Contrôle social

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le contrôle social désigne l'ensemble des pratiques qui tendent à produire et maintenir la conformité des individus à certaines normes. Actuellement, il est assuré essentiellement par quatre grands types d'instance, étroitement complémentaires :

Les effets du contrôle social sont discutés : ciment de cohésion pour les uns, il constitue pour les autres un instrument de domination, voire un facteur d'aliénation. Dans ce cas, qui va être ici plus spécialement analysé, il se concrétise à la fois par les pratiques du sondage, du fichage et de la surveillance (on s'informe sur le comportement des individus), celle de la propagande (on cherche à façonner leurs comportements) et celle du droit (on les sanctionne lorsqu'ils ne se conforment pas aux comportements attendus).


Les institutions du contrôle social[modifier | modifier le code]

Directement ou indirectement, toute institution exerce une fonction de contrôle social. Or les institutions ne sont pas les mêmes au cours de l'histoire; du moins leur capacité d'influence évolue.

  • Internet constitue une nouvelle instance créatrice de normes mais celles-ci ne sont pas vécues comme telles : les internautes éprouvent en effet une illusion de liberté du fait de la relative gratuité de son usage, de sa facile accessibilité et de l'importante capacité d'expression qu'il offre. Les individus ayant la capacité de créer leurs propres médias, la plupart ont l'impression qu'ils disposent d'un pouvoir comparable à celui des médias institutionnels, qu'ils constituent par conséquent un contre-pouvoir. Les géants du web et les réseaux sociaux exercent d'autant plus facilement un contrôle social que les soubassements économiques de l'internet ne sont pas visibles. On qualifie de sociabilité des millions de messages échangés entre des personnes ne se connaissant pas mais ces messages n'en sont pas moins la propriété des réseaux sociaux et fournisseurs d'accès, qui peuvent en disposer comme elles l'entendent, notamment auprès des entreprises commerciales.

On peut donc aujourd'hui classer les institutions du contrôle social en trois catégories et esquisser les liens qui se tissent entre elles :

Les modalités du contrôle social[modifier | modifier le code]

Recensement, renseignement, sondage[modifier | modifier le code]

Une société ne peut se contrôler que si elle se connait elle-même, donc si elle collecte un ensemble conséquent de données. Trois moyens s'offrent à elles : le recensement, le renseignement et le sondage d'opinion.

  • Opération statistique de dénombrement d'une population, le recensement démographique n'est mis en œuvre de façon systématique qu'à partir du XVIe siècle et plus encore au XIXe avec l'avènement de l'État-nation. Il sert divers objectifs, notamment la connaissance du nombre d'habitants, la conscription militaire, la répartition de l'impôt, la répartition des richesses. Les données recueillies sont exclusivement quantitatives.
  • Les sondages d'opinion peuvent être menés pour le compte de l'État, mais pas exclusivement puisque les premiers d'entre eux l'ont été à des fins de marketing : les entreprises des États-Unis ont été les premières à y recourir afin de connaître les attentes supposées des consommateurs et de pouvoir y réagir en conséquence afin d'augmenter leurs marchés. Le sondage appliqué à la politique apparait en France en 1938. À partir des années 1960, avec l'essor de la communication politique, les sondages se multiplient. Les modalités qui président à leur élaboration, à la façon dont ils sont effectués et aux conclusions que l'on en tire sont régulièrement controversées. Il n'empêche que leur existence est motivée par la volonté de prendre en considération l'évolution des comportements, des idées collectives et des modes de vie afin d'exercer ensuite une (des) action(s) efficace(s) en vue de les infléchir dans un certain sens.

Le fichage[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Fichage des populations et Base de données.

Les données recueillies sont rassemblées et parfois confrontées les unes aux autres afin d'être par la suite exploitées. Du simple fichier papier aux big data, le fichage dépasse largement le cadre des données administratives et s'étend désormais aux données biologiques via des prélèvements d'ADN notamment.

