Marguerite Tiste

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Marguerite Tiste
Image dans Infobox.
Bûcher - illustration du milieu du XIXe siècle.
Biographie
Naissance

Jemappes
Décès

Place du marché, Mons
Domicile
Autres informations
Condamnée pour
Condamnation

Marguerite Tiste (ou Tist, Thist), née à Jemappes le et morte étranglée puis brûlée à Mons le , est l'une des dernières personnes condamnées à mort dans cette ville pour sorcellerie. En 2014, des habitants ont introduit une demande de réhabilitation en sa faveur[1]. Cette démarche n'a pas abouti.

Biographie[modifier | modifier le code]

Au cours du procès, la date de naissance de Marguerite Tiste peine à être établie. En 1671, lors de sa première comparution, elle se dit âgée de 18 ans. Elle revient ensuite sur cette déclaration, affirmant n'avoir que 14 ans « ainsi que son pasteur lui a dit »[2]. Lors du procès, sa marraine Marguerite Bertrand[3] dite « Gomar », épouse du mayeur de Jemappes Jean Le Bleu, précise que Marguerite est âgée de 16 ans parce qu'elle est née « environ un an avant que le François auroit pris Saint-Ghislain »[4],[Notes 1].

Issue d'un milieu modeste, Marguerite est la fille de Charles Tiste. Elle n'a aucun souvenir de sa mère Agnès Dufaux, probablement morte en couches vers . Sa sœur aînée, Marie, meurt en 1667. Les autres enfants sont morts en bas âge[2]. Malade[4],[5], la fillette est brutalisée par un père « estant la plupart du temps ivre et disant que le diable l’emporteroit[4] ».

Un jour, Marguerite affirme être une sorcière à l'une de ses amies. Celle-ci lui conseille de s'adresser au prieur de Saint-Germain, un exorciste qu'elle a déjà rencontré.

Date de naissance[modifier | modifier le code]

Acte de baptême de Marguerite Tiste[6]
Bapt(isma) Margarita (filia) Caroli Thist et Agnetis du faux. Suscep(erunt) Petr(u)s Sernaux et Margarita Thist.
Baptême - Marguerite, (fille de) Charles Thist et Agnès du Faux. Furent parrain et marraine (littéralement : [la] tinrent [sur les fonts baptismaux]) Pierre Sernaux et Marguerite Thist.

L'acte de baptême de Marguerite Tiste a été conservé. Daté du , il atteste qu'elle est âgée de 22 ans lors de sa première comparution et a 23 ans révolus lors de son exécution[Notes 2],[7].

Procès[modifier | modifier le code]

Marguerite Tiste comparaît pour la première fois devant ses juges le . Le procès en sorcellerie se déroule dans la « Salle rouge » de l'Hôtel de ville de Mons[8]. Elle est entendue une seconde fois le . Le , les médecins légistes se défaussent, affirmant que « les maléfices se peuvent descouvrir par les exorcistes qui en peuvent respondre mieux qu’eux ». Les délibérés se déroulent le et la sentence est lue le .

Incapable de se défendre[5]mais souhaitant échapper à la torture[9], Marguerite avoue tout ce dont on l'accuse sous le feu nourri des questions[Notes 3]. Elle explique qu'un an avant son décès survenu en 1667, sa sœur aînée lui a proposé de l'emmener « aux danses ». Ayant d'abord refusé, elle a fini par s'y rendre : « D'après ses déclarations, cette malheureuse jeune fille devait être hallucinée, phtisique sans doute, ou hystérique. Elle avoua qu'une nuit, en dormant, elle fut éveillée par un homme habillé de noir, qui lui ordonna de la suivre, l’emporta par la fenêtre au sabbat et satisfit sur elle ses passions brutales. il prenait le nom de Philippe. Ce commerce se renouvelait souvent, et lorsqu'elle rentrait du sabbat, c'est-à-dire quand le songe perdait de sa violence, le démon ne la quittait pas sans la profaner encore »[4]. L'ayant battue à plusieurs reprises, ce Philippe la marqua au fer rouge sur l'épaule gauche. De l'aveu de Marguerite, la plaie faisait un pouce de profondeur[2].

Lors des délibérations, l'avocat Mercier énonce que « la prisonnière ayant confessé d’avoir esté aux danses, menée et portée en air, s’estant donnée au diable, en accointance charnelle avec luy et d’avoir ensorcelé une femme et quatre enfans, doit estre tenue pour sorcière et mérite de perdre la vie par le feu ». Prenant en compte son jeune âge, il suggère de « la condamner à la mort par une saignée du pied en l’eau[2] ».

