Paul-Armand Challemel-Lacour

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Paul-Armand Challemel-Lacour
Image illustrative de l'article Paul-Armand Challemel-Lacour
Fonctions
Président du Sénat
Prédécesseur Jules Ferry
Successeur Émile Loubet
Ministre des Affaires étrangères
Président Jules Grévy
Gouvernement Jules Ferry II
Prédécesseur Armand Fallières
Successeur Jules Ferry
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 69 ans)

Paul-Armand Challemel-Lacour, né à Avranches le et mort à Paris , est un parlementaire français, président du Sénat sous la IIIe République de 1893 à 1896.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après ses études à l’École normale supérieure, il obtient le premier prix au concours d'agrégation de philosophie en 1849. Il enseigne la philosophie à Pau puis à Limoges, où il professe au lycée en 1851[1]. Ses opinions républicaines lui valent d’être arrêté en 1851 après le coup d'État de Napoléon III. Exilé au bout de quelques mois de détention, il voyage en Europe, donne des conférences en Belgique et devient professeur de littérature française à l’École polytechnique fédérale de Zurich en 1856. Revenu en France après l’amnistie de 1859, son projet de cours sur l’histoire et l’art est immédiatement supprimé[pourquoi ?] et il est obligé de vivre de sa plume en contribuant de façon régulière à des périodiques. Il assure la critique littéraire du Temps, gère la Revue des deux Mondes et dirige la Revue politique.

En 1866, Jean Macé crée la Ligue de l'Enseignement, dont le but principal est la promotion de l'idée d'une école laïque, obligatoire et gratuite. La question de l'école bénéficie du crédit de Challemel-Lacour et d'autres personnalités, comme Jules Ferry, Henri Brisson, Littré, Charles Renouvier, comme lui tous francs-maçons[2].

Nommé préfet du Rhône à la chute du Second Empire en septembre 1870 par le gouvernement de la Défense nationale, il doit réprimer le soulèvement révolutionnaire à Lyon. L'expulsion, qu'il approuve le , des Frères de la doctrine chrétienne de Caluire lui vaudra une condamnation, confirmée par la cour d'appel de Dijon en , à leur verser 97000 francs de dommages et intérêts[3],[4],[5]. Démissionnaire le 5 février 1871, il est élu à l’Assemblée nationale en janvier 1872 et, en 1876, au Sénat.

S'il siège d’abord à l’extrême gauche, son tempérament philosophique et critique s'accorde mal avec l’extrémisme français et son attitude envers les questions politiques se modifiera régulièrement jusqu’à en faire sur la fin de sa vie le premier représentant du républicanisme modéré. Du vivant de Gambetta, il est déjà l’un de ses plus ardents défenseurs et, un temps, rédacteur de son organe, la République française. En 1879, il est nommé ambassadeur de France à Berne, puis à Londres en 1880. Peu diplomate, il démissionne en 1882 et devient ministre des Affaires étrangères en février 1883 dans le cabinet de Jules Ferry, pour se retirer en novembre de la même année.

Il est vrai qu'avec les républicains modérés (les Opportunistes), il trouva dans l'exercice du pouvoir un intérêt concret que l'extrême gauche ne lui offrait pas. Car Challemel-Lacour, avec Gambetta, Jules Ferry et quelques autres, trempa dans la spéculation sur l’affaire tunisienne. Depuis 1874, Gambetta faisait adresser au journal la République française (dont Challemel-Lacour était l’un des principaux rédacteurs) des correspondances de Tunis qui avaient pour but de déprécier les obligations de la dette tunisienne. Il s’agissait ensuite de s’emparer de la Tunisie, et y imposer l’ordre français de sorte que, par une confiance restaurée, les obligations remonteraient, permettant aux spéculateurs avertis une plus-value qu’ils partageraient avec leurs amis politiques. Cela explique, fait inouï, que la conquête de la Tunisie ait été décidée par quelques ministres sans discussion parlementaire. À partir de 1879, le ministère de la guerre fit état de brèves incursions que la France devait faire sur la frontière tunisienne pour réprimer les tribus pillardes ; durant deux ans, on parla de simples opérations de gendarmerie en bordure de l’Algérie, et en mai 1881, on apprit avec stupéfaction que le général Bréart, poussant une pointe sur Tunis, avait donné trois heures au bey, le sabre au poing, pour signer le traité de Kasr-Saïd, qui livrait la Tunisie à la France. Clemenceau, dans un discours du 9 novembre 1881, leva un coin du voile sur la manière dont les responsables politiques opéraient des conquêtes coloniales pour placer parents et amis, et pour spéculer en se servant de décisions prises sous couvert de l’intérêt public. Trois grands montages distincts, depuis 1877, en témoignaient (l'affaire de la compagnie de Bône-Guelma, l'affaire du domaine de l'Enfida, et l'affaire du Crédit foncier agricole). Jules Ferry interrompit Clemenceau pour dire : « Ce n'est pas un crime, je pense, de vouloir gagner de l'argent » ; mais le 9 novembre 1881, il dut présenter sa démission. Pendant ce temps, Henri Rochefort se saisit du sujet de la spéculation sur la dette tunisienne, et écrivit dans L’Intransigeant une série d'articles dont le premier parut le 27 septembre 1881 (le Secret de l'affaire tunisienne). Le pouvoir poursuivit Rochefort, qui fut acquitté par un jury populaire. L’extrême-gauche, au vu des révélations faites par Rochefort, s’indigna, criant au dévoiement de la jeune République. Parlant des obligations tunisiennes, principal objet de spéculation, Louis Fiaux écrit peu après les faits : « Rochefort les avait déterrées : il en barbouilla la face de Gambetta, de Challemel-Lacour. Il montra, avec cette audace qui avait fait trembler les Tuileries et Napoléon III, « la grande flibuste » parisienne et gouvernementale, formant une association dans le but de faire tomber, au prix du papier, les obligations de la dette tunisienne, les rachetant à vil prix et manœuvrant de façon à les faire garantir par la France, maîtresse de la Tunisie. Une banque, la Banque Franco-Égyptienne, dont le directeur était feu Lévy-Crémieu, auquel Gambetta avait affermé le bulletin financier de la République française, s'était distinguée dans le rachat des fameuses obligations. Un des administrateurs de cette banque était le propre frère du président du cabinet du 23 septembre 1880, M. Charles Ferry. C'est en de telles mains qu'était tombée la République ! » (L. Fiaux, Un malfaiteur public : Jules Ferry, Paris 1886, pp. 112 s.).

