Démonologie

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Jérôme Bosch : la Tentation de saint Antoine.

La démonologie est un terme désignant l'étude des démons ou les croyances liées aux démons[1]. Le mot « démonologie » provient du grec δαίμων (daimōn), « divinité », « pouvoir divin », « Dieu »[2] et de -λογία (-logia).

Jusqu'à la fin du XIIIe siècle, peu d'intérêt était porté aux démons. Le Traité sur le mal de saint Thomas d'Aquin en 1272 rappelle que le diable est un hérétique, la sorcellerie un crime d'hérésie. Les théologiens vont alors se pencher sur les entités du Mal. La démonologie était conduite sous les auspices et avec les encouragements des plus hautes autorités catholiques et du pape lui-même.

Définition[modifier | modifier le code]

Les objectifs de la démonologie sont d'opérer une classification hiérarchique des démons, de connaître leurs histoires et de comprendre leur façon d'opérer. À cela, il existe deux parties le Bien représenté par Dieu et le Mal représenté par le diable[3].

Satan, Léviathan[4], Bélial et Lucifer sont quatre êtres différents. Le nombre 666 est couramment associé à Satan ; il provient de la Bible et symbolise ce qui est humain[5]. Les démons bibliques répondent à une hiérarchie bien déterminée semblable à celle des militaires.

D'après Richelmus de Schental, abbé cistercien de Wurtemberg au XIIIe siècle, les démons se comptent par centaines de milliards. En 1467, Alphonsus de Spina en calcule 133 306 668[6]. Au XVIe siècle, Jean Wier n'en enregistre que 44 435 556, divisés en 666 légions commandées par 66 princes. D'autres savants démonologues contestent ces chiffres incluant Pannethorne Hugues (qui en recense 1 758 064 176), Martin Barshaus (2 665 866 746 664) et Jean Oswald (14 400 000)[réf. nécessaire]. Chaque démon possède ses propres caractéristiques. Certains ont un nom tiré de leurs façons de se manifester (Belzébuth le seigneur des mouches, etc.).

Au XIXème siècle[modifier | modifier le code]

Dans le contexte français actuel, la démonologie est souvent vue comme appartenant au passé et fondée sur de rares ouvrages de référence, généralement antérieurs à 1650. Il est nécessaire de faire remarquer que l’étude de l’action dans le monde des esprits infernaux, a été grandement renouvelée à la fin du XIXème siècle par trois auteurs majeurs dont les ouvrages, qui étaient quasiment introuvables au XXème siècle, sont récemment disponibles de nouveau grâce au numérique sur Gallica notamment et réédités aux éditions Saint Rémi. Le plus connu et le précurseur est le chevalier Gougenot des Mousseaux (1805-1876) qui a écrit : Mœurs et pratiques des démons (1854), La Magie au dix-neuvième siècle, ses agents, ses vérités, ses mensonges (1860), Les Médiateurs et les moyens de la magie (1863) et Les Hauts Phénomènes de la magie, précédés du Spiritisme antique (1864).

Il a collaboré avec le marquis de Mirville (1802-1873) qui a écrit : Des esprits et de leurs manifestations diverses (1863), ouvrage en 5 Tomes, ainsi qu’avec l’avocat Joseph Bizouard (1797-1870) qui est l’auteur de l’intéressant ouvrage : Des rapports de l'homme avec le démon (1863), en 6 tomes.

Ces trois auteurs sont d’une importance majeure pour comprendre la démonologie, son histoire et les faits qui lui ont donné naissance, car ce sont des érudits qui ont écrit des ouvrages encyclopédiques sur le sujet (environ 30 000 pages, au total). Il faut rajouter que ces auteurs maîtrisent le grec et le latin et citent abondamment les très nombreuses sources gréco-latines parlant des esprits mauvais et de leurs actions rapportées par d’abondants témoignages, plus spécialement dans l’Empire romain et dans une moindre mesure en Grèce. Précisons que les sources de ces trois auteurs se croisent régulièrement, car ils se fréquentaient et ont enquêtés ensemble sur le surnaturel à leur époque et dans l'antiquité. Cependant, chacun apporte des précisions et des interprétations qui lui sont propres, s’éclairant l’une l’autre pour aider à appréhender ce sujet si mal connu.

Dans la tradition orientale[modifier | modifier le code]

La démonologie orientale s'articule autour de trois piliers :

Le djinn (ou jnoun) est le nom donné aux démons par l'exégèse islamique. On les combat par la récitation assidue des versets du Saint Coran, contenant les sourates de conjuration. Le cheitan est le nom donné au diable par les arabes.

Le shour (s'hur) est un sort ou mauvais œil que l'on jette sur une personne. Ce mot est employé couramment chez les Maghrébins pour désigner une action de sorcellerie et un objet d'ensorcellement. Ce dernier est composé spécialement à cet effet et placé à un endroit précis. Les sépharades et les arabes l'utilisent pour rompre un mariage par exemple. Les femmes brûlent alors de l'encens sur une mixture contenant du jasmin et du romarin[7].

Sous l'empire néo-babylonien de Nabuchodonosor[8], les Philistins, peuple païen de Mésopotamie, ont érigé un temple en l'honneur de Belzébuth. La période antique en Orient a été marquée par un abondant culte au démon, qu'il s'agisse des Assyriens, des Philistins ou de la civilisation égyptienne.

