Tueries et massacres de la guerre israélo-arabe de 1948

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Les tueries et massacres de la guerre israélo-arabe de 1948 ont fait des centaines de morts au cours de plus d'une dizaine de massacres[Note 1],[1],[2],[3],[4],[5],[6]parmi des civils ou des soldats désarmés, palestiniens ou israéliens[1], [7].

Les principaux massacres perpétrés par les Arabes palestiniens et les soldats arabes furent ceux de la raffinerie d’Haïfa quand 39 Juifs furent tués et le massacre de Kfar Etzion quand environ 150 soldats désarmés ou prisonniers furent exécutés avec la complicité de la Légion arabe[1]. Le massacre du convoi de l’hôpital Hadassah est souvent cité comme exemple de massacre car il inclut dans ses 79 victimes de nombreux membres désarmés du personnel médical et des patients[1],[8],[9].

La plupart des tueries et des massacres perpétrées par les combattants juifs se produisirent lors de la capture de villages, durant la période de guerre civile et durant les opérations Dani, Hiram et Yoav[1]. Lors de la prise du village de Deir Yassin (environ 100 morts), de Lydda (en), de Safsaf, de Salhia, d’Abou Shousha (en)[10] et d’al-Dawayima (en)[11],[12].

La guerre causa la mort d’environ 20 000 personnes, civils et militaires, soit près de 1 % de la population des deux communautés impliquées dans les combats. Parmi celles-ci, environ un millier perdirent la vie lors de massacres[13].

Contexte[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerre israélo-arabe de 1948.

En 1929 à Safed et à Hébron des massacres furent perpétrées tandis qu'à Jérusalem « des arabes avec des couteaux et des barres de fer envahissent la nouvelle ville ». 133 Juifs furent massacrés et six villages juifs détruits[14],[15]. La période depuis les émeutes anti-juives de 1929 jusqu'à la révolte arabe de 1936-1939 fut marquée par des violences quotidiennes[14]. À l'été 1938, les gangs arabes se sont organisées et coordonnées entre eux[15].

Après une trentaine d’années de conflit nationaliste en Palestine mandataire entre Arabes palestiniens et Juifs sionistes et tandis qu’aucun accord ne pouvait être trouvé entre les parties, les Britanniques décidèrent en de remettre à l'ONU le mandat qui leur avait été donné pour administrer le pays.

À la suite de cette décision, le , l’Assemblée générale des Nations unies votait le Plan de partage de la Palestine.

Le vote fut immédiatement suivi d’une flambée de violence dans laquelle les Arabes palestiniens, soutenus par l’Armée de libération arabe, et les Juifs palestiniens s’affrontèrent tandis que la région était toujours sous contrôle britannique[Note 2].

Benny Morris note que jusqu'à mai 1948, presque aucun combats ne se déroulaient hors du territoire assigné à l'État juif (ou à forte démographie juive), et y voit une réponse arabe au plan de partage[16]. 62 Juifs furent tués lors de la première semaine suivant le vote et le 15 mai 1948, un total de 1256 Juifs avait été tués par les milices, les gangs, les terroristes et les militaires arabes[17].

Les Arabes attaquent les voitures et camions sur les routes de Jérusalem, Tel-Aviv et Haïfa, tandis que des sniper abattent des civils juifs dans ces villes[18]. Les agressions arabes succédèrent à un siège à Jérusalem, contre l'approvisionnement de la ville en eau et nourriture. Tout les villages juifs du Neguev étaient attaqués et les Juifs étaient forcés à se déplacer en convois. Dans toutes les villes mixtes, les quartiers juifs furent la cible de violences[17].

Les massacres n'étaient pas rares, 39 Juifs furent tués au port de Haïfa le 30 décembre 1947. Le 16 Janvier, 35 Juifs sont tués en direction du Goush Etzion. Le , des hommes d’Abd al-Kader al-Husseini organisèrent avec l’aide de déserteurs britanniques trois attaques contre la communauté juive. Des voitures piégées explosèrent devant les bureaux du Palestine Post, dans le marché de la rue Ben Yehuda et dans l’arrière-cour des bureaux de l’Agence juive. Ils firent respectivement 22, 53 et 13 victimes juives[19],[20]. Et le 29 février, 29 Juifs sont tués dans différentes attaques[17].

