Massacres de 1965 en Indonésie

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Les massacres de 1965 en Indonésie sont la répression déclenchée contre le Parti communiste indonésien (PKI) et ses sympathisants par les milices du Nahdatul Ulama (parti musulman) et du Parti national indonésien, encadrées par les forces armées indonésiennes, entre la fin de l'année 1965 et le début de l'année 1966.

L'éradication du puissant PKI, troisième parti communiste au monde en nombre d'adhérents, accusé d'avoir fomenté le mouvement du 30 septembre est achevée en quelques mois, à la suite d'une série de tueries qui entraine la mort de 500 000 à un million de personnes. Bien que le PKI et ses sympathisants soient les principales victimes de la terreur, celle-ci s'exerce également contre d'autres groupes comme les athées, les hindouistes, certains musulmans modérés et de nombreux immigrés chinois.

Le PKI sous la Démocratie dirigée[modifier | modifier le code]

Un contexte politique favorable au parti[modifier | modifier le code]

Une place au centre du pouvoir grâce à la politique officielle de Nasakom[modifier | modifier le code]

Né dans le contexte de la lutte indépendantiste, le Parti communiste indonésien est, dès l'entre-deux-guerres, l'un des rares PC asiatiques à bénéficier d'effectifs importants[1]. Durant la révolution nationale indonésienne, le PKI est en situation de rivalité avec les nationalistes de Soekarno, président d'Indonésie depuis l'indépendance. En 1948, les communistes contrôlent brièvement le pouvoir à Madiun, mais ils sont ensuite écrasés par les troupes du gouvernement nationaliste : l'échec de leur insurrection se solde par la mort de plusieurs milliers de militants du PKI et d'une partie de ses dirigeants. Le parti n'est cependant pas éradiqué, ce que les chefs de l'armée indonésienne considèrent par la suite comme une erreur[2]. Le PKI, qui bénéficie du soutien de la Chine de Mao[2], se reconstitue et connaît une progression spectaculaire, devenant le quatrième parti du pays lors des élections de 1955.

Durant la guerre froide, Soekarno fait le choix du neutralisme, devenant l'une des figures du Mouvement des non-alignés[3]. En 1959, après plusieurs années d’instabilité politique[Note 1], il met en place la « Démocratie dirigée ». Les partis politiques y perdent définitivement le premier rôle au profit d’un exécutif fort dominé par la figure de Soekarno, autoproclamé « grand leader de la révolution » et décrété « Président à vie »[2]. Le Parlement élu est dissous en mars 1960 et dans la nouvelle Assemblée désignée par le président, les sièges ne vont plus seulement aux partis mais également à des « groupes fonctionnels » représentant les ouvriers, les paysans, les entrepreneurs, les forces armées, les groupes religieux… Alors que cette politique peut sembler à première vue néfaste aux intérêts du PKI, Soekarno annonce dans son discours du 17 août 1959, qui deviendra le « Manifeste politique » (ou Manipol) du régime, la mise en place d’une « économie dirigée », contre l'« exploitation de l'homme par l'homme », reprenant ainsi la rhétorique communiste. De même, en 1960, il fait voter une réforme agraire qui limite la taille des propriétés et prévoit une redistribution des terres, deux objectifs de longue date du PKI.

Cette proximité entre l’idéologie du pouvoir et celle du PKI prend un nouveau tournant quand, en 1961, Soekarno décide que l'orientation de l'Indonésie sera fondée sur l’alliance du nationalisme, de la religion et du communisme : cette politique est baptisée Nasakom[Note 2]. Le PKI obtient ainsi une place au centre du pouvoir tandis que l’Indonésie commence à entretenir des relations étroites avec plusieurs pays communistes d'Asie.

L'activisme du PKI, qui multiplie les manifestations anti-religieuses, occupe des terres et s'en prend à des petits propriétaires terriens, contribue à entretenir l'appréhension des élites indonésiennes, alors même que le pays subit une importante crise économique[2].

