Jan Hus

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Jan Hus
Description de l'image Jan hus 1.jpg.
Naissance entre 1369 et 1373
Husinec (Bohême-du-Sud)
Décès
Constance
Profession
prêtre, recteur de l'université de Prague, théologien
Formation
Université de Prague

Jan Hus (de préférence à Jean Huss) est un théologien, universitaire et réformateur religieux tchèque des XIVe et XVe siècles, né entre 1369 et 1373 dans le sud de la Bohême.

Son excommunication en 1411, sa condamnation par l'Église pour hérésie, puis sa mort sur le bûcher le 6 juillet 1415, lors du concile de Constance, déclenchent la création de l'Église hussite et les croisades contre les hussites. Le protestantisme voit en lui un précurseur.

La langue tchèque lui doit son diacritique, le háček.

Les Tchèques ont fait de lui un héros national, allégorie de leur combat contre l'oppression catholique, impériale et allemande. Son supplice, le 6 juillet, est commémoré par un jour férié.

Jean Hus compte au nombre des martyrs de la pensée.

Bohême et chrétienté au tournant du XVe siècle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grand Schisme d'Occident.
Prononcer Jan Hus

Le 15 août 1373, Charles IV obtient pour son fils la marche de Brandebourg, assortie du titre de Prince-Électeur. En 1376, les Princes-Électeurs choisissent son fils comme roi des Romains et futur empereur du Saint-Empire. L'autorité de Charles est donc suffisante pour fonder une dynastie remettant en cause les clauses de la Bulle d'or de Metz de 1356.

le 29 novembre 1378, Venceslas succède à son père. Par héritage, la marche de Brandebourg passe à son frère cadet Sigismond ; son autre frère, Jean, obtient la marche de Lusace ; la Moravie échoit à ses cousins Jobst et Procope.

En 1378 débute le Grand Schisme d'Occident. L'Église traverse alors une crise morale, éthique et financière sans précédent. Cette même année, en Bohême, Jean de Jenstein (de) devient archevêque de Prague. Il entre rapidement en conflit ouvert avec Venceslas sur la question des investitures. En 1393, la nomination de l'abbé du riche monastère de Kladruby exacerbe l'antagonisme car le roi réservait ce bénéfice à l'un de ses protégés. Jean de Nepomuk, fidèle soutien de l'archevêque de Bohême, est exécuté par des hommes d'armes du roi. Sa mort entraîne l'union seigneuriale, une rébellion des nobles tchèques qui dure de 1394 à 1402. Ligués, les nobles bohémiens font emprisonner leur roi en 1394 et nomment son cousin Jobst de Moravie régent du royaume. Grâce à l'intervention de son frère Sigismond, le souverain est libéré et récupère son trône. En échange, Venceslas - qui n'a pas d'enfant - reconnaît Sigismond comme son héritier.

Mais accaparé par la Bohême, Venceslas délaisse les affaires de l'Empire. Une foule en colère l'invective à la Diète de Nuremberg en 1397, puis à celle de Francfort en 1398. On lui reproche ses excès de boisson, son incompétence et surtout son inertie face au Grand Schisme. Fait rarissime, en août 1400 les Princes-Électeurs le déposent au profit de Robert Ier, dont il refuse de reconnaître la légitimité.

En 1402-1403, Venceslas est emprisonné à Vienne sur décision de son frère Sigismond, soutenu par la noblesse tchèque. Il est libéré par Johann von Liechtenstein.

C'est dans cet environnement politique et religieux particulièrement troublé que Jan Hus étudie, prêche et enseigne.

Un universitaire brillant[modifier | modifier le code]

Jan Hus prêchant, manuscrit tchèque des années 1490.

Jan Hus naît entre 1369 et 1373[1] dans la ville éponyme de Husinec (district de Prachatice), en Bohème méridionale. Il vient au monde dans une famille de paysans pauvres.

Il étudie à l'université de Prague, où il obtient la licence en 1393 puis la maîtrise ès arts libéraux en 1396. En 1400, il est nommé professeur.

Ordonné prêtre, il commence à prêcher à l'église de Saint-Michel.

En 1401, il devient doyen de la faculté de philosophie.