En réponse, l'Irgoun commet une série d'attentats contre des cibles arabes[21],[22]. Le 12 décembre, l’Irgoun fait exploser une voiture piégée en face de la porte de Damas, tuant 20 personnes[23],[24] et le 4 janvier, le Lehi fait exploser un camion dans le quartier général d'al-Najjada à Jaffa, tuant 15 personnes[25],[26],[27]. La nuit du 6 au 7 janvier, à Qatamon dans la banlieue de Jérusalem, la Haganah fit exploser l’hôtel Semiramis dont les services de renseignement avaient signalé qu’il abritait des miliciens arabes ; 24 personnes sont tuées[28].

Pendant les premiers mois de 1948, la ligne de chemin de fer entre le Caire et Haïfa fut souvent prise pour cible. Le 31 mars, elle fut minée près de Binyamina, au voisinage de Césarée. L’explosion tua 40 personnes [29],[30].

Le 27 mars, un convoi juif de 89 personnes se dirigent en direction du kibboutz assiégé de Yehiam, est attaqué. Le lendemain, les britanniques et la Haganah, découvre 47 corps mutilés[16].

Le , une guerre régulière succéda à la guerre civile quand la Jordanie, l’Égypte, la Syrie et l’Irak envoyèrent des corps expéditionnaires y détruire le nouvel État juif.

Évolutions historiographiques[modifier | modifier le code]

Avertissements et menaces arabes[modifier | modifier le code]

À l'encontre des Juifs de Palestine[modifier | modifier le code]

Après le vote du plan de partage, certains dirigeants arabes menacèrent la population juive, invoquant « de jeter les Juifs à la mer » ou de débarrasser la Palestine « du fléau sioniste[31] ».

Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, ces propos reflétaient les intentions arabes[32],[31]. Bien que Benny Morris considère l’image à donner aux intentions arabes comme plus complexe, notamment parce qu’ils étaient bien conscients qu’ils ne pourraient vaincre les Juifs[31], il souligne que le Yichouv était menacé d’extermination et craignait ce qui se passerait si les Arabes venaient à gagner[33]. Yoav Gelber voit néanmoins ces déclarations publiques comme « sans signification » et considère que « les actions [de leurs armées] impliquent que les objectifs de l’invasion arabe étaient limités et focalisés sur le sauvetage des Arabes de Palestine d’une domination juive totale. »[34].

À l'encontre des Juifs d'en dehors de Palestine[modifier | modifier le code]

Dans le contexte du vote du plan de partage, les populations juives des pays arabes en dehors de Palestine furent également menacées. Le , le délégué égyptien aux Nations unies déclara que « la solution proposée pourrait mettre en danger un million de Juifs vivant dans les pays musulmans. Le partage de la Palestine pourrait créer dans ces pays un antisémitisme encore plus difficile à déraciner que l’antisémitisme que les Alliés essayèrent d’éradiquer en Allemagne[35]. » Dans les faits, la déclaration de partition servit de prétexte à un pogrom à Aden où le , 82 Juifs furent massacrés[36].

Dans son édition du , le New York Times rapporta un mémorandum du Congrès juif mondial exprimant ses craintes relatives à cette situation dans un article intitulé : « Jews in grave danger in all Moslem lands: Nine hundred thousand in Africa and Asia face thre wrath of their foes. »[37] Au Caire en Égypte, entre juin et novembre 1948, plusieurs attentats à la bombe. Certains suivant des attaques aériennes de la ville par l’armée israélienne, causèrent la mort d’une centaine de Juifs[38].

« Pureté des armes »[modifier | modifier le code]

Au cours du conflit entre Juifs et Arabes en Palestine avant la guerre, le concept de « Pureté des armes » était utilisé pour distinguer les attitudes respectives de l’Irgoun et de la Haganah à l’encontre des Arabes, les seconds se vantant de leur adhésion au principe[39]. De manière générale, le précepte requiert que les « armes restent pures [et qu’]elles ne soient utilisées que pour l’auto-défense et [jamais] contre des civils innocents ou des gens sans défense[40]. »[39].

