale[7]. Avoir une mère honorablement mariée à Constance Chlore entre dans le cadre de la reconstruction propagandiste de Constantin après son accession à l'empire, légitimant dans le même temps son propre pouvoir pour qu'il ne puisse être contesté par ses demi-frères[3].

Elle donna naissance à Constantin vers 272 à Naissus, en Mésie (l'actuelle Niš, cité militaire de Serbie). À l'époque de l'établissement de la Tétrarchie, en 293, Constance Chlore, devenu César, a probablement déjà épousé Théodora, fille de l'Auguste Maximien[8]. Hélène ne se marie – ou ne se remarie – pas, et vit alors dans l'ombre, cette période de sa vie étant inconnue.

Après l'avènement de Constantin Ier en 306, Hélène retrouve une vie publique. La tradition incertaine[9] la fait séjourner à la cour impériale à Trèves (Constantin en fait sa capitale jusqu'en 316). Elle vit à partir de 312 principalement à Rome (dans le complexe résidentiel du Sessorium) où elle se convertit au christianisme et exerce un apostolat actif de la foi nouvelle[10]. À l'automne 324, Constantin fait proclamer « Augusta » (impératrice) sa mère que Constance Chlore avait répudiée, ce qui montre son influence grandissante à la cour et au sein de la dynastie constantinienne[11]. Elle est reconnue comme « femme du divin Constance »[12],[13].

L'historien Zosime fait apparaître l'influence d'Hélène lors des exécutions en 326 de son petit-fils Crispus et de sa belle-fille Fausta, sur ordre de Constantin « Son fils Crispus [ ] ayant été soupçonné d'avoir une liaison avec sa belle-mère Fausta, il le fit mourir sans aucun égards pour les lois naturelles. Comme Hélène, la mère de Constantin, s'indignait d'une telle violence et ne pouvait admettre le meurtre du jeune homme, Constantin, comme pour la consoler, porta remède à ce mal par un mal pire. Après avoir en effet ordonné de chauffer outre mesure un bain et y avoir placé Fausta, il ne l'en ressortit que morte[14]. »

Connue traditionnellement pour avoir organisé la première restauration des lieux saints chrétiens de Jérusalem, c'est en réalité son fils, l'empereur Constantin qui ordonne cette restauration[15]. Elle se rend en Terre sainte vers 326-328, voyage que présente Eusèbe comme un pèlerinage mais qui relève certainement plus de raisons politiques en sa qualité d'augusta, par exemple selon K. G. Holum pour expliquer la politique de christianisation de son fils[16]. D'autres historiens notant que ce voyage suit de peu les exécutions de Crispus et de Fausta, interprètent ce voyage comme un pélérinage d'expiation pour les crimes de son fils, avis que ne partage pas Pierre Maraval[17]. Hélène fonde l'Église du Pater Noster et la Basilique de la Nativité[18], et selon la tradition[19], découvre à Jérusalem les saintes reliques de la Passion du Christ, donnant une impulsion importante aux pèlerinages en Terre sainte, et à l'aménagement des lieux.

La découverte légendaire la plus importante d'Hélène est l'invention de la Vraie Croix par l'entremise de rabbi Judas ben Simeon, d'abord torturé puis converti en saint Cyriaque, sur le site du Saint-Sépulcre où l'empereur Hadrien avait fait construire un temple à Vénus qu'Hélène fait abattre. C'est le dernier Juif qui sera évêque de Jérusalem.

Elle meurt vers 330, son fils à ses côtés[20]. Constantin fait transformer sa résidence, le palais de Sessorium, en une église, la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem[21].

Postérité[modifier | modifier le code]

Canonisée, elle est considérée comme sainte par les églises catholique et orthodoxe, sa fête est fixée au pour les catholiques et au pour les orthodoxes, qui fêtent le même jour Hélène et Constantin (« Fête des très Grands Souverains Constantin et Hélène, égaux aux apôtres »).