Un linguiste avisé[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage de linguistique De orthographia bohemica[2], Jan Hus invente une graphie utilisant des diacritiques - tel le point suscrit, qui deviendra le háček - pour noter ce que les langues slaves considèrent comme des consonnes molles. Pour noter les voyelles longues, Jan Hus préconise l'usage de l'accent au lieu d'un redoublement des voyelles. À une époque où papier et parchemin coûtent cher, économiser de l'espace lors de l'écriture constitue une économie précieuse[3].

Ce diacritique, adopté par le croate, le slovaque et le slovène, est parfaitement adapté aux langues slaves. Globalement, il correspond, dans l'alphabet latin, aux modifications apportées au grec par Cyrille et Méthode lorsqu'ils créèrent l'alphabet glagolitique[4].

Le recteur d'une université divisée[modifier | modifier le code]

Prague est alors la capitale du Saint-Empire romain germanique. Son université, d'envergure internationale, est divisée en sections appelées « nations » : bavaroise, tchèque, saxonne et polonaise. Lors des votes du Conseil universitaire sur le choix des programmes et leur financement, chacune dispose d'une voix.

Le monument dédié à Jan Hus, sur la place de la Vieille-Ville à Prague, inauguré en 1915 pour le 500e anniversaire de sa mort.

En 1407, le pape Grégoire XII ordonne à l’archevêque de Prague d'interdire la diffusion des thèses de l’Anglais John Wyclif. L'université condamne comme hérétiques les théories de Wyclif, introduites en Bohême une vingtaine d'années auparavant. En 1381, l'opinion de Wyclif sur l'eucharistie est débattue par Mikuláš Biskupec. En 1393, l'archevêque de Prague Jean de Jenstein réfute dans ses prêches les idées wycliffiennes sur la nécessaire pauvreté de l'Église.

Jan Hus traduit en tchèque le Trialogus[5]. Il louvoie entre son allégeance à l'Église et son idéal wycliffien.

Le 14 mai 1408, la « nation » tchèque de l'université de Prague, dirigée par Jan Hus, rejette publiquement les articles de Wyclif mais souligne que, replacés dans leur contexte et correctement interprétés, ils ne sont pas totalement hérétiques. L'archevêque de Prague écrit au pape Grégoire XII qu'« il n'y a pas d'âme errante en Bohême ».

Les autres « nations » se rallient unanimement à Grégoire XII. Pour défendre ses convictions, Jan Hus met à profit l'opposition du roi Venceslas à Grégoire XII[6].

Le 17 octobre 1409, Jan Hus est nommé recteur de l'université de Prague. Il obtient que la « nation » tchèque dispose de trois voix lors des votes sur l'administration de l'université, les autres nations ne bénéficiant que d'une seule voix chacune. Cette décision, appelée « décret de Kutná Hora », provoque le départ des professeurs allemands qui, en mai de la même année, contribuent à la fondation de l’université de Leipzig.

L'université de Prague perd alors la majorité de ses étudiants. Tout au plus national, son rayonnement décline. Pendant quelques décennies, plus aucun diplôme ne sera délivré. Pour voir l'université renaître de ses cendres, il faudra attendre Sigismond et surtout Rodolphe II, qui rétablira Prague comme capitale, .

Un théologien convaincu[modifier | modifier le code]

La chapelle de Bethléem à Prague, où prêchait Jan Hus.

En 1402, Jan Hus devient prédicateur à Prague. Influencé par Wyclif, il s'interroge sur les conséquences pratiques de l'obéissance au Christ. À la chapelle de Bethléem, il prononce des sermons contre « les erreurs du catholicisme », où il préconise une réforme de l'Église. Avec d'autres, il prêche le retour à une Église apostolique, spirituelle et pauvre. Il soutient que la réforme de l'Église doit passer par le pouvoir laïc. Ces propos trouvent un écho favorable dans la noblesse, qui y voit l'occasion de s'approprier les biens ecclésiastiques.

Des mouvements millénaristes annoncent la venue des faux prophètes et de l'Antéchrist. L'idée d'un avènement des temps derniers se répand. Beaucoup de fidèles désirent renouer avec l'Église originelle. Jan Hus se trouve bientôt à la tête d'un mouvement national de réforme. Il prend publiquement la défense des écrits de Wyclif, condamnés par une bulle pontificale du 20 décembre 1409 qui ordonne leur destruction et l'interdiction de prêcher leur doctrine. C'est en vain qu'il fait appel au « pape de Pise » Alexandre V (antipape).

