Agoudat Israel

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Agoudat Israël (en hébreu : אגודת ישראל — littéralement « Union d’Israël ») est un parti politique juif fondé en 1912 à Katowice (actuellement en Pologne, à l’époque dans l’Empire russe) comme bras politique du judaïsme orthodoxe. Il existe aujourd’hui en tant que parti politique en Israël, mais aussi au niveau international sous la dénomination World Agudath Israel Federation.

L’Agoudat Israël est l’allié de Degel HaTorah au sein du parti « Judaïsme unifié de la Torah » (Yahadut Hatorah).[réf. souhaitée]

Organisation[modifier | modifier le code]

Le parti est centré autour d’un « Conseil des Grands (ou des Sages) de la Torah », composé des plus grands rabbins représentants les courants qui ont créé le parti. Ce conseil n’est pas élu et il y a deux façon pour devenir membre du conseil :

  • la cooptation, où les membres en fonction choisissent un nouveau membre parmi les rabbins de haut rangs ;
  • la nomination, où une structure membre de l’Agoudat (par exemple une communauté hassidique) désigne souverainement son représentant, en pratique habituellement son chef.[réf. souhaitée]

On note aussi, à certaines époques, l’influence déterminante sur les décisions de l’Agoudat de rabbins prestigieux extérieurs aux structures du parti (par exemple le Hazon Ish dans les années 1940–1950).

L’influence des élus du parti n’est pas nulle, mais est subordonnée au conseil des sages.

Agoudat Israël avant la création de l'État d'Israël[modifier | modifier le code]

L’Agoudat fut créé en par une coalition de groupes relevant du judaïsme orthodoxe. Chacun de ces groupes a ses propres options et une large autonomie idéologique. Cela est dû à la structure même du judaïsme orthodoxe, qui n’a pas de direction centralisée. Chaque rabbin important a donc ses fidèles. C’est particulièrement vrai chez les Hassidim, très éclatés sur un modèle quasiment féodal. L’Agoudat est le porte-parole de cette coalition de rabbins influents, et en aucun cas il n’est l’émanation de ses militants ou ne peut imposer un avis aux groupes qui le composent.[réf. nécessaire]

Les raisons de la création[modifier | modifier le code]

Il s’agit d’organiser les juifs religieux dans des États non juifs d’Europe orientale, comme force de pression politique. L’idée force est de refuser (plus ou moins largement selon les obédiences) la modernité, de préserver un mode de vie traditionnel assez largement centré sur la communauté et aussi isolé que possible de l’environnement non-religieux. Il s’agit aussi de lutter contre les « modernistes » au sein du judaïsme : les mouvements réformés, sionistes, libéraux, socialistes, anarchistesetc.[réf. nécessaire]

Orthodoxes et ultra-orthodoxes[modifier | modifier le code]

Les sociologues israéliens font souvent une distinction entre les laïques (peu intéressés par la religion, mais pas forcément anti-religieux), les traditionalistes (pratique religieuse partielle), les orthodoxes (pratique religieuse stricte, mais immersion dans le monde moderne) et les ultra-orthodoxes (haredim ou craignants-Dieu — qui suivent une pratique religieuse stricte incluant un large refus de la modernité et une volonté de séparatisme social fort : vêtements spécifiques, quartiers spécifiques, institutions religieuses spécifiques…).[réf. souhaitée]

Les haredim ne se définissent pas eux-mêmes comme des ultra-orthodoxes, mais comme des juifs haredim (« les tremblants » au sens de « ceux qui tremblent devant Dieu », ou encore les « craignants-Dieu »).[réf. nécessaire]

Les orthodoxes et les haredim ne diffèrent pas d’un point de vue théologique, mais dans leur mode de vie et leurs orientations politiques. Lors de la création de l’Agouda, il y avait trois tendances dans ses adhérents potentiels : les Juifs de l’Europe de l’Ouest, disciples de R. SH.R. Hirsch, de la mouvance « Torah Im Derekh Erets », c’est-à-dire insérés dans la société moderne. Ceux d’obédience hassidique, qui étaient moins insérés dans la culture occidentale et vivant surtout en Pologne, et le courant tenant des yeshivoth qui étaient presque tous Lituaniens.[réf. souhaitée]

Lors de la réunion fondamentale de Katowice de 1911, l’un des grands rabbins et dirigeant du nom de R. Hayim Soloveitchik de Brest (ou Brisk) déclara : « Il ne s’agit pas d’unifier mais de s’unir. »[citation nécessaire] La différence entre orthodoxes et Harédim n’était donc pas un problème.