À la fois moyen de gestion et de surveillance des populations, l'activité de fichage s'est en effet considérablement accrue au cours de l'histoire, au fur et à mesure que se renforçaient les domaines d'intervention et les moyens de police. Elle constitue aujourd'hui l'une des principales caractéristiques des sociétés modernes.

L'inscription de la vie des individus dans des milliers de fichiers, qu'ils soient publics (ceux des nombreuses administrations) ou privés (les fichiers commerciaux et bancaires principalement), participe d'une conception de la vie étroitement matérialiste, laquelle se concrétise dans une réification croissante et incessante de l'existence. Jacques Ellul estime qu'à ce stade, le contrôle social est l'expression d'un conformisme exacerbé, le conformisme aux procédures et outils techniques : alors que ceux-ci n'étaient que de simples moyens, ils se posent à présent en finalités[3].

La surveillance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : surveillance.

Dans son livre Surveiller et punir, Michel Foucault démontre comment, dans les sociétés modernes, l'État assure son contrôle[4]. Son autorité n'est plus affichée de façon directe afin d'être suggérée. Si l'exécution de la peine de mort n'a plus lieu en public, c'est qu'il n'est plus nécessaire que le peuple y assiste pour craindre le pouvoir : tout est fait pour qu'il l'imagine, l'intériorise. Avec le panoptique, les prisons sont construites de façon à ce qu'un seul surveillant (situé dans une tour centrale) puisse observer tout le monde sans jamais être vu lui-même. Ce dispositif permet d'obtenir des captifs une forme d'obéissance : en plus d'être peu coûteux, il constitue une entreprise de culpabilisation des consciences, sous un regard ressenti comme tout-puissant. La prison passe d'une fonction strictement punitive à une visée normalisatrice. La caméra de télésurveillance et le drone (plus que l'hélicoptère, bruyant) constituent les équivalents du panoptique : le pouvoir est rendu plus puissant de part les moyens techniques dont, seul, il dispose.

Parce qu'il se protège par la loi, l’État dispose des meilleurs systèmes de surveillance, lesquels ne cessent de se perfectionner. Pour autant, de plus en plus d'entreprises utilisent des appareils dans le but de surveiller l’efficacité de leurs personnels et d'observer les comportements de leurs clientèles à des fins de marketing.

La propagande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : propagande.

Jacques Ellul établit une distinction entre la propagande politique, qui a cours depuis des temps anciens et qui est perceptible à des degrés divers dans tous les régimes, et la propagande sociologique, qui résulte du développement au XXe siècle d'un système qu'il qualifie de "technicien", mais dont les individus ignorent en général l'existence car il leur semble aller de soi [5]. La publicité, les relations publiques, la communication... ont pour but de propager chez eux l'illusion qu'ils sont les acteurs de ce système et que celui-ci résulte entièrement de leurs choix. Ellul fait observer que la démocratisation des techniques d'information les plus sophistiquées rend toujours plus floues les traditionnelles distinctions entre « information » et « propagande » et entre « propagandistes » et « propagandés »[6].

Le droit[modifier | modifier le code]

Le contrôle social procède enfin par jugements et par sanctions : un écart à la norme suscite des réactions qui signalent au contrevenant — et aux autres membres du groupe — qu'il doit s'y conformer. Ces sanctions peuvent être négatives (railleries, réprobations, mépris public, mise au ban, amende, etc.), mais aussi positives (médailles officielles, félicitations scolaires, compliments moraux, etc.)[7].

Le contrôle social est dit formel lorsque les jugements et les sanctions de conformité sont exercés par des organisations spécialisées (une police, des tribunaux, une administration pénitentiaire, etc.), informel lorsqu'il est appliqué par chacun des membres du groupe, de manière diffuse : une peine de prison infligée à un criminel après arrestation et condamnation pénale relève du contrôle social formel ; l'hilarité déclenchée par une tenue vestimentaire incongrue relève du contrôle social informel. « L'une est appliquée par chacun et par tout le monde, l'autre par des corps définis et constitués », écrit Émile Durkheim[8].