En 1946, à une conférence tenue entre lui et les chefs de la Haganah, Ben Gourion prophétisa la confrontation entre les Arabes de Palestine et les États arabes. En ce qui concerne le concept de « Pureté des armes », il souligna que : « La fin ne justifie pas les moyens. Notre guerre est basée sur des principes moraux[41]. » et durant la guerre de 1948, le Mapam, le parti politique affilié au Palmach, demandé « une observation stricte du [principe] juif de la « Pureté des armes » pour garantir le caractère moral de la guerre[42] ».

La « Pureté des armes » est un des points clés du « récit conventionnel sioniste » [43] ». Benny Morris ajoute qu’« après la guerre, les Israéliens essayèrent de mettre en avant la « Pureté des armes » de ses miliciens et de ses soldats, en contraste avec la barbarie arabe, qui à l’occasion s’exprima dans la mutilation de corps de juifs capturés. » Selon lui, « elle renforça l’image auto-gratifiante des Israéliens et les aida à « vendre » le nouvel État à l’étranger et diabolisa l’ennemi[1] ».

L’historiographie israélienne a voulu attribuer la responsabilité des massacres aux groupes extrémistes de la droite israélienne uniquement. David Ben Gourion fut également critiqué par les membres du Mapam, parti marxiste de gauche très influent en 1948, pour l’exode de la population arabe dont ils rejetaient la responsabilité morale. L’historien Yoav Gelber souligne que David Ben Gourion leur rappela les événements de Lydda et Ramle, et le fait que c’étaient des officiers du Palmach, le groupe paramilitaire associé au Mapam, qui furent responsables de l’« outrage qui avait encouragé la fuite des arabes, [ce qui] mit le parti mal à l’aise[42] ».


Historiographie palestinienne[modifier | modifier le code]

Nadine Picaudou a étudié l’évolution de l’historiographie palestinienne de la guerre de 1948. Elle avance que si le massacre de Deir Yassin est longtemps resté le seul discuté, « comme s’il suffisait pour résumer la tragédie des victimes palestiniennes. » Elle pense que durant la période pour laquelle « la mémoire collective se mobilisait autour du nationalisme palestinien, une événement exemplaire suffisait pour exprimer la tragédie. » En référence à l’étude publié en 2007 par Saleh Abdel Jawad, Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War, elle écrit que les massacres n’intéressèrent les historiens palestiniens que relativement tard mais que quand les « Palestiniens commencèrent à écrire leur histoire, la problématique des massacres devint inévitablement un des facteurs prépondérants dans l’étude de l’exode de masse[44] ».

Nadine Picaudou souligne également que « l’historiographie palestinienne ne retient que le paradigme de la Nakba, qui attribue aux Palestiniens le statut de victimes passives des politiques israéliennes, comme [illustré] par l’attention limitée accordée par les chercheurs au batailles de 1947-48[44]. »

« Batailles » et « massacres »[modifier | modifier le code]

Dans le contexte de la guerre de 1948, plusieurs historiens ont souligné la nuance, parfois de manière polémique, qui peut exister entre une « bataille » et un « massacre ».

Massacre de Deir Yassin[modifier | modifier le code]

Article principal : Massacre de Deir Yassin.

En 1948, le village de Deir Yassin se situe dans les faubourgs de Jérusalem. Le village ne fait pas partie des villages à prendre dans le cadre de l'opération Nahshon et ses habitants ne font pas preuve d'hostilité. Le 9 avril, environ 120 hommes de l’Irgoun et du Lehi attaquent le village dans le contexte de l’Opération Nahshon. Le village opposent une résistance inattendue à l’attaque. Les assaillants souffrent de lourdes pertes et des civils sont tués dans les échanges de tirs. Les miliciens prennent les habitations une à une, nettoyant souvent à la grenade et font également sauter plusieurs maisons à l'explosif. Deux tiers des pertes arabes sont civils[45],[46],[47].

En 2007, Uri Milstein a publié un livre controversé « Blood Libel at Deir Yassin (en) » dans lequel il souligne que les événements de Deir Yassin furent avant tout le résultat d’une bataille et non un massacre. Toutefois, il va plus loin et nie les atrocités qui suivirent la prise du village et qui sont généralement prises comme exemple pour décrire le massacre[48]. Nadine Picadou nuance également les mêmes événements et considère que dans l’historiographe palestinienne « le massacre de Deir Yassin a éclipsé la bataille de Deir Yassin[44] ». Benny Morris, quant à lui, considère que la prise du village était insignifiante sur le plan militaire et de ce fait, elle ne peut être difficilement être décrit exclusivement comme une « bataille[47] ».