Agoudat Israël en Pologne[modifier | modifier le code]

Parti mondial avec des antennes en Palestine, aux États-Unis ou dans d’autres pays européens, Agoudat Israël avait, entre les deux guerres mondiales, comme principale zone de force la Pologne.

Le parti y obtint, le plus souvent via des coalitions électorales, des élus au Parlement polonais. Un ouvrage scientifique de référence fut consacré à cette période par M. Bacon[1].

La relation au sionisme[modifier | modifier le code]

On peut noter trois périodes.

De 1912 au début des années 1930[modifier | modifier le code]

Pour en savoir plus, voir le chapitre Antisionisme juif. Ce qui fut déterminant pour l’union des orthodoxes de l’Agoudat a été que lors du Ve Congrès sioniste il fut décidé de mettre en place un programme éducatif nationaliste laïc. Le sionisme politique laïc considéra le retour à Sion comme une nouvelle dimension du Peuple Juif. Ce nationalisme devint non plus seulement un moyen d’avoir un foyer national, mais un idéal en soi bien que l’Agoudat se soit opposée à cette conception. Le Mizrahi donna une dimension sacrée à l’État Juif. Là aussi l’Agouda considéra que l’idéal national ne pouvait remplacer l’idéal religieux. Le Rav Hayim Soloveitchik de Brest (ou Brisk en yiddish) déclara : « Même si nous avons eu l’idée de pousser nos disciples à construire ce pays, nous ne pouvons nous associer à des dirigeants qui s’opposent à la religion. »[2][réf. non conforme]

Cet affrontement culminera le avec l’assassinat de Jacob Israël de Haan par la Haganah, car il s’agissait d’un des principaux dirigeants de l’Agoudat en Palestine qui proposait une coopération avec les Arabes contre le sionisme laïc.[réf. souhaitée]

À compter de 1922 fut créé la Poale Agoudat Israël (PAI), à l’origine une branche « ouvrière » de l’Agoudat qui finira par prendre une large autonomie (phénomène classique dans une ultra-orthodoxie très balkanisée entre chefs religieux). La PAI prendra assez rapidement des positions plus ouvertes sur le sionisme (tout en critiquant son côté trop laïque). Il créera aussi des kibboutzim et des mochavim sur le modèle des sionistes socialistes.[réf. souhaitée]

Du début des années 1930 à la création d'Israël[modifier | modifier le code]

La pression sur le judaïsme est-européen devient très forte : Allemagne, Pologne, Hongrie ont des politiques hostiles aux juifs. La direction de l’Agoudat (basée en Europe orientale) décide d’augmenter l’émigration vers la terre sainte et pour cela accepte une collaboration limitée avec les sionistes — mais sans que cela ne devienne un ralliement. C’est en effet l’Agence juive qui avait le monopole de la distribution des certificats d’immigration pour la Palestine mandataire attribués par les Britanniques. En 1937 se tint à Marienbad une réunion extraordinaire des dirigeants de l’Agoudat. Ils concluèrent les débats en appelants tous les Juifs du monde à participer à la construction du « Pays » selon l’esprit de la Torah afin que cela devienne la Terre Sainte prévue par la tradition.[3][réf. non conforme]

À partir de 1939–1940, des rabbins et des fidèles arrivèrent en catastrophe d’Europe et ils orienteront l’Agoudat dans un sens plus modéré vis-à-vis du sionisme.

L’Agoudat de terre sainte était traditionnellement la branche de l’Agoudat la plus hostile au sionisme. Les religieux traditionalistes installés dans le pays depuis des siècles avaient ressenti un fort sentiment d’agression (menace sur leur mode de vie) du fait de l’arrivée des nouveaux venus sionistes à compter de la fin du XIXe siècle.[réf. nécessaire]

L’Agoudat de Palestine connaîtra donc une scission lorsque l’Edah haHaredit quittera le parti par refus de sa nouvelle attitude. Cette fédération de groupes ultra-orthodoxes surtout centrée aux États-Unis et à Jérusalem, et comprenant de nombreuses communautés hassidim ou non (les plus puissants étant les hassidim de Satmar) existe toujours, et est toujours aussi hostile au sionisme. On peut aussi noter la scission des Neturei Karta de Méa Shéarim, qui ne sont pas formellement membre de l’Edah et qui sont considérés comme encore plus antisionistes.[réf. souhaitée]

La création d'Israël et la lettre sur le statu quo[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Politique du statu quo en Israël.

