Emmanuel Carrère

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Emmanuel Carrère
Image dans Infobox.
Emmanuel Carrère en 2014 au Livre sur la place.
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
Activités
Mère
Fratrie
Marina Carrère d'Encausse
Nathalie Carrère (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Autres informations
Genre artistique
Distinctions
Prix Princesse des Asturies de littérature ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Liste détaillée
Grand prix de l'Imaginaire ()
Prix Kléber-Haedens (d) ()
Prix Femina ()
Prix Renaudot ()
Prix de la langue française ()
Europese Literatuurprijs (d) ()
Premio Hemingway for Literature (d) ()
Prix Princesse des Asturies de littérature ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales

Emmanuel Carrère, né en [Notes 1] à Paris 16e, est un écrivain, scénariste et réalisateur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Emmanuel Carrère est le fils de Louis Carrère et de la soviétologue et académicienne Hélène Carrère d'Encausse[1], le frère de Nathalie Carrère et de Marina Carrère d'Encausse, et le cousin du philosophe François Zourabichvili. Ses grands-parents maternels sont des immigrés géorgiens[2].

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris (promotion 1979)[3], de 1980 à 1982, il passe deux ans à Surabaya (Indonésie) pour son service national en coopération, essentiellement à enseigner le français.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il débute comme critique de cinéma pour Positif et Télérama. Son premier livre, Werner Herzog, paraît en 1982.

Il publie son premier roman L'Amie du jaguar en 1983 chez Flammarion. Le suivant, Bravoure, sort un an après chez POL, éditeur à qui il confiera tous ses autres ouvrages par la suite. Il publie en 1986 La Moustache, roman dont il réalisera lui-même l'adaptation cinématographique en 2005[4]. « En moins de 150 pages, il vous met K.-O. », écrit John Updike à propos de La Moustache, concluant par ces mots la critique parue dans The New Yorker au moment de la traduction du livre en anglais, en 1988.

En janvier 1993, Emmanuel Carrère entreprend l'écriture d'un livre autour de l'affaire Jean-Claude Romand. Cela n'aboutira que sept ans plus tard avec la publication de L'Adversaire qui marque un tournant dans la production littéraire de Carrère qui, depuis, n'a pas écrit d'œuvres fictionnelles. L'Adversaire présente aussi le travail de l'écrivain, la lente gestation de l'œuvre[5]. Cette œuvre reste essentielle dans la production de l'écrivain, le succès critique et populaire ne s'est jamais démenti.

Il entame dans les années 1990 une carrière de scénariste avec l’adaptation de ses propres romans comme L'Adversaire et La Classe de neige, avant de se lancer dans la réalisation avec Retour à Kotelnitch et La Moustache[6].

En 2009, il publie D'autres vies que la mienne, qui recueille l'histoire de plusieurs personnes qui ont croisé sa vie et sont marquées par la maladie, le handicap ou le deuil. Le récit aborde, à travers le cheminement de l'auteur, des thèmes aussi différents que le tsunami de 2004 au Sri Lanka ou le combat judiciaire contre le surendettement. Ici, alors qu'il avait, dans plusieurs de ses autres œuvres, parlé surtout de lui (Un roman russe, et plus tard même dans Limonov), il se fait le modeste scribe de « vies minuscules » (pour reprendre l'expression de Pierre Michon), décryptant dans l'ensemble du récit les étapes de l'ouverture à l'autre[7]. Le livre sera très librement adapté au cinéma, sous le titre Toutes nos envies, réalisé par Philippe Lioret, avec comme acteurs principaux Vincent Lindon et Marie Gillain.

En 2010, il est membre du jury de la compétition officielle du festival de Cannes, présidé par Tim Burton.

En 2011, il reçoit le prix Renaudot pour sa biographie romancée de l'écrivain, dissident et homme politique russe Édouard Limonov, avec lequel il a vécu pendant trois semaines à Moscou pendant la préparation du livre. Il est difficile de définir si le livre est un roman, une biographie ou un essai, car, si Limonov est bien le héros du livre, Carrère attache une très grande place à l'analyse de la littérature russe, ainsi que de l'histoire de l'URSS et de la Russie post-soviétique. C'est un des succès commerciaux de la rentrée littéraire 2011[8].

