Agnès Crittin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Agnès Crittin
Acte du procès d'Agnès Crittin en 1457 01.png
Biographie
Décès
Domicile
Sarreyer (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Condamnée pour
Condamnation

Agnès Crittin, ou Agnès Cristini, née avant 1420, est l'épouse de Jean et habite à Sarreyer. Accusée de sorcellerie, elle est exécutée sur le bûcher en 1457.

Elle est victime de la chasse aux sorcières qui devient une réalité dans les vallées alpines au XVe siècle[1] et qui se déroule, dans la vallée de Bagnes, de 1453 à 1462[2] au cours des procès de sorcellerie du Valais.

Le procès en sorcellerie[modifier | modifier le code]

Une des pages des actes du procès d'Agnès Crittin en 1457, rédigée par le notaire Guillelmus Bagniodi à Bagnes, Valais.

Agnès Crittin est poursuivie pour sorcellerie car une rumeur laisse penser qu'elle est une sorcière ; elle est arrêtée après que trois femmes l'ont dénoncée comme complice lors du déroulement d'autres procès.

Rumeurs et accusations[modifier | modifier le code]

Le procès d'Agnès Crittin commence en mai et se termine en juillet 1457 ; il a lieu au Châble dans la vallée de Bagnes. L’inquisiteur Raymond de Rue est accompagné du vicaire Pierre de Pascua pour interroger, dans un premier temps, les témoins à charge initiaux. Le , ces deux hommes leur demandent chaque fois la même chose, à savoir de quel crime est accusée Agnès Crittin, qui leur a fourni les informations et depuis quand ils en ont connaissance.

Le procès se déroule selon des modalités stéréotypées et définies dans le traité des sorcières, le Malleus maleficarum[3]. Vingt-six personnes (12 hommes et 14 femmes) sont interrogées et, à la suite de ces dépositions qui montrent l'existence de la rumeur, de graves soupçons pèsent sur l'inculpée[2].

Si les accusations des 26 témoins ne sont pas toutes très précises, faisant juste état de soupçons et de rumeurs, deux femmes, Françoise, épouse de Pierre Combex, et Helienoda, épouse de Rolet Troilet, notaire, lancent des accusations de maléfice précises. Ces accusations témoignent de superstitions et de croyances occultes, mais pas de l'existence d'un pacte avec le diable ou d'une participation à un sabbat, qui sont des élaborations d'hommes érudits. Françoise prétend qu'une chemise que lui a offerte Agnès la brûle quand elle la porte, et qu'après avoir été battue par son mari, Agnès l'a soignée en l'enduisant de beurre, ce qui lui a donné la sensation d'avoir des orties sur tout le corps. Helienoda, quant à elle, est persuadée qu'Agnès a rendu le lait des vaches impropre à la consommation, ce qui l'oblige à le donner à des cochons, lesquels auraient par ailleurs blessé un enfant.

Personnes présentes lors du procès et tensions politiques[modifier | modifier le code]

Les actes du procès mené par le tribunal de l'Inquisition sont retranscrits à Bagnes par Guillelmus Bagniodi[4], notaire. Cette transcription se présente sous forme d'un cahier de 32 pages de papier (210 x 295 x 5 mm). Les actes mentionnent que la procédure débute le pour se terminer le .

Parmi les personnes présentes lors du procès se trouvent l'inquisiteur Raymond de Rue, le procureur de la foi Pierre de Pascua, le notaire Guillaume Fareti, le vicaire de l'évêque de Sion (Henri Asperlin) Jean de Sonnay et le curé de Bagnes Jean Bernardi[4]. On note aussi la présence d'Anthonia de Terra, également condamnée au bûcher pour sorcellerie en 1457[1].

L'acte est rédigé à Bagnes, dans la salle de la maison de la cour du monastère, en présence du curé d'Ollon Guillaume Bernardi, des nobles Petrus de Lugrino, Anthonius de Castellario et de Guillelmus Fareti, notaire.

François de la Tour, seigneur de Montagnier (Bagnes), est mis en cause durant le même procès mais échappe alors à la condamnation. Il est toutefois à nouveau poursuivi en 1462 et condamné. Ses biens, confisqués lors de ces procès, font l'objet de convoitises et de discussions entre l’abbaye de Saint-Maurice, Pierre de Neuvecelle et le duc de Savoie. C'est la raison pour laquelle on trouve de nombreuses traces de ces procès dans les archives de l'abbaye de Saint-Maurice et de Turin[1]. Elles mettent en relief les dissensions politiques entre le Valais épiscopal et le duc de Savoie Louis Ier de Savoie, qui se soldent par la bataille de la Planta en 1475 et par la victoire du Valais, mettant fin à toute prétention territoriale en Valais du duché de Savoie.