Les avocats Overdaet et Plétincq, le « pensionnaire » Lefebvre, le greffier Le Duc et l'échevin Robert sont d'avis de l'étrangler puis de la brûler sur un bûcher. Le greffier Pottier envisage de la nourrir jusqu'à l’âge de 18 ans mais, apprenant que cette mesure de clémence ne peut être accordée qu'à un mineur non coupable de dol, il se rallie aux avis précédents. Doutant de la véracité de ses aveux, le greffier d’Ysembart souhaite qu'elle soit soumise à la question, condamnée au bûcher si elle maintient ses déclarations et bannie si elle se rétracte. Monsieur Brabant partage d'abord l'avis du greffier Pottier mais, se ralliant à celui du greffier d'Ysembart, souhaite qu'elle soit soumise à la question. Quant à Monsieur Dupuis, il demande un « terme jusques à demain pour s’asseurer sur ses doubtes[2],[4] ».

Tous conviennent finalement de condamner Marguerite Tiste à « perdre la vie, la faisant estrangler à un posteau, et puis la brusler[2] ».

Sentence et exécution[modifier | modifier le code]

Le , la sentence est lue à la condamnée en présence des échevins Lemaire, Robert, Degage et Dupuis :

« Marguerite Tiste, combien que vostre devoir vous ait obligé de demeurer fidèle à Dieu, vous vous este nonobstant tant oubliée, qu’à la persuasion de vostre feue sœur, vous donnant au diable, cohabitant charnellement avec luy, aiant souffert qu’il vous ait marqué et porté aux danses, vous avez aussi, à sa suggestion, ensorcelé de maléfice quatre enfans et une femme. Sur quoy messieurs echevins de ceste ville, vous aiant instruit vostre procès criminel, et par iceluy vous trouvé atteinte et convaincue du crime de sortilége, qui est de lèze majesté divine, et le veu en délibération du conseil avec leurs assesseurs et autres advocats, vous ont condamné et condamnent, à la scemonce de Monsieur Bailencour prévost de ceste ville et prévosté, d’estre estranglée et bruslée tant que la mort s’ensuive. »

— Archives de l’État à Mons. Greffe échevinal de Mons. Siège du mardi – Procès n° 439 [2].

La peine est exécutée le jour même. Marguerite Tiste meurt étranglée puis brûlée sur la place du marché.

Demande de réhabilitation[modifier | modifier le code]

En 2014, un groupe de Montois a adressé aux autorités de leur ville une pétition demandant la réhabilitation de la jeune fille[1],[9]. Aucune suite n'a été donnée à cette requête.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La ville de Saint-Ghislain tombe aux mains de Louis XIV le , ce qui daterait la naissance de Marguerite Tiste d' environ.
  2. consulter en ligne l'acte de baptême sur www.arch.be (feuillet 79 dernière mention) (inscription nécessaire).
  3. 39 questions-réponses sont reprises au procès-verbal, Bulletin de la commission royale des anciennes lois et ordonnances de Belgique, p. 458 et sq.
  4. Après la naissance de Gaspard, elle disparaît des registres.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Isabelle Palmitessa, Pétition en faveur d'une adolescente brûlée à Mons pour sorcellerie en 1671, RTBF.be, 25 novembre 2014.
  2. a b c d e f et g Archives de l’État à Mons. Greffe échevinal de Mons. Siège du mardi – Procès no 439 in Paul Heupgen (1868-1949), juge des enfants à Mons, Les enfants sorciers en Hainaut au XVIIe siècle dans Bulletin de la commission royale des anciennes lois et ordonnances de Belgique, t. XIII, fasc. 6, 1933, p. 457-479.
  3. L'acte de baptême nomme explicitement la marraine « Marguerite Thist » - probablement une tante paternelle.
  4. a b c d et e Charles Potvin, Albert et Isabelle : fragments sur leur règne, A. Bohné, 1861, 298 p., p. 293 et sq.
  5. a et b Christian Thys, Jean van der Hoeden, Diable et diabolisation, du Moyen Âge à nos jours, édition Racine, 2011, p. 23 et sq.
  6. Archives paroissiales, actes des baptêmes, commune de Jemappes, 1648 (feuillet 97).
  7. Pauline Thiry, Henri Vanderlinden, Naomi Vanzeveren, Les procès de sorcellerie en Hainaut au XVIIe siècle, Histoire du droit et des institutions – Université de Mons, Travaux Pratiques (groupe 6) – M. Millon, 2017.
  8. Charles Rousselle, Souvenirs historiques, des procès de sorcellerie à Mons, impr. de la veuve Piérart, Mons, 1854 (26 pages in-8°, bibliothèque de l'Université de Mons-Hainaut).
  9. a et b Sandra Durieux, Une pétition pour blanchir la «sorcière», Le Soir.be, 29 novembre 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]