Accord Haavara

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L'accord Haavara (en hébreu הסכם העברה, Heskem Haavara, littéralement « accord de transfert ») est un accord signé le 25 août 1933 après trois mois de négociations entre la Fédération sioniste d'Allemagne, la Banque Leumi (sous les ordres de l'Agence juive, structure de liaison entre les sionistes établis en Palestine et les autorités britanniques, ayant conquis la Palestine dès 1918 et ayant ensuite reçu mandat de la Société des Nations de l'administrer et de la gérer) et les autorités de l'Allemagne nazie d'Hitler, arrivé au pouvoir le 30 janvier 1933.

L'accord a été conçu pour faciliter l'émigration des Juifs allemands vers la Palestine. Aidant les Juifs à émigrer, il les force à abandonner la plupart de leurs possessions à l'État allemand avant le départ. Ces actifs, selon l'accord, pouvaient être obtenus plus tard, en les transférant en Palestine comme biens d'exportation allemands. Les accords fonctionneront jusqu'en 1939[1].

Hanotea[modifier | modifier le code]

Hanotea (en hébreu : הנוטע), une société sioniste de plantation d'agrumes, fit la demande en mai 1933 de transfert de capitaux en provenance de l'Allemagne nazie vers la Palestine. Hanotea, faisant partie du mouvement sioniste, servit ainsi à aider l'immigration des juifs allemands en Palestine. Selon un accord négocié avec le gouvernement allemand, Hanotea devait prendre l'argent des immigrants potentiels et le transférer sur un compte bloqué afin de l'utiliser pour acheter des marchandises allemandes (bois de construction, automobiles, machines agricoles). Ces biens étaient alors livrés à la Palestine, en même temps que des Juifs allemands pouvaient y émigrer. En Palestine, des importateurs devaient alors acheter les biens des immigrés, afin de liquider leurs investissements, en contrepartie le régime nazi, à travers cet accord, pouvait contourner l'embargo britannique. Cet arrangement fonctionna avec succès et ouvrit ainsi la voie à l'accord Haavara. Le promoteur de l'accord Hanotea était un sioniste polonais, Sam Cohen. Celui-ci représenta les intérêts sionistes dans la négociation directe avec l'État allemand à partir de mars 1933 ; toutefois, la même année, le congrès juif mondial se déclara en lutte totale contre le système nazi.

L'accord Haavara[modifier | modifier le code]

L'accord Haavara (de Transfert) a été accepté par le gouvernement allemand de Hitler en 1933 pour permettre au mouvement sioniste, sous la forme de la société Hanotea, de transférer des biens d'Allemagne vers la Palestine, dans le seul but d'encourager l'émigration juive d'Allemagne. La société Haavara travailla sous un régime semblable à celui de l'entreprise Hanotea. Elle exigea que les immigrants paient au moins 1 000 livres sterling, gérés par la banque qui était co-signataire de l'accord. Cet argent était alors utilisé pour acheter des biens d'exportation allemands pour l'importation vers la Palestine.

L'accord Haavara a été pensé par quelques membres des milieux diplomatiques allemands comme un moyen possible de débarrasser le pays de sa supposée « question juive ». Le chef de la division Moyen-Orient du ministère des Affaires étrangères, Werner Otto von Hentig (en), a soutenu la politique d'émigration des Juifs allemands vers la Palestine et la constitution d'un foyer juif. Hentig croyait que si la population juive était concentrée dans une seule entité étrangère, alors la politique étrangère diplomatique et de confinement des Juifs deviendrait plus facile. Le soutien d'Hitler à l'Accord Haavara varia tout au long des années 1930. Initialement, il critiqua l'accord ; mais, peu après, il changea d'avis, et le soutiendra, en dépit d'oppositions jusqu'en septembre 1939.

Après l'invasion de la Pologne et le commencement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, la poursuite pratique de l'accord Haavara devint évidemment impossible.

En 1940, des représentants du groupe sioniste Lehi rencontrèrent Hentig afin de proposer directement une coopération militaire avec les nazis[réf. nécessaire] et accélérer le transfert des juifs d'Europe vers la Palestine. Cette proposition, toutefois, ne produisit pas de résultats.

Sur 500 000 Juifs allemands et 200 000 autrichiens, seulement 50 000 émigrent en Palestine conformément à cet accord.

Polémiques[modifier | modifier le code]

En avril 2016, l'ancien maire de Londres Ken Livingstone crée une polémique en affirmant qu'Hitler avait soutenu le sionisme, décrivant de façon erronée et déformée le cadre de l'accord Haavara. Il est critiqué par la plupart des historiens[2],[3],[4],[5],[6]. Par exemple, pour l'historien Roger Moorhouse, dire qu'Hitler a soutenu le sionisme « est non seulement historiquement inexact, mais c’est également historiquement inculte »[7].

En octobre 2015, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré à la tribune du 37e congrès de l’Organisation sioniste mondiale qu’Hitler « ne voulait pas exterminer les Juifs à l’époque, seulement les expulser », en se fondant probablement sur les accords de Haavara. Son propos a suscité un grand émoi[8],[9],[10] sur la seconde partie de sa phrase qui pointait la prétendue responsabilité du grand Mufti de Jérusalem sur l'idée d'exterminer les juifs d'Europe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Francis R Nicosia, The third Reich & the Palestine question, London ; New York, Routledge, (ISBN 978-1-351-47272-2, lire en ligne), p. 140, 142
  2. (en) « Ken Livingstone: 'Hitler was supporting Zionism' », sur Evening Standard, (consulté le 22 mai 2018)
  3. (en) « BobFromBrockley: Lenni Brenner says Ken's wrong », sur brockley.blogspot.be (consulté le 1er mai 2016)
  4. (en) Rainer Schulze, « Labour antisemitism row: there was nothing Zionist about Hitler’s plans for the Jews », sur The Conversation (consulté le 1er mai 2016)
  5. (en-GB) « Livingstone Hitler comments 'inaccurate' - BBC News », sur BBC News (consulté le 1er mai 2016)
  6. (en) « Harry's Place » Ken Livingstone, Lenni Brenner, and Historical Distortions: A Case Study », sur hurryupharry.org (consulté le 10 janvier 2018)
  7. « Livingstone récidive sur le soutien d’Hitler au sionisme : « Ils ne l’enseignent pas en Israël » », sur The Times of Israël (consulté le 1er mai 2016)
  8. « Vive polémique après les propos de Nétanyahou sur la Shoah », FIGARO,‎ (lire en ligne)
  9. « Pour Nétanyahou, « Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs » », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  10. « Nétanyahou fait du grand mufti de Jérusalem l’inspirateur de la « solution finale » », sur Le Monde.fr (consulté le 22 mai 2018)

Lien externe[modifier | modifier le code]