Massacre de Kfar Etzion[modifier | modifier le code]

Le massacre de Kfar Etzion eut lieu le 13 mai 1948, durant la guerre de Palestine quand le Goush Etzion, un bloc de 4 colonies juives situé à mi-chemin entre Jérusalem et Hébron fut pris par la Légion arabe transjordanienne et des irréguliers arabes palestiniens. Sur les 131 personnes présentes, 127 parmi lesquelles 21 femmes sont tuées dans les combats ou massacrées après s'être rendues. Deux tiers étaient des habitants du village, le dernier tiers étaient des soldats de la Haganah et du Palmach[49]. Les 3 autres implantations se rendent sur ces entrefaits et l'ensemble est ensuite pillé et rasé[50],[51].

Convoi de l'hôpital Hadassah[modifier | modifier le code]

En 1948, l’hôpital Hadassah est situé dans l’enclave du Mont Scopus à Jérusalem d’où il domine plusieurs quartiers arabes. Le 13 avril, un convoi devant permettre le transport de personnel et de quelques blessés mais également de renforts et de munitions rejoint l’enclave. Il est protégé par l’emblème de la Magen David Adom, reconnu par la Croix-Rouge, et par des soldats armés et des véhicules blindés. Les Arabes sont informés par un soldat australien que le convoi aurait pour mission de renforcer la position pour permettre à la Hagannah d’attaquer et de couper la route de Ramallah. Plusieurs centaines de combattants arabes parviennent à immobiliser plusieurs véhicules. Les autorités britanniques tardent à intervenir et les occupants ne sont secourus qu’après plusieurs heures de combats au terme desquels on dénombre 79 morts. À la suite des événements, Jacques de Reynier exige que tous les convois soient placés sous protection de la Croix-Rouge et désarmés, ce qui se fera ensuite, et que l’enclave soit démilitarisée, ce que les autorités sionistes refusent[52].

Bien que l’ensemble des événements sont généralement vus comme un massacre, Benny Morris considère qu’il s’agit plutôt d’une bataille étant donné que l’opération arabe était militaire et visait un convoi de ravitaillement armé. Il souligne toutefois la mort massive de membres du personnel médical désarmés[1].

Événements de Lydda[modifier | modifier le code]

En , les Israéliens lancent l’opération Dani dont le but est la conquête des villes de Lydda et Ramle. La première attaque contre Lydda se produit l’après-midi du 11 juillet quand une colonne de véhicules blindés et de jeeps du 89e bataillon traverse la ville en « mitraillant tout ce qui bouge. » « Des douzaines d’arabes » sont tués[53]. Selon Benny Morris, la description de ce raid par un des soldats « combine les éléments d’une bataille et d’un massacre[53] ».

Plus tard, les troupes israéliennes entrent et prennent position dans le centre-ville. La seule résistance vient du fort de police tenu par « un petit contingent de légionnaires et d’irréguliers ». Dans des mosquées, sont détenus les hommes adultes et entre 300 et 400 soldats israéliens prennent garnison dans la ville. Le matin du 12 juillet, la situation est calme mais vers 11 h 30, un incident se produit. Deux ou trois véhicules blindés entrent dans la ville et des échanges de tirs se produisent. Les escarmouches font penser aux habitants que la Légion arabe contre-attaque et quelques douzaines de snipers[54] se mettent à tirer sur les soldats israéliens. Les soldats israéliens se sentent menacés et vulnérables parce qu’ils sont isolés parmi des milliers de citadins hostiles et « On leur ordonne de tirer sur toute cible visible »[réf. nécessaire] . Les habitants arabes de leur côté paniquent et beaucoup se ruent à l’extérieur où ils sont abattus[55].

