Étalement urbain

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Étalement urbain de la banlieue de Paris
Étalement urbain de la banlieue de Paris (2005)

L'étalement urbain est une expression désignant le phénomène de développement des surfaces urbanisées sur la périphérie des villes de façon plus rapide que la croissance démographique[1]. On parle aussi de périurbanisation qui désigne un processus de développement périphérique des agglomérations par un desserrement des populations et des activités[2], et une  densification de l’espace rural autour des agglomérations par un appui sur les noyaux habités préexistants (villages, bourgs) ainsi que sur les grands axes de communication[3]. La périurbanisation peut être considérée comme un processus qui accompagne l'étalement urbain.

Selon l'Agence européenne pour l'environnement, l'étalement urbain se manifeste lorsque le taux de changement d'occupation des terres excède le taux de croissance de la population, autrement dit quand, sur un territoire donné, la progression des surfaces urbanisées excède la progression de la population[4].

En Amérique du Nord, en raison d’« une planification et une occupation des sols peu contraignantes, alliées à une progression des populations affluant », le développement urbain représente près d’un pour cent de la surface du Canada (OCDE 2004) et 3,1 pour cent de la surface des États-Unis [5]. C'est un des sujets de préoccupation du Programme des Nations unies pour l'environnement. Ce sujet était soulevé dans le rapport GEO-3 et selon le rapport GEO-4 de 2007 « reste un des défis les plus intimidants qui se posent à la qualité de l’environnement en Amérique du Nord »[6]. La taille des maisons et les lotissements grandit, alors que le nombre moyen d’habitants par maison a chuté [6].

Ceci a entrainé une augmentation du nombre de voitures, de kilomètres parcourus et de routes imperméabilisées en Amérique du Nord au cours des 20 dernières années. En effet, vitesse et longueur de déplacement et étalement urbain sont intimement liés : depuis 1960, l’explosion des mobilités a engendré une dilatation croissante des espaces urbains et des territoires. Cet étalement, qui est lié au développement démographique des agglomérations (ex : celle de Toulouse), se fait avec une densité du bâti d'autant plus faible que l'on s'éloigne du cœur des villes. La faible densité est due au caractère pavillonnaire de cette urbanisation, qui prend le plus souvent la forme du lotissement, la surface occupée par un foyer (maison et jardin privatif) étant plus importante que celle d'un appartement en immeuble, ainsi qu'à l'importance des espaces naturels conservés dans les communes concernées. Mais l’étalement urbain n’est pas le seul fait de l’habitat pavillonnaire : plus de la moitié des mètres carrés construits chaque année sont consacrés aux activités économiques[7].

Exemple d'étalement pavillonnaire dans la banlieue de Levittown (Pennsylvanie, États-Unis).

Histoire[modifier | modifier le code]

Déjà au XIXe siècle, les théories hygiénistes préconisent, à une époque où la ville s'industrialise (avec toutes les conséquences que cela entraîne), une faible densité afin de « faire circuler l'air ». Ce mouvement s'accompagne des premières formes de transports en commun, qui accroissent la mobilité des populations : le chemin de fer. C'est aussi pour pallier les inconvénients de la ville qu'Ebenezer Howard (urbaniste anglais) imagine le concept des cités-jardins, entraînant une urbanisation à faible densité.

Le développement de l'automobile et sa démocratisation permettent un fort accroissement de l'étalement urbain, car les déplacements se sont affranchis de la dépendance liée aux transports en commun et ont ainsi permis la multiplication de ces urbanisations de très faible densité, essentiellement desservies par le réseau routier. L'accroissement de l'étalement urbain est de ce fait chronologiquement lié à cette démocratisation de l'automobile. Il se développe massivement dès le milieu du XXe siècle aux États-Unis et dans le dernier quart du XXe siècle en Europe occidentale, il apparait par exemple en France dans les années 1920 alors qu'il est plus précoce au Royaume-Uni.

