Accords Sykes-Picot

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Carte des accords Sykes-Picot

Les accords Sykes-Picot sont des accords secrets signés le , entre la France et le Royaume-Uni (avec l'aval des Russes et des Italiens), prévoyant le partage du Proche-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien et la mer Caspienne) en plusieurs zones d'influence au profit de ces puissances, ce qui revenait à dépecer l'Empire ottoman.

L'accord[modifier | modifier le code]

Sykes
Picot

Le , faisant suite à un travail préparatoire épistolaire de plusieurs mois entre Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et Sir Edward Grey, secrétaire d'État au Foreign Office, l'accord Sykes-Picot est conclu entre la France et le Royaume-Uni à Downing Street entre Sir Mark Sykes, et François Georges-Picot. Il prévoit à terme un découpage du Proche-Orient, c'est-à-dire l'espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien et la mer Caspienne, alors partie intégrante de l'Empire ottoman. La Russie tsariste participe aux délibérations et donne son accord, comme l'Italie, aux termes du traité secret.

Le Proche-Orient est découpé, malgré les promesses d'indépendance faites aux Arabes, en cinq zones[1] :

  1. zone bleue française, d'administration directe formée du Liban actuel et de la Cilicie ;
  2. zone arabe A, d'influence française comportant le nord de la Syrie actuelle et la province de Mossoul ;
  3. zone rouge britannique, d'administration directe formée du Koweït actuel et de la Mésopotamie ;
  4. zone arabe B, d'influence britannique, comprenant le sud de la Syrie actuelle, la Jordanie actuelle et la future Palestine mandataire ;
  5. zone brune, d'administration internationale comprenant Saint-Jean-d'Acre, Haïfa et Jérusalem. La Grande-Bretagne obtiendra le contrôle des ports d'Haifa et d'Acre.

À la suite de la Révolution d'Octobre qui renverse l'État tsariste et installe le pouvoir bolchevik, le nouveau gouverneur de Pétrograd découvre dans les archives du ministère des affaires étrangères une copie du texte du traité Sykes-Picot qu'il porte, en janvier 1918, à la connaissance du gouvernement ottoman, toujours possesseur des territoires concernés[2].

Le pouvoir ottoman transmet alors ces informations au chérif Hussein de La Mecque à qui avait été promis, en 1915 par les Britanniques dans une série d'échange avec Sir Henry McMahon le haut commissaire britannique au Caire[3], un grand royaume arabe, pour qu'il se désengage de la coalition. Dès la nouvelle connue, la colère gronde chez les Arabes. Désagréablement surpris par la lecture du traité, Hussein transmet le texte au gouvernement britannique avec une demande d'explications[3].

Le le gouvernement britannique répond[réf. nécessaire] :

« Le gouvernement de sa Majesté et ses alliés n'ont pas abandonné leur politique qui consiste à apporter leur concours le plus entier à tous les mouvements qui luttent pour la libération des Nations opprimées. En vertu de ce principe, ils sont plus que jamais résolus à soutenir les peuples arabes dans leur effort pour instaurer un Monde arabe dans lequel la loi remplacera l'arbitraire ottoman et où l'unité prévaudra sur les rivalités artificiellement provoquées par les intrigues des administrations turques.

Le gouvernement de Sa Majesté confirme ses promesses antérieures concernant la libération des peuples arabes.  »

Aux États-Unis, le président Woodrow Wilson, tentant de mettre en avant l'argument de l'autodétermination des peuples, ne participe pas aux accords Sykes-Picot et cherche à obtenir un mandat de la Société des Nations elle-même en organisant dans le cadre d'une commission une consultation des peuples concernés[4]. Les Français et les Britanniques sentant la situation leur échapper quittent la commission et se mettent d'accord sur les frontières à la conférence de San-Remo en avril 1920[1].

Application de l'accord[modifier | modifier le code]

L’accord est entériné et légalisé avec un mandat en bonne et due forme de la Société des Nations lors de la Conférence de San Remo. La France reçoit mandat du Liban et de la Syrie, la Grande-Bretagne de l'Irak (agrandi de Mossoul cédée par les Français en échange d'une participation aux bénéfices pétroliers du bassin de Kirkouk), de la Transjordanie et de la Palestine.

L’accord franco-britannique doit faire face à une double opposition : l'insurrection nationale turque de Mustafa Kemal Atatürk en Anatolie, en opposition au traité de Sèvres, et l'installation du pouvoir des Hachémites, s'appuyant sur les nationalistes arabes, en Irak et en Syrie. A Damas, que l'accord rattache à la domination française, Fayçal, fils du chérif Hussein, est proclamé roi du « Royaume arabe de Syrie ». Les Français sont chassés d'Anatolie par les kémalistes à l'issue de la campagne de Cilicie mais parviennent à battre Fayçal et à lui faire quitter Damas, les Anglais, en compensation, l'installant sur le trône irakien. Le traité de Lausanne, en 1923, entérine l'intégration du sud-est anatolien à la nouvelle république de Turquie.

Remise en cause des frontières issues des accords Sykes-Picot[modifier | modifier le code]

En 2014 l'avancée de l'État Islamique abolit en partie la frontière entre la Syrie et l'Irak, ce qui réunit dans les faits des territoires gérés autrefois par la France et la Grande-Bretagne[5]. En effet, l'Etat Islamique, comme nous pouvons le voir dans son rapport de structure administrative, se pose comme une puissance révisionniste des accords, avec une forte volonté de créer un ensemble panarabe. D’après le géographe franco-allemand Christophe Neff[6], « toute l’architecture géopolitique, se fondant sur les accords Sykes-Picot est en train de voler en éclats, et avec cela la protection relative des minorités religieuses[7] » depuis le début de l’été 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Henry Laurens, « Comment l'Empire ottoman fut dépecé » dans Le Monde Diplomatique, avril 2003 [lire en ligne (page consultée le 13 mars 2009)].
  2. Le Moyen-Orient redessine ses frontières, Le Devoir, 16 aoüt 2014.
  3. a et b Xavier Baron, Les Palestiniens, Genèse d'une nation, Seuil, 2000 (ISBN 978-2-02-060160-3) p 18.
  4. (en) Kubilay Yado Arin, « Turkey and the Kurds – From War to Reconciliation? », UC Berkeley Center for Right Wing Studies Working Paper Series,‎ (lire en ligne)
  5. Vice news
  6. Christophe Neff dans le blog paysages le billet Blognotice 22.01.2013: pensées personnelles franco-allemandes sur le cinquantième anniversaire du Traité de l’Élysée.
  7. Citation de Christophe Neff extrait du blog paysages, le billet Bientôt le souvenir de l’église catholique chaldéenne et des églises syriaques (orthodoxes & catholiques) sera plus qu’un souffle de vent chaud dans le désert.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Henry Laurens, « Comment l'Empire ottoman fut dépecé » dans Le Monde Diplomatique, avril 2003 [lire en ligne (page consultée le 13 mars 2009)]