Une influence grandissante sur Soekarno[modifier | modifier le code]

Dès la mise en place du Nasakom, le PNI (Partai Nasional Indonesia), le NU (Nahdatul Ulama) et le PKI[Note 3] commencent à s’affronter pour le contrôle du pouvoir. Cette lutte se matérialise dans les campagnes à partir de 1963, quand des paysans sans terre se mettent à appliquer par des « actions unilatérales » la réforme agraire votée trois ans plus tôt mais inappliquée. Souvent membre du BTI, une organisation paysanne affiliée au PKI, ils occupent les terres possédées par de riches propriétaires terriens, des électeurs pour la plupart du PNI et du NU. Rapidement les forces anti-communistes, auparavant divisées, s'allient pour lutter plus efficacement contre les agissements du BTI, isolant ainsi le PKI dans les zones rurales. Cet isolement s’étend bientôt à l’ensemble du pays et ce n’est que grâce à la protection de Soekarno dont il bénéficie que le PKI réussit à survivre entre 1963 et 1965.

En effet le « Père de l'Indonésie », désireux de contrebalancer la puissante armée indonésienne et le très populaire NU[Note 4], protège le PKI de ces derniers qui tentent de faire taire sa presse et d’empêcher ses congrès. Mais peu à peu Soekarno ne se contente plus de défendre le PKI et commence à se rapprocher du parti, le considérant comme le mieux à même de soutenir ses idéaux révolutionnaires. En effet au PNI[Note 5] seule une fraction du parti, l'aile dite « soekarniste », appuie la politique de Soekarno tandis que son aile « droite » et l’intégralité du NU la rejettent. En comparaison le PKI avait, dès la proclamation de la Démocratie dirigée, accepté le nouveau régime et fait des concessions idéologiques. En 1959 il adopte ainsi une politique de « front national uni » qui fait passer les intérêts nationaux avant les intérêts de classe.

La politique étrangère de Soekoarno est également marquée par sa rivalité avec la Malaisie - soutenue par les Occidentaux[2] - que le président indonésien s'emploie à déstabiliser, voire à faire éclater[4]. Début 1965, Soekarno annonce le retrait de l’Indonésie de l’ONU « impérialiste », en signe de protestation contre l'entrée de la Malaisie au Conseil de sécurité[2]. Il annonce ensuite la formation prochaine d’une organisation rivale, dite des “Nouvelles forces montantes”[Note 6], autour d’un axe Jakarta-Hanoï-Phnom Penh-Pékin-Pyongyang. Soekarno prépare ainsi une alliance avec quatre pays asiatiques dont trois sont communistes et le quatrième - le Cambodge de Norodom Sihanouk - neutraliste. L'URSS, bien que n'ayant pas de relais politique important sur place (le PKI est en effet plus proche de la Chine, en rupture avec Moscou), soutient généreusement l'Indonésie de Soekarno, à laquelle elle fournit du matériel et une aide économique qui lui permet de développer son industrie[2]. Dans le contexte de l'escalade militaire au Viêt Nam et de la crise au Laos, les États-Unis sont particulièrement inquiets de la politique de Soekarno qui semble augurer, selon la logique de la « théorie des dominos », d'un basculement de toute une partie de l'Asie du Sud-Est dans la sphère communiste[4].

L'influence grandissante du PKI sur Soekarno est notamment visible dans les discours de ce dernier où il se montre de plus en plus critique envers ceux qui s’opposent aux actions communistes. Ainsi à plusieurs reprises il fustige la « communistophobie » de ceux qui protestent contre les manœuvres communistes, notamment lors de la vague d’occupations de terres par le BTI. Lors de discours de la fête nationale du 17 août 1964, le président entretient l'inquiétude ambiante en réaffirmant son virage à gauche, et en déclarant que le pays traverse une année où l'on vivrait « dangereusement »[4] : de même, durant de son discours du 17 août suivant, il s’attaque à l'armée, ennemie de longue date du PKI, accusant « certains généraux » de se mettre en travers de la « révolution populaire ». A la veille du massacre, le rapprochement entre Soekarno et les communistes indonésiens est si sensible que pour la grande majorité des observateurs occidentaux, le passage au communisme de l’Indonésie - éventuellement par un équivalent du « coup de Prague », voire une prise du pouvoir sanglante - n’est plus qu’une question de temps. Les rumeurs autour de la santé de Soekarno, qui subit un malaise en public le 4 août, renforcent quant à elles les inquiétudes sur la stabilité politique du pays. Durant l'été, les rumeurs de coup d’État militaire se font de plus en plus insistantes[2].

