Possessions de Louviers

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 Ne pas confondre avec l' Affaire de Loudun, cas de possessions démoniaques dans un autre couvent d'Ursulines au XVIIe siècle.
Tenue d'ursuline

L'affaire des possessions de Louviers est une série de cas de possessions qui a eu lieu au couvent Saint-Louis-Sainte-Elisabeth des Ursulines de Louviers, en Normandie (France), de 1643 jusqu'à la clôture du procès en 1647. Elle est similaire à l'affaire des possessions d'Aix-en-Provence et à l'affaire des démons de Loudun, survenues auparavant.

Les pratiques immorales[modifier | modifier le code]

Il est difficile d'établir si des pratiques licencieuses préexistaient à la venue de Magdeleine Bavent au monastère, vers 1622. Selon les religieuses, elle entre au couvent déjà « débauchée »[1] et devient complice du confesseur Pierre David. Celui-ci, peut-être influencé par les pensées adamites et soutenu par les supérieures, instaure un climat érotique et libertaire où les sœurs se dénudent et se livrent au saphisme. Au décès du religieux bien peu vertueux, le curé Mathurin Le Picard le remplace et, éclairé par la confession de Magdeleine dont il tombe immédiatement amoureux, poursuit la « charnalité » de son prédécesseur, y adjoignant des pratiques de magie et de sabbats[1]. Il est mentionné alors « cinquante-deux religieuses, jouets de leur abominable confesseur »[1]. Le prêtre meurt en septembre 1642, laissant les religieuses aux tourments de leurs « pratiques infernales »[2], ou du moins charnelles.

Les possessions, 1643[modifier | modifier le code]

Les cas de possessions démoniaques des religieuses du couvent, l'affaire proprement dite, apparaissent en 1643 après la mort de Mathurin Le Picard et ses actes de sorcellerie et d'affaires de mœurs avec sœur Magdelaine. Les religieuses de son entourage se déclarent chacune habitée d'un démon, possédée, tandis que Magdelaine passe pour ensorcelée[3]. Nommés Behemond, Accaron, Dagon "sous la forme d'un jeune homme"[2], Encitif pour sœur Barbe de Saint-Michel[4],[1], Léviathan pour sœur Anne de la Nativité, les démons "accusent", par l'entremise des religieuses, Magdelaine Bavent de les avoir attirés dans le couvent[5]. Elles parlent en langues inconnues, blasphèment obscènement, se convulsent, états constatés en la présence de l'évêque d’Évreux le 2 mars 1643[5]. Elles déclarent aussi converser avec le Diable, apparaissant comme un "bel ange"[6]. Magdelaine Bavent, tout en reconnaissant des pratiques immorales et de sorcelleries antérieures, se défend en accusant les sœurs de jalousies, et plus spécifiquement Anne Barré de la Nativité d'être blasphématoire (décembre 1642) puis en commerce avec le Diable (janvier 1643) ayant les traits d'un "jeune homme, mais tout nu"[2]p.43.

Après les exorcismes pratiqués sur les religieuses, la condamnation à la prison de Magdelaine Bavent et l’exécution du protagoniste masculin (Thomas Boullé, vicaire de Le Picard), les ursulines sont transférées dans d'autres monastères[7].

Bien que le lien entre les trois n'ait pas été clairement stipulé à l'époque[8], l'affaire de Louviers présente de grandes similitudes avec celles de Loudun et d'Aix-en-Provence, antérieures : des ursulines accusées de possession ou envoutement démoniaque, luxure et immoralité, sorcellerie, sous la coupe d'un religieux initiateur et lubrique qui sera condamné au bûcher (éventuellement post-mortem).

Dans le contexte de la chasse aux sorcières de la Contre-Réforme, cette affaire s'inscrit dans la vague de possessions démoniaques urbaines[9] où se mêlent pressions psychosociologiques et intrication de sentiments extatiques et d'exaltation[10] avec des pulsions sexuelles refoulées, peut-être plus spécifiquement liées à des prémisses de féminisme, voire de libertinage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d C.P. de Lasteyrie, « Histoire de la confession - lire en ligne »,‎
  2. a, b et c « Histoire de Magdelaine Bavent - Lire en ligne », sur Gallica.bnf.fr,‎
  3. « Citation de S. Alexandrian »
  4. Celle-ci « tomba dans de violentes convulsions, faisant de tout son corps un arc, ayant les doigts des pieds et des mains recourbés en dedans et en dehors. Elle se roula sur le plancher, se mit à péter, et rendit par les parties inférieures toutes sortes d'excréments tant inutiles que nécessaires » (in Les putains du Diable, Armelle Le Bras-Chopard, Plon 2006, p.74). Soient des réactions entièrement psychosomatiques
  5. a et b Alexandrian, Histoire de la philosophie occulte, Seghers, (ISBN 978-2221011225), p. 351
  6. « Article en anglais »
  7. Louis du Bois, Recherches archéologiques, historiques, biographiques et littéraires sur la Normandie, Paris, (lire en ligne), p.43
  8. En dehors de l'abbé de Poitiers qui déclare en 1634 que les « filles de Chinon [se disant possédées, ont eu] leur imagination pervertie au récit de l'histoire de Loudun » (in R.Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, p.246)
  9. Parallèlement à une persécution de la sorcellerie rurale et non-intellectuelle, une chasse plus fondée sur l'affirmation de l’État central et la lutte contre des restes de paganisme traditionnels. Cette sorcellerie sera généralement l'objet d'une justice plus expéditive et plus sévère (bûcher pour les sorcières du bas-peuple, mais prison et possibilité de rémission - cf. Jeanne des Anges - pour les religieuses cultivées).
  10. Jean Wier mentionnait déjà en 1562 des cas d'exaltations chez certaines personnes qui allèrent jusqu'à simuler la possession (in Les putains du Diable, Armelle Le Bras-Chopard, Plon, p.177).

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Montague Summers, The Geography of Witchcraft, London, Routledge and Kegan Paul, coll. « History of Civilization »,
  • (en) Jules Michelet, La Sorcière, Reprint, Secaucus, N.J.: Citadel Press, 1992
  • L'affaire des possédées de Louviers
  • Confession d'une sorcière. L'affaire de Louviers, Édition et notes de Stéphane Vautier, La Louve, 2015.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]