Ville en transition

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Totnes, Devon : Une ville en transition

Une ville en transition est une ville dans laquelle se déroule une initiative de transition, c'est-à-dire un processus impliquant la communauté et visant à assurer la résilience (capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques) de la ville face au double défi que représentent le pic pétrolier et le dérèglement climatique.

Ce processus a été développé en 2005 par les étudiants du cours de soutenabilité appliquée de l'université de Kinsale (Irlande) sous la direction de Rob Hopkins, formateur et enseignant en permaculture[1]. La première mise en application a été initiée en 2006 dans la ville de Totnes au Royaume-Uni. Depuis, le mouvement est devenu international et compte plus de 460 initiatives officielles[2].

L'originalité du mouvement des initiatives de transition sur les mouvements écologistes ou sociaux existants tient en plusieurs points. Tout d'abord, la vision de l'avenir est résolument optimiste, et les crises sont vues comme des occasions de changer radicalement la société actuelle. La deuxième originalité est que le mouvement concerne la communauté dans son ensemble car c'est cette dernière qui doit porter le changement. L'action ne doit pas exclusivement venir des gestes individuels quotidiens, ni des instances politiques via la législation. C'est pourquoi le mouvement des initiatives de transition est apolitique et ne choisit pas les confrontations (manifestations, …). Ensuite, le mouvement a développé une théorie psychologique inspirée de celle des traitements des dépendances toxicologiques pour tenter de traduire le désespoir ou le déni souvent consécutifs à la découverte du pic pétrolier et de notre dépendance au pétrole, en actions concrètes. Cette originalité semble à la source du succès que connaît le mouvement des villes en transition[2], mais elle suscite aussi des critiques, notamment sur le manque d'engagement politique.

Les raisons[modifier | modifier le code]

Le pic pétrolier[modifier | modifier le code]

La production de pétrole à l'échelle d'une région suit une loi de distribution normale
Courbe théorique du pic de production

La notion de pic pétrolier n'exprime pas la fin des réserves de pétrole, mais traduit la fin du pétrole conventionnel bon marché. À l'échelle d'une région, la production de pétrole suit une courbe de distribution normale (voir le cycle d'exploitation d'un gisement), c'est-à-dire que la production croît rapidement, avant de s'infléchir, de passer par un plateau de production, pour suivre le mouvement inverse. Le pic pétrolier est la date à laquelle la courbe de production mondiale n'augmentera plus, traduisant le maximum de production atteint. À ce moment-là, et pour la première fois, la demande excèdera durablement la production, provoquant une hausse des prix qui s'intensifiera à mesure que la production décroîtra.

L'estimation de la date du pic pétrolier varie suivant les compagnies pétrolières, les institutions officielles et les associations d'étude du pic. Ces différences peuvent provenir d'une vision différente (vision économiciste dans laquelle la production suit la demande), d'une divergence sur la théorie (la notion même de pic pétrolier), de l'incertitude sur l'estimation de certaines données (les réserves sont des données géostratégiques) ou sur différents modes opératoires de calcul (prise en compte ou non du pétrole non conventionnel). De plus, la consommation, autre variable affectant le pic, est soumise à des évènements (externes ou issus de rétroactions), par exemple politiques ou économiques. Les différents pronostiques vont donc du déni d'un pic pétrolier pour l'OPEP[3], à l'horizon 2020 pour la compagnie Total[3], ou en 2008 pour l'ASPO (association pour l'étude du pic du pétrole et du gaz naturel)[4].

La « descente énergétique »[modifier | modifier le code]

Les initiatives de « transition », qui nécessitent une descente énergétique (energy descent), s'intéressent aux réponses à apporter pour résister aux différentes crises, dont celle du « pic pétrolier ».
Aussi, plus que supporter le pic lui-même, l'enjeu est le futur énergétique dicté par la déplétion de pétrole[5]. La tentation d'exploiter les gaz de schistes peut freiner les démarches de transition.

Le concept de « descente énergétique » (energy descent) est défini par Rob Hopkins comme « le déclin continu de l'énergie nette sur laquelle se base l'humanité, qui est le reflet de la montée énergétique qui a pris place depuis la révolution industrielle. La descente énergétique se réfère également au scénario d'un futur dans lequel l'humanité s'est adaptée avec succès au déclin des énergies fossiles disponibles et est devenue plus locale et autosuffisante. C'est un terme privilégié par ceux qui voient le pic énergétique comme une possibilité vers un changement positif, plutôt que comme un désastre inévitable »[5].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les pays dépendent du pétrole dans leur approvisionnement en énergie primaire qui en représente plus du tiers[6]. Concernant la France, le pétrole compte pour 33 % de la consommation d'énergie primaire[7], et pour près de 44 % de la consommation énergétique finale (près de 70 % pour les énergies fossiles)[8]. Le pétrole a des propriétés et des qualités uniques qui dans nos sociétés le rendent indispensable dans un certain nombre de domaines, notamment ceux des transports et de la pétrochimie (matières plastiques, solvants, médicaments, fibres synthétiques, etc.). Ces propriétés rendent également le pétrole indispensable pour la fabrication et la mise en place d'énergies alternatives (construction de centrales, traitement et stockage des déchets nucléaires, construction d'éoliennes ou de panneaux solaires, etc.).