L'étalement urbain est le produit d'une volonté d'abord individuelle qui se développe avec le rêve pavillonnaire et le désir d'un retour à la nature tout en bénéficiant des avantages de la proximité de la ville[8]. À cela s'ajoute dans les années 1970 le phénomène des "edges cities" développé par Joel Garreau aux États-Unis[9]. Ce phénomène produit un accroissement de l'étalement urbain par la création de zones d'emplois et d'activités qui attirent des populations en zone périurbaine ou suburbaine. Enfin l'étalement urbain peut être l'objet de politique publique afin de limiter ou d'organiser l'étalement urbain comme l'exemple du cluster du plateau de Saclay en Île-de-France par l'intermédiaire de l'Établissement public d'aménagement Paris-Saclay[10]

Avec la crise économique de 2008, les deux piliers contribuant au développement de l’étalement urbain –demande importante de logements et faible prix de l’essence– se sont affaiblis. Ainsi, le resserrement de l’accès au crédit et la hausse des prix du pétrole s'est traduit par une baisse relative de l’activité de l’industrie du bâtiment dans les espaces périurbains[11]. Or, le prix du pétrole ne cesse de baisser depuis 2014 alors que l’accès au crédit se voit favorisé par des faibles taux d’intérêt, malgré une tiède reprise économique dans les pays développés. À quel point donc ce déclin de l’étalement urbain peut être durable dans le temps ?

Le concept[modifier | modifier le code]

Les déterminants économiques de l'étalement urbain : les spécialistes des études foncières, comme Joseph Comby et Olivier Piron, urbanistes, ont montré que « beaucoup des ménages s’installent dans le périurbain pour se rapprocher de leur travail, à savoir les nouveaux pôles d'activités économiques de périphérie. Prendre en compte le coût de leurs déplacements vers le centre-ville n’a aucun sens »[12].

La principale motivation des personnes choisissant ce mode d'habitat est d'échapper au coût élevé, parfois prohibitif, du logement urbain, en raison essentiellement de la forte demande pour les quartiers centraux. Choisir les banlieues permet souvent, pour le prix d'un appartement en ville, l'achat d'une maison plus vaste avec jardin. Le principal inconvénient est l'éloignement du lieu de travail (le télétravail n'ayant pas encore permis de remplacer significativement et efficacement la concentration physique des individus dans des locaux afin de produire une activité économique collective) qui provoque les migrations pendulaires et les embouteillages, sans compter l'effet écologique d'un tel développement.

De plus, le bénéfice induit par le coût plus faible du logement est réduit par les coûts entraînés par l'éloignement. Deux voitures par foyer sont quasiment indispensables dans les zones pavillonnaires, elles représentent à long terme une part très importante du budget familial.

Lotissement pavillonnaire périurbain à Maule dans les Yvelines (France)

Une autre motivation importante est le choix d'un cadre de vie plus agréable car plus proche de la campagne, plus calme, et qui permet d'échapper à l'« entassement urbain », qui serait source de stress et d'agressivité. La ville a souffert de son image négative et en souffre encore, malgré les nettes améliorations du cadre de vie en ville.

L'étalement urbain peut être mis en parallèle avec le développement du parc automobile et des infrastructures routières, de zones d'activités commerciales et industrielles, qui nécessitent des surfaces importantes et qui sont rejetées des centres-villes à la fois à cause du coût de l'immobilier et du fait du rejet de certaines nuisances liées à ces activités.

S'agit-il en fait d'un concept ou plutôt d'un constat lié à plusieurs phénomènes, tant individuels que collectifs ? Il n'y a pas eu rationalisation, mais plutôt tendance naturelle, que les discours sur la maîtrise n'ont pas enrayé :

– à titre individuel, la volonté de bénéficier des services de la grande ville sans en supporter les contraintes, la difficulté de choisir un logement proche de son travail alors que l'on travaille à deux ou plus et que les mobilités professionnelles rendent vite caduc le premier choix, suivant l'âge des enfants, le souhait de leur offrir des espaces de calme et de verdure ;
– à titre collectif, l'attraction des métropoles et donc les besoins d'expansion, le souhait des communes de la périphérie de bénéficier aussi de l'apport de population qui permet de maintenir écoles et services de base, enfin l'absence claire de politique cohérente et de limites fermes à l'extension de la ville (absence largement liée à la faible densité réelle ou supposée du territoire).