La controverse des indulgences[modifier | modifier le code]

La pape Alexandre V meurt en 1410. L'antipape Jean XXIII lui succède. En 1411, il entreprend une croisade contre le roi Ladislas Ier de Naples, protecteur du « pape de Rome » Grégoire XII (Ladislas a envahi Rome et est l'allié des Colonna). Cette croisade nécessite un financement. La vente d'indulgences permet à la papauté de lever des fonds[7].

Dans son « adresse » Quaestio magistri Johannis Hus de indulgentiis[8] - copie quasi-conforme du dernier chapitre du De Ecclesia[9] de Wyclif - Jan Hus s'élève contre ce « trafic » . Le pamphlet déclare qu'aucun évêque, aucun prêtre ni même aucun religieux ne peut prendre l'épée au nom du Christ : ils doivent prier pour les ennemis du Christ et bénir ceux qui le combattent. Le repentir de l'homme passe par l'humilité et non par l'argent, les armes ou le pouvoir.

Le 24 juin 1412, Jan Hus, remarquable orateur, provoque une émeute populaire durement réprimée. Un cortège d’étudiants, conduit par le disciple de Hus Jérôme de Prague, cloue au pilori la bulle pontificale puis la brûle. Trois étudiants, qui ont empêché un prêtre de prêcher l’achat d’indulgence, sont exécutés à la hache.

Les docteurs de la Faculté de théologie accusent Jan Hus d'avoir fomenté ces troubles.

L'excommunication[modifier | modifier le code]

Le château de Kozí Hrádek, où Jan Hus vécut en exil de 1412 à 1414.

Les détracteurs de Jan Hus ne peuvent l'attaquer sur le terrain du patriotisme. Ils cherchent donc à l’atteindre à travers ses positions religieuses. En dénonçant sa proximité théologique avec Wyclif, ils l’accusent d’hérésie.

Excommunié le 21 février 1411 par Grégoire XII, Jan Hus en appelle au jugement du Christ, instance inconnue du droit canonique.

Soutenu des Praguois, il ne réserve pas ses diatribes aux seules autorités ecclésiastiques. Il entre aussi en conflit avec le roi de Bohême Venceslas IV, qui a autorisé des envoyés du pape à vendre des indulgences pour financer une croisade contre le roi de Naples. Il dresse le peuple contre le roi et l’Église, ce qui le rend persona non grata à Prague. En 1412, il doit fuir au château de Kozí Hrádek, dans le sud de la Bohême. Il y rédiger De Ecclesia[9] et une Explication des Saints Évangiles (1413).

Le concile de Constance[modifier | modifier le code]

Évêques, cardinaux et pape(s) lors d'un débat du Concile. Chronik des Konzils von Konstanz d’Ulrich Richental, bourgeois de la ville.

Début novembre 1414, l'antipape Jean XXIII convoque le Concile de Constance. Jan Hus souhaite s'y rendre car il y voit l'occasion de défendre publiquement ses thèses. Sigismond veut donner l’apparence d’un soutien à Jean Hus. Il s'engage à l'accompagner mais se contente de lui délivrer un sauf-conduit dont, peu après, il niera la validité.

C'est en grand apparat que les représentants des grandes nations catholiques - c'est-à dire tous les prélats et princes que compte alors la Chrétienté, y compris des orthodoxes, des lithuaniens et des coptes - se réunissent à Constance. Le Concile, convoqué sous la pression de Sigismond, vise à mettre fin au scandale du Grand Schisme d'Occident. Trois « papes » se disputent alors le trône de saint Pierre : Grégoire XII, « pape de Rome » ; Jean XXIII, « pape de Pise » ; Benoît XIII, « pape d'Avignon ».

Parti le 11 octobre 1414, Jan Hus arrive à Constance le 28 novembre. Le lendemain, un avis placardé sur les portes des églises annonce que Michal de Nemecky Brod sera l'opposant de Hus « l'hérétique ». Le 4 décembre 1414, Jean XXIII nomme trois évêques pour entamer les investigations contre lui.

