Histoire du sionisme

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Le sionisme est une idéologie politique nationaliste, apparue au XIXe siècle, et qui entend permettre aux Juifs d'avoir un État.

Cet article s'intéresse essentiellement à trois problématiques au cœur de l'histoire du sionisme :

  • Les débats et pratiques autour de la construction d'institutions nationales ou prénationales : Organisation sioniste mondiale, partis politiques, Agence juive, groupes armés, puis l'État lui-même.
  • Les débats et pratiques autour de la constitution d'une population juive importante au sein de l'État.
  • Les débats idéologiques entre tendances sionistes, en particulier sur la définition des objectifs. Dans ce domaine, deux questions ont particulièrement divisé (et continuent de diviser) les sionistes :
    • La place de la religion juive dans le sionisme.
    • La question de la localisation de l'État juif, puis de ses frontières.

Les faits historiques qui sont cités dans l'article ci-dessous sont donc très incomplets. Ce sont surtout les faits liés à ces trois questions (constructions institutionnelles, construction démographique et divergences sur les objectifs du sionisme) qui sont analysés. Les événements moins directement liés à ces trois questions (par exemple les guerres de 1956, 1973, et du Liban) ne sont pas abordés, ou juste cités. Il en va de même de l'opposition arabe et palestinienne au projet sioniste. Le sujet est vaste et fondamental, mais il n'est abordé dans le cadre de cet article qu'au travers de son influence sur les trois thématiques précitées.

Sommaire

Terminologie[modifier | modifier le code]

Carte du Moyen-Orient - frontières actuelles

La terminologie utilisée n'est pas politiquement neutre :

  • Eretz Israël (la « terre d'Israël », au sens biblique), a fini par devenir synonyme politique de Grand Israël (incluant la Cisjordanie, la Transjordanie et la Bande de Gaza).
  • La Palestine a été le terme utilisé par tous, même les sionistes, jusqu'en 1948 (par exemple, le journal israélien Jerusalem Post s'appelait Palestine Post jusqu'à l'indépendance d'Israël). Pour la période postérieure à 1948, il a une connotation « pro-palestinienne ».

Pour en savoir plus sur la terminologie utilisée, voir le chapitre Sionisme : terminologie.

Dans l'article ci-dessous, le terme « Palestine » sera utilisé pour désigner le territoire entre la seconde révolte juive (vaincue en 1935) et la proclamation d'Israël (en 1948), sans connotation idéologique.

Pour la partie de cet article postérieure à la création d'Israël, on parlera généralement d'« Israël », de la « Cisjordanie » et de la « bande de Gaza », termes les plus utilisés en français. Les termes de « Eretz Israël » et de « Judée-Samarie » seront utilisés en référence aux idéologies qui les utilisent.

Avant le sionisme[modifier | modifier le code]

L'apparition d'une revendication politique à la création d'un État juif à partir de la seconde partie du XIXe siècle s'explique par l'existence de soubassements plus anciens.

La destruction du royaume juif dans l'antiquité[modifier | modifier le code]

Les provinces du royaume d'Hérode Ier le Grand, sous protectorat romain, vers -25.

Le dernier État juif indépendant, le royaume hasmonéen de Judée, est devenu un protectorat romain en 63 avant l'ère chrétienne[1]. Ce protectorat est devenu une simple province romaine après la mort du dernier roi du royaume, Hérode Ier le Grand, en 4 avant l'ère chrétienne.

Les soulèvements juifs de 67-73 et de 132-135 ont profondément changé la population de la Palestine : une partie a été tuée, une partie a fui les destructions de la guerre, une partie a été vendue comme esclave et une dernière partie a pu rester dans une Palestine appauvrie et ayant perdu son indépendance.

Il est difficile de savoir ce que représentaient ces quatre groupes, mais le nombre des survivants restés en Palestine semble avoir été assez important, encore qu'en nette régression.

Par la suite, il y eut des conversions nombreuses au christianisme (en particulier sous l'empire byzantin peu tolérant), puis à l'islam à partir de la conquête musulmane vers 640.

À compter de la fin de l'Antiquité, les Juifs vivant en Terre sainte sont donc devenus très minoritaires par rapport à la diaspora juive (dispersion, en grec). En effet, beaucoup de communautés juives ont continué à exister à travers le monde, mais peu en Terre Sainte, donnant le sentiment d'un peuple dispersé. Le terme hébraïque est Galout (exil). C'est ce sentiment d'exil qui engendrera l'espérance religieuse d'un « retour » ou aliyah en hébreu.

L'espérance religieuse[modifier | modifier le code]

le « Messie » Sabbataï Tsevi, qui promettait le retour des Juifs en terre d'Israël - 1666.

À compter de la seconde diaspora, les communautés religieuses vont maintenir le rêve d'un retour en Palestine pour recréer un État juif. Il ne s'agit pas vraiment d'un projet politique, mais plutôt d'un rêve messianique et religieux. Il est symbolisé par la célèbre formule « l'an prochain à Jérusalem » prononcée chaque année lors du seder de Pessah. Il y aura d'ailleurs plusieurs messies proclamés, comme Sabbataï Tsevi ou Jacob Franck.

Avec le temps, la majorité des rabbins orthodoxes ont développé une interprétation s'opposant en pratique à la recréation d'un État juif : Dieu a puni les Juifs en détruisant l'État, seul son Messie peut le recréer[2]. Toute tentative humaine en la matière est une révolte contre Dieu. Cette vision sera très progressivement remise en cause à partir du XXe siècle, mais avec de fortes réticences.

Le nationalisme[modifier | modifier le code]

Moses Hess

Avec le XVIIIe siècle, l'esprit des Lumières donne naissance aux concepts de peuple et de nation, définis par leur identité - par opposition à la notion de royaume, défini par son souverain et ses frontières (et souvent par sa religion).

Les Français les premiers, que leur Révolution de 1789 oppose à toutes les monarchies d'Europe, se battent en tant que Français et non en tant que sujets du roi de France. C'est la naissance du nationalisme moderne.

Celui-ci se répand dans toute l'Europe au cours du XIXe siècle. Il attire particulièrement les populations occupées par un autre état, ou divisées en plusieurs états.

C'est ainsi que l'idée nationale se répand dans les populations divisées entre plusieurs états, en Allemagne et en Italie, ainsi que dans les populations occupées de la Pologne, de l'Irlande ou de la Hongrie.

Inévitablement, l'idée nationaliste finit par toucher une autre population européenne privée d'état, et même de territoire : les Juifs.

L'idée d'un peuple juif est ancienne et remonte à la Bible. Sous l'influence du nationalisme, elle est redéfinie dans un sens moins religieux, et plus centrée sur une identité historique, ethnique et culturelle.

Au cours du XIXe siècle, la lecture messianique qui préconisait la libération politique d'Israël par un roi-messie recule à mesure que les populations juives se laïcisent. Cette lecture messianique réactivée par Don Isaac Abarbanel à la suite de l'expulsion des Juifs d'Espagne cède ainsi du terrain – tout en s'y adaptant - face à des idéologies "modernes": socialisme, libéralisme, rationalisme et nationalisme[3].

Une des premières manifestations nationalistes est la rédaction du livre « Rome et Jérusalem - La Dernière Question Nationale », par Moses Hess en 1862 : impressionné par le succès de l'unité italienne[4], l'auteur, par ailleurs proche de Karl Marx, y appelle à la création d'un État juif.

En 1869, l'Alliance israélite universelle crée l'école agricole de Mikvé-Israël près de Jaffa, à l'instigation de Charles Netter, un de ses fondateurs. De cette école vont sortir des générations d'agriculteurs juifs. Il y aura quelques autres initiatives dans les années 1870, montrant un intérêt en développement pour la terre de la sainteté.

L'antisémitisme[modifier | modifier le code]

Affiche antisémite française de 1889 - cliquez pour agrandir

Une attitude hostile aux Juifs n'est pas nouvelle. Pour les chrétiens, les Juifs avaient fait crucifier Jésus, et surtout refusé la nouvelle religion.

En 1873, une nouvelle terminologie apparaît : l'antisémitisme. Le mot est dû à un journaliste de Hambourg, Wilhelm Marr. L'antisémitisme se veut une idéologie nationaliste et laïque « moderne », rejetant les Juifs non plus pour des raisons religieuses, mais parce qu'ils seraient un peuple sémite moyen-oriental inassimilable en Occident. Au-delà de cette innovation, les préjugés traditionnels chrétiens contre les Juifs sont largement repris.

L'antisémitisme et l'hostilité aux Juifs se répandent largement autour des grandes concentrations juives d'Europe orientale.

Selon la thèse de Léo Pinsker, ce serait l'intégration progressive des Juifs dans la vie moderne qui aurait provoqué cette réaction : les Juifs n'étaient pas aimés mais ne gênaient guère quand ils vivaient à part. À compter de leur pénétration progressive dans le monde moderne, ils deviennent des concurrents directs et beaucoup plus visibles.

En 1881, des pogroms sanglants se produisent dans l'empire tsariste contre les Juifs. Beaucoup d'entre eux en concluent qu'il n'y a pas d'avenir pour les Juifs en Europe orientale. C'est le début d'un grand mouvement d'émigration qui mènera 4 millions de Juifs d'Europe orientale à quitter cette région entre 1880 et 1931[4]. La plus grande masse ira en Amérique du Nord[4], mais d'autres iront en Europe occidentale, en Amérique du Sud, et même en Palestine. Il ne faudrait pas cependant passer sous silence l'impact que connut la question juive en Roumanie et notamment les tractations lors du Congrès de Berlin, dans les années 1870, en vue d'obtenir des conditions favorables pour une émigration juive massive en Roumanie, avec les réactions de la population locale. Selon Jacques Halbronn (Communication au Congrès Mondial des Études Juives, Université Hebraïque de Jérusalem, 2009), il faut y voir une préfiguration de ce qui se passera à partir de 1917 et du fait de la Société des Nations en ce qui concerne l'établissement d'un Foyer Juif en Palestine. Dans les deux cas, Roumanie et Palestine, il s'agit de territoires venant de se dégager du pouvoir ottoman.

Les origines du sionisme : synthèse[modifier | modifier le code]

Le sionisme naît vers 1880 à la rencontre de quatre conditions :

  • La définition traditionnelle du peuple juif portée par la Bible et les rabbins. À côté d'un volet religieux fondamental, cette définition traditionnelle a toujours insisté sur le fait que les Juifs étaient aussi un peuple spécifique, les « enfants d'Israël[5] », disposant en droit d'un « pays dont l’Éternel, ton Dieu, te donne la possession[6] ».
  • La laïcisation d'une partie des Juifs. Les rabbins et les « orthodoxes refus[ant] avec horreur une doctrine qui prétend se substituer au rédempteur[4] » et s'opposant à la création d'un nouvel État juif avant la venue du messie, l'émancipation d'une partie de la communauté de l'autorité de ses rabbins était fondamentale.
  • Le développement du nationalisme en Europe. Celui-ci a donné le cadre de la révision du projet juif. Il ne s'agit plus dans cette optique de maintenir l'ancienne religion, mais surtout d'obtenir un État, but fondamental de tout nationalisme.
  • L'antisémitisme. C'est son développement à partir des années 1870 qui donne le moteur transformant une réflexion intellectuelle en un projet de départ hors d'Europe, et de constitution d'un État spécifique où les Juifs pourraient vivre ensemble et se protéger.

Les prémices du sionisme – 1880-1897[modifier | modifier le code]

Cette période va de la parution de « Auto-émancipation » à la réunion du premier congrès sioniste mondial.

Les amants de Sion et la première alya[modifier | modifier le code]

Léon Pinsker
Le baron Edmond de Rothschild, philanthrope juif qui financera une part de la première immigration sioniste en Palestine, à partir de 1883.

Après les sanglants pogroms de 1881[4], un médecin d'Odessa, Léon Pinsker, publie à Berlin en septembre 1882 Auto-émancipation[4], le premier vrai manifeste sioniste (le terme n'existe pas encore). Il y prédit que la « judéophobie » (c'est son terme[4]) ira croissant au fur et à mesure de la modernisation des sociétés européennes, et au fur et à mesure que les Juifs sortant du ghetto se trouveront en concurrence avec leurs voisins. Il en conclut que les Juifs doivent quitter l'Europe et créer leur propre État. Il est à noter qu'il ne le revendique alors pas forcément en Terre sainte.

En parallèle, des organisations commencent à apparaître. Des jeunes gens et des étudiants fondent en janvier 1882 le groupe « Bilou » (Beith Israël Lekhou Vena'ale) sous l'impulsion d'Israel Belkind[7]. On parlera souvent des pionniers de la première alya comme étant les Bilouïm.

Très rapidement, Léon Pinsker prend la direction de la Ahavat zion, ou Ahavat sion. Il s'agit d'un réseau, d'ailleurs peu structuré, de sociétés qui regroupent « tout fils d’Israël qui admet qu'il n'y a pas de salut pour Israël tant qu'un gouvernement juif ne sera pas installé en terre d'Israël ».

Le premier groupe a été créé en 1881 par des étudiants de Saint-Pétersbourg, avant la parution du livre de Pinsker. Il y aura rapidement une centaine de sociétés, surtout dans l'empire russe, mais aussi en Roumanie. Les membres sont appelés « Amants de Sion » (Hovevei Sion ou Hovevei Tzion). Leur but est d'organiser l'émigration de Juifs vers la Palestine (alors partie intégrante de l'empire ottoman).

L'émigration des « Amants de Sion » et celle des Bilouïm se déroule surtout dans les années 1880, dans le traumatisme suivant les pogroms de 1881. On l'appelle la « première aliyah» (mot signifiant « montée » en hébreu, au sens de « montée vers Eretz Israël »). Elle ne touche qu'environ 10 000 personnes. Elle fait face à une administration ottomane assez hostile[8], qui la freine.

Ses militants, peu organisés, forment la base de ce qu'on appellera le « Nouveau Yichouv » (Yichouv signifie « communauté juive en Eretz Israël »). Ils rencontrent en Palestine les membres de « l'ancien Yichouv », soit environ 25 000 Juifs très religieux, plutôt séfarades (avec une minorité ashkénaze). Ces Juifs pieux sont essentiellement concentrés dans les quatre villes saintes de Jérusalem, Tibériade, Safed et Hébron.

Séfarades contre Ashkénazes, traditionalistes contre modernes, population dirigée par ses anciens contre jeunes militants, religieux contre laïcs, orientaux contre européens, sionistes contre anti-sionistes (rappelons que les rabbins considéraient que seul le Messie pouvait recréer l'État juif): les relations seront assez souvent tendues, voire hostiles.

Cette première vague d'immigrants est historiquement importante, malgré son influence démographique limitée :

  • Elle crée des villages sur la côte de Palestine (Rishon LeZion en 1882, Rosh Pina, Petah Tikva, Zihron Yaakov, Gedera…)[8], qui deviendront pour beaucoup des villes, et qui expliquent encore aujourd'hui une partie de la géographie urbaine d'Israël.
  • Elle rend crédible l'idée de l'émigration vers Eretz Israël.
  • À travers l'un de ses membres, Eliezer Ben-Yehuda, elle crée l'hébreu moderne.

Les colonies juives agricoles de la première Aliyah seront fortement aidées, à compter de 1883, par les financements du baron Edmond de Rothschild, qui apparaît ainsi comme l'un des hommes clefs de ce premier sionisme. Après 1899, la Jewish Colonization Association, fondée par le baron Maurice de Hirsch en 1891, prendra le relais financier, et participera aussi à l'achat de terre en Palestine et à l'aide aux colonies agricoles.

Eliézer Ben Yehoudah et l'hébreu moderne[modifier | modifier le code]

Eliézer Ben Yehoudah à sa table de travail.

L'hébreu n'était plus utilisé comme langue parlée par les Juifs depuis bien avant la chute du dernier royaume juif. Les Juifs de Judée avaient adopté l'araméen comme langue vernaculaire bien avant la naissance de Jésus-Christ. L'hébreu était devenu une langue purement religieuse.

À compter du début du XIXe siècle, on voit réapparaître en Europe une littérature laïque en hébreu. Elle est gênée par un vocabulaire religieux et étranger au monde moderne. Une certaine modernisation commence donc à poindre, menée par des intellectuels juifs laïques, les maskilim.

