Conflit en Papouasie occidentale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cet article concerne un événement en cours.

Ces informations peuvent manquer de recul, ne pas prendre en compte des développements récents ou changer à mesure que l’événement progresse. Le titre lui-même peut être provisoire. N’hésitez pas à l’améliorer en veillant à citer vos sources.
 

Conflit de Papouasie occidentale
Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de Nouvelle-Guinée.

Informations générales
Date 1963 - en cours
Lieu Papua (Indonésie)
Issue En cours
Belligérants
Drapeau de l'Indonésie Indonésie Morning Star flag.svg Organisation pour une Papouasie libre
Pertes
100 000 déplacés[1]
150 000 à 400 000 tués[2],[3]

Il existe un mouvement séparatiste en Papua, nom indonésien de la Nouvelle-Guinée occidentale, entité qui se compose de deux provinces (la Papouasie et la Papouasie occidentale), rattachée à l'Indonésie en 1963 (après avoir fait partie des Indes néerlandaises puis été directement administrée par les Pays-Bas) . Ce mouvement est principalement véhiculé par l'Organisation pour une Papouasie libre.

Historique du conflit[modifier | modifier le code]

En 1660 la VOC (Vereenigde Oostindische Compagnie, c'est-à-dire la Compagnie néerlandaise des Indes orientales), présente dans les Moluques depuis 1605, reconnaît la suzeraineté du sultan de Tidore, alors un des principaux États de l'est de l'archipel indonésien, sur les "Papous". Tidore, dont l'importance a disparu avec le déclin du commerce des épices au XVIIIe siècle, réaffirme son statut de vassal des Néerlandais au début des années 1870. La Nouvelle-Guinée occidentale est ainsi directement intégrée aux Indes néerlandaises. A la fin des années 1940, les Pays-Bas reconnaissaient encore la suzeraineté de Tidore sur une partie du nord de la Nouvelle-Guinée occidentale[4].

Des années 1930 aux années 1950, des Papous rejoignent le mouvement national indonésien [5]. En 1945, Silas Papare organise la rébellion d’un bataillon papou contre les Néerlandais. La rébellion est écrasée l’année suivante [6]. Papare fonde le Partij Kemerdekaan Irian Indonesia (« parti pour l’indépendance d’un Irian indonésien »).

Le 17 août 1945, Soekarno et Hatta proclament l'indépendance de l'Indonésie. Peu de temps après les Néerlandais, dont la colonie avait été sous occupation japonaise à la suite de la reddition des forces alliées le 8 mars 1942, y reprennent pied. Suit une période de conflit à la fois politique, diplomatique et militaire entre la jeune république et l'ancienne puissance coloniale que les Indonésiens appellent la Revolusi.

En 1946, les Néerlandais ont repris le contrôle de Bornéo et du « Grand Est », c’est-à-dire l’ensemble constitué par Célèbes, les Moluques et les Petites îles de la Sonde. La République d’Indonésie ne contrôle plus que Java et Sumatra. Les Néerlandais veulent créer une entité fédérale dans laquelle la République d’Indonésie ne serait qu’un « État » parmi d’autres. Ils organisent une conférence dans la station de montagne de Malino dans le sud de Célèbes en juillet 1946 et obtiennent le soutien de Bornéo et du Grand Est. A la conférence est présent un représentant de la Nouvelle-Guinée occidentale, Frans Kaisiepo, originaire de l’île de Biak près de la côte nord du territoire. On attribue à Kaisiepo la création du nom d’« Irian » pour désigner le territoire, ce mot voulant dire « embué » en langue biak, pour décrire l’aspect de la Nouvelle-Guinée vue depuis son île [7]. Sa position est que « la Nouvelle-Guinée-Occidentale ne [doit] pas être séparée du “Grand Est” » [8]. Une seconde conférence est organisée en décembre de la même année à Denpasar à Bali. Le général van Mook, lieutenant-gouverneur général des Indes néerlandaises, y propose de détacher la Nouvelle-Guinée occidentale du reste de ce que les Néerlandais considèrent toujours leur colonie [9]. Soixante-huit des soixante-dix délégués présents à la conférence s’opposent à cette idée[10].