Limites et critiques[modifier | modifier le code]

Les gestionnaires de services d'intérêt général subissent une hausse des dépenses nécessaires à la construction et l'entretien des réseaux (eau, gaz, électricité, lignes téléphoniques, transport de personnes, que ce soit des transports collectifs ou des routes, etc.). Ces dépenses ne sont pas à négliger, car elles ne sont pas liées à l'augmentation de la population, en croissance faible dans les pays occidentaux : l'essentiel des nouveaux réseaux sont établis pour desservir une population dispersée et peu dense, ce qui rend problématique à terme l'amortissement des dépenses, qui sont supérieures pour l'ensemble de la collectivité. Symétriquement, dans les territoires déjà urbanisés, la sous utilisation croissante des équipements publics dégrade les conditions financières de leur gestion courante, de leur maintenance et de coûteuses mises aux normes.

L'étalement urbain est localement associé à la constitution de « villes dortoirs » et de fortes migrations pendulaires, ce qui demande de plus grands investissements en infrastructures routières, et de plus grandes dépenses énergétiques[13], ainsi qu’une plus grande pollution au gaz carbonique[14]. De plus, l’augmentation des surfaces artificielles augmente la gravité et la rapidité des inondations.

Au-delà de ces aspects techniques, l'étalement urbain peut occasionner une perte de naturalité, ainsi que de la ruralité, à la fois comme élément paysager et comme mode de vie.

Effets sur la naturalité des paysages et les services écosystémiques[modifier | modifier le code]

La périurbanisation contribue à la destruction de milieux et à la fragmentation écologique des paysages et de l'environnement nocturne (à cause de l'éclairage public qui accompagne les lotissements). L'étalement des lotissements, des espaces commerciaux et énergétiques aux lisières de zones naturelles ou protégées, menacent souvent leur intégrité[15] et favorisent l'introduction de nouvelles espèces (éventuellement susceptibles de devenir invasive).

En Amérique du Nord, Au début des années 2000, le réseau routier occupe environ 1 % cent de la surface des terres mais on estime qu'il « altère » directement les structures et fonctions écologiques de 22 % de l'espace [16]. « Là où la périurbanisation est rapide, la richesse et l’endémisme des espèces diminuent à mesure que la couverture urbaine augmente, menaçant la biodiversité »[16]. La fragmentation écopaysagère menace d’extinction au moins 500 espèces aux États-Unis[16]. « Elle procure également de nouveaux points d’entrée aux espèces invasives déjà introduites par d’autres moyens » [16]

La constitution de lotissements et maisons en lisière de forêts et prairies vulnérables au feu est un facteur d'augmentation du nombre d’incendies accidentels aux États-Unis (Hermansen 2003, CFS 2004). Les feux et le drainage favorisent ensuite les espèces allogènes pathogènes des arbres, avec un coût croissant (CFS 2004).
À titre d'exemple, aux États-Unis en 2000, les installations urbaines et suburbaines couvraient environ 126 000 km2 et le logement exurbain occupait sept fois plus de place (avec 11,8 % de tout le territoire américain). Les zones les plus touchée (début des années 2000) sont les zones rurales des Montagnes Rocheuses, les États du Sud et la Californie[17]. Aux États-Unis toujours, l’étalement croissant des ceintures urbaines augmente la fragmentation forestière, et à la disparition de forêts et prairies ainsi que des sols agricoles, zones humides et d’autres ressources telles que les habitats naturels et la biodiversité ; sur 36 400 km2 construits de 1997 à 2001, 20 % étaient antérieurement des terres agricoles, 46 % des forêts et 16 % des pâturages (NRCS 2003). L'étalement urbain est une menace de plus pour la grande prairie du centre de l'Amérique du Nord, autrefois immense et devenue en deux siècles « l'un des écosystèmes les plus menacés, tant à l’échelle du continent qu’au niveau mondial »[18]; Près de 50 % du recul des prairies de 1982 à 1997 aux États-Unis est due au développement urbain [19].

