Ville intelligente

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L'expression « ville intelligente » est une traduction de l'expression smart city. Ce concept émergent — dont les acceptions sont mouvantes en français[1] — désigne un type de développement urbain apte à répondre à l'évolution ou l'émergence des besoins des institutions, des entreprises et des citoyens, tant sur le plan économique, social, qu'environnemental[2]. Une ville peut être qualifiée d’intelligente quand les investissements en capitaux humains, sociaux, en infrastructures d'énergie (électricité, gaz[3]), de flux (humains, matériels, d'information) alimentent un développement économique durable ainsi qu’une qualité de vie élevée, avec une gestion avisée des ressources naturelles, au moyen d'une gouvernance participative.

Les villes intelligentes sont des villes modernes, capables de mettre en œuvre des infrastructures (d’eau, d'électricité, de télécommunications, de gaz, de transports, de services d’urgence, d'équipements publics, de bâtiments, etc.) communicantes et durables pour améliorer le confort des citoyens, être plus efficaces, tout en se développant dans le respect de l’environnement.

La notion de ville intelligente est largement utilisée comme concept de marketing par des sociétés commerciales et des villes, y compris qui n'en traitent qu'un des aspects. La ville ou le territoire intelligent se manifeste en effet par son caractère multidimensionnel en termes d’acteurs, de domaines ciblés (transport, énergie, éducation, santé, économie…) et de briques technologiques[4]. Les principaux acteurs du secteur privé impliqués dans de tels projets sont les industriels des secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports, les acteurs des réseaux télécoms et infrastructures, les constructeurs intervenant sur l’équipement matériel des villes intelligentes, les intégrateurs et SSII, les éditeurs, fournisseurs de logiciels propres aux compétences des organismes locaux et les sociétés de conseil. La « ville intelligente » est un axe de communication pour les collectivités locales, qu'elle mettent volontiers en avant en période de campagne électorale comme en mars 2014[5].

Le concept anglo-saxon de smart cities[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Smart city » (voir la liste des auteurs)

De nos jours, les performances urbaines ne dépendent plus seulement de la dotation de la ville d’infrastructures (son capital physique) mais aussi, et de plus en plus, de la disponibilité et la qualité de la communication du savoir et l’infrastructure sociale (capital social et capital intellectuel). La dernière forme de capital est décisive en ce qui concerne la compétitivité urbaine. C’est sur ces bases que le concept de « ville intelligente » a été introduit comme outil pour englober les facteurs de production urbaine moderne dans un cadre commun et pour mettre en valeur l’importance grandissante des technologies de l'information et de la communication (NTIC) et des capitaux social et environnemental pour définir la compétitivité des villes.[réf. à confirmer][6] L’importance de ces deux atouts (capital social et environnemental) suffit par elle-même à différencier la ville intelligente des ses homologues plus orientées vers la technologie, marquant la frontière entre elle et celles que l’on appelle villes en réseau, même si cette différence n'est pas toujours clairement perçue en France[7].

En France, une étude[8] conduite par MARKESS International auprès de 130 collectivités locales en 2012, met en évidence les 3 aspects suivants caractérisant les villes ou les territoires intelligents.

  • Une relation usager interactive et mobile : la ville et le territoire intelligents sont avant tout un espace d’interactions avec les usagers, qui sont à la fois consommateurs de l’information mise à leur disposition pour les accompagner dans leur vie quotidienne (déplacements, consommation énergétique, accès simplifié aux services publics…) et producteurs d’informations via les réseaux sociaux et services mobiles proposés (partage d’opinions, mise en relation pour des services individuels, enrichissement de bases de connaissance partagées…).
  • Une supervision optimisée de la ville : le socle de la ville numérique consiste en sa capacité à faire communiquer l’ensemble des objets et acteurs qui la composent, grâce à des réseaux de télécommunications, des capteurs, des objets communicants… L’ensemble de cette infrastructure contribue au recueil et au partage de données, nécessaires en particulier au pilotage de la ville, l’analyse précise des situations permettant d’adapter les ressources au plus près des besoins et de mieux maîtriser ainsi les budgets.
  • De nouvelles formes de coopération : le caractère intelligent de la démarche réside enfin dans la capacité à conduire des projets transversaux dépassant la logique en silo des collectivités et des différentes compétences leur revenant. Cet exercice impulse une dynamique de concertation, associant l’ensemble des acteurs publics (communes, intercommunalités, conseils généraux, régionaux, agences de développement…) et privés (acteurs de l’infrastructure et services télécoms, de l’énergie, des transports, intégrateurs et sociétés de services du secteur informatique…), de laquelle devraient émerger de nouvelles formes de coopération et de nouvelles sources d’économies grâce à la mutualisation.