Le conflit entre l'Indonésie et les Pays-Bas prend fin avec la Conférence de la Table Ronde de La Haye, à l'issue de laquelle le 27 décembre 1949, le Royaume des Pays-Bas transfère formellement la souveraineté sur le territoire de son ancienne colonie à la République des États unis d'Indonésie. Toutefois, ce transfert n'inclut pas la Nouvelle-Guinée occidentale. Les deux parties sont en effet convenues que ce territoire ferait l'objet de discussions en 1950.

En fait, du point de vue néerlandais, la Nouvelle-Guinée occidentale était « politiquement et culturellement distincte »[11]. Ils mettent donc en place une politique qui « mène à l’établissement d’un État mélanésien séparé, souverain »[12]. Ils promettent l’indépendance aux habitants du territoire et créent en 1961 un parlement, le "Conseil de la Nouvelle-Guinée occidentale". Le 1er décembre 1961, ce conseil hisse un nouveau drapeau, l’« Étoile du matin ». De nombreux Papous interprètent cet événement comme une déclaration d’indépendance, alors qu'en fait, le territoire était toujours sous souveraineté néerlandaise.

En 1961, le président indonésien Soekarno lance une campagne pour la « libération de l’Irian[13] ». Il mobilise deux cent cinquante navires et cent mille soldats et volontaires civils. Les Américains, qui n'apprécient pas les sympathies de gauche de Soekarno, s'inquiètent de la situation. Les Britanniques, qui ont accordé l'indépendance à la Malaisie voisine en 1957, ne souhaitent pas apparaître comme soutenant une cause "colonialiste" et restent neutres. Les Néerlandais ne trouvent donc pas de soutien de la part des principales puissances occidentales.

Finalement, des discussions se tiennent entre Néerlandais et Indonésiens en 1962, à l’initiative des Nations-Unies. L’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations-Unies fait office de médiateur. Le 15 août de cette année, l'accord de New York est signé, qui prévoit le transfert de l’administration du territoire des Pays-Bas à une "autorité exécutive temporaire des Nations unies" le 1er octobre, puis à l’Indonésie le 1er mai 1963. Il prévoit également que l’Indonésie donnera à la population du territoire la possibilité de choisir librement entre le maintien au sein de l’Indonésie ou la séparation, sous la forme d’un plébiscite qui se tiendrait au plus tard en 1969.

En 1965, à la suite de l'affaire du "Mouvement du 30 septembre", le général Soeharto organise une répression qui se traduit par le massacre de plus de 500 000 personnes suspectées d'être sympathisants du Parti communiste indonésien, accusé d'être l'instigateur du "Mouvement". Soekarno transfère formellement le pouvoir à Soeharto le 11 mars 1966.

En 1967, le gouvernement indonésien signe un contrat minier avec la société américaine Freeport Sulphur. Freeport avait eu connaissance en 1959 d’un possible gisement de cuivre dans les monts Maoke dans le centre du territoire, l’Ertsberg, dont un géologue néerlandais de la compagnie pétrolière Shell, Jean Jacques Dozy, avait soupçonné l’existence alors qu'en 1936 il explorait cette région. La Seconde guerre mondiale avait plongé le rapport de Dozy dans l’oubli. La société entreprend aussitôt des forages, qui confirment l'existence du gisement.

En 1969 se tient un « Act of Free Choice » censé être ce plébiscite. En fait, les participants se limitent à 1 026 membres de conseils désignés par le gouvernement indonésien et censés représenter la population du territoire. Ils votent à l’unanimité pour le maintien dans l’Indonésie. Par la résolution 2504 du 19 novembre 1969, l’assemblée générale des Nations Unies entérine les résultats de la consultation, la considérant conforme à l’accord de New York.

En 1988, Freeport découvre l’énorme gisement de Grasberg, dont les réserves sont estimées les troisièmes plus importante dans le monde pour le cuivre et deuxièmes pour l’or. Au titre du "contract of work" sous lequelle la société exploite ses mines de Papua, les revenus sont partagés avec le gouvernement central. La population locale n’en bénéficie guère à l'époque. En outre, pour cette exploitation, Freeport fait surtout appel à du personnel venu d’autres régions d'Indonésie. Enfin, l’exploitation se traduit par des problèmes environnementaux. Les mouvements de protestations sont réprimés.

De nombreux Papous se sentent victimes de discrimination et considèrent les autres Indonésiens comme des envahisseurs[14] mais leur mouvement est réprimé, même en cas de protestation pacifique.