Après la Shoah, l’Agoudat d’Europe orientale n’existe plus et la branche palestinienne (puis israélienne) devint dominante (même si aujourd’hui, certains des rabbins décisionnaires du parti sont toujours basés hors d’Israël — aux États-Unis principalement).

En 1947 lors de l’enquête de l’ONU (UNSCOP) sur la création d’un État juif, l’Agoudat accepta de ne pas prendre position contre celui-ci (mais ne le soutient pas) en échange d’un courrier dit du statu quo, signé par les dirigeants sionistes (gauche sioniste, sionistes généraux et sionistes religieux) qui s’engagèrent à :[réf. souhaitée]

  • réserver aux tribunaux rabbiniques la gestion du statut personnel des juifs (mariages et divorces, en particulier) ;
  • protéger les institutions autonomes de l’Agoudat (en particulier dans le domaine éducatif) ;
  • faire en sorte que l’État favorise la pratique des commandements divins.

L’État exonérera peu après (en 1950) les ultra-orthodoxes du service militaire.[réf. souhaitée]

La lettre du statu quo et l’exemption du service militaire sont encore aujourd’hui la base de l’actuelle politique israélienne vis-à-vis des ultra-orthodoxes juifs.

Agoudat Israël en Israël[modifier | modifier le code]

Malgré son hostilité au sionisme, qui est basé sur le principe religieux selon lequel seule l’arrivée du Messie peut rétablir un État juif en Eretz Israël, l’Agoudat Israël participa à toutes les élections parlementaires d’Israël, seul ou en coalition.[réf. souhaitée]

Le partenaire de ces coalitions occasionnelles fut le Poalé Agoudat Israël jusqu’aux années 1980, puis le parti Degel HaTorah (ashkénaze orthodoxe non-hassidique). Cette dernière alliance fut connue sous la dénomination de « Yahadut Hatorah » (Judaïsme unifié de la Torah).

Cette participation aux élections est pragmatique et relativement peu idéologique : Agoudat Israël monnaye après chaque élection son soutien au gouvernement en formation (de gauche ou de droite) en échange d’avantages matériels pour ses yeshivots (écoles religieuses) et ses autres institutions communautaires, et joue de sa position souvent essentielle à la survie de la majorité gouvernementale pour faire passer des lois renforçant le respect des lois juives en général et du sabbat et de la cacherout en particulier.[réf. souhaitée]

La période 1948-1952[modifier | modifier le code]

Pendant cette période, le parti participe à la coalition gouvernementale avec le Parti travailliste: le Mapaï. Ses centres d’intérêts sont essentiellement religieux et c’est à ce titre qu’il obtint en 1950 l’exemption du service militaire pour les étudiants des yeshivots, ceux-ci étant à l’époque peu nombreux. Mais leur augmentation numérique rapide finira par créer des tensions importantes avec la société civile israélienne qui ne comprend pas toujours ce « privilège ».[réf. souhaitée]

L’alliance avec les travaillistes fut rompue en 1952 à cause de l’insistance de ceux-ci sur le service militaire des jeunes filles. Pour les haredims, toute domination autre que celle du père ou du mari sur la femme est inacceptable. Un des dirigeants haredi déclarera que même si la conscription avait pour but de faire réciter des psaumes aux conscrites, elle devrait être combattue parce qu’elle dérogerait à cette règle.[citation nécessaire]

La période 1952-1977[modifier | modifier le code]

L’Agoudat Israël est dans l’opposition. Sur le plan idéologique, cette dernière est radicale mais sur le plan politique, elle l’est beaucoup moins.