Eliézer Ben Yehoudah va systématiser cette entreprise de modernisation. Il considère que l'hébreu doit devenir la langue parlée par les Juifs en Palestine. À ce titre, il entend en faire une langue moderne.

Il reprend la prononciation des Juifs séfarades, qu'il considère plus conforme à l'originale, et crée des centaines de mots nouveaux, adaptés aux besoins d'une société moderne et scientifique. C'est la base de l'hébreu actuellement parlé en Israël. Il est à noter que les religieux juifs traditionnels se sont fortement opposés à cette entreprise : pour eux, l'hébreu devait rester la langue de la Bible.

Les prémices du sionisme : synthèse[modifier | modifier le code]

Les constructions institutionnelles restent faibles, voire marginales. Le développement d'une « langue nationale » modernisée est cependant un évènement fondamental.

Sur le plan démographique, le « nouveau Yishouv » sioniste reste numériquement inférieur en nombre à l'« ancien Yichouv » religieux. Mais un ensemble de villages commence à apparaître, autour desquels se structurera le paysage humain du XXe siècle.

Quant aux débats idéologiques, ils sont presque absents de la période.

Mais au-delà de ses limites, cette période formatrice a créé une dynamique qui s'amplifiera au cours des décennies à venir.

La fondation de l'Organisation sioniste mondiale et la seconde aliyah – 1897-1918[modifier | modifier le code]

Nathan Birnbaum, créateur du terme « sionisme ».

Au milieu des années 1890, une idéologie sioniste existe déjà. Le terme « sionisme » lui-même a été créé par Nathan Birnbaum en 1886. Il s'impose progressivement dans les années 1890.

Ce proto-sionisme a son organisation, son objectif territorial, ses premiers militants. Mais son influence reste très marginale, et son organisation est très limitée.

Le changement va venir de Theodor Herzl (1860-1904).

Theodor Herzl[modifier | modifier le code]

En 1894, ce journaliste hongrois assiste à Paris à la dégradation du Capitaine Dreyfus, sous les cris de « Mort aux Juifs ». Il indiquera a posteriori que cette situation avait été un choc pour lui, sans que son « Journal », « pourtant riche en introspection, et fourmillant de références historiques – [ne présente] un quelconque indice de la centralité de l'affaire Dreyfus dans le réveil de l'identité juive [de Herzl][9] ». L'Autriche était un pays où l'antisémitisme était développé. Mais la France était censée être immunisée contre l'antisémitisme. C'était le pays qui, le premier au monde, avait donné une totale égalité civique aux Juifs, en 1791. C'était aussi le pays qui avait donné la nationalité française aux Juifs indigènes d'Algérie en 1871 (décret Crémieux). Elle représentait la modernité occidentale en marche vers plus d'égalité.

Herzl avait tiré comme conclusion de sa déception qu'il était illusoire pour les Juifs de chercher leur salut dans l'assimilation, et qu'ils devaient posséder leur propre État, refuge pour tous les Juifs persécutés.

En 1895, il adhère à la thèse du sionisme et le 15 février 1896, il publie Der Judenstaat (L'État des juifs), un livre dans lequel il appelle à la création d'un État pour les Juifs. Espérant le soutien des grandes puissances, il le fait en tentant de se placer dans la continuité des idéologie coloniales de l'époque : « Pour l'Europe, nous formerons là-bas un élément du mur contre l'Asie ainsi que l'avant-poste de la civilisation contre la barbarie[10] », [11].

Theodor Herzl n'est pas un grand théoricien. Son œuvre théorique est modeste. Il a par contre été un bon organisateur, fédérant et orientant un sentiment nationaliste plus ou moins diffus, qui peinait à s'organiser.

Les congrès sionistes - définition des objectifs et des moyens[modifier | modifier le code]

Le premier congrès et la fondation de l’Organisation sioniste mondiale[modifier | modifier le code]

En 1897, Herzl convoque à Bâle (en Suisse) le premier congrès sioniste mondial. Il aurait souhaité que toutes les communautés juives envoient des représentants. En fait, le congrès est un succès limité. Herzl est encore peu connu, et sa capacité d'attraction l'est donc aussi. Fait révélateur des oppositions religieuses, « le premier congrès sioniste ne put être tenu à Munich à cause des protestations indignées du rabbinat allemand[12] ».

Deux cent quatre délégués se présentent cependant, surtout en provenance d'Europe centrale et orientale, et le congrès de Bâle est généralement cité comme étant le véritable début du sionisme.

Le congrès va prendre plusieurs décisions :

  • Le sionisme a pour but la création d'un foyer national juif.
  • L'organisation sioniste mondiale (OSM) est créée pour coordonner l'action politique sioniste au niveau mondial. Theodor Herzl en est nommé son premier président.
  • L'OSM agira au niveau diplomatique pour faire reconnaître les objectifs du sionisme par les grandes puissances.
  • Des congrès auront lieu régulièrement pour coordonner les actions.

Fait important, l'OSM n'est pas une organisation exclusive exigeant le monopole de la représentation politique du sionisme. Les partis politiques qui le souhaitent pourront se constituer et adhérer au mouvement sioniste mondial.

La structuration du Sionisme : institutions sionistes et travail politique[modifier | modifier le code]

Couverture du roman sioniste Altneuland, de Theodor Herzl.

Le congrès de Bâle avait posé des principes et des projets. Restait à les mettre en œuvre. Pendant les années suivantes, Herzl et les premiers sionistes mènent une propagande importante au sein des communautés, surtout européennes.

Ils mènent aussi une action diplomatique intense auprès des grandes puissances de l'époque.

L'Organisation sioniste mondiale tente prioritairement de négocier avec le sultan Ottoman, auquel appartient la Palestine, par le biais de l'empereur allemand Guillaume II, mais sans succès.

Le grand objectif de Herzl devient alors d'obtenir qu'une puissance coloniale accepte d'établir une colonie de peuplement juive en Palestine. À l'époque, cette idée de colonie de peuplement est un aspect parfaitement admis du discours et de la pratique coloniale (Afrique du Sud, Algérie, Nouvelle-Zélande, Canada, Australie…).

Dans le même temps, il ne faut pas provoquer de rupture entre les sionistes et l'empire ottoman, gestionnaire de la Palestine, qui pourrait se sentir menacé et interdire toute immigration. Aux Ottomans, Herzl fait donc valoir que les Juifs apporteront compétences techniques et capitaux, gages d'une modernisation du pays.

En 1898 et 1899, de nouveaux congrès sionistes ont lieu à Bâle, à chaque fois avec un peu plus de succès.

Lors du troisième congrès, en 1899, le lancement de la Banque coloniale juive est décidé. Elle est chargée du financement des activités d'achats de terres en Palestine.

En 1900, le quatrième congrès sioniste se tient à Londres.

En 1901, le cinquième congrès sioniste décide à Bâle la création :

  • du Fonds national juif, chargé de l'achat des terres en Palestine. Cette politique est l'une des sources de l'hostilité arabe, car bon nombre de terres vendues sont des métairies dont les fermiers sont expulsés par les propriétaires fonciers (souvent des notables syriens).
  • du Keren Kayemeth LeIsrael (K.K.L.), chargé de la gestion des terres achetées dans l'intérêt de l'ensemble des Juifs de Palestine. Le KKL est encore aujourd'hui la base du domaine foncier public israélien. Le modèle de propriété collective des terres achetées (qui ne signifie pas forcément une gestion collective) sera le modèle dominant d'appropriation de la terre par les Juifs en Palestine.

En 1902, Theodor Herzl publie un roman d'anticipation Terre ancienne, terre nouvelle, dans lequel il évoque la vie dans le futur État et décrit le sionisme comme « un poste avancé de la civilisation, un rempart de l'Europe contre l'Asie, s'opposant à la barbarie ».

Une tentative de légalisation du mouvement sioniste dans la Zone de Résidence de l'Empire russe a lieu en 1902. Le policier provocateur Sergueï Zoubatov autorise la tenue d'un Congrès sioniste panrusse. Ce Congrès est l'occasion de déclarations de loyalisme à l'égard du régime autocratique. Le « package deal » envisagé alors est le suivant : le pouvoir tsariste donnerait son appui au projet sioniste ; en échange, les socialistes juifs renonceraient à toute activité révolutionnaire pour quinze ans. La chute de Zoubatov et la reprise des pogroms met fin à cette négociation qui avait amené Theodor Herzl à discuter directement avec le ministre très antisémite Plehve[13].

L'option territorialiste – 1903-1905[modifier | modifier le code]

Israel Zangwill, principal leader des territorialistes, en 1905.
Article détaillé : Sionisme territorialiste.

Depuis les prémices du sioniste, la Palestine était au centre du projet d'un État juif. Mais l'hypothèse palestinienne avait une grosse faiblesse : la Palestine faisait partie de l'empire ottoman, et celui-ci n'avait aucun intérêt à « donner » la Palestine aux Juifs.

1903 est l'année des terribles pogroms de Kichinev. Ceux-ci seront suivis par une série d'autres pogroms jusqu'en 1906. L’émotion dans le monde occidental est grande, tant les pogroms ont été sanglants.

Cette émotion est une des raisons pour lesquelles le gouvernement britannique, en particulier Joseph Chamberlain, secrétaire aux colonies propose en 1903 à Theodor Herzl de donner à l'OSM une partie de l'Ouganda de l'époque (dans l'actuel Kenya), pour y créer un "Foyer national juif".

Hostile à l'abandon de la Palestine, le sixième congrès sioniste de 1903 se divise fortement. Une commission est cependant envoyée sur place.

En 1905, le septième congrès sioniste se tient à Bâle. Il y est décidé de repousser définitivement la proposition de l'Ouganda, ainsi que toute alternative à la Palestine.

Les «territorialistes», qui voulaient absolument « un territoire », considèrent que refuser un État, où qu'il soit, est suicidaire compte tenu de l'attitude des Ottomans. Les plus décidés des territorialistes (une petite minorité) opèrent une scission. Ils créent l' « Organisation juive territorialiste », menée par Israël Zangwill. L'organisation n'aura guère de succès et entrera dans un rapide déclin après la Déclaration Balfour de 1917, qui la rend inutile. Elle sera dissoute en 1925.

On peut voir dans la question du territorialisme les débuts d'un débat qui va agiter de façon récurrente le mouvement sioniste jusqu'au début du XXIe siècle : l'objectif premier du sionisme est-il de créer un État pour les Juifs (dont les frontières sont somme toute d'une importance relative), ou est-il de créer un État impérativement dans les frontières bibliques d'Eretz Israël ?

La période 1903-1905 n'a pas seulement tourné autour de la question territorialiste :

  • L'année 1903 voit aussi la création de l'Anglo-Palestine Bank (future Banque Leumi LeIsraël).
  • Theodor Herzl décède en 1904. David Wolffsohn (1856-1914), prend la direction du mouvement sioniste.
  • Toujours en 1904, le Comité de la langue hébraïque (Va'ad Halashon) est créé pour renforcer l'œuvre de Eliézer Ben Yehoudah et faire la promotion de l'hébreu (et non du yiddish ou de l'allemand, comme l'envisageaient certains) comme langue du foyer national juif.

Les derniers congrès avant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1907, le huitième congrès sioniste se tient à La Haye. Il voit s'opposer deux tendances, qui existaient depuis plusieurs années, mais dont les débats se durcissent lors de ce congrès. Jusqu'alors, la majorité de l'OSM s'étaient montrée réticente (comme Herzl lui-même) face à la colonisation de la Palestine (« sionisme pratique »).
Elle estimait qu'il fallait une « charte », c’est-à-dire un statut juridique officiel (ottoman ou international) avant de commencer une implantation juive de masse. D'où la priorité donnée à l'action diplomatique et le nom donné à cette approche : « sionisme politique ». Haïm Weizmann apparait avec la gauche comme un tenant d'une action plus décidée sur le terrain. L’opposition « pratique » obtient en 1907 un renforcement des actions en Palestine ottomane, mais l'orientation « politique » fondamentale de l'OSM n'est pas remise en cause.

En 1909, le neuvième congrès sioniste se tient à Hambourg. Sionistes « pratiques » et « politiques » continuent de s'y opposer. Les seconds restent dominants.

En 1911, le dixième congrès sioniste se tient à Bâle. Ce congrès est important, en ce qu'il modifie la politique de l'organisation. Les factions « pratiques » et « politiques » arrivent en effet à un accord, et décident d'œuvrer vers un sionisme « synthétique », agissant dans les deux directions. Concrètement, plus de moyens sont dégagés pour aider les pionniers de la seconde Aliyah.

En 1913, le onzième congrès sioniste se tient à Vienne.

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La déclaration Balfour.

En 1914 commence la Première Guerre mondiale. Elle aura un impact décisif sur le succès du sionisme.

Les Ottomans entrent en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche, et donc contre la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'empire tsariste.

Chacune des quatre puissances opposées à l'empire ottoman a des visées territoriales sur celui-ci, de façon plus ou moins officielle:

C'est dans ce cadre, que l'action sioniste en faveur de la création d'une colonie de peuplement en Palestine sous mandat d'une grande puissance intéresse le Royaume-Uni. Dès 1915, le leader sioniste britannique, Haïm (ou Chaïm) Weizmann, entreprend de convaincre la direction britannique de l'intérêt pour elle de soutenir la cause sioniste, au départ sans grand succès.

En 1916, les accords secrets Sykes-Picot entre la France et le Royaume-Uni divisent l'empire ottoman en cas de victoire, et accordent au Royaume-Uni les zones qu'il convoite.

En 1917, Lord Balfour, représentant le gouvernement britannique, adresse à Lord Lionel Walter Rothschild une lettre, la « déclaration Balfour », par laquelle il indique que le Royaume-Uni est favorable à l'établissement d'un « Foyer national juif » en Palestine. Cette lettre n'est pas un engagement juridiquement contraignant, mais elle représente un formidable encouragement pour le sionisme. La lettre semble avoir eu deux objectifs : avancer dans la constitution d'une colonie de peuplement pro-britannique près du canal de Suez, et se rallier les Juifs américains, alors que le Royaume-Uni essayait à tout prix de convaincre les États-Unis d'entrer en guerre à ses côtés.

La déclaration Balfour est par contre mal reçue dans le monde arabe. Selon l'expression d'Arthur Koestler, « une nation promettait solennellement à une seconde nation le pays d'une troisième[14] ». Il est aussi à noter que les Britanniques avaient déjà promis à Hussein ben Ali, chérif de La Mecque la création d'un grand royaume arabe unitaire sur le Moyen-Orient. Il s'agissait d'obtenir la contribution militaire des nationalistes arabes à l'affaiblissement de l'Empire ottoman (voir Lawrence d'Arabie). La « déclaration Balfour » était donc en contradiction avec cette première promesse.

Fin 1917, poursuivant les troupes ottomanes en retraite, les Britanniques prennent possession de la Palestine (prise de Jérusalem le 11 décembre 1917). Ils y resteront jusqu'en 1948.

La création des partis politiques[modifier | modifier le code]

Après le premier congrès sioniste de Bâle, des partis politiques sionistes, ou au moins des courants de pensée, se sont rapidement organisés.

Les libéraux[modifier | modifier le code]

1918. L'émir Fayçal I et Chaim Weizmann, un des principaux dirigeant libéral (à gauche, portant aussi une tenue arabe en signe d'amitié).

Bien qu'on se trouve ici dans la partie consacrée aux partis politiques sionistes, les libéraux ne formeront un vrai parti qu'en 1922. Ils ont cependant existé bien avant et ont eu une influence déterminante sur la naissance du sionisme.

Le terme de « sionistes généraux » commence à être utilisé peu de temps après la création de l'OSM, pour désigner un courant de pensée qui reste très proche de l'Organisation sioniste mondiale qui vient de se créer, et qui refuse de se structurer dans un parti spécifique, contrairement aux courants de gauche de l'époque. Les « sionistes généraux » sont des indépendants, peu intéressés par les jeux des partis et les grands débats idéologiques. On voit cependant très tôt apparaître des associations ou « factions », à travers lesquelles ils s'expriment. Ils restent majoritaires dans l'OSM jusqu'aux années 1920. En 1922, divers groupes et factions établissent l'Organisation des sionistes généraux.