Tout d'abord libre de ses mouvements, Jean Hus est emprisonné le 8 décembre 1414 dans un monastère dominicain : on craint qu'il s'échappe. Le sauf-conduit impérial ne lui procure ni aide, ni sécurité.

Sous la pression de Sigismond, le mode de scrutin est modifié : on compte dorénavant une voix non pas par cardinal (ce qui avantage considérablement l'Italie) mais par nation (ce qui apporte une solution inédite aux problèmes nationaux qui déchirent l'Église). Le 20 mars 1415, comprenant qu'il a perdu le soutien impérial, Jean XXIII s'enfuit.

Le 6 avril 1415, le Concile adopte le décret Hæc sancta, qui affirme sa supériorité sur le pape. Les questions institutionnelles en passe d'être réglées, le procès de Hus peut reprendre.

Le procès[modifier | modifier le code]

Hussenstein, monument commémoratif élevé à l'endroit du bûcher de Jan Hus, à Constance.

Au premier rang des censeurs de Jan Hus siègent des théologiens éminents : le cardinal Pierre d'Ailly ; son disciple Jean de Gerson, doctor christianissimus et chancelier de l'université de Paris ; les grands inquisiteurs, secondés par les plus brillants canonistes romains.

Pendant plusieurs semaines, Jan Hus subit d'incessants interrogatoires ex cathedra. De sa cellule, il entretient une vaste correspondance avec ses amis de Prague.

Le 27 juin 1415, ses écrits sont condamnés comme hérétiques[10]. Le Concile, qui préfère l'emprisonner à vie plutôt que de l'exécuter vu le risque de troubles politiques, lui demande de renier 30 points de ses écrits et tente de lui faire accepter une version simplifiée - mais déformée - de ses thèses. Malgré la pression de ses amis, Jean Hus refuse de se soumettre et déclare : « Ces évêques m'exhortent à me rétracter et à abjurer. Mais moi, je crains de le faire pour ne pas être trouvé menteur devant le Seigneur et aussi pour n'offenser ni ma conscience, ni la vérité de Dieu ».

Le supplice[modifier | modifier le code]

Jan Hus au bûcher. Chronique illustrée de Diebold Schilling le Vieux, 1485.

Le 6 juillet 1415[10], un jugement condamne solennellement Jan Hus comme hérétique. Dépouillé de ses habits sacerdotaux, il est réduit à l'état laïc puis « livré au bras séculier » - c'est-à-dire, selon une formule aussi convenue qu'hypocrite, condamné à être brûlé vif.

Avant de mourir, il aurait prophétisé en ces termes la venue de Luther : « Ils peuvent tuer l'oie (en tchèque, hus signifie oie) mais, dans cent ans, apparaîtra un cygne qu'ils ne pourront brûler ».

On le coiffe d'une mitre de carton peinte de diables où est inscrit Hérésiarque. Au milieu d'une foule en colère, une escorte armée le conduit au lieu du supplice, un terrain sis hors la ville réservé à l'ensevelissement des chevaux.

Le bourreau lui arrache ses vêtements, le lie au poteau puis l'entoure de paille humide et de fagots.

Selon la tradition, une femme âgée serait venue déposer une brindille au pied du bûcher. La voyant, Jan Hus se serait écrié : « O sancta simplicitas ! »[11]. Ce furent ses dernières paroles.

Ses restes sont jetés dans le Rhin.

Les Guerres hussites[modifier | modifier le code]

Leurs épisodes[modifier | modifier le code]

La bataille de Kratzau (11 novembre 1428), qui opposa Hans von Polenz aux forces hussites.

Dès septembre 1415, la diète des seigneurs de Bohême envoie au Concile une protestation indignée. Déjà, le peuple vénère Jan Hus comme un martyr et un saint.

La « foi nouvelle » et le sentiment de nationalisme tchèque se confondent dans l’emblème du calice (symbole de la communion sous deux espèces, sub utraque specie), derrière lequel les Tchèques résistent à la papauté romaine et à l’empereur germanique.

Après l’exécution de Jan Hus, les pères conciliaires envisagent pour les Tchèques « rebelles » le même sort que pour les Albigeois, c'est-à-dire l’extermination[12]. La noblesse et le peuple tchèques se rebellent. Après la mort de son frère Venceslas, Sigismond doit prendre position. Les quatre articles de Prague (principe d’une vraie réforme restaurant le christianisme primitif) deviennent prétexte à des abus et donnent lieu à des affrontements à l’intérieur du camp hussite.