L'imperméabilisation et le ruissellement urbain sont des sources de transferts de pollution et de moindre réapprovisionnement des nappes phréatiques (Marsalek et al. 2002). La population rurbaine importe des véhicules tout-terrain dont les pistes contribuent aussi à la fragmentation écologique des milieux, à l'aggravation de l’érosion et au dérangement (pollution sonore notamment) et à la pollution de l'air en particulier aux États-Unis [20].

Les périurbains sont plus exposés à certains risques sanitaires[21](ex : Maladie de Lyme et autres véhiculés par les tiques dont les populations sont en extension)

Une entrave au développement durable[modifier | modifier le code]

D'après l'Institut français de l'environnement (Ifen), 60 000 hectares de terres naturelles ou agricoles disparaissent chaque année en France sous l'effet de l'urbanisation[22]. Les surfaces artificielles (routes, bâtiments, parkings, etc.) augmentent trois fois plus vite que la population (en France, la population a augmenté de 8 % de 1982 à 1999, les surfaces artificielles de 42 %[23]). Dans certaines régions, les surfaces artificielles ont même doublé durant la même période (cas du Pas-de-Calais[24], avec une augmentation de 95 % des surfaces artificielles pour une croissance de quelques points de la population).

En artificialisant de plus en plus de sols (routes, habitations individuelles plus vastes…), ce sont sans cesse plus d'espaces agricoles, forestiers, pastoraux ou des espaces naturels qui disparaissent, et avec eux leur faune et leur flore. En jargon biologiste, le biotope disparaissant, la biocénose associée disparait, et en conséquence, l'écosystème n'existe plus.

Outre la faune et la flore, les sols artificialisés nuisent à l'infiltration des eaux de pluie et favorisent le ruissellement, facteur d'érosion sur les terres — cultivées ou non — mitoyennes. L'étalement urbain peut ainsi entraîner la raréfaction — voire la disparition — de certaines espèces animales (comme la tortue d'Hermann ou certaines grenouilles) ou végétales. Le morcellement de l'habitat naturel, qui peut constituer une barrière aux flux de gènes entre les différentes populations d'une même espèce, peut ainsi être à l'origine d'une réduction de la diversité génétique.

Par ailleurs, le coût énergétique de ce type de développement est élevé, du fait de l'accroissement des déplacements qu'il induit et de la plus grande difficulté à chauffer et isoler thermiquement les constructions de faible densité qui accompagnent l'étalement urbain.

L'étalement urbain est souvent lié à la spécialisation fonctionnelle des espaces (séparation sur le territoire des fonctions de logement, d'emploi et de service) et à la ségrégation spatiale (embourgeoisement du centre-ville, périurbanisation des classes moyennes et « ghettoïsation » des classes les plus pauvres). La combinaison de ces phénomènes est fortement génératrice d'émissions de gaz à effet de serre, en particulier parce qu'elle a pour conséquence d'augmenter la mobilité locale (réalisée dans un rayon de 80 km autour du domicile). Ces évolutions entraînent également une augmentation de la vulnérabilité des territoires aux changements climatiques via la fragilisation de la biodiversité et la réduction des espaces agricoles, alors même que leur préservation est essentielle pour maintenir une capacité d'adaptation, ou encore via l'augmentation des risques d'inondation par l'artificialisation des sols[25].

Le développement durable est ainsi difficilement compatible avec les contraintes du périurbain en termes de déplacement et de consommation d’espaces ainsi que des nuisances qu'il apporte. Des solutions ont toutefois été envisagées et parfois mises en œuvre comme à Grenoble avec l’Ecoquartier de Bonnes[26] qui en induisant une mixité d’activités dans le quartier limitant les déplacements ainsi qu’une densification de celui-ci réduisant la consommation d’espace cherche à répondre aux besoins du développement durable.