Les sociétés traditionnelles utilisent surtout un contrôle social informel, exercé par le groupe primaire. Dans les sociétés plus différenciées, plus individualisées et plus bureaucratisées, le contrôle social formel s'est progressivement développé sans pour autant outrepasser le contrôle social informel. Des sociologues tel Edward Alsworth Ross considèrent en effet que les systèmes de croyances exercent toujours un plus grand contrôle social que les lois imposées par l'État. Le contrôle social informel a généralement plus d'effet sur les individus parce que les valeurs sociales sont intériorisées, devenant ainsi un aspect de la personnalité de l'individu.

Les transformations du contrôle social[modifier | modifier le code]

Quand une société se transforme, la manière dont s'exerce le contrôle social se modifie tout autant.

On peut distinguer deux grandes phases :
- avant la vague d'industrialisation qui recouvre l'Europe et les États-Unis, au XIXe siècle, l'État constitue l'unique institution de contrôle social ;
- après cette vague, quand l'Entreprise, les médias et les géants du web exercent leur influence sur l'ensemble du corps social.

Avant l'industrialisation[modifier | modifier le code]

Dans les sociétés occidentales, le contrôle social connait trois grandes évolutions.

  • Premièrement, il s'étend : c'est le sens du long et lent « processus de civilisation » analysé par Norbert Elias, un processus enclenché à l'aube de la Renaissance qui a élargi à un nombre croissant de domaines — notamment l'hygiène, et plus généralement les usages sociaux du corps – des exigences normatives portées par les élites sociales, qui trouvaient là un moyen d'affirmer leur prééminence[9]. C'est ainsi que, par exemple, le fait de cracher par terre, banal au Moyen Âge, est progressivement devenu l'objet d'une désapprobation.
  • Deuxièmement, le contrôle social formel prend le pas sur le contrôle social informel : à mesure que les sociétés se sont différenciées et individualisées (Émile Durkheim), à mesure que l'État centralise le pouvoir de coercition physique (Max Weber), à mesure que la taille et la mobilité des regroupements urbains augmentent (Robert E. Park), le contrôle informel exercé par les groupes primaires, s'il ne disparait pas, perd de son efficacité, et une part croissante des jugements et des sanctions de conformité est prise en charge par les institutions pénales[10]. La conjonction de la première transformation (extension du contrôle social) et de la deuxième (essor d'un contrôle de type pénal) fait craindre à certains une « judiciarisation de la société ».
  • Troisièmement, la privation de liberté est progressivement devenue le type normal de la répression pénale. Mise en lumière par Émile Durkheim, qui y voit une « loi de l'évolution pénale »[11], cette transformation est confirmée par les travaux de Michel Foucault sur la prison : la naissance de la prison moderne au XVIIIe siècle et la généralisation de l'enfermement à partir du XIXe siècle témoignent d'une nouvelle signification de la peine : celle-ci n'est plus la réparation d'une offense au souverain, mais l'emploi d'une discipline correctrice, indissociablement physique et morale, sur l'individu à amender[12]. Cette évolution est cependant moins une loi qu'une tendance : la persistance de la peine de mort aux États-Unis n'en est pas la moindre exception.

Ces trois transformations du contrôle social sont parallèles à la « première modernité », qui transforme les sociétés traditionnelles de l'Ancien régime en sociétés industrielles.

Sous les nouvelles technologies[modifier | modifier le code]

En 1949, l'écrivain anglais George Orwell, publie 1984, un roman d'anticipation dans lequel il décrit un régime totalitaire exerçant un système de surveillance globale sur les individus. Toutefois, ce qu'il n'envisage pas, c'est qu'elles renforcent également les capacités d'action des individus. En 1954, Jacques Ellul voit dans le progrès technique le risque d'accroître le contrôle social non seulement de façon exponentielle mais depuis des sources diverses [13]. En 1962, il explique comment ce contrôle n'est plus la prérogative de l'État du fait qu'il est également exercé par les grands médias : plus l'information est diffusée sur des grands réseaux, moins il est possible de la différencier de la propagande[14].