Des effectifs considérables[modifier | modifier le code]

Le PKI revendiquait, en août 1965, 3,5 millions de membres, ce qui en fait le troisième parti communiste du monde en nombre d’adhérents, après ceux de la République populaire de Chine et de l'URSS, et le plus important du monde en dehors de ceux des régimes communistes[3].. Cependant le PKI n’était qu’un des éléments d’une structure beaucoup plus large composée, en plus du parti, de 6 organisations de masse qui lui étaient affiliées. Ces dernières rassemblaient officiellement 23,5 millions de personnes, soit presque un quart de la population indonésienne de l’époque[Note 7]. Plus précisément le syndicat communiste SOBSI revendiquait, en 1965, 3,5 millions de membres, l’association paysanne BTI, 9 millions, les fédérations communistes d’écrivains et d’artistes, 5 millions, le mouvement de jeunesse Pemuda Rakyat[Note 8], 3 millions, autant que le mouvement féminin Gerwani. A l’aube des massacres les communistes indonésiens proclamaient ainsi que plus 27 millions de personnes étaient reliées, directement ou indirectement, au PKI.

Cependant faire la somme des effectifs officiels de chaque organisation citée plus haut ne donne pas le nombre réel de personnes affiliées au PKI. En effet un grand nombre de militants communistes appartenaient à plusieurs de ces organisations en même temps et sont ainsi, dans le calcul précédent, comptés de multiples fois. De plus tous les chiffres susdits provenant du PKI, il est probable qu’ils aient été gonflés dans un but de propagande. Malgré tout, si la capacité de mobilisation du PKI était probablement bien moindre que ce qu’il prétendait, elle restait très importante et lui permettait d’organiser des actions d’envergure (vagues d’occupations des terres, manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes, etc.) sur l’ensemble du territoire indonésien.

Des tensions importantes avec l’armée et les milieux religieux[modifier | modifier le code]

À mesure que son pouvoir s'accroît, le PKI suscite la crainte de l'armée et de l'ensemble des milieux conservateurs. Les communistes tentent de jouer simultanément sur tous les tableaux : tandis qu'ils multiplient les coups de mains pour faire appliquer la loi de réforme agraire, ils s'emploient à accroître leur infiltration au sommet de l’État. S'ils ne disposent que de trois ministres au sein du gouvernement (qui, pléthorique, en compte quatre-vingts), ils comptent des militants dans tous les milieux. L'armée de terre demeure dans l'ensemble très anticommuniste, mais l'aviation est proche de PKI, que soutiennent un nombre non négligeable d'officiers. En outre, le PKI demande la mise sur pied, en plus des quatre secteurs traditionnels de l'armée de métier indonésienne, d'une « cinquième force des ouvriers et paysans armés » - jusque-là vaguement évoquée - et qui aurait théoriquement pour rôle d'aider l'Indonésie à affronter la Malaisie. L'armée de terre fait tout pour saboter cette initiative mais, en juillet 1965, les premiers contingents d'« ouvriers-paysans » - presque tous des militants communistes - débutent leur formation à la base aérienne de Halim, à Jakarta. L'armée voit donc avec une inquiétude croissante le PKI affermir son influence dans son domaine traditionnel[2]. L'anticommunisme des élites militaires indonésiennes est encore renforcé par leur étroite proximité avec les élites économiques du pays : une partie des industries est contrôlée, soit directement par de hauts gradés de l'armée, soit par des membres de leurs familles[3].

Les communistes connaissent également, du fait de leur athéisme militant, des tensions croissantes avec les milieux musulmans qui représentent l'autre grande force organisée de l'Indonésie. À Java, les manifestations d'irreligiosité des communistes entrainent des heurts avec les musulmans fervents. À Bali, les communistes interrompent des cérémonies religieuses hindouistes et occupent des temples, qu'ils accusent d'accaparer les terres et les biens : les affrontements se multiplient, causant de nombreux morts[2].