Les croisades contre les hussites commencent. Un peuple révolté s'organise militairement pour tenir tête, vingt-cinq ans durant, aux armées européennes coalisées, avec pour principaux épisodes :

  • la Défenestration de Prague. Une procession menée par Jan Želivský prend d’assaut l’Hôtel de ville de Prague et précipite les édiles catholiques par les fenêtres. Suivront une insurrection de dix-huit ans et cinq croisades envoyées par le pape Martin V et l'empereur Sigismond, auxquelles les Tchèques résisteront (1419) ;
  • la bataille du Mont Tábor (Bohême du Sud) et la victoire de Kutná Hora (1422) ;
  • la dévastation de la Bohême, de la moitié de l’Allemagne et de la Hongrie par des fanatiques qui sèment la terreur ;
  • l'antagonisme croissant entre Tchèques et Allemands, ces derniers rangés dans le camp papal.

Les chefs élus (Jan Žižka puis, à sa mort, le prêtre Procope Le Chauve) livrent de grandes batailles en Allemagne, Autriche et en Hongrie. Ils écrasent les croisés à Tachov en 1427 et à Domažlice en 1431. La supériorité militaire d'une armée de volontaires et les défaites successives des croisés contraignent l’Église à composer avec « l’hérésie » hussite.

De 1431 à 1441, le concile de Bâle accepter d'aménager la doctrine officielle de l’Église face aux quatre articles de Prague.

Ce qui a été refusé à Jan Hus est donc accordé à Procope : s’exprimer librement en langue tchèque et pratiquer la communion sous les deux espèces. L’évêque de Tábor expose les quatre articles et rappelle qu’aucune autorité religieuse n’a le droit d’ôter la vie, a fortiori à des chrétiens.

Mais les pourparlers traînent en longueur et les combats reprennent. En mai 1434, Procope est vaincu à la Bataille de Lipany, qui marque la défaite des Taborites et ouvre la voie du trône à un hussite modéré, Georges de Poděbrady. À l’issue de ces combats, l’Église accorde quelques concessions supplémentaires aux hussites tchèques (accord Jihlava de 1436).

Leurs conséquences[modifier | modifier le code]

Les guerres hussites provoquent de graves déchirements religieux. L'Église romaine unifiée et l'Église nouvelle issue des doctrines hussites (église calixtine), dirigée par des laïcs qui nomment les prêtres et les rétribuent, sont contraintes de coexister. Plus tard, pour demeurer fidèle aux principes de Jan Hus, « l'unité des frères » se séparera de l'utraquisme qu'elle juge trop modéré.

L'héritage de Jan Hus[modifier | modifier le code]

Jan Hus, Monument à la mémoire de Martin Luther à Worms.

Jan Hus apparaît comme un précurseur de Martin Luther, qui reprendra nombre de ses thèses. Selon Amedeo Molnár, d’« une certaine manière on peut estimer que Jan Hus n’était pas un préréformateur, mais que Luther était un posthussite »[13].

Le Monument à la mémoire de Martin Luther représente Jan Hus en soutien de Luther. La réforme luthérienne[14] trouvera un terrain favorable chez les Tchèques, dont près des deux tiers reconnaissent la confession de 1575 inspirée de celle d'Augsbourg.

Le nom de Jan Hus est gravé sur le Monument international de la Réformation.

En novembre 1620, la répression qui suit le désastre de la Montagne Blanche, où les Tchèques sont écrasés par les troupes de Ferdinand II du Saint-Empire, anéantit définitivement le courant hussite.

Le monument dédié à Jan Hus sur la place de la Vieille-Ville de Prague. Le réformateur religieux (au centre) y symbolise l'intégrité morale, les groupes qui l'entourent les gloires et les souffrances du peuple tchèque.