Priape était honoré sous l'apparence d'une divinité au pénis démesuré, apportant force et vigueur à ses fidèles[9].

Dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Jésus-Christ expulse sept démons du corps de Marie-Madeleine, après qu'elle eut lavé ses pieds avec ses cheveux et un flacon d'huile précieuse[10].

Jésus ordonne aux démons de se taire car ceux-ci le dénoncent comme Fils de Dieu, alors qu'il tente de guérir un démoniaque[11].

Jésus-Christ est tenté par Satan dans le désert avant sa vie publique[12].

Quand Jésus envoie les démons dans l'abîme sous formes de porcs[13].

Autres croyances[modifier | modifier le code]

Selon Rudolf Steiner et sa doctrine anthroposophique, la puissance de Lucifer est décrite comme celle qui excite dans l'homme toutes les exaltations, tous les faux mysticismes, l'orgueil qui pousse l'homme à s'élever au-dessus de lui-même[14]. Il décrit la puissance d'Ahriman comme celle qui rend l'homme aride, prosaïque, "philistin", qui ossifie exagérément les corps et qui entraîne l'homme aux superstitions matérialistes[14]. Il explique que la tâche propre de l'homme est de se maintenir en équilibre entre les puissances lucifériennes et les puissances ahrimaniennes; et l'impulsion du Christ aide l'humanité actuelle à garder cet équilibre[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) "Demonology" at Dictionary.com Unabridged, (v 1.1) Random House, Inc.. Consulté le 29 janvier 2007.
  2. (en) Autenrieth, A Homeric Lexicon
  3. (en) "Demon" from Funk & Wagnalls New Encyclopedia, © 2006 World Almanac Education Group, deouishistory.com/ history.com]
  4. Job, XL, 19
  5. (en) Demon, entry in the Online Etymology Dictionary, © 2001 Douglas Harper, dictionary.com
  6. Fortalicium fidei, Strasbourg, 1460
  7. Éliette Abécassis, Sépharade : roman, Paris, A. Michel, , 455 p., 21 cm (ISBN 978-2-226-19223-3, notice BnF no FRBNF42036638)
  8. Ancien Testament de la Bible de Jérusalem, 2 Roi 25
  9. http://mythologica.fr/grec/priape.htm
  10. Évangile selon Saint Luc, 7, 36-50
  11. Évangile selon Saint Marc, 9, 14-32
  12. Évangile selon Saint Marc 1,12-13
  13. Évangile selon Luc 8,26-39
  14. a b et c Rudolf Steiner, Lucifer et Ahriman, Éditions Anthroposophiques Romandes, 1977, p. 16

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Boureau, Satan hérétique : naissance de la démonologie dans l'Occident médiéval (1280-1330), Odile Jacob, , 319 p. (ISBN 2-7381-1366-4, lire en ligne).
  • Jean Bodin, De la démonomanie des sorciers, (Paris, 1580) disponible sur Gallica
  • Nicolas Rémy, La démonolâtrie, (1582) — Ouvrage écrit par le secrétaire du duc de Lorraine Charles III, qui condamna à mort 900 sorcières en 15 ans.
  • Henry Boguet, Discours exécrable des sorciers (Lyon, 1602) disponible sur Gallica — L'auteur de cet ouvrage prononça 600 sentences contre des sorcières ; son livre connut onze rééditions.
  • Pierre de Lancre, Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons (Paris, 1612, réédition Aubier-Montaigne, 1982) — Ouvrage dans lequel il est beaucoup question des sorciers et de la sorcellerie.
  • Liste authentique des religieuses et séculières possédées, obsédées, maléficiées, le nom de leurs démons, le lieu de leur résidence, avec les signes de leurs sorties (1634)
  • Confessions et histoire de Madeleine Bavent, religieuse de Louviers, avec son interrogatoire, (Rouen, 1652)
  • Jacques Auguste Simon Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, (Paris, 1818) - Ce livre recense toutes les connaissances de l'époque concernant la(les) superstition(s) et la démonologie.
  • Walter Scott, Histoire de la démonologie et de la sorcellerie, dans les Œuvres de Walter Scott, traduit par Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret, Paris, Furne, Charles Gosselin, Perrotin, 1836, vol. 25, p. 225-505 lire sur Google Livres
  • Gougenot des Mousseaux, Mœurs et pratiques des démons (1854), La Magie au dix-neuvième siècle, ses agents, ses vérités, ses mensonges (1860), Les Médiateurs et les moyens de la magie (1863) et Les Hauts Phénomènes de la magie, précédés du Spiritisme antique (1864).
  • Jules de Mirville, Des esprits et de leurs manifestations diverses (1863)
  • Joseph Bizouard, Des rapports de l'homme avec le démon (1863)
  • Alexander Hislop, Les deux Babylones (1916)
  • Henry Ansgar Kelly, Le Diable et ses Démons, Paris, Le cerf, 1977.
  • Kurt Koch, La démonologie dans le passé et aujourd’hui (en anglais)
  • Weirus, De praetistigiis (réédité en 1958)
  • Roland Villeneuve, Dictionnaire du Diable (Bordas, 1989)
  • Laurence Wuidar, Fuga Satanae. Musique et démonologie à l'aube des temps modernes, Genève, Droz, 2018 (344p) ( (ISSN 0071-1934 et 1422-5581))
  • André Frossard, 36 preuves de l'existence du Diable (2000)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]