Conrad de Marbourg

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Détail d'un vitrail représentant Conrad de Marburg

Conrad de Marbourg, né durant la seconde moitié du XIIe siècle entre 1180 et 1200, mort le 30 juillet 1233, est le premier inquisiteur allemand.

Biographie[modifier | modifier le code]

Conrad de Marbourg est un Prêtre séculier de l'ordre des Prémontrés. Ses contemporains l'appellent magister, montrant qu'il eut une formation universitaire, probablement à Paris ou Bologne. Il est décrit comme un homme d'une grande éloquence, très bon théologien, défenseur zélé de la pureté de la Foi Catholique et menant une vie ascétique.

Il se signale d'abord en prêchant la Cinquième croisade, proclamée en 1213 par Innocent III.

En 1225, il devient le directeur spirituel de la jeune veuve du landgrave de Thuringe, la future sainte Élisabeth de Hongrie. Il la traite avec la même sévérité que lui-même, conformément à ses souhaits. Il lui arrive cependant de restreindre son zèle et de lui interdire des mortifications excessives. Après la mort d'Élisabeth en 1231, Conrad sera chargé d'examiner les témoignages relatifs à sa vie et les miracles attribués à son intercession.

En 1227, alors qu'il est écolâtre à Mayence, il est nommé commissaire pontifical en Rhénanie.

En 1231, Grégoire IX met en application sa constitution Excommunicamus instituant l'Inquisition médiévale : le 11 octobre[1], il confère à Conrad le titre d'inquisiteur, le premier à porter ce titre en Allemagne. Le pape le dispense de suivre les obligations de la procédure canonique (te a cognitionibus causarum habere volumus excusatum) et l'autorise à procéder au mieux contre les hérétiques, mais en respectant les décrets papaux. À sa demande, le pape édicte en 1233 la première bulle de l’histoire contre les sorcières, la Vox in Rama en y décrivant le sabbat des sorciers et leur culte du diable[2].

Conrad est laissé libre de choisir ses collaborateurs : il s'adresse aux dominicains par l'intermédiaire des prieurs de Regensburg, Friesach et Strasbourg. Appuyé par le dominicain Conrad Dorso et Jean le Borgne (un laïc), il aide les évêques à réprimer l'hérésie en reprenant le rôle des « témoins synodaux », ces clercs chargés de dénoncer l'hérésie pour permettre à la procédure de s'ouvrir. Conrad de Marbourg lutte contre les « Vaudois » et « Cathares », comme on les appelle alors, sans distinction réelle entre les hérésies, ainsi que contre le groupe cathare des Lucifériens.

De l'avis même de ses contemporains, Conrad se montre trop sévère et brutal dans sa fonction. Ses deux assistants sont des ignorants fanatiques, inaptes à cette tâche. Conrad prend pour argent comptant les déclarations des suspects, et sur la foi de ces accusations, enchaîne les arrestations pour hérésie, sans chercher à vérifier l'exactitude des accusations portées. Les accusés peuvent soit confesser leur faute (et se retrouver avec la tête rasée en guise de pénitence), soit protester de leur innocence, au risque d'être jugé hérétique non repenti, et livrés au bras séculier pour finir sur le bûcher. Le nombre de ses victimes n'est pas connu avec précision. En Allemagne occidentale, son activité d'inquisiteur provoqua une panique générale. Il agit avec un tel fanatisme et de manière tellement illégale qu'il soulève la population contre lui.

Il se tourne même contre la haute noblesse, en particulier le comte Henri II de Sayn, qu'il accuse d'hérésie luciférienne. Sayn fait appel à l'achevêque de Mayence, Siegfried III von Eppstein, qui convoque pour le 25 juillet 1233 un synode pour vérifier les charges pesant contre l'aristocrate. Les évêques et les nobles présents au synode voient l'activité de Conrad d'un œil hostile, et Conrad est incapable de prouver ses accusations contre le comte Henri. Sur ce, désavoué, Conrad ne renonce pas à sa mission qu'il jugeait juste. Fort du mandat qu'il tient du pape, il entreprend de prêcher une croisade contre les nobles hérétiques. Cinq jours plus tard, le 30 juillet 1233, il meurt avec son compagnon Gerhard Lutzelkolb dans une embuscade, massacré par des chevaliers alors qu'il revient à Marbourg.

Littérature[modifier | modifier le code]

Conrad von Marburg est représenté dans la tragédie des Saints du romancier anglais Charles Kingsley. Il est aussi représenté dans les bandes dessinées Le Troisième Testament de Xavier Dorison et Alex Alice, et Urielle de Clarke et Denis Lapière

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Uwe Brunn, Des contestataires aux Cathares: discours de réforme et propagande antihérétique dans les pays du Rhin et de la Meuse avant l'Inquisition, Institut d'études augustiniennes, 2006 -
  2. Colette Arnould, Histoire de la sorcellerie, Tallandier,‎ 19 mars 2009, 494 p. (ISBN 2847345655), p. 27

Bibliographie[modifier | modifier le code]