Ses disciples le considèrent comme un patriote et un martyr de la nation tchèque et de la foi chrétienne. Sa mort déclenche une révolution religieuse, politique et sociale qui secouera la Bohême et la Moravie pendant plusieurs décennies. Au-delà de la question religieuse, le mouvement hussite entraîne des « effets secondaires » à caractère politique (prise de conscience de l'identité nationale tchèque et volonté de libération de l'emprise allemande) qui se manifesteront, des siècles plus tard, lors de la dislocation de l'Empire austro-hongrois.

L'« association Jan Hus », fondée en France en 1981 par les enseignants français Alan Montefiore et Catherine Audard, qui souhaitent venir en aide à leurs collègues tchécoslovaques opposés au processus de « Normalisation du régime communiste » (à l'instar de la charte 77), est une branche de la Jan Hus Educational Foundation (en). Elle a organisé des voyages d'intellectuels français (Paul Ricoeur, Jacques Derrida et Jean-Pierre Vernant) en Tchécoslovaquie pour débattre et enseigner dans des séminaires clandestins[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. selon la Nouvelle biographie générale - Firmin-Didot frères éd., 1858, Jan Hus serait né le 6 juillet 1373, le jour de son futur supplice.
  2. De l'orthographe de la langue de Bohême.
  3. comparer sch et š ; tsch et č.
  4. avec lequel Jan Hus a pu se familiariser au cloître d'Emmaüs de Prague, fondé le 21 novembre 1347, alors centre important de la culture et de la liturgie du vieux slave.
  5. Discussion à trois. Ouvrage probablement apporté en Bohême par son disciple et ami Jérôme de Prague, qui l'a recopié lors de son séjour à Oxford.
  6. en 1400, le roi Venceslas a été dépossédé de la dignité impériale. Son appel au pape pour invalider la décision des princes-électeurs est resté sans effet.
  7. A l'époque, comme le souligne l'article Grand Schisme d'Occident, avec trois papes en titre, ce sont trois administrations parallèles qu'il convient de financer, donc autant de « voix » et de soutiens qu'il faut acheter.
  8. Question de maître Jean Hus à propos des indulgences.
  9. a et b De l'Église.
  10. a et b Gervais Dumeige, Textes doctrinaux du magistère de l'Église sur la foi catholique, Karthala Éditions,‎ 1993 (lire en ligne), p. 251.
  11. « Sainte simplicité ! »
  12. ce qui arrangerait bien la noblesse allemande, qui pourrait reconquérir pouvoir et territoires perdus.
  13. Éric Deheunynck, article de Liens protestants (mars 2007) : article.
  14. lors de la dispute de Leipzig, Luther se voit reprocher par le théologien catholique Jean Eck d'avoir des positions proches de celles de Hus ; cf. Annick Sibué, Luther et la réforme protestante, Eyrolles, 2011, coll. « Eyrolles Pratique », p. 17.
  15. Emmanuel Laurentin, émission « Vivre en clandestinité » sur France Culture, 24 septembre 2012.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Berthier, Bakounine et la Réforme protestante suivi de La référence à Jan Hus chez Bakounine, Cercle d’Études libertaires Gaston Leval,‎ (lire en ligne).
  • Jean Boulier, Jean Hus, Bruxelles, Éditions Complexes,‎ .
  • Paul De Vooght, L'hérésie de Jean Huss, Louvain, Publications Universitaires de Louvain,‎ .
  • Ernest Denis, Jean Huss et les Hussites, Paris, Leroux,‎ .
  • Richard Friedenthal, Jan Hus, hérétique et rebelle, Calmann-Levy,‎ .
  • Daniel S. Larangé, La Parole de Dieu en Bohême et Moravie. La tradition de la prédication de Jan Hus à Jan Amos Comenius, Paris, L'Harmattan,‎ .
  • Jan Lavička, Anthologie hussite, Publications Orientalistes de France,‎ .
  • Amedeo Molnár, Jean Hus. Témoin de la vérité, Paris, Bergers et Mages,‎ (ISBN 2853040518).
  • Jean Puyo, Jan Hus : un drame au cœur de l'Église, Desclee de Brouwer, coll. « Temps et Visages »,‎ (ISBN 2220041662).
  • Aimé Richardt, Jean Huss, précurseur de Luther, Éditions François-Xavier de Guibert,‎ (ISBN 978-2-75540-560-6).
  • František Šmahel, La révolution hussite, une anomalie historique, Presses universitaires de France,‎ .

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]