Au début du XXIe siècle, les nouvelles technologies renforcent non seulement le contrôle étatique (vidéosurveillance des espaces publics, contrôle biométrique des mobilités, etc.). mais les individus eux-mêmes et à l'encontre des États. Craignant de voir s'installer un système totalitaire, et alors que la technologie informatique leur devient accessible, ils s'efforcent de perturber la surveillance des grandes institutions ou d'en révéler les excès (affaires Assange et Snowden). Jean-Gabriel Ganascia décrit ce type de contre-pouvoir mais se demande si la contre-surveillance n'a pas pour effet de renforcer en retour celui de la surveillance étatique[15].

Les effets du contrôle social[modifier | modifier le code]

Contrôle social et déviance[modifier | modifier le code]

La typologie de Merton

Le contrôle social tend par définition à prévenir la déviance. Ce faisant, il contribue à l'intégration des individus et à la cohésion du groupe. À contrario, un relâchement du contrôle social peut favoriser l'écart aux normes : c'est le cœur de la théorie de la « désorganisation sociale » par laquelle les premiers sociologues de la tradition de Chicago, Robert E. Park en tête, expliquent la délinquance urbaine[16].

Cependant, même serré, le contrôle social n'est pas nécessairement efficace. Aucune société, même la plus contraignante, n'a jamais pu complètement empêcher la déviance : Émile Durkheim observe au contraire que « le crime est normal »[17]. La conformité n'est que l'une des attitudes possibles de l'individu face au contrôle social : Robert K. Merton en distingue quatre autres, du ritualisme à la rébellion (voir ci-contre)[18].

La théorie de l'« étiquetage » invite même à considérer le contrôle social comme un facteur paradoxal de déviance. Selon Howard Becker, la déviance résulte d'interactions sociales. La déviance est analysée ici comme un processus interactif et séquentiel : un premier acte déviant est commis (déviance primaire), il fait l'objet d'un étiquetage (stigmatisation) d'abord par les proches et ensuite par les instances institutionnalisées du contrôle social. Cette stigmatisation produit deux effets. D'une part, elle amène l'intéressé à intérioriser l'image de soi que lui renvoie la société et ainsi à se définir lui-même comme déviant. D'autre part, elle limite ses possibilités de continuer à agir dans le cadre légal. Cette stigmatisation fait donc entrer l'individu dans un processus de déviance secondaire qui induit une nouvelle réaction de la société. On entre ainsi dans une spirale dans laquelle chaque délit appelle une réaction sociale qui contribue elle-même à favoriser à commettre de nouveaux délits. Ce processus a pour effet d'amplifier la déviance et d'enfermer un comportement déviant occasionnel dans une véritable culture délinquante[19].

L'intériorisation du contrôle social[modifier | modifier le code]

C'est sans doute lorsqu'il se mue en autocontrôle que le contrôle social atteint son efficacité maximale : sa capacité à prévenir les écarts à la norme n'est jamais aussi forte que lorsque c'est l'individu lui-même qui se l'applique, soit de manière inconsciente, soit en ayant l'impression de se contraindre de son propre chef. Ce contrôle social interne ne se réduit pas à l'anticipation des sanctions du contrôle social externe, pour les rechercher (sanctions positives) ou les éviter (sanctions négatives) : il est le fruit d'un processus d'intériorisation de la contrainte, lui-même porté par trois facteurs.