Il existe une controverse entre historiens pour ce qui concerne les événements qui suivent. Selon Benny Morris, des prisonniers qui tentent de s’évader de la mosquée Dahaimash, sans doute par crainte d’être massacrés, sont abattus[55]. L’historiographie palestinienne décrit les événements différemment. Selon elle, ce sont des civils qui se sont réfugiés dans la mosquée, pensant que les Israéliens n’oseraient pas profaner le sanctuaire. Mais les Israéliens tuent 176 personnes qui s’y trouvaient[56]. Alon Kadish et Avraham Sela écrivent qu’il y a une confusion entre deux mosquées. Selon eux, les détenus sont seulement rassemblés dans la grande mosquée, où aucun incident ne se produit tandis que c’est un groupe de 50 à 60 Arabes armés qui se sont barricadés dans la mosquée Dahaimash. La prise du bâtiment se solde par la mort de 30 miliciens et civils, dont des vieillards, des femmes et des enfants[57].

Les morts du 12 juillet sont vus dans le monde arabe et par plusieurs historiens comme résultant d’un massacre. Walid Khalidi parle d’une « orgie de tuerie sans discrimination[58] ». Benny Morris écrits que « des Palmachniks nerveux massacrent des détenus dans le complexe de la mosquée[59] ». Selon Yoav Gelber, ce fut un « massacre plus sanglant que Deir Yassin[60] ». Alon Kadish et Avraham Sela écrivent que ce fut « une bataille intense où la démarcation entre civils, combattants irréguliers et unités de l’armée régulières n’existait pas[57] ».


Événements d'al-Tantoura[modifier | modifier le code]

Article principal : Affaire Tantoura.

Il y a une controverse quant à savoir si un massacre fut perpétré ou non à al-Tantoura[61],[62].

Durant la nuit du 22 au 23 mai 1948, les hommes de la brigade Alexandroni prirent d’assaut le village d’al-Tantoura. Les combats se soldèrent par la morts de plusieurs dizaines de combattants arabes et de 14 soldats israéliens. Il existe une controverse sur les événements qui suivirent[63].

Ilan Pappé considère que les témoignages des anciens soldats de la brigade Alexandroni ainsi que ceux des réfugiés palestiniens prouvent qu’au moins 200 villageois non armés furent tués. Selon ses analyses, les exécutions furent perpétrées par revanche pour les victimes de tirs de snipers palestiniens après la bataille, et plus tard quand certains habitants, accusés de cacher des armes, furent abattus[64]. Selon les analyses de Yoav Gelber, le décompte entre le nombre d’habitants avant l’assaut et celui des réfugiés, des prisonniers de guerre et des victimes des combats, ne laisse aucune personne manquante ; ce qui lui fait conclure à l’absence de massacre[63]. L’analyse de Benny Morris conclut que la documentation et les interviews réalisés auprès de témoins ne prouvent pas qu’un massacre s’est produit mais que l’hypothèse ne peut pas être rejetée pour autant[65].

Analyses[modifier | modifier le code]

Benny Morris considère que les tueries et les massacres qui se produisirent lors de la guerre sont un événement qui accompagne toujours les guerres dans des circonstances analogues[1]. Il considère aussi que les belligérants se comportèrent relativement bien et que la « [guerre] de 1948 est notable pour le relativement faible nombre de victimes civiles tant à la suite des batailles elles-mêmes qu'à la suite des atrocités qui les accompagnèrent [en comparaison, par exemple,] avec la Guerre de Yougoslavie des années 1990 ou les Guerres civiles soudanaises des 50 dernières années[1] ».

Pendant la guerre civile, la Haganah avait reçu l’ordre d’éviter toute action à l’encontre des femmes et des enfants, ce qui ne fut pas le cas de l’Irgoun et du Lehi[réf. nécessaire]. De l’autre côté, les « milices arabes palestiniennes ciblaient souvent délibérément les civils[1] ».

Les Arabes ne faisait pas de prisonniers et les corps étaient souvent retrouvés mutilés. Notamment, lors d'une bataille contre l'armée égyptienne, les forces juives durent se retirer laissant leurs blessés sous un pont. Une demi-heure plus tard, des cadavres mutilés sont découverts, leurs pénis découpés et placés dans leurs bouches[1]. Cependant, en dépit de leur rhétorique, les armées arabes ne réussirent pas à commettre de nombreux massacres de prisonniers de grande échelle. Notamment, ce ne fut pas le cas de la Vieille Ville de Jérusalem ou les habitants juifs furent expulsés et 600 civils juifs furent tués lors de la prise de leurs quartiers[66]. De même, ce ne fut pas le cas des implantations d’Atarot (en), Neve Yaakov (en), Nitzanim, Gezer (en) et Mishmar-Hayarden[1],[67], qui furent détruits après avoir été évacués[68]. D'un autre côté, du fait que les Britanniques ne s’étaient pas encore retirés, des camps de prisonniers ne furent pas établi[1].