Quoique réticents devant les débats idéologiques, ils se réclament du libéralisme économique et politique. Ils attirent surtout la bourgeoisie et les classes moyennes de la diaspora juive, et plus tard du Yichouv (la communauté juive en Palestine).

Ils sont modérés, aussi bien en matière de nationalisme qu'en matière politique.

Par bien des aspects (notamment son pragmatisme, son assise sociale bourgeoise, ses choix économiques et son insistance sur l'action diplomatique), le « sionisme général » est le courant de pensée le plus proche de Herzl. Haïm Weizmann, qui obtiendra la déclaration Balfour, était membre de ce courant de pensée.

Sur le front du sionisme pionnier, en Palestine, le « sionisme général » manque de militants. Ceux-ci sont dominés nettement pas les représentants des partis de la gauche sioniste. Mais dans les congrès sionistes, les libéraux seront dominants jusque vers 1930.

Compte tenu de son assise sociale plutôt bourgeoise, la capacité du « sionisme général » à collecter des fonds pour l'installation des Juifs en Palestine sera précieuse pour le mouvement sioniste.

La gauche marxiste[modifier | modifier le code]

Ber Borochov, auteur de la synthèse entre nationalisme juif et marxisme.

En 1905-1906, le Poale Zion (« l'ouvrier de Sion ») est fondé sur la base d'associations Poale Zion qui existaient depuis quelque temps en Europe orientale et aux É.-U.. Ce parti marxiste attire à lui les militants de la gauche nationaliste déçus par le rejet du sionisme par le Bund (« Union générale des travailleurs juifs »), parti marxiste d'Europe orientale, fondé en 1897.

Le dirigeant du nouveau parti est un intellectuel né en Ukraine tsariste, Ber Dov Berochov (1881-1917). Celui-ci réalise la synthèse entre le marxisme et le nationalisme juif. Dans son optique, la seule oppression n'est pas l'oppression de classes, et le seul moteur de l'histoire n'est donc pas la lutte de classes. L'oppression nationale, et donc les luttes de libération nationale, peuvent être aussi de puissants moteurs de l'évolution historique.

Le Poale Zion critique deux aspects du sionisme de Herzl :

  • l'insistance de ce dernier sur l'action diplomatique. Sans rejeter celle-ci, le Poale Zion considère qu'il doit y avoir un sionisme des faits, centré sur la colonisation juive de la Palestine, sans attendre le soutien ou l'accord des grandes puissances.
  • l'acceptation par Herzl de l'ordre social établi. Le Poale Zion entend mener lutte de libération nationale et lutte d'émancipation sociale sur le même plan. Ce sont les travailleurs juifs qui créeront l'État juif, et non les diplomates ni les bourgeois.

En pratique, le Poale Zion est pleinement intégré à l'Organisation sioniste mondiale (OSM). Entre la lutte des classes et la lutte nationale, il fera finalement toujours passer en premier la lutte nationale, recherchant pour cela l'alliance des autres factions sionistes, y compris les « bourgeois » des sionistes généraux. De fait, au-delà de son idéologie, le Poale Zion apparaît progressivement comme un parti réformiste, et une des deux principales origines de l'actuel parti travailliste israélien.

David Ben Gourion rejoint un groupe local de Poale Zion en 1904. En 1906, des branches du parti ont été formées dans plusieurs pays, dont l'Autriche et surtout la Palestine.

Dans les années suivant la fondation du parti, celui-ci connaîtra plusieurs scissions, essentiellement celle du Poale Zion Gauche, nouvelle faction basée sur les mêmes principes idéologiques, mais réclamant une pratique plus authentiquement révolutionnaire, moins réformiste.

Tant le Poale Zion que le Poale Zion Gauche participeront à la révolution de 1917. Bon nombre de membres du Poale Zion Gauche rallieront d'ailleurs le parti bolchévique après cette date. On en reverra certains en Palestine, comme agents de la IIIe internationale.

Le Poale Zion Gauche est également l'une des origines du futur grand parti de l'extrême-gauche sioniste, le Mapam, qui rejoindra plus tard l'actuel Meretz.

La gauche non marxiste[modifier | modifier le code]

Aharon David Gordon.

Le parti Ha’poel Hatzaïr (« jeune travailleur ») est formé en 1905 par Aharon David Gordon. L'idéologie est largement inspirée du socialisme populiste russe et de l'œuvre de Tolstoï. L'objectif est de créer un socialisme agricole, très marqué par l'anti-autoritarisme, voire l'anarchisme. La lutte des classes est considérée comme dangereuse du point de vue de la construction d'un foyer national juif.

Les points communs sont cependant nombreux avec le Poale Zion : il s'agit de créer un État des travailleurs, dans une optique progressiste, sans se couper des tendances plus conservatrices du mouvement sioniste. L'attachement au sionisme pionnier, surtout intéressé par les réalisations concrètes, est également particulièrement développé.

Le Ha’poel Hatzaïr aura lui aussi sa dissidence de gauche, le Hachomer Hatzaïr, qui jouera également un rôle important dans le développement futur du Mapam.

Il est à noter que les kibboutzim, communautés rurales collectivistes et influencées par l'anarchisme (pas ou peu d'élections, direction par l'assemblée générale) sont, à l'origine, un projet politique et social du Ha’poel Hatzaïr. Le premier pré-kibboutz sera fondé en 1909.

Le nationalisme religieux[modifier | modifier le code]

Le rav Kalischer, un des premiers auteur religieux prônant l'état juif.

Les rabbins orthodoxes étaient hostiles au sionisme, parce qu'ils considéraient majoritairement que Dieu avait décidé de la dispersion du peuple juif, en punition de ses péchés. Seul Dieu, par l'intermédiaire du Messie, pouvait donc restaurer Israël. Toute tentative anticipée était non seulement vouée à l'échec, mais risquait d'attirer la colère divine[15]. À cette hostilité théologique s'ajoutait aussi une hostilité au laïcisme parfois agressif (surtout à gauche) des sionistes.

Pourtant, dès les années 1840, un courant minoritaire est apparu chez les religieux ashkénazes d'Europe orientale[16]. Pour ce courant, c'est au contraire un commandement divin pour les Juifs que de s'installer en terre sainte. Le suivi de ce commandement pourrait même accélérer le retour du Messie.

En 1891, une association sioniste religieuse, le Mizrahi (oriental), est formée sur la base de ces idées. Elle donnera naissance en 1902 à un véritable parti politique portant le même nom. Ce parti est plus connu en français sous le nom de Parti national religieux, ou PNR (MAFDAL, selon son acronyme hébreu).

Le PNR est à l'origine un parti assez modéré, à la rencontre de la modernité et de la tradition. Il est clairement très minoritaire dans un mouvement sioniste qui est lui-même assez minoritaire dans le monde juif occidental, et plus encore dans le monde juif oriental.

Les non-sionistes[modifier | modifier le code]

Membres du Bund veillant le corps de trois de leurs camarades, tués à Odessa durant la révolution de 1905.

Lors de cette époque formative du sionisme, d'autres partis politiques attirent des militants Juifs, parfois dans le cadre de mouvements spécifiquement juifs. Ces mouvements auront des débats, des conflits et parfois même des accords partiels avec les sionistes.

  • Agoudat Israel : c'est un parti politique juif fondé en 1912 à Katowice (Pologne actuelle, à l'époque Empire russe) comme bras politique du judaïsme orthodoxe[17]. Il existe aujourd'hui en tant que parti politique en Israël. Il était à l'origine très vigoureusement anti-sioniste.
  • Le Bund : fondé en 1897, il défend les travailleurs juifs et vise à une autonomie culturelle et politique, mais non-territoriale, des Juifs en Europe orientale, dans le cadre d'une future société socialiste. Il pratique une forme de nationalisme atténué, mais n'est pas sioniste, car il considère que les Juifs ont droit à un avenir au sein de leur pays d'origine.
  • On trouve enfin des militants juifs dans de nombreux partis en Europe, surtout à gauche.

Les partis politiques sionistes : synthèse[modifier | modifier le code]

On trouve trois grandes familles :

  • un sionisme de gauche, marxiste ou non-marxiste, qui sera dominant en Palestine puis en Israël du début du siècle jusqu'en 1977, et qui a profondément marqué l'histoire du sionisme et d'Israël.
  • Un sionisme de droite modéré, libéral, à l'époque assez peu influent en terre sainte, mais plus important dans la diaspora, et dominant dans l'Organisation sioniste mondiale.
  • Un sionisme religieux, à l'époque peu influent et assez modéré.

Ces partis sont, à l'époque, encore minoritaires au sein du judaïsme occidental, mais ils influencent grâce à leurs militants un nombre croissant de Juifs. Ce sont (surtout à gauche) les acteurs fondamentaux du sionisme sur le terrain (en Palestine et en diaspora), plus que l'Organisation sioniste mondiale qui se concentre progressivement sur l'action diplomatique et institutionnelle.

L'immigration[modifier | modifier le code]

De 1903 à 1906, la Russie tsariste connaît une vague de pogroms particulièrement violents et traumatisants, ainsi que d'importants troubles politiques dus à la guerre russo-japonaise (perdue par la Russie) et à la révolution manquée de 1905.

Tout comme les pogroms de 1881 avaient fait naître les « Amants de Sion » et provoqué une première alya, les pogroms de 1903-1906 accélèrent la naissance des partis politiques sionistes, et provoquent une grande vague d'émigration[18]. Ce sont près d'un million de Juifs qui quittent l'empire tsariste entre 1903 et 1914. 30 000 à 40 000 iront vers la terre sainte : c'est la seconde aliyah.

Jeunes, très marqués à gauche, très bien organisés, ils marqueront en profondeur le Yichouv. La plupart des dirigeants sionistes de la Palestine jusqu'aux années 1950 seront issus de leurs rangs. On peut ainsi citer David Ben Gourion (émigré en 1906) et Yitzhak Ben-Zvi.

Faits marquants[modifier | modifier le code]

En 1906, le premier lycée hébraïque est fondé à Jaffa, tout comme l’École des Beaux-Arts de Bezalel à Jérusalem.

En 1909, un petit bourg juif à proximité de Jaffa est fondé et deviendra la ville nouvelle de Tel-Aviv. Le kibboutz Degania Alef, la « mère des kibboutzim », est fondé la même année. On note aussi des incidents entre Juifs et Arabes en Galilée, qui aboutissent à la création de la première milice juive, le Hashomer (« la garde »). Dans la ville de Jérusalem, le rapport entre Séfarades et Ashkénazes s'inverse du fait de l'immigration sioniste, presque entièrement ashkénaze.

En 1914, lorsque l'empire ottoman entre en guerre, le Yichouv, la communauté juive de Palestine, compte environ 85 000 personnes sur une population totale de 725 000 habitants : soit 12 % de la population totale.

La Première Guerre mondiale affaiblit considérablement le Yichouv. Les citoyens des puissances en guerre contre l'empire ottoman, en particulier les Russes, sont arrêtés ou expulsés. Or, les immigrants juifs sont souvent d'origine russe. Lors de l'arrivée des Britanniques, la population juive n'est plus que de 56 000 âmes. Mais elle remonte très vite à 83 000 personnes fin 1918, grâce au retour rapide des expulsés.

La période 1897–1918 : synthèse[modifier | modifier le code]

La période 1897–1918 a été décisive pour le mouvement sioniste. Une organisation mondiale (en fait surtout européenne et nord-américaine) a vu le jour. Elle a ses banques, ses diplomates et ses partis politiques.

L'opposition entre un sionisme pionnier et un sionisme diplomate est restée finalement essentiellement théorique. Le sionisme pionnier a commencé à créer un état de fait sur le terrain, et le sionisme diplomate (souvent appelé « sionisme politique ») a obtenu un succès immense en obtenant du Royaume-Uni la promesse d'un « Foyer national pour les Juifs en Palestine ».

La réaction arabe est encore peu importante, mais commence à s'exprimer. Pour les Arabes de Palestine, en particulier, l'opposition à ce que la terre où ils habitent soit donnée à d'autres est très forte, et la crainte d'une dépossession grandit.

Le Foyer national juif – 1919-1947[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Palestine mandataire.

Cette période précède la création de l'État d'Israël. En pratique, la période 1919-1947 permet la création d'un proto-État juif sur le lieu des territoires israélo-palestiniens, avec son gouvernement, son parlement, son administration, sa police, son armée, sa diplomatie, sa population, son système économique, ses partis. En 1947, la décision par l'ONU de créer l'État d'Israël validera largement un état de fait préexistant.

Le mandat de la SDN[modifier | modifier le code]

Le foyer national juif dans ses premières frontières (1920)
Le foyer national juif dans ses frontières après 1922

Avec la Déclaration Balfour, le Royaume-Uni avait promis l'établissement d'un « Foyer national juif » en Palestine[14]. Mais il fallait maintenant pour les sionistes faire officialiser cette promesse. En février 1919, les représentants sionistes à la conférence de la paix de Paris demandent donc l'octroi d'un mandat sur la Palestine au bénéfice du Royaume-Uni, dont ils apparaissent comme les alliés privilégiés. Les puissances alliées se rangent à ce choix lors de la conférence de San Remo, en avril 1920[19]. Le mandat britannique est officialisé par la Société des Nations (SDN) en juillet 1922.

Le mandat indique que le Royaume-Uni doit « placer le pays dans des conditions politiques, administratives et économiques qui permettront l'établissement d'un foyer national juif et le développement d'institutions d'auto-gouvernement ». Elle doit également « faciliter l'immigration juive et encourager l'installation compacte des Juifs sur les terres »[19].

Le mandat précise de façon beaucoup plus vague que le mandataire doit veiller à la préservation des droits civils et religieux de la population arabe (on ne parle pas de « droits politiques »). Cette différence de traitement sera fortement critiquée par les leaders arabes palestiniens, que ce soit par les radicaux regroupés autour du mufti, Haj Amin al Husseini, ou par les modérés regroupés principalement autour de la famille Nashashibi.

La formation de l'Agence juive[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Agence juive.

Le mandat de la SDN prévoit de créer un système politique « autonome » chargé des Juifs, les Britanniques se réservant le volet militaire et les décisions fondamentales sous l'autorité d'un « haut-commissaire ». Il y en aura sept entre 1920 et 1948. Le premier d'entre eux est Sir Herbert Samuel, un Juif mais aussi un sympathisant sioniste.

Le système politique dans la communauté juive sera organisé autour d'une assemblée élue, Asefat ha-nivharim, avec une forme restreinte de « pouvoir législatif », et d'une « Agence juive» chargée du pouvoir exécutif. Les premières élections à l'Asefat ha-nivharim ont lieu en 1920. L'Agence juive est formée en 1922, comme une simple branche de l'OSM. On trouve aussi un Conseil National (Va'ad Leoumi) surtout administratif, s'occupant de l'éducation, des autorités locales, des affaires sociales et de la santé.

Le pouvoir de l'Assemblée juive est assez limité, et elle restera de peu d'influence réelle jusqu'à la création d'Israël en 1948, qui signe son remplacement par la Knesset. C'est en fait l'Agence juive qui va concentrer les pouvoirs au sein du Yichouv, particulièrement dans le nouveau Yichouv sioniste. Elle deviendra progressivement un véritable appareil étatique.

L'Agence juive verra son influence grandir en 1929, au 16e congrès sioniste, quand elle prend son autonomie de l'OSM[20] et que les Juifs religieux non-sionistes acceptent de collaborer avec elle. Il ne s'agissait pas pour ces derniers de créer un état juif, mais de trouver une terre d'accueil aux nombreux juifs qui tentaient de quitter l’Europe centrale et orientale en proie à la montée de l'antisémitisme. Malgré cette limite, Il s'agit là d'un changement remarqué dans le très fort rejet du sionisme que portait ce courant de pensée. Il ne s'agit pas d'un ralliement idéologique, mais du début d'un mouvement d'acceptation d'un État juif.

Il est à signaler que l'Agence juive s'est rapidement dotée d'un bras armé : la Haganah. Celle-ci est formée initialement à Jérusalem en 1920, après des émeutes anti-juives. Elle est généralisée par l'Agence juive au début des années 1920 en tant que milice chargée de défendre le Yichouv contre d'éventuelles attaques arabes. La Haganah n'est pas reconnue par la puissance mandataire, et les relations entre celle-ci et la milice juive oscilleront au gré des époques, allant de l'indifférence à la répression, en passant par l'alliance (pendant la « Grande révolte arabe »).