Définitions[modifier | modifier le code]

Selon Giffinger, les villes intelligentes peuvent être identifiées et classées selon six dimensions principales[9]. Ces critères sont : une « économie intelligente », une « mobilité intelligente », un « environnement intelligent », des « habitants intelligents », un « mode de vie intelligent » et, enfin, une « administration intelligente ». Ces six critères se connectent avec les traditionnelles théories régionales et néoclassiques de la croissance et du développement urbain. Ils sont respectivement basés sur les théories de la compétitivité régionale, l’économie des transports et des technologies de l'information et de la communication, les ressources naturelles, les capitaux humains et sociaux, la qualité de vie et la participation des citoyens à la vie démocratique de la ville.

Pour Jean Bouinot, « la ville intelligente est celle qui sait à la fois attirer et retenir des entreprises employant de la main-d'œuvre hautement qualifiée »[10].

Pour Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la politique de la Ville entre 2007 et 2010, une ville est intelligente grâce au numérique, c'est-à-dire en utilisant toutes les nouvelles technologies au service des citoyens. C’est également une ville capable de créer de l’emploi, de mettre au service de ses habitants des transports de haute qualité et de garantir une grande mobilité. S’ajoutent aussi un logement salubre, un accès aux soins, à l’éducation et au divertissement[11].

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Niveau dans le développement d'infrastructures[modifier | modifier le code]

Stratégie pour créer un environnement compétitif[modifier | modifier le code]

Vision de villes complètes et durables[modifier | modifier le code]

Dans ce cadre se développe aujourd'hui le concept de réalité augmentée à travers la téléphonie mobile.

Réseaux de capteurs sans fil pour villes intelligentes[modifier | modifier le code]

Un réseau de capteurs sans fil est une technologie spécifique qui aide à la création de villes intelligentes. Leur but est de créer un réseau réparti de noyaux de capteurs intelligents qui peuvent mesurer plusieurs paramètres intéressants pour une meilleure gestion de la ville[12]. Toutes les données sont transmises en temps réel aux citoyens ou aux autorités concernés.

Par exemple, les citoyens peuvent surveiller le niveau de pollution dans chaque rue de la ville ou encore recevoir une alerte quand le niveau de radiations atteint dépasse une certaine limite. Cela offre aussi la possibilité aux autorités d’optimiser l’irrigation des parcs ou l’éclairage de la ville. De plus, les fuites d’eau peuvent être facilement détectées, et des cartes dressant l’état de la pollution sonore peuvent être crées. Les poubelles peuvent aussi être plus intelligentes, des capteurs permettant de déclencher une alarme lorsqu’elles sont presque pleines.

Le trafic routier peut être contrôlé pour modifier l’éclairage urbain de manière dynamique[13]. De même, le trafic peut être réduit grâce à des systèmes détectant la place de parking la plus proche[14]. Les automobilistes sont informés en temps réel et peuvent rejoindre rapidement une place libre, économisant ainsi du temps et du carburant. Tout cela réduit la pollution et les embouteillages tout en améliorant la qualité de vie.

Critiques[modifier | modifier le code]

Les principaux arguments contre l’utilisation superficielle de ce concept dans le domaine politique sont les suivants : [réf. à confirmer][15]

  • Un parti pris dans des intérêts stratégiques peut amener à ignorer des voies alternatives de développement urbain prometteur.
  • Le fait de se concentrer sur le concept de ville intelligente peut entraîner une sous-estimation des effets négatifs possibles découlant du développement des nouvelles infrastructures technologiques en réseau dont une ville a besoin pour devenir intelligente[réf. à confirmer][16],[17].
  • Le risque d'imposer des solutions technologiques toutes faites, sans en penser leur intégration dans l'existant, menant à des villes censurées[18].

L’idée d’espaces urbains néo-libéraux a été critiquée pour les risques potentiels encourus lorsque l’on compte sur les seules valeurs économiques comme vecteur de développement urbain.

Étant donné que les modèles d’entreprises sont basés sur la mobilité du capital, suivre un modèle ainsi orienté peut entraîner un échec de la stratégie sur le long terme[15].

Exemples d'utilisation[modifier | modifier le code]

Benchmarkings[modifier | modifier le code]

En janvier 2014, la commission Industrie, recherche et énergie du Parlement européen a publié le benchmarking Mapping Smart cities in the EU[19]. Inscrite dans le contexte de la stratégie Europe 2020, cette étude a passé au crible les 468 villes européennes de 100.000 habitants ou plus afin de les classer selon une échelle à 4 niveaux de maturité des smart cities[20], sur base de leur situation en 2011 :

  • Niveau 1 : la ville dispose d'une politique ou d'une stratégie de smart city, ce qui suffit selon le rapport à la classer comme smart city ;
  • Niveau 2 : en plus du niveau 1, la vile s'appuie pour sa politique ou sa stratégie sur une planification ou une vision ;
  • Niveau 3 : en plus des niveaux précédents, des initiatives-pilotes de smart ctiy sont implémentées ;
  • Niveau 4 : en plus des niveaux précédents, une initiative de smart city au moins a été complètement lancée ou implémentée.

Au final, selon le benchmarking du Parlement européen :

  • 240 villes européennes de 100.000 habitants ou plus atteignent le niveau 1 et sont donc identifiées comme smart cities[21] ;
  • 6 villes se distinguent par leur niveau de maturité le plus élevé : Amsterdam, Barcelone, Copenhague, Helsinki, Manchester et Vienne[22].