En 2014, il publie Le Royaume, récit qui retrace la naissance du christianisme, en s'intéressant tout particulièrement aux parcours des apôtres Paul et Luc. Comme souvent dans ses livres, il mêle à l'intrigue principale l'évocation de son propre parcours, et il y développe notamment l'évolution de son rapport à la foi chrétienne. Le livre connaît une large couverture médiatique et une des meilleures réceptions critiques de la rentrée littéraire 2014[9].

En 2017, il est lauréat de la Villa Kujoyama à Kyoto.

Positions politiques[modifier | modifier le code]

Le 20 octobre 2017, il publie un article élogieux sur Emmanuel Macron dans The Guardian[10].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il est marié, de 2011 à mars 2020, avec la journaliste Hélène Devynck, dont il a une fille Jeanne.

Critiques et maladie mentale[modifier | modifier le code]

En 2012, Nelly Kaprièlian, journaliste aux inrockuptibles déplore une lettre qu'il rédige à son ami d'extrême droite et théoricien du grand remplacement Renaud Camus, accusé de comptabiliser les Juifs passant à l'émission de radio Panorama, sur France Culture[11]. Cependant, dans la lettre Carrère condamne fermement les idées de Camus, en disent, entre autres, que les immigrés ne devraient pas avoir à se comporter comme des "invités bien élevés", "reconnaissants de notre mansuétude"[12].

Dans son livre (2020) Yoga, Emmanuel Carrère révèle qu'il est tombé malade d'une forme sévère de dépression avec « des pensées suicidaires, dans un trouble bipolaire de type II » (d'après son dossier médical). L'équipe médicale, dans son cas, a décidé d'intervenir « avec de l'artillerie lourde », c'est-à-dire à l'ECT, car il s'agissait d'un trouble affectif psychotique résistant aux médicaments, avec une tendance intraitable au suicide. Bien qu'étant en analyse depuis trente ans, l'écrivain déclare, dans le chapitre intitulé Histoire de ma folie, que seuls les gouttes de lithium quotidiennes et l'ECT l'ont sauvé[13].

Depuis la publication de Yoga, son ex-épouse refuse d'être identifiée dans les romans qu'il publie sans avoir donné son accord au préalable[14],[15],[16]. Elle l'accuse, dans Le Figaro, d'arranger la vérité pour « servir son image » et de s'attarder sur deux mois passés « à la rencontre (...) de jeunes réfugiés piégés sur la route d'une vie meilleure dans l'île grecque de Leros », qui n'aurait « duré que quelques jours ».

Une analyse de l'Université du Québec, à Montréal le décrit: rusant et transformant "une contrainte juridique en autoglorification", il utilise "la dichotomie, la mythomanie, l'uchronie", où le réel et l'imaginaire s'entrechoquent et l'"obsession de la bifurcation" vers un univers du mensonge, délaissant le monde réel pour un monde de fiction[17]. Dans une interview pour le magazine Elle, il avoue : « Mes relations amoureuses sont des naufrages terribles »[18].[non neutre]

Son film Ouistreham, sorti en 2022 s'attire des critiques car jugé trop éloigné et peu fidèle à l'œuvre qu'il adapte (Le quai de Ouistreham). On lui reproche une tendance à l'autoportrait de l’artiste en « imposteur », transformant le journalisme d'infiltration en film-confession[19] et de "corrompre l’écrivaine (Florence Aubenas) qu’il prétend admirer"[réf. nécessaire], et a parfois l’air de se faire secrètement contre elle, jusqu’à une "fin qui profite malhonnêtement de la fiction" pour se la payer assez durement[20] ; l'impossibilité de "mentir sans tricher"[21].[non neutre]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Œuvre d'Emmanuel Carrère.

Romans[modifier | modifier le code]

Récits[modifier | modifier le code]

Essais, recueils d'articles[modifier | modifier le code]

Livres de photos[modifier | modifier le code]

Préfaces ou avant-propos[modifier | modifier le code]

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le 7 janvier suivant la Notice de personne du catalogue général de la BnF ou en décembre (cf Wikidata) et l'auteur lui-même .