La ville d'Elne, ancienne Illiberis, tire son nom de l'impératrice Hélène. Constantin a en effet renommé au IIIe siècle la ville en Castrum Helenae, devenu Helna, puis Elna et enfin Elne en français.

À l'instar des empereurs chrétiens se proclamant comme « nouveau Constantin », plusieurs reines et impératrices (Pulchérie, Eudocie) sont présentées comme de « nouvelles Hélène »[22].

Ses reliques[modifier | modifier le code]

Selon la tradition légendaire, le corps de sainte Hélène est ramené à Rome et placé dans un sarcophage en porphyre rouge dans un mausolée de Tor Pignattara, un quartier de Rome. En réalité, le commerce des reliques durant le haut Moyen Âge est si lucratif que les corps des grands saints sont démembrés et partagés pour un culte privé (reliques dans des oratoires, des petits reliquaires portatifs) ou public (reliques insignes dans des sanctuaires qui favorisent les pèlerinages). Les reliques d'Hélène et de Constantin ont subi le même sort et rien ne permet d'affirmer que le mausolée d'Hélène en contient une[23].

Vers 840, un moine nommé Theutgise dérobe à Torpignattara les restes d'Hélène qu’il rapporte à l’abbaye bénédictine d’Hautviller dans le diocèse de Reims. Les reliques sont placées dans une châsse derrière le maître-autel de l'église et favorisent opportunément les pèlerinages, permettant probablement à l'abbaye de « sortir de difficultés financières, de réaffirmer le pouvoir d'un évêque ou de défendre le bien-fondé d'une réforme[24] ».

Hélène et les Juifs représentés dans le triptyque de Stavelot, bibliothèque Pierpont Morgan, art byzantin, Xè s.

En 868, l'archevêque de Reims charge le moine Hincmar de Reims (v. 830 - 889) de composer une vie d'Hélène (Vitae Helenae). Altmann (Altmannus) écrit également à son sujet un récit de translation et un recueil de miracles, manipulant les textes biographiques précédents pour élaborer une hagiographie. C'est lui qui compose un récit inventant l'authenticité des reliques[25] et l'origine aristocratique de Trèves d'Hélène[26]. L'abbaye honore depuis la sainte, principalement au jour anniversaire de sa mort, le , ainsi qu’aux fêtes de la Sainte Croix qui voient la célébration d'un office solennel suivi d’une procession.

À la Révolution, le dernier procureur de l’abbaye, dom Jean-Baptiste Grossard sauve les reliques en les transmettant en à l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Les reliques sont translatées dans l'église Saint-Leu-Saint-Gilles par cet ordre. Sur la réclamation de son curé et de ses paroissiens, l'église d'Hautvillers peut récupérer, grâce à la compréhension du clergé de Saint-Leu, une partie des reliques de sainte Hélène qu'elle accueille avec ferveur le [27].

L'incertitude sur la tombe d'Hélène (Rome, Constantinople), différentes traditions sur les translations et le partage de ses reliques font que d'autres villes revendiquent détenir les restes de la sainte : Trèves, Rome, Venise[28].

La chapelle du château de Genech aurait abrité la tête de sainte Hélène jusqu'à la Révolution ; des traditions concurrentes la font reposer dans la cathédrale de Trèves ou la basilique Santa Maria in Aracoeli, cette dernière revendiquant posséder les principales reliques de la sainte depuis 1140[26].

Littérature[modifier | modifier le code]

Un ouvrage médiéval du XIe siècle ou du XIIe siècle, le Roman de Constantin et Hélène, est une traduction latine d'un original grec datant probablement du Xe siècle. Il reprend des personnages authentiques dans un récit légendaire[29].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Hélène est représentée déjà âgée, en costume d'impératrice, tenant une croix ou les clous de la Crucifixion. Elle est parfois associée à son fils Constantin. On la représente aussi tenant à la main une maquette d'église.