Le refus arabe de l'implication institutionnelle et du mandat[modifier | modifier le code]

Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem et président du Haut Comité arabe.

Les Britanniques proposeront aux représentants de la communauté arabe de créer également une « Agence » pour représenter leur communauté. Mais ces dirigeants refuseront, considérant qu'il y aurait eu là une reconnaissance du mandat pro-sioniste de la SDN et de sa validité.

Ce refus a sans doute limité les possibilités d'action des nationalistes arabes en Palestine (le nationalisme palestinien spécifique est encore en formation). Mais il aura aussi pour conséquence d'inquiéter la direction britannique.

Sans contester directement la présence britannique, les dirigeants arabes de Palestine contestent vigoureusement les termes du mandat, qui prévoient le renforcement indéfini de la présence sioniste en Palestine. Cette attitude est soutenue par les nationalistes arabes du Moyen-Orient. Dès les premières émeutes de 1920, les Britanniques se rendent compte que leur politique pro-sioniste risque de porter atteinte à leurs intérêts moyen-orientaux. En 1922, un premier « livre blanc » britannique (sous la direction de Winston Churchill, alors secrétaire aux colonies) propose de limiter l'immigration juive. Il y en aura d'autres au fur et à mesure du durcissement des oppositions. Cependant, jusqu'en 1939, le Royaume-Uni continuera à autoriser une large immigration juive.

L'opposition grandissante des Arabes amène cependant les Britanniques à revoir le territoire du « Foyer National Juif ». Celui-ci devait au début comprendre les territoires de ce que l'on appelle aujourd'hui: Israël (sans le Golan), la bande de Gaza, la Cisjordanie et la Jordanie.

Mais en 1922, il est décidé de détacher le territoire qui formera l'actuelle Jordanie (à l'époque « Émirat de Transjordanie ». C'est à la fois une décision destinée à rassurer les nationalistes arabes, et un geste en faveur de la famille des Hachémites (dont un des fils, Abdallah, reçoit l'émirat). Bien que réticente, l'Organisation sioniste mondiale accepte ce détachement.

L'immigration juive[modifier | modifier le code]

La grande majorité des sionistes (on note quelques exceptions, comme celle de Ahad HaAm) considère après 1922 et l'obtention du mandat que le sionisme a maintenant deux objectifs concrets : bâtir des institutions nationales et encourager l'immigration juive.

La population juive passe de 83 000 à la fin de 1918, à 164 000 en 1930, puis à 463 000 en 1940 et à 650 000 lors du vote de la création d'Israël en 1947. La croissance vient de l'immigration, mais aussi d'une forte natalité. Pendant cette période, la population arabe double, passant de 660 000 à 1 200 000.

Comme pour les deux premières aliyah (1881-1902 et 1903-1914), ce sont les troubles antisémites en Europe qui ont rythmé les vagues d'émigration hors d'Europe, vers l'Amérique, l'Europe occidentale, et de plus en plus la Palestine.

La troisième alya (1919-1923) est liée aux troubles et guerres civiles qui suivent en Europe orientale la Première Guerre mondiale et la révolution bolchévique. Elle concerne 35 000 personnes, surtout des jeunes gens aux convictions sionistes-socialistes. Ils seront à l'origine, en 1921, du premier vrai kibboutz (Ein Harod, une ferme collectiviste) et du premier moshav (Nahalal, une ferme coopérative).

La quatrième alya (1924-1928) amène en Palestine 80 000 immigrants assez différents. Ce sont majoritairement des Polonais membres des classes moyennes, chassés par les mesures économiques anti-juives du gouvernement de Varsovie. Même si beaucoup soutiendront la gauche, d'autres, plus conservateurs, iront vers les sionistes généraux, les révisionnistes de droite (voir ci-dessous), voire les sionistes religieux. La quatrième aliyah entraîne un développement urbain (ces immigrants sont peu intéressés par les communautés rurales des pionniers sionistes - socialistes), du commerce, de l'artisanat. En 1924, le Technion (université technique) est fondé à Haïfa puis en 1925, l'Université hébraïque de Jérusalem ouvre sur le mont Scopus. Mais cette vague d'immigration entraîne aussi un déséquilibre entre les capacités économiques du pays et l'afflux de populations nouvelles. Ce déséquilibre amène un chômage important. La crise est sévère et dure de 1926 à 1929, entraînant un phénomène de départ de certains des nouveaux immigrants.

La cinquième aliyah (1929-1939) voit l'immigration de 180 000 Juifs. Ils viennent d'Europe orientale, où se structurent des régimes nationalistes autoritaires plus ou moins antisémites. 40 000 proviennent d'Allemagne et d'Autriche, où les Nazis viennent de prendre le pouvoir. Il y a même un accord dit de Haavara (« transfert ») conclu entre l'Organisation sioniste et le Troisième Reich en 1933, et actif jusqu'en 1938. Cet accord provoque d'ailleurs des affrontements entre les « pragmatiques » comme Ben Gourion, qui veulent amener un maximum de Juifs et de capitaux (30 millions de dollars sont ainsi transférés) en Palestine, et ceux qui s'opposent à tout contact avec les Nazis. La cinquième aliyah est particulièrement importante, non seulement parce qu'elle est la plus forte d'un point de vue démographique, mais aussi parce qu'elle amène une population relativement riche, éduquée, qui permettra une notable modernisation de la structure économique du Yichouv. Cette immigration est également socialement et économiquement plus conservatrice que la troisième alya. On peut enfin noter que sur les 180 000 immigrants, environ 15 000 sont des illégaux, amenés dans le pays à compter de 1934 sans passer par l'Agence juive et le contrôle britannique. En effet, les quotas britanniques d'immigration, quoique larges, deviennent insuffisants pour les demandes. Cette immigration illégale, qui suscite les réserves de l'Agence juive qui ne veut pas de problème avec les Britanniques, est à la fois organisée par la gauche kibboutznik (les habitants des kibboutzim) et par les activistes de la droite révisionniste. En 1936, l'opération « Homa Oumigdal » (murailles et tours) commence. Il s'agit d'une entreprise d'implantations surprises aboutissant, de 1936 à 1939, à créer 51 nouvelles localités, chacune en une seule nuit, dans un contexte d'affrontement avec les Arabes.

À compter de 1939, les Britanniques réduisent fortement le nombre des visas accordés aux Juifs voulant se rendre en Palestine, alors même que la pression sur les Juifs d'Europe devient intenable avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, et surtout avec le début du génocide des Juifs en 1941-1942.

L'immigration de 1939 à 1947 est dès lors largement illégale. Elle concerne environ 80 000 personnes fuyant l'Europe. La majorité viennent dans l'immédiat après-guerre et sont des rescapés du génocide, essayant d'éviter le blocus britannique. Ceux qui échouent sont placés dans des camps de rétention, en Allemagne ou à Chypre, provoquant un sentiment de solidarité dans le monde occidental. L'Agence juive utilisera d'ailleurs ce sentiment en organisant une double immigration : d'un côté une immigration totalement clandestine, et de l'autre des tentatives ouvertes de forcer le blocus britannique. Ces dernières tentatives, débouchant généralement sur un arraisonnement britannique, visaient à poser publiquement la question de l'immigration juive. La plus connue de ces tentatives d'immigration illégale mais pas vraiment clandestine est celle du cargo Exodus, un bateau transportant 4 500 immigrants illégaux, qui fut illégalement arraisonné par la marine britannique dans les eaux internationales. C'est en partie cette crise des réfugiés de 1946-1947 qui explique la création de l'État juif par l'ONU en 1947.

Finalement, l'immigration a été forte entre 1918 et 1947. Elle a surtout concerné des Juifs européens. De ce fait, les Séfarades ne représentent en 1947 que 20 % des Juifs du Yichouv.

La scission des sionistes révisionnistes (1925-1935)[modifier | modifier le code]

Zeev Vladimir Jabotinsky, le chef des révisionnistes.

La droite sioniste, d'ailleurs assez centriste, était dominée depuis la fondation de l'OSM par les sionistes généraux.

Dans les années 1920, on constate la radicalisation d'une nouvelle droite nationaliste. Cette évolution est une traduction dans les milieux juifs d'une tendance à la radicalisation nationaliste dans beaucoup de partis de droite européens de l'époque. Cette radicalisation est liée aux contestations des nouvelles frontières issues de la Première Guerre mondiale et au choc de la révolution bolchévique.

En tant qu'idéologie d'origine européenne, le sionisme a toujours été influencé par les évolutions politiques de son milieu d'origine, on l'a vu pour les courants libéraux ou de gauche. Il en va de même sur la droite de l'échiquier politique.

Plus spécifiquement, l'apparition du parti révisionniste est liée à deux éléments :

  • Le rejet du bolchevisme et, au-delà, des idéologies de gauche qui s'imposent en force dans le nouveau Yichouv. Les révisionnistes accuseront longtemps la gauche sioniste d'être constituée de crypto-bolchéviques.
  • Le refus de la division d'Eretz Israël, c'est-à-dire la création de l'émirat des hachémites de Transjordanie (actuelle Jordanie).

Dans la Bible, certaines régions à l'Est du Jourdain sont le territoire de tribus d'Israël. Pour les nationalistes intransigeants (d'ailleurs plutôt laïcs à l'époque), c'est donc une terre devant revenir aux Juifs.

Zeev Vladimir Jabotinsky (1880-1940), un leader sioniste né à Odessa (empire tsariste), refuse cette « division ». Il conteste aussi l'acceptation par l'OSM du mandat de la SDN. En effet, le mandat parle d'un « Foyer National Juif » mais pas d'un État indépendant, ce qui est insuffisant pour Jabotinsky. Mais à ce stade de la présence juive en Palestine, l'OSM et l'Agence juive estiment maladroit et prématuré d'aller plus loin. Ainsi, en 1931, le dix-septième congrès sioniste refuse encore de se positionner officiellement en faveur d'un État juif indépendant.

Après l'affaire Simon Petlioura[21], Jabotinsky démissionne de son poste à la direction de l'OSM au début 1923 et organise une fédération indépendante voulant « réviser » le sionisme. Il réclame une immigration plus large, la constitution d'une « brigade juive » chargée de défendre Eretz Israël et l'autodétermination, c'est-à-dire l'indépendance.

En 1925, il crée formellement l'« Union mondiale des sionistes révisionnistes » ayant son siège à Paris.

Le parti révisionniste va alors se positionner comme le représentant d'une droite nationaliste intransigeante. Le parti révisionniste a une organisation de jeunesse, le Betar, encore plus radicale. Ce dernier reprend certaines formes des mouvements fascistes : uniforme, culte du chef, entraînement paramilitaire, mais sans adhérer officiellement au fascisme.

Rapidement, la haine domine les relations avec la gauche sioniste, marquées de part et d'autre par une incroyable violence verbale. Ben Gourion surnomme Jabotinsky dans les années 1930 « Vladimir Hitler » et l'accuse d'être un fasciste. De leur côté, les révisionnistes considèrent volontiers les travaillistes du Mapaï (unifié en 1930) comme de dangereux communistes, et les membres du Betar font parfois le coup de poing dans les meetings de gauche.

Abba Ahiméir, un des chefs de l'extrême-droite révisionniste en 1932.

En pratique, la gauche sioniste est engagée dans un processus de social-démocratisation assez rapide, bien loin du communisme. Le révisionnisme ne va pas de son côté jusqu'au fascisme. On peut cependant constater que chez les travaillistes, une aile gauche anti-capitaliste voire pro-soviétique existe, et que des sympathisants fascistes proclamés opèrent sur l'aile droite du parti révisionniste (Brit Ha'birionim sous l'autorité de Abba Ahiméir). Tout en refusant de les suivre, Jabotinsky refuse aussi de rompre avec eux. En 1933, on voit même Abba Ahiméir approuver certains aspects du nazisme (en particulier « la pulpe anti-marxiste », selon son expression), par anticommunisme. Cette sortie provoque par contre la fureur de Jabotinsky, très inquiet devant la montée du nazisme.

En 1935, les révisionnistes font un pas de plus dans leur critique des institutions sionistes, et décident de quitter l'OSM du fait du refus de celle-ci de revendiquer officiellement un État juif. Au-delà de la divergence idéologique bien réelle, les relations avec la gauche (qui avait pris le contrôle de l'OSM en 1933) étaient devenues tellement mauvaises qu'une collaboration était très difficile.

La prise de pouvoir par les travaillistes (1931-1933)[modifier | modifier le code]

David Ben Gourion en 1918.

En 1919 est créé l'Achdut Ha'avoda. En 1930, il fusionne avec le Ha'poel Hatzaïr, le grand parti de la gauche non marxiste, pour former le parti travailliste Mapaï (Parti ouvrier d'Eretz Israël).

Cette fusion de la gauche modérée donne un poids politique particulièrement important à la gauche sioniste, qui est maintenant la fraction politique la plus importante au sein de la communauté juive en Palestine.

En 1931, les différents courants sionistes – socialistes (surtout le Mapaï, mais aussi les petits partis de l'extrême-gauche sioniste) gagnent 42 % des suffrages.

En 1933, avec le soutien des libéraux de Haïm Weizmann, les travaillistes prennent le pouvoir au sein de l'OSM.

L'homme clef de l'époque est David Ben Gourion. Il est le leader du Mapaï, le président de l'Agence juive (l'exécutif sioniste en Palestine) et le secrétaire général de la Histadrout (jusqu'en 1935). La Histadrout (Association générale des travailleurs d'Eretz Israël) est bien plus qu'un syndicat. Elle dirige aussi un vaste secteur économique (kibboutzim, moshavim, entreprises coopératives), une importante caisse d'assurance maladie (Kupat Holim), prend en charge les écoles du courant « ouvrier », et intervient dans le domaine socio-culturel (associations sportives, culturelles, édition, journaux).

Le pouvoir de Ben Gourion et de son parti est donc très important au sein du Yichouv et de l'OSM, ce qui lui vaut d'être traité de dictateur par Jabotinsky.

À compter du début des années 1930 et jusqu'en 1977, le parti travailliste sera le parti hégémonique de la vie politique du Yichouv puis d'Israël, restant au pouvoir de façon permanente.

La Grande révolte arabe de 1936-1939[modifier | modifier le code]

Un bus juif protégé contre les jets de pierre arabes, pendant la grande révolte 1936-1939.

En 1929 et 1930, il y a eu de nouvelles émeutes arabes contre la colonisation juive (150 Juifs morts, plusieurs dizaines d'Arabes). Elles visent en pratique tous les Juifs, qu'ils appartiennent au nouveau Yichouv ou à l'ancien. C'est ainsi que la vieille communauté juive de Hébron est chassée de sa ville. Ces émeutes sont le signe que la situation se tend de plus en plus. Les Arabes de Palestine ont de plus en plus peur d'être dépossédés de leurs terres. Elles marquent aussi la montée en puissance du mufti de Jérusalem et chef du conseil suprême musulman, Amin al-Husseini, qui se pose de plus en plus comme chef politique et religieux des Palestiniens intransigeants, tant à l'égard du sionisme que de l'occupant britannique.

De 1935 à 1939 se déroule ce qu'on appellera « la Grande Révolte arabe en Palestine ».

En novembre 1935 a commencé, en Galilée, une petite guérilla menée au nom du jihad par un prédicateur musulman, Izz al-Din al-Qassam, rapidement tué par les Britanniques.

Au début de 1936, le Royaume-Uni abandonne, sous la pression sioniste, un projet d'assemblée législative représentant toute la population de Palestine, et dans laquelle les Arabes auraient forcément été majoritaires.

Cet abandon et les événements de Galilée provoquent en avril 1936 une grève générale qui dure six mois et qui s'accompagne d'actions de guérilla contre les forces britanniques, mais aussi de violences contre les civils juifs. Le Haut Comité Arabe, dirigé par le mufti, est au cœur de la mobilisation arabe. Mais celle-ci, mal organisée, reste cependant peu centralisée. La violence vise les Britanniques (assassinat du gouverneur de Galilée en septembre 1937), les Juifs (415 morts entre 1937 et 1939) et même des Arabes modérés.