Concernent l’armée israélienne à la fin de la guerre et particulièrement durant l’Opération Hiram[69], Yoav Gelber souligne « les sentiments durs [des soldats] à l’encontre des Palestiniens » et le fait que ces derniers n’avaient pas fui[69]. Benny Morris pense que les atrocités furent dus à une « vengeance générale et un désir des commandants locaux de précipiter l’exode des Palestiniens[1] » et souligne que « ce fut probablement dû aux circonstances qui ont fait que les Israéliens, victorieux, capturèrent près de 400 villages et villes arabes entre avril et novembre 1948 tandis que les Arabes palestiniens et l’Armée de libération arabe échouèrent dans la prise de quelques implantations et que les armées arabes qui envahirent à la mi-mai capturèrent moins d’une demi-douzaine d’implantations juives[1] ».

Selon les historiens, qu’ils soient délibérés ou non, les massacres eurent une influence importante sur l’exode de la population arabe palestinienne au cours de la guerre par la terreur qu’ils suscitèrent dans cette dernière, souvent livrée à elle-même, faute de structures dirigeantes et sujette à la propagande adverse. Le massacre de Deir Yassin participa également fortement à la décision des États arabes d'entrer en guerre contre Israël le 15 mai. Le chef de la Ligue arabe, Abdul Rahman Hassan Azzam déclara que « le massacre de Deir Yassin fut pour une grande part la cause de l’indignation des nations arabes et le facteur le plus important pour l’envoi des armées arabes »[70].