Un effet sur la ruralité[modifier | modifier le code]

Presque partout dans le monde, en périphérie des villes, la population rurale tend à être remplacée par des « rurbains ». Par exemple, au Canada, l'étalement urbain a été la cause majeure de l’augmentation de la population rurale de 1991 à 1996, en particulier à l’Ouest [1]. Aux États-Unis, de 1990 à 2000, la population « exurbaine » des 22 États situés à l’ouest du fleuve Mississippi a augmenté de 17,3 pour cent (Conner et al. 2001). La croissance de la population dans la vallée centrale de Californie, qui fournit un quart des produits alimentaires du pays, menace dorénavant des terres agricoles [2]

En France, la FNSAFER avertie le 24 mai 2007 que « les espaces ruraux sont encore considérés comme le réservoir de l'extension urbaine ». Dix ans plus tard l'Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) considère que « l'étalement urbain consomme encore 54 000 hectares de terres, essentiellement agricoles, chaque année »[27]

La présentation du nouveau zonage de l’INSEE en octobre 2011, dans lequel l’« espace à dominante rural » disparaît[28] a été considérée par certains comme la preuve symbolique de la mort de la « ruralité », en lien avec l’étalement urbain. D’abord, la rurbanisation des espaces ruraux entraine un changement dans les fonctions résidentielles des communes rurales qui perdent ses aspects agricoles. Ensuite, la périurbanisation s’accompagne en plus par l’implantation d’équipements et d’activités contribuant au système urbain au détriment du monde rural.

Si l’étalement urbain entraîne une tension entre les différentes visions du territoire des ruraux et des nouveaux arrivants, celle-ci s’explique notamment par une méconnaissance des citadins de la cohérence territoriale des espaces ruraux. Soumis donc à la pression périurbaine, ces espaces, possédant une cohérence sociale et économique et un ensemble de valeurs attachés au monde rural, se transforment par à-coups. Ces transformations s’opèrent donc de façon brusque, en fonction des besoins spatiaux d’une population issue d’une économie tout à fait différente, celle de la ville. Le parcellaire des villas ou la toponymie demeurent au même temps que le paysage et les coutumes se dénaturalisent[29].

Étalement urbain et tourisme[modifier | modifier le code]

Le 15 octobre 2007, l'Institut français de l'environnement (Ifen) a indiqué qu'entre 1990 et 2000, trois fois plus de terres avaient été « artificialisées » dans les communes littorales que dans la moyenne du pays, surtout dans la zone comprise entre 500 mètres et 2 000 mètres de la côte. L'Ifen ajoutait que la construction de logements avait plus que doublé depuis 1990.

Cette artificialisation des terres littorales est disparate selon les régions du littoral. Ainsi la côte de la Mer du Nord est fortement urbanisée et artificialisée en raison d’une très forte spécialisation dans les transports maritimes et les activités associées. De même la côte méditerranéenne l’est également mais principalement du fait du tourisme et de l’économie résidentielle.  Les côtes du littoral breton demeurent encore relativement préservées en revanche même si l’artificialisation due à l’étalement urbain commence à les toucher[30]. Le tourisme a ainsi conduit dans les zones littorales du sud a un fort étalement urbain afin d’assurer le logement des touristes mais également leurs activités : structure commerciale orientée vers la satisfaction des besoins des touristes, aménagements urbains (fronts de mer, centres commerciaux, palais des congrès…)[31].

Cette artificialisation des littoraux en partie due aux besoins de l’activité touristique crée des tensions sur le littoral tant au niveau paysager, qu’au niveau de l’écosystème et même de l’égalité au sein du développement des territoires. En effet, l’artificialisation entraîne en premier lieu : une transformation le plus souvent destructrice de milieux d’une grande diversité  (zones humides, dunes, landes, garrigues et maquis, forêts, mais aussi plages, dunes et lido… des espaces qui abritent une importante biodiversité animale et végétale) et toujours extrêmement pénalisante pour la conservation de l’environnement (le conservatoire du littoral tente de résoudre les problèmes notamment par l'instauration d'une loi littoral en 1986)[32]. En second lieu, l’artificialisation est créatrice de risques pour les populations et de vulnérabilité pour les espaces. En effet, depuis quelques dizaines d’année  des données scientifiques concernant la montée du niveau moyen des mers à  l’échelle planétaire font état d’une avancée du niveau de la mer. Or, dans ce contexte plutôt défavorable aux implantations humaines à proximité même de la mer, il y a de plus en plus de constructions d’infrastructure humaine. Cela  créé ainsi des risques qu’il faut gérer et anticiper afin de pallier aux risques humains mais également matériels. En outre, ceci a un coût économique par des dédommagements aux victimes en cas d’accident, des rénovations de plages, de digues… qui pèse sur les comptes publics des territoires[32], comme le montre le cas des communes touristique du sud-Vendée lors de la submersion marine « Xynthia » en 2010[33].