L'éloquence claire et raisonnée de Challemel-Lacour l’a placé en tête des orateurs français de son époque. Élu vice-président du Sénat en 1890, il succède à Jules Ferry au fauteuil de président du au , où il se distingue par la vigueur avec laquelle il soutient le Sénat contre les empiètements de la Chambre avant que sa santé chancelante ne le force à démissionner en 1896, remplacé ensuite par Émile Loubet.

Élu à l’Académie française en 1893, il a, outre ses propres ouvrages dont certains ont été traduits en allemand et en turc, effectué lui-même des traductions et procédé à la publication des œuvres de Louise d'Épinay en 1869.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (96e division)[6].

Hommages[modifier | modifier le code]

Des rues et un collège Challemel-Lacour sont baptisés en son honneur à Avranches et Lyon.

Références[modifier | modifier le code]

  • Hector Depassé, Challemel-Lacour, Paris, A. Quantin, 1883
  • Eugène Grelé, Un Normand « déraciné » et méconnu : Paul Challemel-Lacour : sa famille, son enfance, sa jeunesse : d’après des documents inédits, Paris, Champion ; Caen, L. Jouan, 1917
  • Édouard Krakowski, La naissance de la IIIe république ; Challemel-Lacour, le philosophe et l’homme d’État, Paris, V. Attinger, 1932
  • Alfred Mézières, Funérailles de M. Challemel-Lacour membre de l’Académie Française le vendredi 30 octobre 1896, Paris, Institut de France, 1896

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Œuvres oratoires, Paris, C. Delegrave, 1897
  • Études et réflexions d’un pessimiste, Paris, Charpentier, 1901
  • Un bouddhiste contemporain en Allemagne, Arthur Schopenhauer, Paris, Bureau de la Revue des Deux Mondes, 1870
  • La Philosophie individualiste ; étude sur Guillaume de Humboldt, Paris, G. Baillière, 1864
  • Études et réflexions d’un pessimiste : suivi de, Un bouddhiste contemporain en Allemagne, Arthur Schopenhauer, Paris, Fayard, 1993
  • Le Salon de 1866, Paris, 1866

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Heinrich Ritter, Histoire de la philosophie moderne, traduction française de l’allemand précédée d’une introduction par P. Challemel-Lacour, Paris, Ladrange, 1861
  • Richard Wagner, Quatre Poèmes d’opéras, traduction anonyme de Paul-Armand Challemel-Lacour, 1861
  • Giacomo Leopardi, Paradoxes philosophiques, traduits de l’italien par Paul-Armand Challemel-Lacour avec une préface, Paris, Champion, 1914

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles d’Épinay, Lettres à mon fils, Éd. par Paul-Armand Challemel-Lacour, Paris, A. Sauton, 1869

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Avenel, Comment vote la France; dix-huit ans de suffrage universel, 1876-1893. Biographies avec portraits de Casimir-Périer, Challemel-Lacour, Burdeau et Dupuy, Paris, Librairies-imprimeries réunies, 1894
  • « Paul-Armand Challemel-Lacour », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, [détail de l’édition]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Delage, Lycée Gay-Lussac : 5 siècles d'enseignement, Saint-Paul, Le Puy Fraud éd., 2010.
  2. Françoise Jupeau Réquillard, La Grande Loge Symbolique Écossaise 1880-1911, ou les avant-gardes maçonniques, Éditions du Rocher, Monaco, 1998, p. 110.
  3. « Chronique des tribunaux », Le Gaulois,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  4. « Bulletin judiciaire », Journal des débats politiques et littéraires,‎ , p. 3 (lire en ligne)
  5. « Son Excellence Challemel-Lacour », La Comédie politique,‎ (lire en ligne [PDF])
  6. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 187

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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