Annexes[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En fonction des sources et de la définition qu’on donne au terme, entre 10 et 70 massacres se produisirent durant la guerre de 1948.Selon Benny Morris, les Israéliens furent responsables de 24 massacres. Aryeh Yizthaki rapporte 10 massacres. Salman Abu-Sitta en rapporte 33, dont la moitié se produisirent durant la période de guerre civile, c'est-à-dire avant l'intervention des armées arabes dans le conflit. Enfin, Saleh Abdel Jawad liste 68 villages où des actes de tueries sans discrimination de prisonniers et de civils furent commis
  2. Le 2 décembre, 8 Juifs sont tués lors d'émeutes à Jérusalem. Le 14, 13 Juifs sont tués par la Légion arabe, lors du ravitaillement du village de Ben shemen. Le 24, 4 Juifs sont abattus par un sniper à Haïfa. Le 26, 7 Juifs sont tués en direction de Jérusalem. Le 28, 5 Juifs tués par un sniper à Bab el Wad. Le 29, 4 Juifs sont tués par un sniper à Tel Aviv. Le 3 janvier, 3 Juifs tués à Jérusalem et 4 à Haïfa. Le 9, 35 Juifs sont tués à Kfar Etzion. Le 10, 11 Juifs sont tués dont un décapité à Yavné. Le 14, 7 Juifs tués à Haïfa. Le 15, 35 Juifs du Goush Etzion tués près d'Hébron. Le 20, 7 Juifs sont tués à Yehiam. Le 22, 6 à Yazur et le 25, 10 sont tués. Le 3 février, 6 sont tués dans un autobus en direction de Haïfa. Le 8, 6 à Jérusalem et 3 à Tel Aviv. Le 12, 4 à Jérusalem. Le 1 mars, 4 sont tués sur la route de Jérusalem, le 2, 3 et le 4, 16 sur la route d'Atarot. Le 14, 7 à Faluja et le 20, 7 à Ein Harod. Le 21, 6 sur la route Rosh Pinna-Safed.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o (en) Benny Morris, 1948. A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press, 2008, p. 404-406.
  2. (en) Jawad (2007), Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War, in E. Benvenisti & al, Israel and the Palestinian Refugees, Berlin, Heidelberg, New-York : Springer, p. 59-127.
  3. Rosemary Esber, Under the Cover of War: The Zionist Expulsion of the Palestinians, Section Massacres, Psychological Warfare and Oblitaration, 2009, p. 355–359. Rosemary Esber rapporte l’affirmation d’Aryeh Yitzhaki, qui écrit que « dans presque chaque village conquis (…), les forces sionistes commirent des crimes de guerre tels que des tueries sans discrimination, des massacres et des viols »
  4. Morris, Benny (2004), interviewé par Ari Shavit, Survival of the fittest, Haaretz. Benny Morris, reporte 24 massacres
  5. (en) Rosemary Esber (2009), p. 356.Aryeh Yizthaki rapporte 10 massacres majeurs (c’est-à-dire qui firent plus de 50 victimes. Selon Rosemary Esber, tant les archives israéliennes que les témoignages palestiniens attestent que des atrocités se produisirent dans de nombreux villages
  6. (en) Saleh Abdel Jawad (2007), Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War, in E. Benvenisti & al, Israel and the Palestinian Refugees, Berlin, Heidelberg, New-York : Springer, p. 59-127.
  7. (en) Ilan Pappé, The Ethnic Cleansing of Palestine, 2006, p. 197. Selon Ilan Pappé, dans le contexte de ce qu’il nomme un nettoyage ethnique qui « apporta avec lui des actes atroces de tueries en masse et de boucheries, des milliers de Palestiniens furent impitoyablement et sauvagement tués par des soldats israéliens de toutes conditions, rangs et âges. ». Ilan Pappé et plusieurs historiens palestiniens estiment même que les massacres furent commandités, de manière à provoquer la panique dans la population arabe et son exode
  8. (en) Yoav Gelber (2006), p. 21, p. 77.
  9. Karsh (2002), p. 33, 44 et 51.
  10. (en)Interview with Benny Morris by Ari Shavit, Haaretz, .
  11. (en) Pappé (2006), p. 196. Selon le mukhtar du village d’al-Dawayima 455 personnes, dont 170 femmes et enfants furent tués au cours d'un massacre commis dans son village
  12. Saleh Abdel Jawad (2007), Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War, E. Benvenisti & al, Israel and the Palestinian Refugees, Berlin, Heidelberg, New-York : Springer, p. 59-127. De son côté, Saleh Abdel Jawad rapporte le témoignage d'un massacre dans le village d’al-Dawayima
  13. (en) Benny Morris, 1948. A History of the First Arab-Israeli War, p. 406 cite les chiffres de 5 700 à 5 800 morts chez les Juifs pour une population de 628 000 personnes et rapporte les chiffres de Mohammed Amin al-Husseini qui parle de 12 000 morts chez les Palestiniens ; il cite également le chiffre de 800 personnes massacrées côté Palestiniens ; p. 405, il rapporte côté juif 150 prisonniers massacrés à Kfar Etzion et 39 civils lors des incidents de la raffinerie de Haïfa. Avec les 79 morts du convoi de l’hôpital Hadassah, on arrive à environ 1 000 personnes massacrées durant la guerre. Sur l’ensemble de la guerre plus de 800 civils et prisonniers de guerre arabes sont tués.
  14. a et b Anglo-American Committee of Inquiry on Jewish Problems in Palestine and Europe. Report to the United States Government and His Majesty's Government in the United Kingdom, Lausanne, Switzerland, April 20, 1946. Washington: U.S. Govt. Print. Off, 1946.
  15. a et b A Survey of Palestine Prepared in December 1948 and January 1946 for the Information of the Anglo-American Committee of Inquiry. Vol. 2. 1946. 24.
  16. a et b Morris, Benny. 1948: A History of the First Arab-Israeli War. New Haven: Yale University Press, 2008. 76-78
  17. a, b et c Gilbert, Martin, and Martin Gilbert. The Routledge Atlas of the Arab-Israeli Conflict. London: Routledge, 2002. 17-21
  18. Morris, Benny. The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited. Cambridge Middle East studies, 18. Cambridge: Cambridge University Press, 2004.
  19. Yoav Gelber (2006), p. 24.
  20. Efraïm Karsh, 2002, p. 36.
  21. Site internet de l’Ambassade d’Israël à Londres se référant à Zeez Vilani, Ramla past and present.
  22. Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem revisited, p. 221.
  23. Karsh (2002), p. 32.
  24. Dominique Lapierre et Larry Collins, Ô Jérusalem, p. 200-204.
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