En plus de cela, cette vulnérabilité des littoraux urbanisés engendre également des effets néfastes pour le tourisme par un phénomène d’uniformisation due au mitage des espaces agricoles et forestiers et surtout à l’étalement urbain qui conduisent à l’uniformisation des côtes, où se développe une sorte de paysage périurbain universel. La Fédération nationale des SAFER alertait en 2004 en publiant un livre blanc intitulé La fin des paysages. « Il faut cesser de considérer la terre agricole comme une terre inutile ou inutilisée », expliquait-elle. La FNSAFER exposait que le pouvoir d'attraction touristique de la France (gastronomie, paysages, traditions rurales) ne peut pas se maintenir en même temps que la campagne s'urbanise et disparaît. Ce paysage uniformisé peut ainsi sembler moins attractif au tourisme.

Étalement urbain et ségrégation[modifier | modifier le code]

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On peut aussi s'interroger sur le phénomène de ségrégation de ce mode de développement et sur la faible mixité sociale au sein même d'un lotissement.

Les lotissements pavillonnaires neufs sont souvent construits en très peu de temps et rapidement peuplés de foyers très similaires : jeune couple avec des enfants en bas âge ou projetant d'en avoir (peu de célibataires, de personnes âgées, de couples sans enfant)[N 1]. En effet, les couples ayant des enfants constituent plus d’un tiers des ménages dans l’ensemble des couronnes périurbaines et communes multipolarisées en France.

Cependant, comme conséquence de nombreux phénomènes dont, par exemple, l’évolution des modèles familiaux, la cohabitation des jeunes ou le vieillissement des premiers arrivés, nous assistons aujourd’hui à une évolution de la composition des foyers dans l’espace périurbain. Si les parts de ménages retraités et de familles monoparentales restent inférieures à celles des pôles urbains, elles augmentent quand même progressivement[34].

Le dégagement vis-à-vis des voisins et de l’espace public constitue un des éléments caractéristiques dans les espaces produits par l’étalement urbain. Or, si les liens sociaux au sein de l’espace de vie quotidien sont de moins en moins pris en compte, renforcé par l’importance généralisée donnée aux axes, nœuds et réseaux par rapport au quartier, un entre-soi résidentiel se développe. Celui-ci semble répondre à un souhait de vivre entre personnes partageant un ensemble de valeurs et de qualités communes. [35] Le périurbain serait pour certains auteurs le lieu de la recherche par les classes moyennes fragilisées d’un entre-soi protecteur[36], encadré par les contraintes réglementaires publiques et privées qui contribuent à une ségrégation qui se développe sans besoin de dispositifs d’isolement, même si elle n’est pas aussi accomplie comme dans les communauté encloses[35].

Les gated communities émergent de plus en plus dans l’espace périurbain, généralement au sein du front d’urbanisation, là ou l’urbanisation s’est produite le plus récemment, notamment aux Etats-Unis ou en Amérique Latine. 

Or, si l’espace périurbain accueille des espaces fermés destinés à des populations aisées, celui-ci est aussi perçu par certains auteurs comme un espace de relégation pour les classes populaires blanches obligées à partir des métropoles mondialisées[37]. D’ailleurs, en France, le vote Front National serait plus prononcé dans cet espace, ce qui mettrait donc en évidence le repli sur soi déjà évoqué qui est revendiqué dans l’espace périurbain[38]. Nombreux sont les auteurs qui mettent en cause cette essentialisation de l’espace périurbain : « les territoires périurbains sont trop vastes et trop variés pour être réduits à un vote » (E Charmes)[39]. D’ailleurs, si le taux de pauvreté est en 2012 de 16,1 % dans les grands pôles urbains français (villes-centres et banlieues), il n’est que de 8,8 % dans leurs couronnes[40].  