D’un point de vue idéologique, le public haredi de l’époque a développé une hostilité viscérale aux socialistes « athées ». Dans le milieu haredi, l’accès aux médias modernes est faible et les rumeurs s’y répandent rapidement. Deux générations de haredim grandirent avec des histoires horrifiantes (de leur points de vue) parfois vraies, parfois fausses, de textes sacrés profanés, de garçons et de filles prenant leurs douches en commun dans les kibboutzims, d’enfants religieux élevés de force dans le système éducatif laïque.[réf. nécessaire]

D’un point de vue politique, l’Agoudat s’est cependant gardé de se lier à la droite nationaliste (Herout, principal ancêtre du Likoud). Au contraire, il monnaie ses voix au parlement selon ses intérêts du moment. L’Agoudat exerça principalement son influence de deux façons :

  • par le biais du Parti national religieux (PNR). Celui-ci, représentant les sionistes religieux, fut de toutes les coalitions avec les socialistes jusqu’en 1977. Il eut toujours un certain « complexe d’infériorité religieux » vis-à-vis des ultra-orthodoxes[4]. Ceux-ci et leur rabbins exercent donc une certaine influence sur les positions religieuses du PNR, qui à son tour influença l’attitude de la coalition au pouvoir dirigée par le Mapaï jusqu’en 1977 ;
  • à travers ses votes directs. Le Mapaï et les autres partis de la coalition se sont parfois divisés sur certains sujets non-religieux. L’Agoudat monnaya ses votes sur des sujets laïques qui ne l’intéressaient guère en échange d’avantages,[réf. souhaitée] en particulier des fonds pour ses institutions religieuses, ses écoles, ses yeshivots

De 1960 à 1969, le Poale Agoudat Israël (PAI), jusqu’alors très lié à l’Agoudat (mais plus nationaliste), participa au gouvernement israélien (avec le soutien de certains rabbins) contre l’ordre du « Conseil des grands de la Thora » de l’Agoudat, ce qui fut un traumatisme pour le monde haredi qui considérera cette « révolte » comme un sacrilège ; des membres du PAI seront molestés et des permanences attaquées.[réf. nécessaire] Le responsable du PAI, Benyamin Mintz, lui-même hassid de Gour, sera exclue des synagogues de sa communauté. Pendant 9 ans, les relations seront rompues entre les deux partis frères et ne reprendront vraiment qu’après le départ du PAI du gouvernement.

Pendant cette période, l’Agoudat obtient en général 3 à 4 sièges quand il se présentait seul, et le PAI seulement deux. Lorsqu’ils se présentèrent ensemble, les deux partis eurent 5 à 6 sièges (4 à 5 % des voix). La capacité de l’Agoudat à attirer un électorat non haredi reste donc faible.[réf. souhaitée]

Des conflits entre factions internes de l’Agoudat surviennent souvent lors de la répartition des fonds obtenus du gouvernement : chaque groupe veut en effet une part aussi importante que possible pour ses institutions.[réf. souhaitée]

Après 1977[modifier | modifier le code]

À partir de 1977, Menahem Begin et le Likoud arrivent au pouvoir. Bien que sioniste, la droite est plus conservatrice en matière de religion et les relations entre le gouvernement et les haredim s’améliorent donc. Menahem Begin en particulier, qui insiste beaucoup pour son respect pour les traditions religieuses, est très populaire dans le monde haredi. Son successeur, Yitzhak Shamir qui ne cachait pas son manque d’intérêt pour les choses de la religion, fut beaucoup moins bien perçu. Encore aujourd’hui, Begin est sans doute le Premier ministre qui aura laissé le meilleur souvenir aux haredim.[réf. nécessaire]

L’Agoudat rentre dans le gouvernement et participera à beaucoup de ceux-ci depuis l’époque, mais pas à tous.

L’Agouda développera ses actions dans 2 directions :

La collecte de fonds : comme toujours, l’obtention de fonds pour ses institutions est une priorité. Dans ce domaine, les gouvernements des années 80 et 90 seront des gouvernements fastes pour l’Agoudat (et ses scissions, voir plus bas). L’Agoudat fut nécessaire aux gouvernements Likoud jusqu’en 1983. Les 2 partis qui animent les gouvernements d’unité nationale droite-gauche (1983-1990) (le Parti travailliste et le Likoud) se disputent également l’alliance avec les partis haredim pour les suites d’une inévitable rupture du gouvernement de coalition. Le versement des sommes atteint donc des montants inégalés jusqu’alors.[pas clair] L’Agoudat présida à partir de 1977 la commission des finances de la Knesset et obtint ainsi un accès facilité aux fonds gouvernementaux, mais les versements se font par le biais des députés religieux.[réf. nécessaire] Chaque député privilégie la faction qu’il représente et les institutions religieuses qui en dépendent. Cette fonction de représentation et de collecte de fonds de l’Agoudat, au moins autant que des raisons idéologiques, explique assez largement les scissions suivantes : chaque faction veut ses propres députés.