Le Royaume-Uni réprime de façon très dure à travers la justice militaire d'exception, l'envoi de 20 000 soldats, les arrestations et les expulsions hors de Palestine. Même des modérés sont touchés, et la société arabe palestinienne sort durablement affaiblie de cette épreuve de force.

La Haganah a soutenu les troupes britanniques, parfois dans une coopération étroite, et sort renforcée des événements.

Cependant, les Britanniques sont conscients que la solution ne peut-être exclusivement militaire, d'autant que le nationalisme arabe grandit au Moyen-Orient et se sent solidaire des Arabes de Palestine. L'empire britannique a donc un intérêt, et pas seulement pour la Palestine, à trouver une solution acceptable par tous.

Le projet de partage de la Palestine selon la commission Peel

Le gouvernement étudie en 1937 (commission Peel) un projet de partage de la Palestine, qui attribue aux Arabes la majorité du territoire (85 %), mais qui créerait un État juif en Galilée et sur la bande côtière (15 % de la Palestine). De part et d'autre, de grosses réserves surgissent.

  • David Ben Gourion et Haïm Weizmann (contre bon nombre de leurs partisans) acceptent le plan à regret, considérant qu'un État juif ne peut être refusé, malgré ses limites territoriales. L'OSM, par contre, rejette les frontières proposées, tout en acceptant de discuter d'un plan de partage. Le Parti révisionniste de Jabotinsky, enfin, est totalement hostile au projet.
  • Les modérés arabes (autour de la puissante famille des Nashashibi et des Transjordaniens) acceptent également avec réticence, mais le projet est rejeté par les partisans du mufti en exil.

Le manque d'enthousiasme de tous fera finalement échouer le projet (novembre 1938). Mais le gouvernement britannique continue à chercher une solution.

Le gouvernement publie alors en mai 1939 un nouveau « livre blanc », qui est un choc pour le mouvement sioniste et qui peut lui faire craindre le succès politique de la grande révolte, alors même que son échec sur le terrain est consommé. Le « livre blanc » prévoit en effet un sévère coup de frein à l'immigration juive et, sous 10 ans, une autodétermination de la Palestine dans son ensemble, ce qui amènera forcément les Juifs à être minoritaires dans l'État arabe. Il s'agit d'un revirement en profondeur de la politique menée depuis 1917 consistant à appuyer le mouvement sioniste pour contrôler cette partie du Moyen-Orient. Manifestement, le gouvernement britannique est arrivé à la conclusion que cette politique crée plus de problèmes qu'elle n'en résout, et il se rapproche ainsi des nationalistes arabes.

La Grande Révolte arabe parvient ainsi à provoquer la rupture entre le sionisme et le pouvoir britannique. Les relations resteront dès lors tendues jusqu'à l'indépendance d'Israël, qui sera obtenue par une politique de confrontation avec l'empire britannique, et non plus par une politique de coopération.

L'apparition de l'Irgoun[modifier | modifier le code]

Un logo de l’Irgoun : un fusil brandi devant une carte des territoires revendiqués par l’organisation : les actuels Israël, territoires palestiniens, ainsi que la Jordanie.

Après les émeutes arabes de 1929-1930, un débat est apparu au sein de la Haganah et de sa direction politique (l'Agence juive): fallait-il rester dans une politique défensive, ou passer à l'offensive en se livrant à des représailles contre les émeutiers, voire contre la population arabe qui les soutenait ? La position officiellement adoptée est celle du maintien d'une politique de retenue (« Havlagah ») dans l'utilisation de la violence, en refusant en particulier la violence aveugle contre les civils arabes. Un groupe d'activistes, de gauche et de droite, fonde alors la Haganah Beth (la Haganah « B »), en rupture avec les instances officielles du sionisme et la Havlagah. La Haganah Beth (puis Haganah nationale) n'est pas une organisation de droite, même si les révisionnistes y sont nombreux. Elle aura en pratique une activité assez faible.

Après le déclenchement de la Grande Révolte arabe, certains de membres de l'organisation (y compris le fondateur Avraham Tehomi), plutôt à gauche, décidèrent de rejoindre la Haganah pour former un front commun contre les Arabes.

L'organisation devient alors l’Irgoun Tsvai Leumi (Organisation militaire nationale), parfois appelé IZL ou Etzel. Après le départ des militants de gauche, l'Irgoun est maintenant clairement l'organisation armée du parti révisionniste, même si elle est en pratique quasiment indépendante. Jabotinsky (que les Britanniques ont expulsé de Palestine) est reconnu comme responsable suprême. Mais il n'exerce pas de responsabilités opérationnelles.

L'Irgoun se spécialise dans des opérations de représailles contre les militants arabes, mais aussi de plus en plus contre des civils arabes pris au hasard. Elle utilise en pratique des méthodes similaires à celles des groupes armés arabes, qui ciblent aussi les civils juifs, ce qui lui vaut les critiques des instances officielles du Yichouv et le classement par les Britanniques comme organisation terroriste. On estime qu'environ 200 à 250 civils arabes seront tués dans des opérations de l'Irgoun pendant cette période.

Une des plus grandes campagnes de l'Irgoun est menée en 1938, après l'exécution par les Britanniques d'un membre de l'Irgoun (Ben Yosef). Jabotinsky ordonne à l'Irgoun « invest heavily » (frappez dur). Le bilan des représailles est lourd[22] :

  • 5 Arabes abattus le 4 juillet 1938 dans plusieurs attentats,
  • le 6 juillet, 2 bombes placées dans des bidons de lait explosent en plein marché arabe de Haïfa. La foule attaque les Juifs, la police tire : 21 Arabes et 6 Juifs sont tués dans l'attentat et l'émeute.
  • Une bombe placée dans la rue tue 2 Arabes à Jérusalem le 6 juillet.
  • Une bombe placée dans la rue tue 3 Arabes à Jérusalem le 8 juillet.
  • Une bombe placée dans le souk de la vielle ville de Jérusalem tue 10 Arabes le 15 juillet.
  • Une bombe placée dans le marché arabe de Haïfa le 25 juillet 1938 fait 45 morts (bilan britannique – l'Irgoun pense que les Britanniques ont réduit le bilan pour calmer la foule arabe. Une enquête interne à l'Irgoun donne 70 morts).
  • Le dernier gros attentat de la campagne de 1938 sera commis le 26 août : un tonneau de dynamite explose dans le souk de Jaffa et fait 24 morts.

En terme sécuritaire, on note que la campagne d'attentats de 1938 a augmenté les représailles arabes, et le nombre de Juifs tués pendant cette période augmente spectaculairement : 50 par mois entre juillet et octobre, contre 7 par mois au cours des 9 mois précédents[23]

Au début de 1939, après des informations sur une révision de la politique palestinienne du Royaume-Uni (confirmée ensuite par le « Livre Blanc »), l'Irgoun relance ses actions. Ainsi sont tués au hasard 27 Arabes dans les rues de Haïfa, Tel-Aviv et Jérusalem, le 27 février 1939, ce qui entraîne les félicitations de Jabotinsky (« votre réponse aux manifestations de victoire des ennemis de l'État juif a produit un effet énorme et positif » - lettre de Jabotinsky à David Ratziel, chef de l'Irgoun – archives Jabotinsky).

Le bilan politique de ces actions semble finalement plutôt négatif. L'utilisation de la violence contre les civils arabes est largement condamnée par le Yichouv, et isole la droite nationaliste, l'Irgoun et Jabotinsky.

Fin 1939, la Seconde Guerre mondiale entraîne l'arrêt des actions de l'Irgoun.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale commence en septembre 1939, et se termine avec la défaite de l'Allemagne nazie (en ) et du Japon (en août 1945). À compter de 1939 et plus encore de 1941, l'Allemagne nazie s'empare de vastes territoires peuplés de millions de Juifs. À partir de 1941-1942 commence un génocide qui verra la mort de 5 à 6 millions de Juifs[24]. La période est donc critique pour le judaïsme mondial, et cette crise vient s'ajouter à celle du sionisme à partir du « Livre Blanc » de 1939.

Le choix du mufti[modifier | modifier le code]

Rencontre avec Hitler en 1941.

La Grande Révolte arabe avait décapité le mouvement nationaliste arabe en Palestine, et contraint le Mufti à l'exil. Privé de sa base palestinienne, il se cherche des alliés. En 1941, Haj Amin al Husseini signe une alliance avec l'Axe, et plaide pour résoudre le problème des Juifs au Moyen-Orient « selon les méthodes de l'Axe ».

Réfugié en Allemagne nazie, il va lancer des appels (sans grand succès) aux musulmans du Moyen-Orient pour que ceux-ci se rallient à l'Allemagne contre l'occupant britannique.

Mais la majorité de la population arabe palestinienne est sous le choc de la répression, et est également satisfaite du « Livre Blanc » de 1939. Elle ne bouge pas.

Le cessez-le-feu de l'Irgoun (1940)[modifier | modifier le code]

En 1940, l'Irgoun décide que la situation en Europe est plus grave que celle du « Foyer National Juif », et décide d'arrêter le conflit avec les Britanniques. L'Irgoun conclut un accord avec les Britanniques pour participer à des actions offensives, en particulier dans le domaine du sabotage, et son chef David Ratziel sera tué au combat en 1941.

Jabotinsky a approuvé l'accord. Il meurt d'une crise cardiaque aux É.-U. le 4 août 1940. Avec lui disparaît le chef charismatique de la droite nationaliste sioniste.

La scission du groupe Stern (1940)[modifier | modifier le code]

Le choix de la direction de l'Irgoun ne fait pas l'unanimité. Avraham ("Yair") Stern le conteste et considère au contraire que la menace de disparition du « Foyer National Juif » au bout de la période de 10 ans prévue par les Britanniques est la plus grave. Il crée avec quelques nationalistes radicaux, comme Yitzhak Shamir, futur premier ministre d'Israël, un scission qu'il appelle d'abord « Irgoun Tsvai Leumi beIsraël », puis « Lohamei Herut Israël » (Combattants pour la liberté d'Israël) ou Lehi. Les Britanniques l'appellent le « Stern gang » traduit en français par « groupe Stern ». Cette scission se livre à des attentats contre les Britanniques ou des Juifs « collaborateurs » et tente même de prendre contact avec les Allemands, au nom de la différence entre le « persécuteur » (l'Allemagne), préférable à « l'ennemi » (les Britanniques qui empêchent l'État juif). Le Stern est finalement démantelé fin 1941 - début 1942, et entre en sommeil. Les responsables sont morts (Stern) ou en prison (Shamir).

Les choix du Yichouv – collaboration et confrontation[modifier | modifier le code]

Insigne de la Brigade juive pendant la Seconde Guerre mondiale, recrutée par les britannique au sein du Yichouv.

Le Yichouv dans son ensemble approuve le choix de l'Irgoun et de l'Agence juive de participer à l'effort de guerre contre l'Allemagne nazi. Et ce, tant par solidarité avec les Juifs européens que par peur d'une arrivée des troupes nazies en Palestine en cas de victoire de l'Allemagne. De nombreux Juifs du Yichouv vont donc s'engager dans les troupes britanniques.

Mais dans le même temps, l'inquiétude sur le projet britannique d'un État palestinien à majorité arabe continue à mobiliser fortement les dirigeants sionistes. Ceux-ci regardent de plus en plus vers les États-Unis, et durcissent le ton vis-à-vis des Britanniques. En 1942, lors du congrès sioniste de Biltmore, aux États-Unis, le mouvement sioniste annonce officiellement qu'il revendique un État juif sur l'ensemble de la Palestine. Les Arabes y seraient citoyens, mais minoritaires grâce à une immigration juive de masse.

La résurgence de la lutte armée (1943-1944)[modifier | modifier le code]

À compter de 1943, les dirigeants emprisonnés du Lehi s'évadent et réorganisent le groupe. Celui-ci regroupe dorénavant diverses factions ultra-nationalistes partisanes de la lutte armée. On y trouve des révisionnistes classiques, une extrême-droite issue des sympathisants fascistes d'avant-guerre, une gauche radicale pro-soviétique (peu importante) et des « Cananéens », un mouvement qui se revendique d'un nationalisme « hébreu » totalement coupé du judaïsme. Le groupe reprend rapidement ses actions anti-britanniques, mais est largement condamné par le Yichouv.

Le 6 novembre 1944, le Lehi assassine le Ministre-Résident britannique en Égypte, Lord Moyne. Les deux jeunes militants cananéens qui ont commis l'attentat sont condamnés à mort et exécutés par la justice égyptienne.

En février 1944, l'Irgoun considère que la guerre est maintenant gagnée par les alliés, et que le problème prioritaire redevient le projet britannique contre le « Foyer National Juif ». Il reprend à son tour les actions armées à l'encontre des Britanniques. L'Irgoun a aussi un nouveau chef depuis 1943 : Menahem Begin, venu de Pologne. Après la mort de Vladimir Jabotinsky en 1940, il s'est imposé progressivement comme le leader naturel de la droite nationaliste.

L'effondrement du mandat international (1945-1947)[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Irgoun, Lehi, Haganah et Opération Agatha.
Deux sergents britanniques, Clifford Martin et Marvin Paice, capturés par l’Irgoun puis pendus, 1947.

Après la défaite de l'Allemagne nazie, deux questions deviennent prioritaires pour le mouvement sioniste:

  • la question des réfugiés juifs d'Europe, survivants du génocide, dont beaucoup veulent partir d'Europe.
  • La question de la création d'un État juif en Palestine.

L'exécutif sioniste entre dans l'affrontement avec les Britanniques entre 1945 et 1947. Il utilise aussi la Haganah, mais il privilégie l'action légale (manifestations, grèves), et limite ses actions armées à des sabotages qui se veulent non meurtriers. L'attitude vis-à-vis de ceux qui sont officiellement considérés comme des terroristes évolue entre des moments d'affrontements (« la saison ») et des moments d'alliance. Mais globalement, le caractère sanglant de leurs actions est condamné. Dans le même temps, des contacts politiques se maintiennent.

En 1946-1947, la pression politique s'accroît sur le Royaume-Uni :

  • la Palestine juive est ingouvernable, malgré le déploiement de 100 000 soldats britanniques.
  • Les Arabes critiquent le Royaume-Uni.
  • La politique de restriction de l'immigration clandestine juive mène à l'emprisonnement de milliers de survivants du génocide, ce qui provoque une vague de sympathie dans l'opinion internationale, en particulier aux États-Unis et en France.
  • Des troubles antisémites ont lieu au Royaume-Uni en réponse aux nombreux soldats britanniques tués par l'Irgoun et le Stern (Lehi) : il y aura 338 Britanniques tués entre 1944 et 1948.
  • L'opinion publique britannique supporte mal, deux ans après la fin de la guerre, de voir 100 000 soldats risquer leur vie loin de chez eux.

En 1947, le Royaume-Uni décide de remettre le mandat qu'il tenait de la SDN aux Nations unies, qui en sont le successeur. Il semble que le gouvernement britannique espérait obtenir un plus grand soutien international pour son rôle en Palestine, mais l'ONU décide de mettre fin au mandat.

Le partage de 1947[modifier | modifier le code]

Le plan de partage de l'ONU

L'ONU décide de revenir au projet de la commission Peel de 1937 en partageant la Palestine. Les Juifs se voient attribuer 55 % du territoire (plus que dans le projet Peel). Jérusalem devient une zone internationale. Les Arabes se voient attribuer le solde (un peu plus de 40 % du territoire)[25].

Les Arabes palestiniens ont globalement refusé le partage (il y a des exceptions, en particulier chez les communistes). Les Juifs l'ont globalement accepté (sauf l'Irgoun et le Stern, ceux-ci continuant même à revendiquer la Transjordanie).

Le plan est voté en novembre 1947 grâce à la conjonction entre un soutien attendu des occidentaux et le soutien plus surprenant de l'Union soviétique. Staline a toujours montré une grande hostilité au sionisme, voire aux Juifs. Mais il estime que ce projet chassera les Britanniques hors de Palestine. De plus, il existe des factions pro-soviétiques au sein de la gauche sioniste qui est à l'époque dominante.

Après le partage, une période de 6 mois s'étend jusqu'au retrait britannique, en mai 1948. Pendant cette période, les Britanniques sont censés maintenir l'ordre, mais ils se cantonnent en fait dans une neutralité passive.