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Nelly Kaprièlian, « Entretien avec Emmanuel Carrère : la vie des autres », Les Inrockuptibles, .
  2. « Emmanuel Carrère Ecrivain, scénariste et réalisateur français », sur evene.fr (consulté le ).
  3. Voir sur sciences-po.asso.fr.
  4. « "La Moustache", d'Emmanuel Carrère : le couple et l'identité sur le fil du rasoir », sur Le monde.
  5. Voir à ce sujet l'article de Dimitri Portal, « Dans l'ombre de Capote : genèse de L'Adversaire » in dossier Littéraires no 220.
  6. « Emmanuel Carrère », sur Cinefil.
  7. Télérama no 3087, 14 mars 2009, Nathalie Crom, critique de D'autres vies que la mienne.
  8. (fr) « Limonov par Carrère », Le Nouvel Observateur, .
  9. « Le Royaume de Carrère est-il le chef-d'œuvre de la rentrée littéraire? », sur tempsreel.nouvelobs.com, .
  10. (en-GB) Emmanuel Carrère, « Orbiting Jupiter: my week with Emmanuel Macron », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).
  11. [1], France culture
  12. « "Autant j'aime Renaud Camus, autant je suis mal à l'aise avec le parti de l'In-nocence" », sur LExpress.fr, (consulté le )
  13. Emmanuel Carrère, Yoga, Éditions P.O.L, 2020, < (ISBN 978-2-8180-5138-2)>
  14. Closermag.fr, « Emmanuel Carrère : son ex-femme, dans son livre contre son... - Closer », sur www.closermag.fr, (consulté le )
  15. « «Un ego despotique» : l'ex-femme d'Emmanuel Carrère dénonce les «mensonges» de l'auteur de Yoga », sur LEFIGARO (consulté le )
  16. Prisma Média, « Emmanuel Carrère - La biographie de Emmanuel Carrère avec Gala.fr », sur Gala.fr (consulté le )
  17. L'art de la bifurcation : dichotomie, mythomanie et uchronie dans l'oeuvre d'Emmanuel Carrère ( Télécharger le fichier original), Université du Québec à Montréal - Maîtrise en Etudes Littéraires 2007
  18. Emmanuel Carrère : « Mes relations amoureuses sont des naufrages terribles », Elle
  19. Emmanuel Carrère, autoportrait de l’artiste en « imposteur » ?, Le Point
  20. [Cannes 2021 Dans “Ouistreham”, Carrère abîme l’oeuvre d’Aubenas], Les Inrocks
  21. «Ouistreham», Juliette Binoche en plein conflit d’intérims, Libération
  22. « Yoga - Emmanuel Carrère », éditions P.O.L (consulté le )
  23. Voir sur le site de la fondation.
  24. Mylène Moulin, « Emmanuel Carrère lauréat du prix FIL de littérature », Livres Hebdo, 5 septembre 2017.
  25. « Emmanuel Carrère, lauréat 2018 du prix BnF », AtuaLitté,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  26. Le prix BnF récompense chaque année un auteur francophone pour l'ensemble de son œuvre. Primé pour sa capacité à pratiquer tous les styles d'écriture, Emmanuel Carrère est le dixième lauréat figurant au palmarès du prix BnF.
  27. « Emmanuel Carrère reçoit le prestigieux prix espagnol Princesse des Asturies de Littérature », sur LEFIGARO (consulté le ).
  28. (es) RTVE.es, « Emmanuel Carrère, Premio Princesa de Asturias de las Letras », sur RTVE.es, (consulté le ).
  29. « Emmanuel Carrère remporte le Premio Napoli 2021 », ActuaLitté,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emmanuel Carrère : entretien avec Angie David, Paris, éditions Léo Scheer, coll. « Écrivains d'aujourd'hui », , 145 p. (ISBN 978-2-7561-0093-7)
  • Dimitri Portal, « L'Adversaire : du fait divers à l'œuvre littéraire », université Lyon 3, septembre 2013
  • Louise Lourdou, « La place de l'auteur dans Un roman russe d'Emmanuel Carrère : entre autobiographe et enquêteur », université Toulouse 2 Le Mirail, 2011
  • Louise Lourdou, « Les avatars de l'auteur dans l'œuvre d'Emmanuel Carrère : visions tragiques du réel », université Toulouse 2 Le Mirail, 2012
  • Christophe Reig, Alain Romestaing et Alain Schaffner (dir.), Emmanuel Carrère : le point de vue de l'adversaire, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 2016, 170 p. (ISBN 978-2-87854-690-3)
  • Pierre Vinclair, « Le Cycle des Hélène : une épopée de l'amour », in Revue Critique de Fixxion Française Contemporaine, nº 14
  • (en) Wyatt Mason, « How Emmanuel Carrère Reinvented Nonfiction », sur The New York Times,

Liens externes[modifier | modifier le code]