Raul Hilberg

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Raul Hilberg
Biographie
Naissance
à Vienne
Décès (à 81 ans)
à État du Vermont (États-Unis)
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
Thématique
Formation Université Columbia et Brooklyn CollegeVoir et modifier les données sur Wikidata
Profession Historien, politologue, écrivain et essayiste (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Employeur Université du VermontVoir et modifier les données sur Wikidata
Travaux La Destruction des Juifs d'Europe
Approche Histoire de la Shoah
Distinctions Prix frère et sœur Scholl et commandeur de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Membre de Académie américaine des arts et des sciencesVoir et modifier les données sur Wikidata

Raul Hilberg, né le à Vienne en Autriche et mort le , est un historien et politologue juif américain d'origine autrichienne. Spécialiste de la Shoah de réputation mondiale, Raul Hilberg a été le premier à reconstituer dans une synthèse d'envergure richement sourcée le processus d'ensemble du génocide perpétré à l'encontre des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale dans tous ses aspects politiques, économiques, techniques, administratifs et humains.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Né à Vienne, Raul Hilberg fuit l'Autriche et les persécutions nazies en avril 1939. Après un séjour à Cuba avec sa famille, il débarque aux États-Unis, seul, en 1939. En 1944, il est de retour en Europe sous l'uniforme de l'armée américaine[1].

Raul Hilberg fait des études de science politique (B.A. 1948) au Collège de Brooklyn de l'Université de la Ville de New York et de droit public et gouvernement (M.A. en 1950, Ph.D. en 1955) à l'université Columbia.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Un historien de la Shoah[modifier | modifier le code]

En 1956, il devient professeur de relations internationales à l'université du Vermont, à Burlington, où il demeure pendant toute sa carrière[1], multipliant les congés sabbatiques pour mener à bien ses recherches.

Dès 1948, Raul Hilberg poursuit des recherches relatives au génocide des Juifs d'Europe. En 1952, il devient membre du War Documentation Project et du Musée du Mémorial de l'Holocauste des États-Unis, témoin du département de la Justice dans les procès contre les agents du crime.

Ce poste lui donne accès aux archives du Troisième Reich saisies par l'armée américaine. En 1955, il soutient sa thèse La Bureaucratie sous l'Allemagne nazie sous la direction de Franz Leopold Neumann. Il éprouve de grandes difficultés à la faire publier[1]. À la fin des années 1950, l'extermination des Juifs suscite alors assez peu d'intérêt. L'arrestation d'Adolf Eichmann, en 1960, et l'ouverture de son procès suscitent un regain d'intérêt qui permet la publication de l'ouvrage.

Une œuvre majeure, mondialement reconnue[modifier | modifier le code]

Mais La Destruction des Juifs d'Europe paraît en 1961 dans l'indifférence générale. Cet ouvrage énonce l'estimation de cinq millions cent mille victimes juives[1], chiffre que l'on retrouve inchangé dans la deuxième édition de 1985.

Cet ouvrage qu'il n'a cessé de compléter jusqu'aux années 2000 est devenu une référence mondiale sur le génocide des Juifs, notamment après la publication de la deuxième édition, en 1985 (en 1988 dans sa version française). De plus, Raul Hilberg a ajouté un dernier chapitre sur le Rwanda après le génocide au Rwanda de 1994, ne pouvant rester dans sa tour d'ivoire académique face à ce qui se passait dans le monde contemporain[2].

« Raul Hilberg dit aujourd’hui encore ne pouvoir répondre au « pourquoi » de « la solution finale ». Il n’en dissèque pas moins avec une précision extrême un processus qui a impliqué tous les rouages de l’État nazi, de la SS jusqu’aux chemins de fer, ainsi que des pans entiers de la « société civile » allemande : industries, laboratoires, commerces. La rationalité industrielle implacable d’un processus dépourvu de toute signification particulière, sinon celle d’accomplir au mieux la tâche confiée, pour le plus grand nombre de ses acteurs, allemands ou collaborateurs, n’est pas la moindre des questions qui jaillit des recherches de Raul Hilberg. »

— Marc Blachère, l'Humanité, 18 mars 1998[3].

Raul Hilberg est mort le à 81 ans à son domicile dans l'État du Vermont (États-Unis).

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • La Destruction des Juifs d'Europe, 1961 ; éd. Fayard, 1988, et Gallimard, « Folio »-histoire, deux volumes, 1991 ; troisième édition, trois volumes, Gallimard, « Folio »-histoire, 2006.
  • Exécuteurs, victimes, témoins, éd. Gallimard, coll. « NRF »-essais, 1994 et « Folio »-histoire, 2004.
  • La Politique de la mémoire, Gallimard, coll. « Arcades », 1996.
  • Raul Hilberg (trad. Marie-France de Paloméra), Holocauste : les sources de l'histoire, Paris, Éditions Gallimard, coll. « NRF Essais », , 234 p. (ISBN 978-2070761999).

Direction d'ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

Contribution à des ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • (de) Auf den Trümmern der Geschichte. Gespräche mit Raul Hilberg, Hans Mommsen und Zygmunt Bauman, Tübingen, éd. Diskord, coll. « Studien zum Nationalsozialismus », 1999.

Édition de textes[modifier | modifier le code]

  • Préface et édition d'Adam Czerniaków, Carnets du ghetto de Varsovie – 6 septembre 1939-23 juillet 1942, éd. La Découverte, 2003 ; édition originelle The Warsaw Diary of Adam Czerniakow: Prelude to Doom, Ivan R. Dee Publisher, 1998.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Annette Lévy-Willard, « Raul Hilberg, 70 ans, reconnu tardivement, raconte dans son autobiographie la genèse de la Destruction des Juifs d'Europe. L'archéologue de l'Holocauste », sur liberation.fr, Libération,‎ (consulté le 4 février 2015).
  2. Réaction de Jonathan Littell au décès de Raul Hilberg, Libération, 7 août 2007.
  3. Extrait d'un article de Marc Blachère, « Raul Hilberg Itinéraire d'un proscrit devenu historien », L'Humanité, 18 mars 1998, avec l'aimable autorisation de B. Teissier, Bibliomonde.net