S’il explique en partie l’éclatement de l’Agoudat, l’afflux de fonds gouvernementaux explique aussi la considérable croissance des institutions religieuses (en particulier en éducation) du monde haredi depuis 1977.

Le respect des lois juives : l’Agoudat obtiendra un durcissement considérable de la législation en la matière, ce qui fut très mal vécu par les laïques et qui entraîna des affrontements avec les religieux : loi sur la vente de porc, les autopsies, l’avortement, le respect du sabbat (interdiction des vols d’El-Al), etc. Les analyses postérieures montrèrent que la société israélienne contourna assez largement ces interdits. Au-delà de la loi, sur ce point les haredim n’obtinrent pas un succès aussi large que dans le domaine financier.

Les scissions des années 1980[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, l’Agoudat Israël connaîtra deux scissions.

Le Shas[modifier | modifier le code]

Après la création d'Israël, les ultra-orthodoxes israéliens ont essayé d'attirer à eux des séfarades. Assez religieux, ceux-ci ne faisaient cependant alors pas vraiment de distinction entre orthodoxie (politiquement plutôt sioniste) et ultra-orthodoxie (plutôt Agoudat). Mais certains Séfarades (surtout les jeunes élevés dans le système éducatif religieux à partir des années 1950) acceptèrent la méfiance de l’Agoudat à l’égard de la modernité et la rejoignirent, constituant une nouvelle faction séfarade. Celle-ci restera cependant tenue à l’écart des décisions centrales de l’Agoudat et finira par quitter le parti pour former sa propre formation en 1984 : le Shas.[réf. nécessaire]

Comme toutes les grandes décisions chez les ultra-orthodoxes, la scission s’est faite sous le patronage de rabbins influents. Ici, ce sont surtout le rav Ovadia Yossef (ancien grand rabbin séfarade d’Israël) et le rav Elasar Chakh (de) ou Shach (un rabbin ashkénaze de la tendance « lituanienne » (non-hassidim)). L'influence du rav sur les haredim séfarades s'explique par le fait que beaucoup d’entre eux ont été formés dans des yeshivots « lituaniennes ». Le rav Élazar Chakh (cs) était un des dirigeants de l’Agoudat. Mais il avait des divergences croissantes avec certains hassidim, en particulier les Loubavitch. Ceux-ci ne sont pas formellement membre de l’Agoudat, mais ont une certaine influence sur celle-ci. Le durcissement des affrontements explique en partie l’attitude scissionniste[5] du rav.

Degel HaTorah[modifier | modifier le code]

« Degel HaTorah » est l’autre scission patronnée par le rav Chakh (ou rav Shach) en 1988. Elle concerne cette fois les Ashkénazes non-hassidim (les mitnagdim) qui s’estimaient sous-représentés au sein de l’Agoudat. Elle exprime aussi le durcissement croissant des affrontements avec les Loubavitch, qui participeront fortement aux élections de 1988 aux côtés de l’Agoudat avant de revenir à leur traditionnelle et relative indifférence politique.

Les scissions : conséquences[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié des années 1980, le paysage des partis politiques religieux non sionistes a éclaté en Israël.

  • L’Agoudat regroupe maintenant surtout les ultra-orthodoxes hassidims et ashkénazes. Le PAI (qui n’obtint qu’un siège en 1977 et aucun en 1981) n’a ainsi plus d’expression autonome depuis 1988 et rejoint dès lors entièrement l’Agoudat.
  • Degel HaTorah regroupe surtout les ultra-orthodoxes non hassidim (« Lituaniens ») et ashkénazes (en 1988 cependant, les hassidimes de Belz, non liés à l’Agoudat, décidèrent de soutenir le parti).
  • Le Shas regroupe les ultra-orthodoxes non hassidimes et séfarades. Une particularité du Shas est qu’un de ses mentors spirituels (le seul après la mort du rav Chakh (ru)) soit un ancien grand rabbin d’Israël, une institution sioniste. Autre originalité, il attire aussi un électorat qui n’est pas ultra-orthodoxe mais plutôt sioniste : des traditionalistes séfarades.[réf. nécessaire]

Au-delà de ces différences, les trois partis ont des approches assez similaires : ils souhaitent que leurs institutions éducatives et religieuses soient aidées par l’État, et que celui-ci favorise la pratique religieuse juive.[réf. nécessaire]