L'évolution de la législation[modifier | modifier le code]

En France, le législateur tente aujourd'hui de limiter le processus d'étalement urbain, surtout depuis la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbain) du 13 décembre 2000. Les objectifs premiers de cette loi sont de lutter contre la périurbanisation et, en parallèle, de redensifier les centres-villes en favorisant notamment le renouvellement urbain. Cependant, la France compte encore de très nombreux projets d'urbanisation par étalement, au détriment des zones naturelles.

La législation française assigne aux acteurs publics locaux, notamment depuis la loi Genelle II, la « mission d’assurer un contrôle effectif de la consommation de l’espace naturel, agricole et forestier ». Cette mission n’est accomplie que si ces acteurs locaux s’engagent à ne pas autoriser l’urbanisation des zones naturelles, ce qui n’est pas toujours le cas[41]. Nombreux sont les cas dans lesquels les autorités locales voient dans l’étalement urbain la possibilité d’augmenter les recettes fiscales.

Prospective : les résultats de la recherche TSAR[42] menée pour le PREDIT[43] ont été présentés au Congrès ATEC-ITS France de 2014. Cette recherche exploratoire évalue l'efficacité qu'aurait une généralisation de la taxation du stationnement automobile sur la relocalisation urbaine. D’autres travaux ont analysé l’impact de la mise en place d’une taxe contrebalançant le « gain immobilier », une des principales causes alimentant l’étalement urbain. Ce qui semblerait limiter l'étalement urbain pourrait avoir l'effet contraire[44].

La Zone Métropolitaine de la Vallée de Mexico[modifier | modifier le code]

