Parousie

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Armadio degli Argenti, œuvre sur bois de Fra Angelico, entre 1451 et 1453.

La parousie est une notion chrétienne qui désigne la « seconde venue » du Christ sur la Terre dans sa gloire, la première étant sa naissance. Cette venue définitive, eschatologique (à la fin des temps), se distingue de la résurrection de Jésus qui comporte une double promesse, celle de la venue en gloire (sa parousie) et celle de la résurrection des morts.

La symbolisation varie entre le catholicisme, où le Christ est en gloire et en majesté, et l'orthodoxie, où l'attente est symbolisée par un trône vide.

Signification[modifier | modifier le code]

Le mot « parousie » vient du grec ancien παρουσία, parousía, terme signifiant « présence » et formé à partir de παρα (« près de », « à côté de ») et ουσία (« être »).

Dans les premiers écrits chrétiens, notamment ceux de Paul de Tarse, ce mot signifie la venue du Christ parmi les hommes.

Adolf Deissmann a démontré que ce terme apparaissait dès le IIIe siècle av. J.-C. pour désigner la visite officielle d'un prince ou d'un haut dignitaire dans une cité afin de prouver sa magnificence[1]. Dans la philosophie hellénistique, le mot décrit la présence effective de divinités. Platon l'emploie également pour désigner la présence des idées dans les choses.

Doctrine nicéenne[modifier | modifier le code]

Le symbole de Nicée, au IVe siècle, professe la parousie en ces termes :

« Sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria iudicare vivos et mortuos, cuius regni non erit finis. (Il est assis à la droite du Père, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n'aura pas de fin.) »

Augustin d’Hippone, dans le livre XX de La Cité de Dieu, cite les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui évoquent le jour du Jugement. Il confirme que le Christ reviendra d'abord pour le Jugement, après quoi les morts ressusciteront.

La parousie inaugure les temps messianiques et l'avènement (la « seconde venue ») du Christ à la fin des temps. Dans la théologie chrétienne, la seconde venue est le retour glorieux de Jésus-Christ afin d'établir définitivement le Royaume de Dieu sur la Terre[2]. Cette seconde venue est annoncée par Jésus-Christ lui-même dans l'Évangile selon Jean.

Cependant, ce retour n'est ni un événement complètement à venir, ni complètement advenu : le Christ règne déjà sur et par l'Église, institution issue des apôtres, eux-mêmes envoyés par le Christ, mais toutes choses de ce monde ne lui sont pas encore soumises. Le triomphe du Royaume ne se fera pas sans un dernier assaut des puissances du mal. Au Jour du jugement, lors de la fin de ce monde, le Christ viendra dans la gloire pour accomplir le triomphe définitif du bien sur le mal qui auront grandi ensemble au cours de l’histoire (Ap 20:13-15). En venant à la fin des temps juger les vivants et les morts, le Christ glorieux rendra à chaque homme selon ses œuvres.

Théologie protestante[modifier | modifier le code]

Dans la Dogmatique de Karl Barth, la parousie ne se limite pas à la seconde venue du Christ[3]. Karl Barth en distingue trois manifestations : la première figure de la parousie est pour lui l'événement pascal, autrement dit la Résurrection de Jésus ; la deuxième, ou « figure médiane », est le « don de l'Esprit saint » lors de la Pentecôte, l'effusion de l'Esprit à l'Église ; la troisième, la « dernière figure », est l'« arrivée de Jésus-Christ en tant que finalité de l'histoire de l'Église, du monde et de chaque homme »[4]. C'est ainsi que Barth définit le « Jour dernier » : la « nouvelle venue » de ce qui est arrivé auparavant, le « nouvel être avec nous de celui qui était avec nous »[4]. Cette triple manifestation de la parousie ne doit pas être décomposée en trois événements distincts ; elle doit au contraire être appréhendée dans son unité[5].

Églises adventistes[modifier | modifier le code]

Sous l'impulsion d'un prédicateur millénariste américain nommé William Miller (1772-1849), l'adventisme a annoncé l'imminence du retour (il estimait sa venue entre 1842 et 1844). Bien que sa prédiction ne se soit pas réalisée, les Églises adventistes ont réinterprété cette prophétie et poursuivi leur développement. Elles représentent 2,7% du protestantisme[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Adolf Deissmann, Light from the Ancient East:The New Testament Illustrated by Recently Discovered Texts of the Graeco-Roman World, 1908.
  2. Watson E. Mills, Roger Aubrey Bullard, Edgar V. McKnight, Mercer Dictionary of the Bible, Mercer University Press, USA, 1990, p. 646
  3. Joseph L. Mangina, Reconciliation has eschatological force. Karl Barth: theologian of Christian witness, Aldershot, Ashgate, , 2004 (ISBN 978-0-7546-0458-7), p. 118.
  4. a et b Karl Barth, Kirliche Dogmatik, vol. IV/3, p. 338-356.
  5. Otto Weber, Karl Barths Kirchliche Dogmatik. Ein einführender Bericht, Neukirchen-Vluyn, 1984, 10. Auflage, p. 301 (ISBN 3-7887-0467-5).
  6. (en) « Christian Movements and Denominations », sur https://www.pewforum.org/, (consulté le )

Annexes[modifier | modifier le code]

Icône grecque de la Seconde Venue, v. 1700.

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]