Plus en détail, le benchmarking identifie comme smart cities[23] :

  • 43% des villes européennes de 100.000 à 200.000 habitants ;
  • près de 90% des villes européennes de plus de 500.000 habitants.

Expérimentation par des villes[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, le terme de ville intelligente a été utilisé dans plusieurs cas, dont les exemples suivants :

En Europe[modifier | modifier le code]

Espagne[modifier | modifier le code]
France[modifier | modifier le code]
  • Campus de l'USTL (Université de Lille/Villeneuve d'Ascq) en association avec la mise en place en 2013, d'une Chaire Industrielle "Réseaux Urbains Intelligent" [24] ;
  • "Grand Angoulême", Besançon, à Vigo en Espagne et à Carros dans les Alpes Maritimes Vidéo Youtube présentant des projets Smart City, et IssyGrid (à Issy-les-Moulineaux) ;
  • Issy-les-Moulineaux, ville innovante[25],[26], [27] (France) ;
  • Les MUREAUX ( YVELINES ) / MAI 2014 : mise en place de plusieurs centaines de capteurs "Double Technologie" sans fil pour indiquer ou sont les places disponibles aux usagers ainsi que les véhicules en dépassement de durée maximum autorisée (Zone bleue) aux agents de supervision de la circulation.
  • Lyon Smart City.
Pays-Bas[modifier | modifier le code]
Malte[modifier | modifier le code]
  • Malta SmartCity business park.
Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Au Proche-Orient et en Asie[modifier | modifier le code]

Utilisation par des sociétés commerciales[modifier | modifier le code]

Projets, conférences et groupes de recherche[modifier | modifier le code]

  • The Smart Cities INTERREG project.
  • The Smart Cities Future Conferences in Salford, Greater Manchester, to create conversations that tap into the unrealised potential of open innovation and effective collaboration between universities, industry and government
  • EuropeanSmartCities, a project which investigated the reasons behind why medium-sized cities, which have to cope with competition of the larger metropolises on corresponding issues, appear to be less well equipped in terms of critical mass, resources and organizing capacity.
  • Smart Cities research group at MIT
  • URENIO [4] Research Unit at Aristotle University of Thessaloniki, offering also a watch on intelligent city research and planning

Références[modifier | modifier le code]

  1. Demain la ville intelligente
  2. Le concept de ville intelligente s'affine et se concrétise
  3. Qu’est ce qu’une smart city ?
  4. Mapping des prestataires œuvrant pour la gestion intelligente des territoires avec le numérique, blog Administration numérique MARKESS International
  5. La Smart City: une vitrine technologique pour les municipales.
  6. (en) Caragliu, A, « Smart cities in Europe », Serie Research Memoranda 0048, VU University Amsterdam, Faculty of Economics, Business Administration and Econometrics,‎ 2009 (lire en ligne)
  7. Pour l'utilisation alternative des termes, voir Les dérives des villes intelligentes qui traite de problèmes posés par les villes en réseau
  8. La gestion intelligente avec le numérique : une nouvelle dynamique pour les villes et territoires français, blog Administration numérique MARKESS International
  9. Rudolf Giffinger, Smart cities – Ranking of European medium-sized cities, Centre of Regional Science,‎ 2007 (résumé)
  10. Jean Bouinot, La ville intelligente, [[1]],‎ 2004 (ISBN 978-2-275-02399-1)
  11. Interview dans 'L'économiste' Un réseau de villes intelligentes en projet, 2010
  12. Asín, Alicia;Smart Cities from Libelium allows systems integrators to monitor noise, pollution, structural health and waste management
  13. Vehicle Traffic Monitoring Platform with Bluetooth over ZigBee
  14. Gascón, David; Asín, Alicia;Smart Sensor Parking Platform enables city motorists save time and fuel
  15. a et b Hollands, R. G (2008). Will the real smart city please stand up?. City 12 (3): 303–320
  16. On this topic, see also (en) Graham, S., Marvin, S., Telecommunications and the city: electronic spaces, urban place, London, Routledge,‎ 1996
  17. Est-ce que la technologie désurbanise la ville? Commentaires sur une intervention de Adam Greenfield sur la question des responsabilités civiles dans la ville en réseau, lors des rencontres Lift with Fing 2011
  18. (en) Saskia Sassen, « Talking back to your intelligent city », Cities, sur What Matters,‎ 1er février 2011.
  19. Source : Parlement européen, Mapping Smart Cities in the EU, janvier 2041. Document publié en anglais uniquement.
  20. Ibidem, page 33.
  21. Ibidem, page 32.
  22. Ibidem, page 10.
  23. Ibidem, page 9
  24. inaugurée 2013-02-26 à Polytech'Lille (Villeneuve-d'Ascq, en partenariat avec les Eaux du Nord et le CITC (Centre d'Innovations des Technologies sans Contact)
  25. Issy ville innovante
  26. Le paradis numérique existe
  27. IssyGrid