Malleus Maleficarum

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Le Marteau des sorcières
Image illustrative de l’article Malleus Maleficarum
Malleus Maleficarum, Lyon 1669

Auteur Henri Kramer Institoris
(Heinrich Kramer Institoris)
Jacques Sprenger
(Jacob Sprenger)
Pays Flag of Strasbourg.svg Ville libre d'Empire de Strasbourg
Genre Traité de théologie
Version originale
Langue Latin
Titre Malleus Maleficarum
Lieu de parution Strasbourg
Date de parution 1486

Le Malleus Maleficarum (« Marteau des sorcières », c’est-à-dire marteau contre les sorcières), est un traité des dominicains Henri Institoris (Heinrich Kramer Institoris) et Jacques Sprenger (Jacob Sprenger), ayant eu place de coauteur, publié à Strasbourg en 1486 ou 1487[1],[2]. Il connut de nombreuses rééditions. Ce texte est utilisé dans le cadre de la chasse aux sorcières qui débute au XVe siècle en Europe.

Le , le pape Innocent VIII fait paraître la bulle Summis desiderantes affectibus, mettant en garde contre la sorcellerie. Ce document apporte de la légitimité aux deux inquisiteurs, Jacques Sprenger et Henri Institoris, qui s'attaquent alors au problème. Henri Institoris avait tenté de mener des procès en sorcellerie, notamment celui d'Helena Scheuberin dans la ville d'Innsbruck sans succès, et il tente par la suite de défendre ses idées en les publiant et en demandant le soutien de l'Église catholique, jusque-là très réservée sur la question. Les deux hommes publient le livre Malleus Maleficarum (Le Marteau des sorcières). Bien que rapidement condamné par l'Église catholique et mis à l'Index, l'ouvrage eut un large succès dans la lutte contre la sorcellerie chez les catholiques comme chez les protestants à l'époque moderne.

Les auteurs[modifier | modifier le code]

L'essentiel de l'ouvrage est l'œuvre d'Institoris, Sprenger n'ayant joué qu'un rôle mineur. Il y a une polémique indiquant que Sprenger fut précisé comme co-auteur contre son gré puisqu'il était plus connu que l'auteur et que cela permettait de mieux vendre et diffuser le livre.

Institoris, inquisiteur pontifical, chassa les sorcières de l'Alsace à l'Autriche, au prix de nombreuses polémiques.

Résumé[modifier | modifier le code]

Il s’agit pour la majeure partie du texte d’une codification de croyances préexistantes, souvent tirées de textes plus anciens comme le Directorium Inquisitorum de Nicolas Eymerich (1376), et le Formicarius de Johannes Nider (1435). L'arrivée de l'imprimerie en Europe et l'apport, par Gutenberg de la presse à cette technique, permit de diffuser le manuel à grande échelle pour l'époque. L'ouvrage fut réédité de nombreuses fois, et largement utilisé en Europe occidentale, malgré son interdiction en 1490, peu après sa publication, par l'Église catholique.

La première partie du livre traite de la nature de la sorcellerie. Une bonne partie de cette section affirme que les femmes, à cause de leur faiblesse et de l’infériorité de leur intelligence, seraient par nature prédisposées à céder aux tentations de Satan. Le titre même du livre présente le mot maleficarum (avec la voyelle de la terminaison au féminin) et les auteurs déclarent (de façon erronée) que le mot femina (femme) dérive de fe + minus (foi mineure)[3]. Le manuel soutient que certains des actes confessés par les sorcières, comme le fait de se transformer en animaux ou en monstres, ne sont qu’illusions suscitées par le Diable, tandis que d’autres actions comme celles consistant à voler au sabbat, provoquer des tempêtes ou détruire les récoltes sont réellement possibles. Les auteurs insistent en outre de façon morbide sur l’aspect licencieux des rapports sexuels que les sorcières auraient avec les démons[4].

La seconde partie explique comment procéder à la capture, instruire le procès, organiser la détention et l’élimination des sorcières. Cette partie traite aussi de la confiance qu’on peut accorder ou non aux déclarations des témoins, dont les accusations sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance ; les auteurs affirment toutefois que les indiscrétions et la rumeur publique sont suffisantes pour conduire une personne devant les tribunaux et qu’une défense trop véhémente d’un avocat prouve que celui-ci est ensorcelé. Le manuel donne des indications sur la manière d’éviter aux autorités d’être sujettes à la sorcellerie et rassurent le lecteur sur le fait que les juges, en tant que représentants de Dieu, sont immunisés contre le pouvoir des sorcières. Une grande partie est consacrée à l’illustration des signes[5], dont la glossolalie, la voyance et la psychokinèse et les « marques du diable » (pattes de crapaud au blanc de l'œil, taches sur la peau, zones insensibles, maigreur…). Elle est consacrée aussi aux techniques d’extorsion des confessions, des preuves (notamment la pesée et l'ordalie par l'eau glacée) et à la pratique de la torture durant les interrogatoires : il est en particulier recommandé d’utiliser le fer rougi au feu pour le rasage du corps en son entier des accusées, afin de trouver la fameuse « marque du Diable », qui prouverait leur supposée culpabilité.

Réception et condamnation de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

On en a recensé au moins 34 rééditions entre 1487 et 1669, période principale de la chasse aux sorcières et des polémiques et débats qu'elle entraîna.

L'ouvrage fut interdit par l'Église catholique peu après sa parution. Il fut mis à l'Index car contraire aux enseignements catholiques en matière de démonologie. Le pouvoir des démons de causer des catastrophes naturelles, par exemple, est une idée qui fut déclarée fausse lors du premier concile de Braga vers 561 dans le canon 8.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Dedieu (compte-rendu de « Henri Institoris et Jacques Sprenger, Le marteau des sorcières (Malleus Maleficarum) traduction d'Amand Danet, Grenoble, Jérôme Millon, 1990 » dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1991, vol. 46, n° 6, pp. 1294-1295.)
  2. Marie-Pascale Rauzier, Lieux mystérieux et insolites en Alsace, Rennes, Éditions Ouest France, , 144 p. (ISBN 978-2-7373-5812-8), p. 116
  3. Google Books, livre "Raison d'État, raison de Dieu: politique et mystique chez Jeanne de France" par Jean-François Drèze, édition Beauchesne
  4. Google Books, livre "Procréer: Histoire et représentations" par Claude Humeau, édition Odile Jacob
  5. Des « détecteurs de sorciers » et « détecteurs de sorcières », généralement d'anciens sorciers repentis, étaient habilités à les déceler aux XVIe et XVIIe siècles

Annexes[modifier | modifier le code]

wikilien alternatif2

Voir sur Wikisource en latin :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]