Dès le vote du partage par l'ONU (novembre 1947), des incidents se produisent, qui se transforment vite en guerre civile. Les Arabes attaquent les Juifs. La Haganah se maintient au départ dans une attitude défensive, mais le Stern et l'Irgoun, qui avaient cessé les attaques anti-arabes depuis 1939, reprennent les attentats contre les civils, sans obtenir de résultat politique ou militaire notable. Violence arabe et violence juive frappent les civils des deux camps.

À compter de fin mars 1948, la Haganah réorganisée passe à l'offensive. En 6 semaines, les irréguliers arabes sont vaincues, les groupes armés juifs prennent le dessus. Des villages arabes commencent à se vider de leur population dans les zones de conflits les plus durs.

Le 15 mai 1948, Israël proclame son indépendance pendant que les derniers Britanniques quittent le pays. Les Arabes palestiniens sont militairement vaincus et ils ne seront plus guère présents sur le devant de la scène politique jusque dans les années 1960.

La période du mandat (1920-1947) - Synthèse[modifier | modifier le code]

Cette période a vu la construction du Foyer national juif. L’État indépendant n'existe pas encore, mais une structure autonome qui en a presque tous les attributs s'est constituée.

Sur le plan démographique, la population juive a explosé, passant de 85 000 personnes en 1919 à 650 000. Mais cette population juive reste à 80 % ashkénaze, et ne représente donc qu'imparfaitement la diversité du Judaïsme mondial. Surtout, cette population ne représente toujours qu'un tiers de la population totale de la Palestine.

Sur le plan politique, les affrontements entre droite et gauche se sont considérablement tendus, sans cependant atteindre la rupture et la guerre civile. Ils opposent « réalistes » acceptant (sans enthousiasme) un partage territorial et nationalistes intransigeants revendiquant toute la Palestine plus la Transjordanie (actuelle Jordanie).

Le sionisme après la création d'Israël - 1948-2005[modifier | modifier le code]

Avant 1948 (de moins en moins avec les années, cependant), le sionisme était une structure internationale, et les sionistes américains ou français n'avaient normalement pas moins de poids que les sionistes vivant en Palestine.
Mais après 1948, l'État d'Israël revendique un rôle dominant. Les organisations sionistes internationales perdent de leurs poids, les débats s'y concentrent surtout sur le soutien à Israël.
En pratique, les trois problématiques du présent article (Constructions institutionnelles sionistes, construction démographique de l'état juif et débats sur les buts du sionisme) deviennent presque exclusivement israéliennes.

Cette partie ne vise cependant pas à décrire l'histoire de l'État d'Israël. Elle s'intéresse seulement à l'évolution du débat et de la pratique sioniste après la création de l'État. Les faits historiques israéliens ne sont cités que dans cette optique.

La problématique de la période reste la même que dans la période 1918-1947 : construire des institutions nationales (ou plutôt les renforcer), et développer le peuplement juif. Les mises en œuvre sont par contre différentes, et les débats sur ces questions évoluent.

La consolidation de l'État 1948-1967[modifier | modifier le code]

L'armée[modifier | modifier le code]

Le drapeau d'Israël

Dès l'indépendance, les armées arabes du Liban, de la Transjordanie, de l'Égypte, de l'Irak et de la Syrie entrent en Israël. La disproportion des forces n'est pas aussi importante qu'il le semble. La Haganah aligne 20 000 hommes, l'Irgoun 4 000 et le groupe Stern 1 000. Les armées arabes en alignent à cette date environ 25 000. Elles n'ont pas de commandement central, et ne peuvent pas faire passer de troupes d'un front à un autre pour se concentrer. Elles ont par contre un meilleur armement lourd. (Voir guerre israélo-arabe de 1948)

Ben Gourion, devenu le premier ministre, organise Tsahal, en fusionnant la Haganah, l'Irgoun et le groupe Stern en une seule armée. Il fait même tirer sur les militants de l'Irgoun à l'été 1948, quand ceux-ci essaient de se procurer des armes par eux-mêmes. Il y a 18 morts : 16 membres de l'Irgoun et 2 soldats de Tsahal.

Des armes lourdes sont importées clandestinement (il y a un embargo sur les livraisons d'armes à destination des belligérants). Les sources sont nombreuses, mais la principale sera l'Union soviétique, qui veut la défaite des armées arabes, alliées de la France ou surtout du Royaume-Uni.

À l'été 1948, l'armée israélienne est bien structurée, correctement armée, et répond à l'offensive arabe. Les armées arabes sont vaincues et doivent signer un cessez-le-feu. Mais tous les états arabes restent officiellement en guerre contre Israël, et promettent une revanche.

Jusqu'en 1967, l'armée israélienne ne va donc cesser de se développer, et devient la première armée de la région. Pour compenser l'infériorité numérique, deux solutions sont adoptées :

  • un système de conscription extrêmement large : chaque citoyen fait un service militaire, puis des périodes militaires de plusieurs semaines (selon les époques) chaque année. Il est donc parfaitement entraîné, et mobilisable à tout moment.
  • le choix d'une grande puissance de feu par l'adoption d'armes de hautes technologies (en particulier chars et aviation).

Les frontières[modifier | modifier le code]

Frontières d'Israël après l'indépendance

La consolidation passe aussi par celle des frontières. Achevée en mars 1949, la définition du territoire israélien est avantageuse par rapport au plan de partage : 77 % du territoire de la Palestine mandataire (21 000 km² ) contre 55 % prévus par le plan de partage. L'ONU ne condamne ni n'approuve cette modification née de la guerre. En pratique, les grandes puissances l'acceptent.

Mais l'attitude israélienne après l'indépendance est lourde de conséquences pour l'avenir : Ben Gourion et les dirigeants arabes refusent de fixer les frontières. Ben Gourion indique clairement que celles-ci peuvent être agrandies en fonction des situations, pour s'étendre jusqu'aux frontières de la Palestine mandataire, Eretz Israël, qui appartient en droit aux Juifs. La position est donc à la fois pragmatique : les frontières de 1949 sont acceptées en l'état, et potentiellement maximalistes : sur le principe, les 27 % restés hors d'Israël devraient lui revenir.

Le départ des Arabes[modifier | modifier le code]

Réfugiés Palestiniens en 1948, durant le mandat Britannique.
Article détaillé : Réfugiés palestiniens.

Lors de la création de l'État, les Arabes de Palestine mandataire sont presque deux fois plus nombreux que les Juifs, même si la proportion est moins défavorable aux Juifs dans les 77 % de la Palestine mandataire dont s'empare Israël pendant sa guerre d'indépendance. La question démographique est donc au cœur du problème de l'existence de l'État juif. La réponse de Ben Gourion est double : le partage et l'expulsion.

  • Même s'il considère que tout Eretz Israël appartient aux Juifs, Ben Gourion accepte aussi les frontières de 1949 parce qu'elles excluent d'Israël les grandes masses arabes de Cisjordanie (Judée-Samarie pour les sionistes) et de Gaza.
  • Mais dans les frontières de 1949, où vivent environ 800 à 900 000 Arabes, il est clair qu'un maintien de la population arabe n'est pas acceptable pour le gouvernement. Au cours des combats ou immédiatement après, 600 à 700 000 quittent le territoire d'Israël. Ils dénoncent une expulsion, le gouvernement affirme qu'ils sont partis volontairement, mais qu'ils ne pourront pas revenir.

D'un point de vue historique, le débat est à peu près clos depuis que l'historien israélien Benny Morris a publié en 1987 « La naissance du problème des réfugiés palestiniens », révisé en 2003 (The Birth Of The Palestinian Refugee Problem Revisited) à la lumière des archives de Tsahal récemment déclassifiées. Il a travaillé village par village, et a montré qu'il y avait eu quatre types de départs :

  • avant l'arrivée des troupes israéliennes. C'est la peur des combats, voire des massacres, qui pousse alors au départ. Le massacre de Deir-Yassine (village palestinien dont la population a été massacrée par les militants de l'Irgoun et du Lehi en 1948) semble avoir joué un rôle important, ce qui explique que dans ses mémoires, Menahem Begin, ancien chef de l'Irgoun, considère les conséquences du massacre comme une « victoire décisive »[26].
  • pendant les combats. Benny Morris montre (grâce à des interviews d'anciens soldats) que dans certains cas (mais pas dans la majorité des cas), ces combats furent en fait factices et destinés à faire fuir les civils arabes : des bombardements de villages non défendus, par exemple.
  • après l'arrivée des troupes israéliennes. Il y aura de nombreuses expulsions, les populations étant chargées dans des camions et conduites à la frontière.
  • dans quelques cas (6 villages), les départs sont dus aux dirigeants arabes eux-mêmes.

Les départs se sont donc faits d'une façon différenciée : expulsions, fuites devant l'approche des combats, évacuations volontaires et organisées.

Finalement, Benny Morris indique qu'il n'y a pas eu de politique officielle définie par le gouvernement, mais un consensus assez large des décideurs militaires et civils pour faire partir un maximum d'Arabes, et surtout pour les empêcher de revenir. L'aspect non structuré de cette politique explique le maintien de blocs arabes en Galilée ou à Haïfa (où le maire a encouragé la population arabe à rester). Le cas de la zone dite du « triangle » (nord-est de Tel-Aviv), une des principales concentrations arabes, est particulier : cette zone a été obtenue par négociation en 1949, sans combats, et des garanties contre les expulsions y avaient été données[27].

En 1948, il reste environ 150 000 Arabes en Israël.

La politique constante des gouvernements israéliens, de 1949 à nos jours, sera d'interdire tout retour des réfugiés et des expulsés.

Colonisation des anciennes terres arabes[modifier | modifier le code]

À la création d'Israël, les zones juives étaient au fond peu étendues : l'étroite bande côtière, Jérusalem ouest, la vallée de la Jezréel et la haute vallée du Jourdain (Safed et Tibériade).

L'élargissement des implantations juives sera donc une priorité stratégique d'Israël jusqu'à aujourd'hui, souvent présentée comme un « devoir sioniste ». Pour cela, le territoire laissé par le départ / l'expulsion des Arabes palestiniens offre d'importantes possibilités. Les terres des « absents » sont confisquées, et des villes nouvelles y sont créées, ainsi que des kibboutzim ou des moshavim.

Pour augmenter les terres disponibles pour les Juifs, bon nombre de terres des Arabes restés sur place sont également confisquées et redistribuées, ce qui crée d'importants conflits avec la population arabe israélienne.

Le désert du Néguev (plus de 50 % du territoire israélien) est également colonisé. Mais son extrême aridité limite les possibilités. C'est donc surtout le nord (Beer-Sheva ou Dimona), et le sud (Eilat) qui sont peuplés.

L'immigration de masse[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Réfugiés juifs des pays arabes et Alya.
Immigration juive en Israël de 1948 à 2007.

L'objectif du sionisme est bien sûr d'amener un maximum de Juifs en Israël.

De 1948 à 1967, il va y avoir deux grandes vagues d'immigrations. Comme toujours dans l'histoire du sionisme, ces vagues sont liées à des graves problèmes dans les pays d'origine.

De 1948 à 1952, près de 700 000 Juifs débarquent. La population de l'État double. Il y a 2 origines à cette immigration :

  • Environ la moitié est composée de survivants du génocide juif en Europe. Ils sont presque tous ashkénazes (il existe des séfarades dans les Balkans et en Europe occidentale, cependant).
  • Une autre moitié vient des pays arabes : surtout l'Irak, le Yémen, la Syrie, le Liban et l'Égypte. Ils ne viennent pas vraiment par sionisme au sens politique du terme : les organisations sionistes y existent, mais leur influence est souvent limitée. Ils viennent surtout par messianisme religieux, et parce que la situation avec les populations et les gouvernements locaux s'est très fortement dégradée à la suite de la guerre israélo-arabe de 1947-1949. Il y a des émeutes anti-juives, ou au moins un sentiment d'hostilité dans beaucoup de pays arabes.
  • On trouve enfin parmi les immigrants des groupes plus restreint comme les petites communautés de Juifs indiens ou Afghan.

L'intégration de ces énormes masses est un problème sioniste important : l'État juif doit prouver qu'il peut réussir le « rassemblement des exilés ». Et c'est de toute façon une condition de survie pour Israël que d'augmenter sa population juive.

Les arrivants ont pour certains, surtout chez les européens, une formation « moderne » et peuvent plus facilement s'intégrer dans une économie industrielle. D'autres, surtout chez les orientaux, ont des niveaux de formation très bas, et vont souffrir longtemps d'un problème de chômage ou d'emplois sous-qualifiés. Il faut aussi enseigner l'hébreu à tous, leur trouver des logements et du travail. Des camps de tentes (ma'abarot), qui deviendront des villes, sont constitués dans l'urgence. Des villages sont établis sur des terres agricoles vidées de leur population arabe. Mais Israël va traverser une période économiquement très difficile lors de cette première vague d'arrivants, et les conditions de vie de ceux-ci sont dures.

Une seconde vague de 500 000 personnes arrive entre 1956 et 1966. Elle est constituée d'une minorité d'occidentaux quittant l'Europe de l'Est communiste, et d'une majorité de Juifs orientaux. Ceux-ci fuient une nouvelle vague anti-juive liée à la guerre israélo-arabe de 1956. 250 000 Juifs nord-africains (environ la moitié des Juifs de cette région) arrivent aussi du Maghreb français après l'indépendance de la Tunisie, du Maroc et de l'Algérie. Les Juifs les plus francisés (généralement les plus éduqués) sont allés en France. Les Juifs les moins francisés (généralement plus pauvres et moins éduqués) ont fait le choix d'Israël. Parmi eux, les Marocains sont particulièrement nombreux.

Frustrations séfarades[modifier | modifier le code]

L'intégration des Juifs occidentaux n'a pas toujours été simple, mais s'est finalement bien déroulée. L'intégration des Juifs orientaux a été beaucoup plus problématique, et ce pour deux raisons essentielles:

  • un niveau de formation très bas, qui cantonne les populations immigrantes dans des emplois peu qualifiés et mal payés. Israël, même dominé par des partis socialistes, échoue largement devant le problème de la pauvreté des Séfarades, qui restent assez largement à la porte de la modernité économique.
  • La perception des Séfarades par l'élite sioniste. Celle-ci est d'origine européenne. Elle n'a culturellement quasiment rien en commun avec les Juifs orientaux, si ce n'est le sentiment d'être juif. Même la religion n'est que partiellement un facteur d’intégration : les Ashkénazes sont peu pratiquants, voire pour certains agressivement laïcs. On notera un mépris certain, ou au moins un manque complet de compréhension. La crainte de la « levantinisation » (orientalisation) d'Israël est ouvertement évoquée par des dirigeants de la gauche sioniste. Les Séfarades constituaient en effet 20 % des Juifs de Palestine en 1947. Leur immigration et leur natalité élevée les rendent potentiellement majoritaires dès les années 1960.

Même si l'adhésion à Israël ne sera jamais remise en cause par les Juifs orientaux, ils gardent de la période un souvenir d'humiliation et de misère, qui se retournera finalement contre ceux qu'ils en rendront responsables : les dirigeants socialistes. À partir des années 1970, les Séfarades seront le socle électoral de la droite israélienne.

L'alignement occidental[modifier | modifier le code]

La période 1948-1967 est marquée par la guerre froide. Certains craignent au début (le département d'État américain, par exemple) que l'orientation de gauche de l'État d'Israël l'amène sur des positions pro-soviétiques. De fait, des tendances pro-soviétiques existent dans la gauche sioniste (Mapam, en particulier).

Mais Ben Gourion fait rapidement le choix de l'occident, ce qui dégrade les relations avec l'ex-allié soviétique. L'émigration des Juifs d'Europe de l'Est devient plus difficile.

À l'époque (surtout dans les années 1950), la France apparaît alors, davantage que les États-Unis, comme étant le grand allié d'Israël.

La période 1948-1967: synthèse[modifier | modifier le code]

Pendant cette période, l'État s'est créé, a développé une armée puissante, a attiré de nombreux immigrants, a vu éclore une économie industrielle moderne, a consolidé sa démocratie et a augmenté les points de peuplement juifs à travers le pays.