L'intériorisation de la contrainte est d'abord le résultat d'un processus historique : elle est l'une des caractéristiques fondamentales du « processus de civilisation » décrit par Norbert Elias[20]. L'historien Roger Chartier en résume la dynamique : « en Occident, entre le XIIe et le XVIIIe siècle, les sensibilités et les comportements sont profondément modifiés par deux faits fondamentaux : la monopolisation étatique de la violence qui oblige à la maîtrise des pulsions et pacifie ainsi l'espace social ; le resserrement des relations interindividuelles qui implique nécessairement un contrôle plus sévère des émotions et des affects. »[21]

Par ailleurs, au fil des interactions quotidiennes, l'intériorisation du contrôle social est renforcée par les rôles sociaux et des jeux de distinction dans lesquels les individus sont pris : l'autocontrôle des émotions, la maîtrise de soi, le refoulement des pulsions, sont l'effet d'un contrôle social que l'individu s'impose à lui-même pour tenir son rang, en particulier lorsqu'il prétend à la domination (Elias[22]), ou pour garder la face, dans le cadre d'une mise en scène de la vie quotidienne (Goffman[23]).

Enfin, plus fondamentalement, l'intériorisation du contrôle social est le fruit d'une socialisation, le résultat d'un ensemble d'habitudes. Le processus d'intériorisation du contrôle social est un apprentissage individuel : « chaque individu doit parcourir pour son propre compte en abrégé le processus de civilisation que la société a parcouru dans son ensemble ; car l'enfant ne naît pas « civilisé » »[24].

Contrôle social et domination[modifier | modifier le code]

Implicite dans la sociologie durkheimienne, explicitée par la sociologie américaine dans la première moitié du XXe siècle, la notion de contrôle social n'avait, à l'origine, pas de connotation négative. Au contraire, dans ces deux traditions, le contrôle social est considéré comme consubstantiel à la vie en société, nécessaire à la cohésion sociale, facteur d'intégration. Progressivement cependant, et de manière de plus en plus nette après la seconde guerre mondiale, d'autres courants vont insister sur ses effets de domination. Quatre séries de critiques peuvent être relevées :

  • Premièrement, les normes et les valeurs auxquelles les individus sont appelés à se conformer sont souvent ceux d'un ou plusieurs groupes sociaux dominants, qui se tiennent pour normaux. Ainsi conçu, le contrôle social apparaîtra comme une entreprise d'imposition de normes promues par des « entrepreneurs de morale » (Howard Becker, op. cit.), comme un travail de production et de reproduction d'une idéologie dominante (Pierre Bourdieu & Luc Boltanski[25]), voire comme une forme dissimulée de propagande (Noam Chomsky, Edward Herman, op. cit.).
  • Lorsqu'une population tombe du mauvais côté de la norme, et lorsqu'elle ne peut ou ne veut s'y conformer, elle est stigmatisée, et doit dès lors déployer de difficiles stratégies de gestion du stigmate : c'est le sens des travaux d'Erving Goffman[26].
  • Pour une norme donnée, les exigences du contrôle social ne s'appliquent pas de la même manière à tous les groupes sociaux : les illégalismes fiscaux des catégories populaires sont par exemple plus intensément contrôlés que ceux des contribuables les plus dotés[27].
  • Cibles privilégiées du contrôle social, les catégories populaires — immigrées notamment – se voient en outre fréquemment reprocher de ne pas exercer elles-mêmes un contrôle social suffisant sur leur progéniture, dès lors livrée à la délinquance. Récurrents dans les grands ensembles, ces jugements sur l'éducation des enfants s'inscrivent dans les stratégies déployées par des classes moyennes fragilisées pour maintenir une « distance sociale » suffisante avec un prolétariat déconsidéré, souci d'autant plus vif que la « proximité spatiale » est grande, comme l'ont montré Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire[28].

Ces critiques convergent toutes vers le même point : en même temps qu'il intègre, le contrôle social stigmatise et opprime ; au nom de la cohésion sociale, il produit de la domination ; orienté par les groupes dominants et spécifiquement exigeant envers les groupes dominés, il est l'un des canaux par lesquels les hiérarchies sociales sont produites et légitimées.