Dans les années 1990, Agoudat Israël et Degel HaTorah présentèrent des listes communes (mais sans se réunifier) sous le nom de Yahadut Hatorah (Judaïsme unifié de la Torah). Cette alliance fut rompue en 2005 à cause d’une divergence entre rabbins (faut-il accepter ou non des postes officiels ?) avant de se reformer.[réf. souhaitée]

Perception par l'opinion publique israélienne aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Trois points du programme des trois partis haredim sont aujourd’hui mal perçus par la majorité de l’opinion publique (selon les sondages[Lesquels ?]) :

  • La volonté d’imposer des règles religieuses au reste de la population juive. Il y a des divergences entre haredims (le Rav Chakh y voyait peu d’avantages) mais il y a une tendance à demander un renforcement du respect des lois religieuses, en particulier en matière de cacherout et de chabbat ;
  • La demande de fonds supplémentaires pour les écoles et yeshivot ;
  • Le refus de laisser les jeunes ultra-orthodoxes (il y a des exceptions) faire leur service militaire, dans un pays où la défense est une priorité.

Ainsi, un parti comme le Shinouï, regroupant les partisans d’une plus grande laïcité, a bâti son succès électoral sur la dénonciation des « privilèges » et des « abus » des partis religieux.[réf. souhaitée]

Mais une autre partie de la population considère aussi ces partis comme les garants d’une fidélité des institutions « modernes » de l’État à la tradition juive.

Aujourd’hui, le rapport au sionisme laïc est ambigu : c’est toujours officiellement le rejet (de temps en temps revient l’idée que la Shoah est une punition de Dieu contre le sionisme antireligieux). Mais en même temps, il y a une participation de facto évidente de l’État. On a noté aussi un rapprochement de fait avec les sionistes religieux : les partisans d’Agoudat ont montré une nette opposition au démantèlement des colonies juives (généralement sionistes religieuses) de la bande de Gaza en 2005[réf. souhaitée].

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Ci-dessous sont indiqués les résultats électoraux de l’Agoudat Israël et du Poale Agoudat Israël, qu’ils se soit présentés coalisés ou indépendamment.

Années 1951 1955 1959 1961 1965 1969 1973 1977 1981 1984 1988 1992 1996 1999 2003 2006
pourcentage 3,6 % 4,7 % 4,7 % 5,6 % 5,1 % 5,0 % 3,8 % 4,7 % 3,7 % 1,7 % 4,7 % (*) (*) (*) (*) (*)
Sièges 5 6 6 6 6 6 5 5 4 2 5 2 3 3 3 3

Le PAI et l’Agoudat se présentèrent séparément en 1951 (1,6 % pour le PAI) ; en 1961 (1,9 % pour le PAI) ; en 1965 (1,8 % pour le PAI) ; en 1969 (1,9 % pour le PAI) et en 1977 (1,3 % pour le PAI)[6].

(*) depuis 1992, on ne peut donner les résultats spécifiques de l’Agoudat : ses élus l’ont été sur une liste commune avec ceux de Degel HaTorah. L’alliance (rompue en 2005 et reconstituée au début de 2006) s’appelle Yahadut Hatorah (Judaïsme unifié de la Torah). Ses résultats furent[7] :

  • 1992 : 3,3 % (2 sièges pour Degel HaTorah) ;
  • 1996 : 3,3 % (1 siège pour Degel HaTorah) ;
  • 1999 : 3,7 % (2 sièges pour Degel HaTorah) ;
  • 2003 : 4,3 % (2 sièges pour Degel HaTorah) ;
  • 2006 : 4,7 % (2 sièges pour Degel HaTorah).


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gershon C. Bacon, The politics of tradition : Agudat Yisrael in Poland, 1916–1939, Jérusalem, Magnes Press, Université hébraïque de Jérusalem, coll. « Studies of the Center for Research on the History and Culture of Polish Jews, the Hebrew University of Jerusalem », , 331 p. (ISBN 978-965-223-962-4).
  2. Cité par Y. Friedner, Histoire des dernières générations.
  3. Y. Friedner, Histoire des dernières générations (à vérifier car titre était absent), p. 77 (Friedner, p. 77).
  4. D’après Ilan Greilsammer (pt), un politologue israélien dans Ilan Greilsammer (pt), Israël, les hommes en noir.
  5. Scissionniste, ou schismatique? Octobre 2018.
  6. Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, Éditions complexe, .
  7. (en + he + ar) « All Parliamentary Groups », sur www.knesset.gov.il, Site de la Knesset, (consulté en octobre 2018).