Plan Madagascar

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Le Plan Madagascar fut un plan du Troisième Reich visant à envoyer de force 4 millions de juifs d'Allemagne[1], de ses pays alliés et de ses territoires conquis à Madagascar, alors encore colonie française. Ce plan ne fut jamais appliqué.

Mise en place du plan[modifier | modifier le code]

Évoqué depuis 1938 dans des discussions de responsables tels que Julius Streicher, Hermann Göring, ou Joachim von Ribbentrop, ce plan n'est réellement envisagé qu'à partir de mai 1940, sous l'impulsion d'Heinrich Himmler.

En effet, la défaite de la France étant quasiment entérinée, se pose alors la question d'un passage sous contrôle direct allemand de certaines de ses colonies. D'autant plus que dans l'esprit du commandement nazi, il est aussi acquis que le Royaume-Uni capitulera rapidement sous les bombardements de la Luftwaffe, et donc que les voies maritimes seront, après un accord de cessez-le-feu, libres des attaques de la flotte britannique.

Le , Franz Rademacher, membre du ministère des Affaires étrangères de Ribbentrop chargé des affaires juives, présente un mémorandum à ce sujet à son supérieur Martin Luther. Son plan détaillait les mécanismes d'évacuation des juifs d'Europe et prévoyait de garder les juifs d'Europe de l’Est à Lublin (Pologne) et de déplacer tous les juifs de l'ouest hors d'Europe, à Madagascar par exemple.

Luther communique le plan à Ribbentrop qui le communique lui-même à Adolf Hitler. Le , en référence à la défaite et l'avenir de la France, Hitler et Ribbentrop s'entretiennent de ce plan avec Benito Mussolini. Hitler en discute les jours suivants avec le Grand Amiral Erich Raeder. Informé en du projet, Reinhard Heydrich souhaite être largement impliqué. Il écrit donc le à Ribbentrop dans ce sens. Ribbentrop s'y résout et informe Rademacher qu'il a donné son accord de principe à la préparation d'un plan d'expulsion des Juifs d'Europe qui doit se faire en étroite coopération avec les services du RSHA.

Début , Rademacher déclare dans ses rapports : « La victoire imminente donne à l'Allemagne la possibilité et le devoir de résoudre la question juive en Europe. La solution souhaitable est : tous les Juifs hors d'Europe. La solution Madagascar signifie la création d'un immense ghetto. Seule la police de sécurité possède l'expérience nécessaire dans ce domaine ». Pas d'administration coloniale mais un régime d'autonomie avec à sa tête un gouverneur SS. De plus, cela nécessiterait la création d'une banque européenne chargée de liquider les biens juifs en Europe ainsi que d'être le filtre obligatoire entre les Juifs et le reste du monde pour annihiler toute leur influence économique en Allemagne, car toute transaction commerciale avec eux sera interdite[2].

Le , Adolf Eichmann et Theodor Dannecker produisent un dossier imprimé intitulé Reichssicherheitshauptamt: Madagaskar Projekt qui prévoit la déportation vers Madagascar d'un million de juifs par an sur quatre ans et sous le contrôle total du RSHA. Le plan prévoit la spoliation des juifs afin de financer la logistique. Les Juifs vivront dans des camps construits à cet effet. Fin août, Rademacher réplique en produisant un rapport sur le principe d'un large partage des tâches entre le ministère des affaires étrangères et le RSHA. Le deuxième point prévoit que la SS aura à sa charge le ramassage des Juifs d'Europe et l'administration de l'île-ghetto[3]. À cet effet, 120 navires pourraient transporter vers Madagascar 1 million de Juifs chaque année[4].

Abandon[modifier | modifier le code]

Le , Rademacher s'entretient avec Ribbentrop pour qu'il réunisse des experts afin de finaliser le plan, mais celui-ci ne répondra jamais à sa demande, tout comme le dossier d'Eichmann ne sera jamais validé par Heydrich. La cause de ces refus et de l'abandon du plan est tout simplement la résistance du Royaume-Uni. L'échec du Reich à obtenir une capitulation rapide des Britanniques mit fin à tout espoir de maîtrise suffisante de l'espace maritime.

Le Plan Madagascar sera définitivement abandonné en décembre. En , Göring et Himmler mettent au point le plan Heydrich, qui doit permettre l’établissement d’un nouveau territoire au sein de l’Union soviétique, une fois la guerre remportée contre cette dernière[4]. L’enlisement du conflit ne le permettra pas et l'expulsion des juifs vers la Pologne continuera, aboutissant à la Solution finale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christopher Browning, op. cit. p. 188
  2. Christopher Browning, Les origines de la solution finale, Points/Histoire Seuil 2009 p. 186 (ISBN 978-2-7578-0970-9)
  3. Christopher Browning op.cit. p.189
  4. a et b François-Guillaume Lorrain, « Le plan Madagascar », in Le Point n°2055, 2 février 2011, page 67.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Browning, Christopher R.: The Origins of the Final Solution, University of Nebraska Press, Lincoln, and Yad Vashem, Jerusalem, 2004 ISBN 0-8032-1327-1

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]