Il s'agit donc d'une période marquée par de nombreux succès institutionnels et démographiques. Mais des points ne sont pas réglés:

  • la mauvaise intégration des Séfarades.
  • le maintien de l'état de guerre avec les pays arabes, et la menace d'anéantissement qui perdure donc.
  • la question des frontières, contestées (assez théoriquement) par le gouvernement israélien lui-même, et de façon beaucoup plus agressive par le Herout de Menahem Begin. Celui-ci a réorganisé derrière lui les révisionnistes de Jabotinsky, et s'est lentement renforcé, en particulier en attirant vers lui les libéraux, vieux alliés des travaillistes, mais fatigués de leur hégémonie. Il commence aussi à attirer des Séfarades déçus par la politique travailliste à leur égard.

La question du Grand Israël depuis 1967[modifier | modifier le code]

Cette période est marquée par une polarisation croissante sur la question du « Grand Israël », et sur un basculement vers la droite de la population israélienne.

Autant la période précédente (1948-1967) avait été marquée par les enjeux démographiques (le "sionisme des faits", celui du "rassemblement des exilés"), autant la nouvelle période va largement tourner autour de la question des frontières et de la religion, et donc des objectifs même du sionisme.

L'immigration se poursuit de façon importante, mais si elle est toujours un élément important du débat et de la pratique sioniste, elle n'est pas au centre de conflits entre sionistes, qui se durcissent.

la guerre de 1967[modifier | modifier le code]

En 1967, l'Égypte et la Syrie massent des troupes à la frontière, et annoncent leur volonté de rayer Israël de la carte. Les Israéliens lancent une attaque préventive et envahissent la péninsule du Sinaï égyptien et le plateau du Golan syrien. La Jordanie attaque alors Israël, mais est vaincue à son tour. En six jours, Israël bat ces trois armées arabes et double la taille du territoire qu'il contrôle en s'emparant du Sinaï et du Golan, et des 27 % de la Palestine mandataire qui avaient échappé à Israël en 1948-1949. Après la peur, l'enthousiasme est indescriptible, à la hauteur du soulagement.

La question qui se pose alors au sionisme est : que faire des territoires conquis ?

Grand Israël sécuritaire et Grand Israël religieux[modifier | modifier le code]

Menahem Begin, chef du Likoud et partisan du Grand Israël.
Avraham Shapira, un important rabbin sioniste religieux, qui a déclaré contraire à la Halakha tout abandon d'une portion de la terre d'Israël.

À droite, la position est unanime : il faut tout garder, et surtout les portions « libérées » d'Eretz Israël (le Golan et le Sinaï sont symboliquement moins importants).

Mais dès l'époque, on note deux courants qui divergeront progressivement.

Le premier courant est un courant religieux. Il est issu du courant sioniste religieux qu'on a vu s'organiser au début du siècle au sein du Parti national religieux. Pour ce courant, originellement modéré, la victoire est un signe religieux : Dieu a donné la victoire à Son Peuple. Celui-ci a maintenant le devoir de judaïser tout Eretz Israël. Ce n'est pas seulement un droit, c'est un devoir. Et cela doit permettre au peuple juif d'obéir à Dieu, de gagner son salut, et d'obtenir la venue du Messie. Ce discours religieux a aussi une influence sur les ultra-orthodoxes, théoriquement non-sionistes. Sans se rallier officiellement au sionisme (trop politique et pas assez religieux selon eux), ils montrent un intérêt croissant pour le versant religieux du discours sur le Grand Israël. Le sionisme religieux de l'après-1967 devient plus puissant, plus militant, plus à droite.
Il passe en 1977 d'une alliance avec les travaillistes à une alliance avec le Likoud. Il se lance dès les années 1970 (surtout la faction "des jeunes", plus radicale) dans une activité de colonisation intensive, parfois illégale, à travers des groupes de militants, comme ceux du "bloc de la foi" (Goush Emounim). Des courants extrémistes en marge du Parti National Religieux apparaissent, dont certains sont tentés par la violence (comme le Kach).

Le second courant rattaché au grand Israël est un courant plus historique et sécuritaire. Il s'incarne surtout dans le Likoud. Pour lui, Eretz Israël appartient aux Juifs (ce en quoi il ne diffère guère de la gauche), et conserver toute la Terre d'Israël est dans l'intérêt du peuple d'Israël. L'affrontement avec les Arabes impose d'avoir le plus de territoires possible.

Pour le premier courant, Eretz Israël est un droit ET une obligation imposée par Dieu.
Pour le second courant, Eretz Israël est un droit ET un avantage.

Ces deux courants sortent très renforcés de la guerre de 1967. L'idée de rendre la terre d'Israël aux Arabes passe mal dans la population.

En 1977, le Likoud de Menahem Begin arrive au pouvoir, en alliance avec les nationalistes religieux. Le Likoud a été formé en 1973 par l'unification du Hérout (issu du mouvement révisionniste et de l'Irgoun) et des libéraux. La base idéologique de cette fusion est en fait celle du Hérout. Le projet d'annexion de la Jordanie, défendu depuis les années 1920, est abandonné, mais l'annexion de la Cisjordanie et de la bande de Gaza est exigée comme un devoir sioniste.

Sionisme chrétien[modifier | modifier le code]

Il existe des groupes chrétiens favorables au sionisme. Mais il existe aussi un courant fondamentaliste protestant spécifique qu'on appelle le "sionisme chrétien". Ce courant de pensée, puissant aux États-Unis, va au-delà d'une sympathie pour le sionisme. Sa vision est messianique : la judaïsation de la terre sainte est un commandement biblique qui doit permettre le retour de Jésus et la conversion de l'humanité.

Ce courant a aussi bénéficié de la victoire israélienne en 1967, et a mis son influence croissante en faveur de la colonisation juive des territoires palestiniens.

Bien que l'objectif des "sionistes chrétiens" ne soit pas le même que celui des Juifs sionistes (puisqu'il implique à terme la conversion de ces derniers), ce courant de pensée représente un soutien fervent aux sionistes les plus radicaux en matière de "Grand Israël" (Israël dans ses frontières bibliques, incluant les territoires palestiniens). Il explique en partie l'attitude très passive des gouvernements américains (au moins républicains, dont il influence certains élus) face à la colonisation israélienne et à la thématique du Grand Israël.

Refus du Grand Israël par la gauche[modifier | modifier le code]

À gauche, la victoire de 1967 pose problème. Depuis le programme de Biltmore en 1942, la gauche avait pour projet un État juif sur l'ensemble de la Palestine. Le projet avait été mis en sommeil après le plan de partage de 1947, mais le refus de reconnaître les frontières de 1949 comme définitives le maintenait officiellement.

Après 1967, la gauche s'interroge sur ce qu'elle doit faire. Une minorité reste fidèle au Grand Israël. La grande majorité adopte une position qui ne variera plus beaucoup dans ses principes, mais qui donnera lieu à d'innombrables interprétations. Ces principes sont:

  • Israël doit rester un État juif et il n'est pas question de donner la nationalité israélienne à des Palestiniens nombreux et en explosion démographique (les Arabes sont officiellement devenus plus nombreux que les Juifs sur le territoire de l'ancienne Palestine mandataire en 2005).
  • Israël doit rester un État démocratique, et on ne peut pas mettre en place un système d'apartheid refusant la nationalité à une partie de la population sur des bases ethniques.
  • Eretz Israël est en droit la propriété du peuple juif. Il a le droit de tout prendre, mais la volonté de maintenir un État juif ET démocratique ne le permet pas : Israël doit annexer toutes les terres possibles (celles peu ou pas peuplées d'Arabes), et rendre le reste en cas d'accord de paix. Peu après la guerre, le projet présenté par Ygal Allon prévoit ainsi l'annexion de 30 % de la Cisjordanie.

La droite condamne cette position.

La colonisation[modifier | modifier le code]

Cartes des colonies israéliennes en Cisjordanie (Judée-Samarie).
Article détaillé : Colonie israélienne.

La gauche au gouvernement a créé des implantations juives dans les territoires occupés dès 1968. Elle cible des zones avec de faibles populations palestiniennes, qui sont destinées à être annexées selon le plan Allon. Ces implantations restent cependant peu nombreuses.

On voit aussi apparaître, dès la première moitié des années 1970, des colonies illégales, souvent organisées par le courant nationaliste religieux (mais pas forcément par le PNR lui-même). Cette politique d'implantations illégales reste très répandue jusqu'en 2005 chez les militants du Grand Israël, face à des autorités souvent passives.

Après 1977 et son arrivée au pouvoir, la droite se lance dans un programme beaucoup plus ambitieux : 50 000 colons en 1987, avant la première Intifada, 100 000 colons en 1993, avant les accords d'Oslo, 200 000 colons en 2000 avant la seconde Intifada, 245 000 fin 2005. Les zones fortement peuplées de Palestiniens sont également visées, pas seulement les zones vides. Les terres palestiniennes sont largement confisquées, pour construire des colonies, des routes, des postes militaires, ou simplement pour éviter les constructions arabes.

Deux grands types de colonies apparaissent :

  • les grands blocs de colonies: fortement peuplés, généralement assez près des frontières de 1949 (rebaptisées « frontières de 1967 » ou « ligne verte »). Elles sont peuplées de banlieusards de Tel-Aviv ou de Jérusalem, généralement plutôt à droite, mais rarement extrémistes.
  • Les petites colonies idéologiques, dans la profondeur des territoires palestiniens. Elles sont généralement peuplées de colons très idéologiques, souvent du courant nationaliste religieux, de plus en plus radicaux.

À ces colonies, il faut ajouter les quartiers juifs de Jérusalem-Est. Après 1967, Israël a réunifié Jérusalem, contre le gré des habitants de la partie arabe. Des quartiers juifs se sont construits dans les zones non-peuplées. Ils comptent en 2005 environ 200 000 habitants juifs.

Il est à noter que du point de vue de l'ONU, les territoires de Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est et du Golan sont des "territoires occupés", et donc soumis à la convention de Genève, qui interdit toute implantation de populations conquérantes. De plus, à la fin du conflit, ils doivent être évacués, puisque l'article 35 de la charte des Nations unies interdit toute conquête par la force.

Pour les mouvements sionistes, gauche et droite confondues (surtout pour la droite), il s'agit de territoires sur lesquels les Juifs ont un droit historique (voire religieux). La convention de Genève et la charte des Nations unies ne s'appliquent donc pas. Des annexions sont possibles, ainsi que la colonisation.

On note aussi une petite colonisation dans le Sinaï égyptien (Yamit). Mais le Sinaï est restitué par le gouvernement Begin entre 1979 et 1982 après les accords de Washington (mars 1979). La restitution du Sinaï, qui n'est généralement pas considéré comme faisant partie de Eretz Israël (il y a des avis contraires), a soulevé des réprobations modérées.

On note enfin une colonisation du plateau du Golan, pris aux Syriens en 1967. La justification de cette colonisation est essentiellement sécuritaire, sans forte valeur historique ou religieuse. Le Golan n'est généralement pas considéré non plus comme faisant partie de Eretz Israël.

Immigrations russe, éthiopienne et occidentales[modifier | modifier le code]

Voir le tableau de l'immigration juive après 1948.

Comme pendant les périodes précédentes, des vagues d'immigrants viennent en Israël. Comme précédemment, ces vagues sont majoritairement liées aux problèmes en Diaspora.

Une aliyah a lieu en 1967-1968. Elle est relativement peu importante. Elle concerne les derniers Juifs arabes et polonais chassés par l'ambiance « antisioniste » qui suit la guerre de 1967. Elle concerne aussi quelques milliers d'occidentaux (Américains, Britanniques et Français, surtout) qui ont tremblé pour Israël pendant la guerre.

Une aliyah amène 400 000 Juifs dans les années 1970. Ils viennent surtout de Russie, à la suite de négociations entre les États-Unis et l'URSS ( dont une clause secrète qui proposait aux jeunes juifs mâles d'Urss de s'engager durant leur période de service militaire dans une unité d'élite de l'Armée rouge, dont les fameux spetsnaz, afin de favoriser leur dossier d'immigration vers Israël). Cette aliyah s'accompagne d'une immigration plus restreinte, mais idéologiquement très active : celle des nationalistes religieux d'extrême-droite, souvent américains, qui s'installent fréquemment dans les colonies « idéologiques ».

En 1982-1985, c'est la première immigration des Juifs d'Éthiopie (Falashas).

Dans les années 1990, une dernière vague amène un million de Juifs (ou de « demi-juifs ») de l'ancienne URSS après l'effondrement de celle-ci. Elle s'accompagne d'une immigration de Juifs d'Éthiopie, et toujours d'une petite immigration en provenance des pays occidentaux, plutôt dominée par des nationalistes religieux très motivés. C'est la plus grande vague d'immigration de l'histoire d'Israël. Pourtant, l'intégration s'est beaucoup mieux passée que lors des vagues massives de la création d'Israël : l'économie était beaucoup plus forte et la population beaucoup mieux formée (sauf l'immigration éthiopienne).

En 2005, la population juive estimée de Eretz Israël, colons compris, comprend un peu moins de 5 300 000 de Juifs (estimation : CIA World Factbook).

Première Intifada[modifier | modifier le code]

En décembre 1987, la première Intifada ou révolte des pierres commence. Trois évolutions la provoquent :

  • Le développement du nationalisme palestinien, en plein renouveau depuis une vingtaine d'années.
  • Le niveau d'éducation des jeunes Palestiniens, en forte hausse, et qui facilite une forte politisation.
  • Le sentiment de devenir un étranger sur sa propre terre, sentiment accéléré par la colonisation rapide de la Cisjordanie (Judée-Samarie pour les sionistes).

Les armes sont exclues par la direction palestinienne, et en 1988, pour la première fois, l'OLP reconnaît le droit à l'existence d'Israël. Les attentats palestiniens reprennent cependant au début des années 1990, du fait d'organisations islamistes qui rejettent l'évolution « réaliste » du nationalisme palestinien majoritaire.

Le soulèvement s'épuise vers 1992 du fait d'une répression israélienne qui fait environ 1 000 morts, des dizaines de milliers d'emprisonnements sans jugement), mais il a produit plusieurs conséquences :

  • développement du nationalisme palestinien ;
  • évolution réaliste de ce nationalisme en faveur du partage de l'ancienne Palestine mandataire, sur la base des frontières de 1949 (ou de 1967, selon leur nouveau nom) ;
  • apparition en réaction de groupes radicaux (Hamas et Jihad islamique palestinien) ;
  • prise de conscience d'une partie des Israéliens que la démographie arabe et un nationalisme grandissant rendent difficile le Grand Israël et même le maintien du statu quo.

Les accords d'Oslo[modifier | modifier le code]

En 1992, la gauche revient au pouvoir sous la direction de Yitzhak Rabin. À l'été 1993, le gouvernement reconnaît l'OLP. Début 1994, les accords d'Oslo sont signés. Ils prévoient:

  • La reconnaissance d'Israël par les Palestiniens.
  • La reconnaissance de l'OLP (mais pas d'un État palestinien) par les Israéliens.
  • L'ouverture de négociations sur les frontières finales en 1996.
  • La mise en œuvre d'un statut final (non défini) en 1999.
  • En l'attente, les deux parties s'engagent à ne pas prendre de décisions unilatérales. Pour les Israéliens, il s'agit d'éviter la proclamation d'un État palestinien indépendant. Pour les Palestiniens, il s'agit d'arrêter la colonisation, acte unilatéral par excellence.
  • En l'attente, les Israéliens s'engagent aussi à mettre en place un régime d'autonomie dans les territoires occupés.

Les Palestiniens ont accepté des négociations sur les frontières. Implicitement, ils renoncent plus ou moins aux frontières de 1949-1967. Cela, et la reconnaissance même d'Israël, est inacceptable pour les islamistes.

Les Israéliens renoncent en échange au Grand Israël. Du point de vue de la gauche, cette concession est peu importante : elle y a renoncé officieusement depuis 1947. Du point de vue de la droite, c'est inacceptable.

Fin 1995, Yitzhak Rabin est assassiné par un sioniste religieux radical (condamné par le PNR). Les islamistes commettent une vague d'attentats-suicides en mars 1996 (une soixantaine de morts). Affaiblie par ces deux coups, la gauche perd les élections, et la droite (Benjamin Netanyahou) revient au pouvoir au nom du Grand Israël. Pourtant, le nouveau pouvoir n'annule pas les accords d'Oslo. Il les interprète de façon étroite, mais il accepte quand même d'évacuer une partie de Hébron. On peut y lire le début de l'acceptation du fait national palestinien.