Protectrice[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) R. Klein, « Helena II (Kaiserin) », Reallexikon für Antike und Christentum, vol. 14,‎ , p. 355-375
  2. Cette tradition incertaine explique que des légendes médiévales placent son lieu de naissance à Yorck, Colchester, Trèves, Édesse.
  3. a et b (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta : The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, Brill Publishers, , p. 11
  4. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.46.1
  5. Ambroise de Milan, Oratio de Obitu Theodosii, 42.
  6. (en) Jean Pierre Callu, Culture profane et critique des sources de l'antiquité tardive, École française de Rome, , p. 543.
  7. (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta : The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, Brill Publishers, , p. 17-19.
  8. (en) Timothy D. Barnes, Constantine and Eusebius, Harvard University Press, , p. 125-126
  9. (de) Heinz Heinen, Frühchristliches Trier : von den Anfängen bis zur Völkerwanderung, Paulinus, , p. 84-117
  10. (en) David Stone Potter, The Roman Empire at Bay : AD 180-395, Routledge, , p. 351
  11. (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta : The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, Brill Publishers, , p. 41
  12. Maraval 2011, p. 225.
  13. Inscription CIL X, 517.
  14. Zosime, II, 29.
  15. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.46.2-46.
  16. (en) K.G. Holum, « Hadrian and St. Helena: Imperial Travel and the Origins of Christian Holy Land Pilgrimage », dans R. Ousterhout (éd.), The Blessings of Pilgrimage, Urbana, 1990, p. 66–81.
  17. Maraval 2011, p. 176.
  18. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.43.
  19. (en) E. D. Hunt, « Constantine and Jerusalem », The Journal of Ecclesiastical History, vol. 48, no 03,‎ , p. 415 (DOI 10.1017/S0022046900014858).
  20. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, 3.46-47.
  21. (en) Sible de Blaauw, « Jerusalem in Rome and the Cult of the Cross », in Pratum Romanum. Richard Krautheimer zum 100. Geburtstag, R.L. Colella, M.J. Gill, L.A. Jenkens et al., Wiesbaden, 1997, p. 55-73.
  22. (en) Jan Willem Drijvers, « Helena Augusta: Exemplary Christian Empress », Studia Patristica, vol. 24,‎ , p. 85-90
  23. (en) Mark Johnson, « Where were Constantius I and Helena Buried ? », Latomus, vol. 51,‎ , p. 145-150
  24. Michèle Gaillard, « Les Reliques. Objets, cultes, symboles », Médiévales, vol. 20, no 40,‎ , p. 168-169
  25. Selon Altmann, à Hautvillers, on aurait d'abord douté qu'un moine si simple, si chétif, eût pu s'emparer d'un pareil trésor, du corps d'une véritable impératrice. Les moines auraient effectué plusieurs expertises, menant notamment une analyse historique pour s'assurer que sainte Hélène fût bien à Rome puis y auraient envoyé une commission compétente pour constater la disparition des reliques. Enfin, on aurait fait subir à Teutgis l'épreuve de l'ordalie. En présence de l'évêque de Reims Hincmar, du roi Charles le Chauve et de sa cour, Teutgis serait passé par l'eau bouillante et, ayant fermement foi que sainte Hélène l'épargnerait, serait resté sain et sauf. Toujours selon Altmann, à la prière d’Hincmar, le pape voulut bien régulariser le transfert.
  26. a et b (en) Jan Willem Drijvers, Helena Augusta : The Mother of Constantine the Great and her Finding of the True Cross, Brill Publishers, , p. 75
  27. Jean-Pierre de Gennes, Les chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem, Mémoire & documents, , p. 326
  28. (en) Gilles Constable, « Troyes, Constantinople, and the relics of St. Helen in the thirteenth century », in: Constable, Religious Life and Thought Pt. XIV, 1979, p. 1035-1042
  29. Jean-Pierre Callu, Le Roman de Constantin et d'Hélène (XIe-XIIe siècles), Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1990, 1992. pp. 321-322 lire en ligne.
  30. Scuola
  31. National Gallery of Art
  32. Galerie de l'Académie
  33. « Communauté de paroisses Sainte-Hélène du Hérapel », sur http://cte.sainte.helene.free.fr, (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]