Étalement urbain de la Zone Métropolitaine de la Vallée de Mexico.svg

L’étalement urbain chaotique du District Fédéral vers les champs agricoles en périphérie de sa limite juridique a contribué au manque de planification des infrastructures,notamment pour les services d’eau courante et de tout à l'égout.  L’étalement s’est produit dans un premier temps vers le nord de la ville. La ville s'étend ensuite vers l'Est sur les municipalités (délégation territoriale plus large qu’un arrondissement) de l’État du Mexique. En 2010, l'Instituto Nacional de Estadística y Geografía (INEGI) et le Conseil National de la Population (CONAPO) ont changé le nom de la capitale du pays en l'accordant à leur nouvelle définition de zone métropolitaine et d'aire urbaine. Désormais, le District Fedéral, les municipalités en périphérie et leur aire urbaine sont appellés Zone métropolitaine de la vallée de Mexico. Ce changement se base sur les données du recensement en 2010 qui a montré  une population d’environ 23 millions d’habitants pour la Zone Métropolitaine de la Vallée de Mexico.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On assiste durant la crise économique au début des années 2010 à une diminution des primo-accédants, les constructions neuves étant souvent achetées par des couples désormais plus âgés, ayant déjà des enfants. À l'inverse, des personnes âgées achètent parfois après à un premier bien (appartement ou maison à étage) un logement de plain-pied en lotissement.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « L'étalement urbain », sur Responsabilité et environnement,
  2. « hypergéo périurbain »
  3. « géoconfluences périurbanisation »
  4. L’étalement urbain en Europe - un défi environnemental ignoré, Agence européenne pour l'environnement le 13 avril 2011
  5. Lubowski, R., Vesterby, M. and Bucholtz, S. (2006). Land use. Dans Wiebe, K. and Gollehon, N. (eds.) Agricultural Resources and Environmental Indicators, 2006 Édition. US Department of Agriculture, Economic Research Service http://www.ers.usda.gov/ publications/arei/eib16/eib16_1-1.pdf (Consulté 2007/07/01)
  6. a et b PNUE ; Rapport GEO-4, PDF, Version francophone
  7. source : Études Foncières
  8. Daniel Pinson, Sandra Thomann et Nicolas Luxembourg, « La ville si près et si loin », Informations sociales, no 130,‎ , p. 80–89 (ISSN 0046-9459, lire en ligne)
  9. Cynthia Ghorra-Gobin, « Le périurbain et la métropolisation. Que faut-il retenir du débat Outre-Atlantique ? », Confins. Revue franco-brésilienne de géographie / Revista franco-brasilera de geografia, no 22,‎ (ISSN 1958-9212, DOI 10.4000/confins.9857, lire en ligne)
  10. Paris Saclay, « Cluster Paris-Saclay », Site Internet du/de la Paris Saclay, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)
  11. « The End of Sprawl », sur WashingtonPost.com, (consulté le 28 novembre 2017)
  12. Piron, 2007
  13. Direction régionale de l’environnement - Centre. Territoire, population et développement urbain. [PDF], disponible en ligne www.centre.ecologie.gouv.fr, consulté le 27 octobre 2006. p. 2
  14. Laurent Hiver et François Lecouvey. Incidence de l’étalement urbain sur les émissions de CO2 dans la région Île-de-France et l’arrondissement de Lille. Document au format MS Word. En ligne : www.onmi.org. Consulté le 27 octobre 2006
  15. Bass et Beamish (2006), cités par l'ONU dans son Rapport GEO-4 (voir p. 290/574 de la version française PDF)
  16. a, b, c et d Allen 2006, Ewing et al. 2005, Ricketts et Imhoff 2006, USGS 2005a cités par le Rapport GEO4, voir page 292/574 de la version française
  17. Theobald 2005, cité par l'ONU dans son Rapport GEO-4 (voir p. 290/574 de la version française PDF)
  18. Gauthier et al. 2003, cités par l'ONU dans son Rapport GEO-4 (voir p. 290 et suivantes/574 de la version française en PDF)
  19. NRCS, 1999, cité par l'ONU dans son Rapport GEO-4 (voir p. 290 et suivantes/574 de la version française en PDF)
  20. Bosworth, 2003, cité par l'ONU dans son Rapport GEO-4 (voir p. 290 et suivantes/574 de la version française en PDF)
  21. PNUE, Rapport GEO-4 (voir p. 290 et suivantes/574 de la version française en PDF)
  22. La France plutôt moyenne en environnement, Alexandra Schwartzbrod, Libération du 17 octobre 2006
  23. [PDF] Territoire, population et développement urbain, centre.ecologie.gouv.fr, consulté le 27 octobre 2006. p. 5
  24. [PDF] Démographie et dynamique urbaine., sur le site nord-pas-de-calais.ecologie.gouv.fr, consulté le 27 octobre 2006. p. 4
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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • AEE (2006), L’étalement urbain en Europe - un défi environnemental ignoré (publié 4/11/2006, consulté 2013-03-22)
  • « Faut-il lutter contre l'étalement urbain ? », Charmes Eric, avec Stéphane Fuzesséry et Nathalie Roseau, Laviedesidees.fr, juin 2010.
  • L'étalement urbain dans les pays développés. Désurbanisation ou post-urbanisation ?, Ferrier Jean-Paul, Guieysse Jean-Albert, Rebour Thierry, Saarbrûcken : Éditions Universitaires Européennes, 2010.
  • Guilluy Christophe, Noyé Christophe, Atlas des nouvelles fractures sociales en France,  éd. Autrement, 2006.
  • Éric Hamelin et Olivier Razemon, La tentation du bitume, où s'arrêtera l'étalement urbain ?,  éd. Rue de l'échiquier, 2012. (ISBN 2917770325)
  • « Les déterminants économiques de l’étalement urbain », Piron Olivier, in Études foncières, no 129, septembre-octobre 2007
  • « Étalement urbain et changements climatiques », Réseau Action Climat-France, juillet 2011.
  • Ouvrage collectif (2013) Territoires, villes et campagne face à l'étalement urbain et au changement climatique ; Éditions Johanet, juin 2013 (traite des défis posés aux collectivités par l'étalement urbain, dont en contexte de réchauffement climatique ; Comment protéger les ressources (agricoles, en eau & sols notamment), avec en annexe une description de méthodes utiles à la construction d'indicateurs ad hoc, basés sur les SIG et NTIC au service de la prospective et du suivi de changements fonciers rapides) ; (ISBN 979-10-91089-09-8), 152 p (Présentation par l'éditeur)

Vidéographie[modifier | modifier le code]