Déclenchement de la répression[modifier | modifier le code]

Coup d’état du 30 septembre[modifier | modifier le code]

Le 30 septembre 1965, des officiers de la garde présidentielle commandés par le lieutenant-colonel Untung tentent de prendre le pouvoir à Jakarta. Après s’être emparés de quelques points clés de la capitale, les officiers putschistes annoncent avoir sauvé le régime de Soekarno en déjouant un coup d'État projeté par un conseil des généraux soutenu par la CIA. Dans le même temps ils font kidnapper et assassiner six généraux du haut commandement de l'armée de terre, dont le chef d’état-major Ahmad Yani. Leur septième cible, le général Nasution, réussit à s’échapper de justesse, mais sa fille de 5 ans est mortellement blessée dans des échanges de feu.

Le matin du 1 octobre, les « officiers progressistes » annoncent la formation d’un « Conseil de la Révolution » pour prendre les rênes du pays. Cependant, contrairement à ce qu’ils espéraient, les insurgés n’obtiennent pas le soutien de Soekarno qui refuse de leur donner une caution officielle. Seul le PKI publie son approbation à cette « action intérieure » de l’armée à travers son quotidien officiel le Harian Rakjat et des manifestations de soutien organisées en plusieurs points du pays.

Écrasement du putsch et prise de pouvoir par Suharto[modifier | modifier le code]

Mise en place de la propagande anti-PKI[modifier | modifier le code]

Le massacre[modifier | modifier le code]

Les acteurs du massacre[modifier | modifier le code]

Le maître d’œuvre[modifier | modifier le code]

Les tueurs[modifier | modifier le code]

Déroulement du massacre[modifier | modifier le code]

À Sumatra[modifier | modifier le code]

À Java[modifier | modifier le code]

À Bali[modifier | modifier le code]

Dans le reste de l’Indonésie[modifier | modifier le code]

Massacres des minorités chinoises et hindoues[modifier | modifier le code]

Bilan de la répression[modifier | modifier le code]

Nombre de victimes[modifier | modifier le code]

Arrestations massives[modifier | modifier le code]

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

La communauté internationale et le massacre[modifier | modifier le code]

Des réactions partagées[modifier | modifier le code]

Un rôle très limité[modifier | modifier le code]

Massacres similaires sous l’Ordre nouveau[modifier | modifier le code]

Massacre de Purwodadi[modifier | modifier le code]

Massacres suivant l’invasion du Timor oriental[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dix-sept gouvernements se succèdent entre 1945 et 1958
  2. Acronyme formé à partir des mots indonésiens NASionalisme (« nationalisme »), Agama (« religion ») et KOMunisme (« communisme »)
  3. Les représentants respectifs du nationalisme, de l’islam et du communisme
  4. Le parti obtient lors des élections législatives de décembre 1955, 18.47% des voix. Cependant si l’on additionne à ces voix celles du Masyumi, un autre parti islamiste interdit en 1960, on obtient plus de 39% des voix
  5. Parti que Soekarno a lui-même fondé en 1927
  6. Par opposition aux « Vieilles Forces établies »
  7. 100,3 millions de personnes
  8. Les “Jeunesses du Peuple” en indonésien

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ruth T. McVey, The Rise of Indonesian Communism, Equinox Publishing, 2006, p. 7
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Jean-Louis Margolin, Indonésie 1965 : un massacre oublié, Revue internationale de politique comparée, 2001
  3. a, b et c Archie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, 2009, pages 358-359
  4. a, b et c Georges-Henri Soutou, La Guerre froide 1943-1990, Librairie Arthème Fayard / Pluriel, 2010, pages 649-651

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cayrac-Blanchard, Françoise, Indonésie, l'armée et le pouvoir, Paris, L'Harmattan, 1991.
  • Cribb Robert, The indonesian killings of 1965-1966, Studies from Java and Bali, Monash Papers on Southeast Asia - N° 21, Centre of Southeast Asian Studies Monash University, Robert Cribb, 1990.
  • Cribb, Robert, "How many deaths? Problems in the statistics of massacre in Indonesia (1965-1966) and East Timor (1975-1980)" Violence in Indonesia Ed. Ingrid Wessel and Georgia Wimhöfer. Hamburg: Abera, 2001. 82-98. [1]
  • Jurquet Jacques, Génocide anticommuniste en Indonésie, in Le livre noir du capitalisme, Le Temps des cerises, 2001, p. 171-183.
  • Roosa John, Pretext for mass murder, the September 30th Movement and Suharto's coup d'Etat in Indonesia, The University of Wisconsin press, 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]