Articles annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le chef d'entreprise est communément appelé "patron", mot dérivé du latin "pater" qui signifie "père".
  2. C'est le sens du modèle de propagande, une grille d'analyse critique élaborée par Edward Herman et Noam Chomsky, qui cherchent à mettre en évidence les biais systémiques qui existent dans les médias américains dominants : ceux-ci participent d'une « fabrique du consentement », qui contribue au contrôle social dans les démocraties libérales. Edward Herman, Noam Chomsky, La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008.
  3. Jacques Ellul, Le système technicien, 1977
  4. Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, 1975; réédition 1993
  5. Jacques Ellul, Propagandes, 1962; 3e édition : Economica, 2008; Le système technicien, 1977; 3e édition : Le Cherche midi, 2012)
  6. Patrick Troude-Chastenet, Cahiers Jacques-Ellul n°4 sous le titre "commmunication et société technicienne", 2006. Article accessible en ligne sur le site de l'AIJE, sous le titre "Propagande, communication, information…" : http://www.jacques-ellul.org/les-grands-themes/propagande-communication-information
  7. Alfred. R. Radcliffe-Brown, Structure et fonction dans la société primitive, Éditions de Minuit, 1968 (1933).
  8. Émile Durkheim, « Définition du fait moral », in Textes. 2. Religion, morale, anomie, Éditions de Minuit, 1975 (1893) [lire en ligne].
  9. Norbert Elias, La civilisation des mœurs, Pocket (Agora), 2003 (1939).
  10. Robert E. Park, « La Ville. Propositions de recherche sur le comportement humain en milieu urbain », 1925, in Y. Grafmeyer et I. Joseph, L'école de Chicago. Naissance de l'écologie urbaine, Aubier, 1984.
  11. Émile Durkheim, « Deux lois de l'évolution pénale », L'Année sociologique, vol. IV, 1899-1900 [lire en ligne].
  12. Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, 1998 (1975).
  13. Jacques Ellul : La Technique ou l'Enjeu du siècle, Armand Colin, 1954. Troisième édition : Economica, 2008
  14. Jacques Ellul : 'Propagandes, Armand Colin, 1962. Troisième édition : Economica, 2008
  15. Jean-Gabriel Ganascia, Voir et pouvoir: qui nous surveille ? Un essai sur la sousveillance et la surveillance à l'ère de l'infosphère, Éditions du Pommier, 2009
  16. Jean-Michel Chapoulie, La tradition sociologique de Chicago, 1892-1961, Seuil, 2001 : chapitre 7.
  17. Émile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, Flammarion (Champs), 1999 (1894) [lire en ligne].
  18. Robert K. Merton, Éléments de théorie et de méthode sociologique, Armand Colin, 1998 (1949).
  19. Howard Becker, Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Paris, Métailié, 1985 (1963).
  20. Norbert Elias, La Dynamique de l'occident, Pocket (Agora), 2003 (1939).
  21. Roger Chartier, « Formation sociale et économie psychique : la société de cour dans le procès de civilisation », préface à Norbert Elias, La Société de cour, Flammarion (Champs), 1985.
  22. Ainsi, à la cour, le roi ne peut « soumettre les autres à la contrainte de l'étiquette et de la représentation, sans y prendre pat lui-même. » (Norbert Elias, La Société de cour, Flammarion (Champs), 1985).
  23. Erving Goffman, La Mise en scène de la vie quotidienne, Minuit, 1973 (1959).
  24. Norbert Elias, Ibid.
  25. Pierre Bourdieu, Luc Boltanski, « La production de l'idéologie dominante », Actes de la recherche en sciences sociales, vol.2, 1976 [lire en ligne].
  26. Erving Goffman, Stigmates. Les usages sociaux des handicaps, Éditions de Minuit, 1997 (1963).
  27. Alexis Spire, « La gestion différentielle des illégalismes fiscaux », Politix n°87, 2009.
  28. Jean-Claude Chamboredon et Madeleine Lemaire, « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », Revue française de sociologie, vol.11, 1970 [lire en ligne].