La seconde Intifada[modifier | modifier le code]

La gauche revient au pouvoir en 1999. Elle met cependant un an pour démarrer les négociations avec les Palestiniens (été 2000). Celles-ci commencent dans un manque de confiance assez large.

  • du côté israélien, on constate le lent développement des attentats aveugles islamistes. L'autorité palestinienne autonome créée par les accords d'Oslo ne réprime pas assez durement ces violences (il y a des arrestations, mais souvent suivies de libérations).
  • Du côté palestinien, on constate que la promesse d'autonomie est assez peu suivie d'effet : 7 % de la Cisjordanie seulement est en pleine autonomie, et 60 % de la Bande de Gaza. Il faut y rajouter 35 % de la Cisjordanie sous occupation militaire israélienne mais avec une administration civile palestinienne. La colonisation a été massive : les accords d'Oslo sont la plus forte période de colonisation depuis la guerre des 1967 (100 000 colons supplémentaires). Et les négociations finales qui devaient s'engager en 1996 ont quatre ans de retard.

De fait, la négociation échoue. Les Israéliens (Ehoud Barak) ont réclamé l'annexion de 10-12 % de la Cisjordanie et de la Jérusalem-Est arabe. Les Palestiniens ont refusé. (Voir Sommet de Camp David II et Sommet de Taba).

En septembre 2000, des manifestations palestiniennes commencent à Jérusalem, puis s'étendent. Des dizaines de Palestiniens sont tués par l'armée. Les groupes palestiniens qui refusaient la violence depuis 1987 (en gros, l'OLP) décident de revenir à la lutte armée, et rejoignent les radicaux islamistes. Le gouvernement de gauche tombe fin janvier 2001 et la droite revient au pouvoir (Ariel Sharon).

De 2000 à 2005, 1 000 Israéliens et 4 000 Palestiniens meurent.

La seconde Intifada est le produit d'un constat palestinien : de gauche ou de droite, les Israéliens considèrent que tout Eretz Israël appartient aux Juifs. La volonté d'accord avec les Palestiniens n'empêche pas une volonté d'annexion maximale : les territoires pas ou peu peuplés de Palestiniens pour la gauche, la totalité pour la droite. Dans un cas comme dans l'autre, ce n'est pas acceptable pour les Palestiniens, mêmes modérés. Ces derniers veulent bien accepter les frontières de 1949-1967, mais pas de nouvelles annexions (ou alors marginales).

Le débat entre sionistes, ouvert en 1922 par le détachement de la Transjordanie, n'a pas beaucoup évolué : si Eretz Israël est de droit une propriété juive (il y a accord sur ce point) que faut-il prendre, et que faut-il céder?

Renversement démographique[modifier | modifier le code]

Au-delà des questions de frontières, la progression de la population palestinienne se poursuit. Les Palestiniens ont une des croissances démographiques les plus fortes du monde.

En 2005, il y a environ 5 235 000 de Juifs sur le territoire de l'ancienne Palestine mandataire, et à peu près autant d'Arabes. Ils seraient même devenus légèrement majoritaires en 2005. Et il faut y rajouter les nombreux Palestiniens de la diaspora.

La problématique de la gauche sioniste sur le danger démographique arabe, posée dès 1967 (et même dès 1947) s'impose à tous : comment rester un État à la fois juif et démocratique avec une majorité d'Arabes ?

Renversement politique[modifier | modifier le code]

Ariel Sharon
le "mur de sécurité" - tracé approuvé en février 2005, mais susceptible d'évoluer

À cela se rajoute une nouvelle question pour une partie de la droite sioniste : si la revendication du Grand Israël est pour une bonne part sécuritaire, la première et la seconde Intifada viennent montrer qu'avoir une forte proportion d'Arabes dans la population israélienne pose en fait un grave problème de sécurité.

Amorcé dans les années 1990 au sein de la droite (assez discrètement) par Ariel Sharon, pourtant grand champion de la colonisation et du Grand Israël, le débat devient plus aigu avec la seconde Intifada.

Dès 2002, la construction d'une « barrière de sécurité contre le terrorisme » par le gouvernement Sharon montre une évolution : le "mur de sécurité" n'englobe (dans le tracé de 2005) que 7,5 % de la Cisjordanie. Il sépare ainsi les grands blocs de colonies juives des zones peuplées de Palestiniens. Dans les faits, il s'agit d'une renonciation au Grand Israël. Critiqué par les Palestiniens, qui voient là une annexion partielle, il l'est aussi par les colons (surtout ceux des implantations "idéologiques", souvent extérieures au "mur"), qui y voient la renonciation à l'annexion complète de la Cisjordanie.

Une des réponses de la droite « dure » à la pression démographique palestinienne sera de proposer un « transfert » des Arabes vers les pays arabes voisins. Portée par des forces politiques marginales (comme Moledet), cette thématique rencontre régulièrement 50 % d'approbation dans les sondages (voir Plan de paix Elon). Mais elle apparaît comme inacceptable à la fois pour une partie de la population israélienne et pour la communauté internationale, allié américain en tête. Cette solution ne sera donc jamais étudiée par un gouvernement israélien.

En 2003, Ariel Sharon annonce un retrait unilatéral de la Bande de Gaza, réalisé à l'été 2005. Là aussi, l'opposition des colons (surtout ceux du courant sioniste religieux) est massive (mais sans vraie violence). Voir Plan de désengagement des territoires occupés

La justification officielle du mur et du retrait est en fait celle de la gauche : la majorité arabe représente un danger démographique et sécuritaire trop important. Il faut séparer les Juifs des Arabes. Mais comme Eretz Israël appartient de droit aux Juifs, ce qui peut (ou doit, selon les points de vue) être pris doit l'être (les zones encloses par le "mur", voire un peu plus). Le premier ministre israélien par intérim Ehoud Olmert déclare ainsi le mardi 24 janvier 2006 (journal Haaretz): "The choice between allowing Jews to live in all parts of the Land of Israel and living in a state with a Jewish majority mandates giving up parts of the Land of Israel - le choix entre permettre aux Juifs de vivre dans toutes les parties de la Terre d'Israël, et de vivre dans un État avec une majorité juive, nous amène à rendre des portions de la Terre d'Israël").

Ce n'est pas une révolution dans l’analyse : la gauche sioniste le dit depuis longtemps. Mais c'est une révolution à droite, une droite née en 1925 du refus d'un premier partage, celui d'avec la Transjordanie. Cela fait éclater au grand jour la contradiction entre les partisans d'un Grand Israël sécuritaire, pour lesquels le Grand Israël est dans l'intérêt du peuple juif (on peut donc y renoncer si c'est dans l'intérêt du sionisme) et les sionistes religieux, devenus très actifs, pour lesquels c'est un ordre divin.

Même ceux qui s'opposent à Sharon au sein du Likoud (sauf le courant nationaliste religieux du Likoud, car il y en a un, extérieur au PNR) admettent la renonciation au Grand Israël. Ainsi Benjamin Netanyahou, le leader des « durs » du Likoud propose en 2005 un État palestinien sur 40 % de la Cisjordanie. C'est la fin du Grand Israël. Le consensus est maintenant très large chez les Israéliens.

Fin 2005, le Likoud éclate. Les « centristes », partisans d'une séparation d'avec les Palestiniens, en partent et fondent le parti Kadima (derrière le Premier ministre, Ariel Sharon). Après un grave accident vasculaire cérébral de Ariel Sharon (janvier 2006), Ehoud Olmert, son principal lieutenant, prend sa succession à la tête du parti et en tant que Premier ministre intérimaire à la veille des élections législatives israéliennes de 2006.

Mais la question des frontières n'est pas réglée. Les Palestiniens modérés continuent de revendiquer les frontières de 1949-1967, avec juste des aménagements. Les Israéliens, même modérés, refusent d'évacuer les grands blocs de colonies.

L'histoire du sionisme : synthèse[modifier | modifier le code]

Le sionisme a un caractère particulier dans l'histoire politique du XXe siècle. En tant qu'idéologie nationaliste, il a des caractères communs nombreux avec d'autres nationalismes, en particulier européens, son continent d'origine.

Mais il est aussi le seul nationalisme connu où une population sans territoire, sans culture unifiée, sans langue parlée commune et sans État s'est dotée de ces 4 attributs classiques de l'État-nation moderne. C'est le produit d'un sentiment d'appartenance commun, mais aussi d'un volontarisme politique et d'une discipline collective étonnants.

Le sionisme est resté une idéologie très minoritaire jusque vers 1920. De 1920 à 1948, c'est devenu une idéologie incontournable au sein des minorités juives, en même temps qu'un proto-État s'affirmait sur le terrain et donnait de la crédibilité au projet. Enfin, c'est devenu une idéologie hégémonique dans ces communautés après le génocide juif et la création de l'État.

Le sionisme a cependant eu un échec partiel : malgré son volontarisme et son hégémonisme, il n'est jamais parvenu à vraiment attirer les Juifs des pays occidentaux. Il est resté lié à 90 % à une émigration de fuite. Il a su mobiliser une partie de celle-ci, mais assez peu une émigration de choix pur.

Le sionisme a également rencontré avec le débat des « territoralistes » à l'orée du XXe siècle, un problème de définition qu'il n'a pas totalement résolu : le sionisme vise-t-il à créer un État pour les Juifs, ou vise-t-il à « libérer » toute la terre promise ? Aujourd'hui, la pression démographique et sécuritaire des populations palestiniennes est devenue telle qu'un consensus assez large s'est mis en place (sans toujours le dire) sur la première définition. Mais la question des frontières n'est toujours pas réglée, et à gauche comme à droite (plus encore à droite), on souhaite que la « séparation » d'avec les Palestiniens laisse à Israël des frontières les plus larges possibles.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Un livre généraliste, qui balaie toute l'histoire du Sionisme puis d'Israël, des origines à nos jours.
  • Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, Éditions complexe, 1991.
  • Ilan Greilsammer, Les Communistes israéliens, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1978.
  • Ilan Greilsammer, Israël, les hommes en noir, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1991, ISBN 2-7246-0592-6.
Un livre sur les ultra-orthodoxes juifs, leur rapport difficile au sionisme, et les rapports du sionisme avec eux.
  • Ilan Greilsammer, Le sionisme, Presses universitaires de France, Que sais-je ? no 1801, 2005.
  • Alain Gresh et Dominique Vidal, Palestine 47, un partage avorté, Éditions complexes, 1994.
  • Ilan Pappé, La Guerre de 1948 en Palestine, Éditions La fabrique, 2000, ISBN 2-264-04036-X
  • Alain Dieckhoff, Les Espaces d'Israël, Fondation pour les études de défense nationale, 1987.
Un livre sur la stratégie de colonisation mise en œuvre par premiers gouvernements Likoud (surtout), avant la 1er intifada.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Élie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette Littérature, 2002, pp. 46-47.
  2. Question 14.6: I've heard there were/are very Orthodox Jews who were/are against the state of Israel. How could this be? Who are
  3. cf David Banon, Le Messianisme, puf, coll. Que sais-je?
  4. a, b, c, d, e, f et g Élie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette Littérature, 2002, pp. 18-19.
  5. « Tu ne contracteras point de mariage avec ces peuples, tu ne donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras point leurs filles pour tes fils - Deutéronome 7:3.
  6. Deutéronome 1:21.
  7. Voir l'article « Israel Belkind », sur le site de la Jewish virtual library. Consulté le 09/12/2009.
  8. a et b Élie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette Littérature, 2002, p. 21.
  9. http://muse.jhu.edu/journals/jewish_social_studies/v005/5.3avineri.html
  10. Theodor Herzl, Der Judenstaat (1896), éd.française, L'État des Juifs, Paris, La Découverte, 2003, p. 47.
  11. Jacques Le Rider : Les juifs viennois à la belle époque (1867-1914), Éditeur : Albin Michel, 2013, ISBN 2226242090
  12. Élie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette Littérature, 2002, p. 16.
  13. Nathan Weinstock, Le Pain de Misère. Histoire du mouvement ouvrier juif en Europe, tome 1, Ed. La Découverte, Paris, 2002, pp. 248-250. (ISBN 2707138101)
  14. a et b Arthur Koestler, Analyse d'un miracle, Paris, éditions Calmann-Levy, 1949, page 4. Cité par Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, éditions complexe, 1991, page 45.
  15. Israël, les hommes en noir, 1991, Page 32.
  16. Elie Barnavi, Une histoire moderne d'Israël, Flammarion, 1988, page 18.
  17. Ilan Greisammer, Israël, les hommes en noir, presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1991, page 39.
  18. Elie Barnavi, Une histoire moderne d'Israël, Flammarion, 1988, page 25.
  19. a et b The British Mandate For Palestine - San Remo Conference, April 24, 1920
  20. « Histoire de l'Agence Juive », sur le Site de l'Agence Juive (consulté le 8 mai 2009)
  21. L'otaman Simon Petlioura fut le chef du gouvernement indépendantiste ukrainien en 1919 pendant la guerre civile russe. Sous le cri de guerre « mort aux Juifs et aux Bolchéviques » (Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, p. 70), ses troupes (qui ne furent pas les seules) commirent de nombreux massacres de Juifs, que certains évaluent à 40 000 victimes(Histoire de la droite israélienne, 1991, pp. 70-71). Les polémiques sur le nombre de morts, le rôle exact des armées ukrainiennes ou l'implication de Petlioura dans les actions de ses subordonnées ont été et restent aujourd'hui très vives (Voir sur ces sujets Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991, p. 70, ou Saul S. Friedman, Pogromchik: The assassination of Simon Petlura, 1976). Mais au-delà de ces divergences sur son rôle exact, Petlioura a été perçu dans les milieux juifs de l'époque comme un ennemi des Juifs, et cette perception explique l'ampleur de la polémique contre Jabotinsky. En août 1921, son gouvernement en exil prit contact avec Jabotinsky pour lui annoncer une prochaine offensive contre l'Union soviétique (qui n'aura pas lieu). Petlioura proposait à Jabotinsky la création d'une « gendarmerie juive » chargée de sécuriser les zones juives pendant la reconquête de l'Ukraine (sans se mêler aux combats), afin d'éviter des massacres. Les nationalistes ukrainiens étaient très mal vus internationalement depuis les massacres anti-juifs, et ils tentaient de reprendre l'initiative dans ce domaine. En septembre 1921, Jabotinsky signa un accord sans en référer à la direction de l'OSM, dont il était membre. Il le justifia par la volonté de protéger les Juifs contre de nouveaux massacres. Le rejet de l'accord fut très large au sein de la diaspora. La gauche, mais pas seulement elle, accusa Jabotinsky de se lier à un massacreur de Juifs par anti-communisme. Le 17 janvier 1923, le Comité d'Action Sioniste (l'exécutif élargi de l'OSM) décida d'une commission d'enquête, et demanda à auditionner Jabotinsky. Celui-ci refusa et démissionna de l'exécutif, accusant la gauche d'avoir cherché à le détruire.
  22. Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, page 173, Éditions Complexe, 1991
  23. Pour le détail des attentats de l'Irgoun dans les années 1930, voir Arie Perliger et Leonard Weinberg, Totalitarian Movements & Political Religions, vol. 4, no 3 (2003) p. 91-118. On note quelques différences de détails avec les attentats rapportés par Marius Schattner dans Histoire de la droite israélienne, 1991.
  24. 6 millions de morts selon la présentation la plus fréquente, mais 5,1 millions selon Raul Hilberg dans La Destruction des juifs d'Europe.
  25. résolution 181).
  26. Menahem Begin niera tout massacre, parlant d’une « propagande mensongère ». « Ce ne fut pas ce qui s’est passé à Deir Yassin, mais bien ce qui a été inventé […] qui nous a aidé à nous ouvrir un chemin vers des victoires décisives […] Les Arabes pris de panique s’enfuirent aux cris de « Deir Yassin » » - Menahem Begin, La révolte d’Israël, p. 200
  27. Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, 2003, ISBN 0521009677, pp. 530-532.

Voir aussi[modifier | modifier le code]