L'Organisation pour une Papouasie libre (Organisasi Papua Merdeka / OPM), réfutant l'accord de New York, y mène une guerre de basse intensité depuis les années 1960[15]. En plus des armes à feu, le mouvement utilise également des armes traditionnelles telles que les lances[16]. Toutefois depuis les dernières années, les Papous peuvent avoir accès à toutes les fonctions de responsabilité[17],[18]. Il faut cependant rappeler que les Javanais constituent 40 % environ de la population de ces provinces[17] et que la région est riche en ressources, ce qui suscite bien des convoitises et des rivalités, ce qui suggère qu'il s'agirait avant tout d'un conflit politique et non ethnique[16], bien que l'armée et la police indonésiennes commettent de nombreuses exactions contre les Papous.

En 2001, l'assassinat de Theys Eluay porte un coup dur à l'Organisation pour une Papouasie libre. Depuis 2008, on assiste toutefois à une recrudescence accrue des actes de guérilla contre l'armée indonésienne. Le , la police indonésienne parvient pour la première fois à attaquer un QG d'une cellule de l'organisation, résultant en la mort de 14 séparatistes et la saisie d'armes à feu, de couteaux, d'équipements, de documents et de drapeaux séparatistes[19]. Un bilan en 2011 fait état de 100 000 déplacés[1] et de 150 000 à 400 000 tués[2],[3] depuis le début de l'insurrection.

Exactions commises par l'armée indonésienne[modifier | modifier le code]

L'armée indonésienne s'est rendue coupable dans sa lutte contre les séparatistes papous de nombreuses exactions contre des civils, allant jusqu'à massacrer des villages entiers, sous prétexte que les villageois seraient des sympathisants de l'OPM.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Natural Resources and Conflict in Papua, Sulawesi and Malukus, Indonesia, Alternatives International, consulté le 2 avril 2012
  2. a et b No Man’s Island, The Daily Beast, consulté le 2 avril 2012
  3. a et b Autonomy isn’t independence, Le Monde Diplomatique, consulté le 2 avril 2012
  4. C. L. M. Penders, The West New Guinea Debacle: Dutch Decolonisation and Indonesia, 1945-1962, University of Hawai'i Press, Honolulu, 2002, p. 66
  5. Brij Vilash Lal et Kate Fortune, The Pacific Islands: an Encyclopedia, University of Hawai'i Press, Honolulu (2000), p. 306
  6. Ravindra Varma, Australia and South Asia: the Crystallisation of a Relationship, Ahinav Publications, New Delhi (2003), p. 250
  7. Chris Lundry, Separatism and State Cohesion in Eastern Indonesia (partie d'une thèse de doctorat), Arizona State University, Phoenix (2009), p. 166
  8. Gabriel Defert, L'Indonésie et la Nouvelle-Guinée-Occidentale: maintien des frontières coloniales ou respect des identités communautaires, L'Harmattan, Paris (1996), p. 132
  9. Greg Poulgrain, "Delaying the 'Discovery' of Oil in West New Guinea", The Journal of Pacific History Vol. 34, No. 2, Historical Perspectives on West New Guinea (septembre) (1999), pp. 205-218
  10. Gabriel Defert, ibid., p. 133
  11. Jason MacLeod, "From the mountains and jungles to the villages and streets: transitions from violent to non violent resistance in West Papua", in Véronique Dudouet, Civil Resistance and Conflict Transformation: Transitions from armed to nonviolent struggle, Routledge, Oxon (2015)
  12. Jim Elmslie, Irian Jaya Under the Gun: Indonesian Economic Development Versus West Papuan Nationalism, University of Hawai'i Press, Honolulu (2002)
  13. « Irian » est le nom qu’utilise Soekarno dans un discours prononcé le 1er juin 1945, alors que l’Indonésie était encore sous occupation japonaise. Ce mot signifie « brumeux » en langue biak, et décrit l’aspect de la Nouvelle-Guinée vue de l’île voisine de Biak. On a vu qu'on attribuait la création de ce nom à Frans Kaisiepo.
  14. http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/papua0207webwcover.pdf
  15. http://www.fas.org/irp/world/para/papua.htm
  16. a et b http://www.janes.com/extracts/extract/jwit/jwit0085.html
  17. a et b http://www.esisc.org/pays.php?page=2&Id=11
  18. http://www.hrw.org/en/node/11026/section/3
  19. Soldiers Kill Suspected OPM Member in Gunfight, JakartaGlobe, 6 janvier 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]