La torture et les aveux[modifier | modifier le code]

Le , l'inquisiteur Raymond de Rue interroge une première fois l'accusée, tout en commençant par lui faire prêter serment et la prévenir que si elle se contredit au cours de la procédure, elle sera considérée parjure. C'est alors qu'elle avoue avoir rencontré un «homme noir, aux mains noires et aux grands ongles» après la mort de son fils voici 22 ans, près du torrent de Sarreyer. Il lui aurait demandé un cheveu de sa tête et l'aurait ensuite emmenée dans une réunion rassemblant des gens, et elle aurait mangé du pain et de la viande avec eux. Le , elle indique également qu'elle a assisté à des exécutions de sorciers, dont elle connaît les crimes énumérés lors de la sentence publique.

Le , Jean de Sonnay, vicaire de l'évêque de Sion, est présent pour les interrogatoires et il est demandé une nouvelle fois à Agnès Crittin d'avouer ses crimes. Le a lieu l'assignation à comparaître, durant laquelle l'accusée refuse d'admettre un quelconque crime. Devant sa résistance, le procureur de la foi ordonne qu'on la soumette à la torture par ces mots

« Nous ordonnons qu’Agnès soit questionnée et soumise à la torture jusqu’à ce que la vérité sorte de ta bouche en faveur de la sainte foi, sans pour autant aller jusqu’au danger de mort, à la mutilation des membres et à l’effusion de sang contre lesquels nous protestons solennellement et expressément »[2].


Après avoir subi trois fois la torture sous forme de l'estrapade, «les mains liées derrière le dos, elle est soulevée à l’aide d’une corde attachée à une poulie déroulée brusquement en l’arrêtant à quelques centimètres du sol»[2], Agnès Crittin passe aux aveux le  : elle aurait passé un pacte avec le diable (décrit comme ayant la forme d'un homme noir)[4], se serait rendue à une assemblée en volant à l'aide d'une chaise et aurait pillé une cave, puis mangé du fromage et bu du vin chez le seigneur de Montagnier. Cependant, elle se rétracte le et l'inquisiteur ordonne une nouvelle séance de torture à la suite de laquelle Agnès Crittin avoue avoir enfourché un bâton pour se déplacer. Elle donne également les noms de plusieurs personnes qui seraient ses complices, notamment celui de Christine Menjardaz, qui aurait été son initiatrice. Agnès Crittin aurait pu avoir connaissance du cas de cette dernière, qu'on sait avoir été exécutée pour sorcellerie avec son fils, Antoine Broyoz, de Riddes, avant le [5].

Ses aveux, mentionnant le vol nocturne à l'aide d'un bâton et le pacte avec le diable (l'homme noir), ressemblent plus au concept cumulatif de sorcellerie lentement élaboré à partir de textes comme le Malleus Maleficarum qu'aux accusations de maléfices initiales par les femmes qui l'ont dénoncée.

Issue du procès[modifier | modifier le code]

Les sources ne précisent pas la sentence finale. Comme le souligne Christine Payot, historienne médiéviste valaisanne, « il est peu probable qu'elle ait échappé au bûcher » en l'année 1457[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Payot, « Agnès Crittin Une paroissienne de Bagnes accusée de sorcellerie au XVe siècle », Les Échos de Saint-Maurice (2000), Abbaye de Saint-Maurice 2014, tome 95a, p. 44-51[2]

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Chantal Ammann-Doubliez, « Les chasses aux sorciers en Valais au Bas Moyen Âge », Annales valaisannes,‎ , p. 129-147 (lire en ligne)
  2. a b c d e et f Christine Payot, « Agnès Crittin Une paroissienne de Bagnes accusée de sorcellerie au XVe siècle », Les Echos de Saint-Maurice,‎ (lire en ligne)
  3. Jules-Bernard Bertrand, « Notes sur les procès d'hérésie et de sorcellerie en Valais », Annales valaisannes,‎ , p. 151-194
  4. a b et c « Fondation des Archives Historiques de l'Abbaye de St-Maurice », sur www.digi-archives.org (consulté le 12 juillet 2019)
  5. Pierre Dubuis, « Documents sur le clergé, les fidèles et la vie religieuse dans le Valais occidental et les vallées d'Aoste et de Suse aux XIVe et XVe siècles », sur core.ac.uk, comptes de l'administration savoyarde (consulté le 13 juillet 2019)