Les principes[modifier | modifier le code]

Le mouvement des initiatives de transition s'intitulait à l'origine « villes en transition » (Transition Towns). Pour faire face à la diversité des différentes structures dont s'occupaient les différents groupes de transition (villes, villages, îles, districts, zones géographiques diverses, etc.), le mouvement a été renommé mouvement des « initiatives de transition » (Transition Initiatives).

«Le mouvement de transition est un mouvement international qui vise à inspirer, à catalyser et à soutenir les réponses des communautés face au pic pétrolier et au changement climatique. C'est un mouvement qui a une vision positive, centré sur l'élaboration et la mise en œuvre de solutions, qui développe différents outils pour construire de la résilience et de la joie dans le monde. De l'éveil des consciences et de la création de groupes locaux d'alimentation, à l'édition de monnaies locales et au développement de «plans B» pour leur communauté, les mouvements de transition cherchent à prendre la fin de «l'âge du pétrole» comme une immense opportunité : l'opportunité de repenser profondément la plupart de ce que nous considérons comme acquis.»[9]

L'objectif de toute initiative de transition est de définir et mettre en œuvre un «plan d'action de descente énergétique» (PADE) propre à sa communauté, qui dessine une vision à 20 ans de ce que peut être un lieu de vie où la dépendance aux énergies fossiles est minimum et la résilience maximum. Pour ce faire, le PADE décrit, pour différents domaines comme l'alimentation, le transport ou la santé, les étapes de la transition permettant de remplir les objectifs fixés. C'est dans le but d'aider les communautés souhaitant élaborer et mettre en place un PADE que le réseau des initiatives de transition a conceptualisé à partir des expériences des initiatives pionnières, un ensemble de principes directeurs formant une sorte de fondement théorique; un ensemble d'étapes qui structurent une initiative de transition dans le temps; ainsi qu'un ensemble de techniques pratiques.

Le concept de ville en transition est basé sur un ensemble de principes qui se veulent facilement compréhensibles, et qui le distinguent des autres mouvements alternatifs[10].

Vision positive[modifier | modifier le code]

Le principe des visions se réfère au présupposé que l'on ne peut tendre vers un objectif seulement si l'on peut visualiser comment ce sera si l'on y parvient. Ces visions se trouvent au cœur du plan de descente énergétique, qui contient des actions étalées sur les vingt années à venir. Cette vision diffère des courants écologistes traditionnels qui dressent un avenir sombre qui a pour conséquence de déprimer les gens et de leur faire croire qu'ils sont impuissants à agir.

Inclusion[modifier | modifier le code]

Les défis et les conséquences du pic pétrolier et du dérèglement climatique nécessitent la participation de la société dans son ensemble. Tous les secteurs d'activité et tous les acteurs de la ville sont concernés et mis à contribution pour concrétiser la transition : citoyens à l'origine de l'initiative, associations, organisations professionnelles, administrations, enfants, actifs et retraités, dans les domaines énergétiques et économiques conventionnels ou plus inattendus comme la santé, l'éducation, l'immobilier, le tourisme ou encore les ressources maritimes. Contrairement aux ONG et aux associations écologistes, les mouvements de transition placent leur action au cœur de la communauté, et ne visent pas une action de lobbying auprès des instances politiques (locales, nationales ou internationales) en vue de changer la législation.

Prise de conscience[modifier | modifier le code]

Une des premières actions des villes en transition est d'informer le public aux enjeux du pic pétrolier et du dérèglement climatique. Les informations des médias sont souvent vagues et en dehors de la portée d'action du citoyen lambda, et sont souvent en contradiction avec les autres messages (qui présentent le modèle de développement actuel comme allant de soi, ou diffusant des publicités pour des voyages en avion).

Résilience[modifier | modifier le code]

La résilience est la capacité des systèmes à retrouver leur équilibre après une perturbation. Dans le cadre des villes, la résilience est la capacité d'une ville à ne pas s'effondrer aux premiers signes d'une pénurie de pétrole ou de nourriture. La notion de résilience est différente de celle de soutenabilité, qui est la seule généralement mise en avant. Par exemple, une communauté qui récupère les déchets pour expédier au centre de tri réduit sa pression sur l'environnement, mais ne devient pas plus résiliente pour autant. Elle pourrait augmenter cette dernière en transformant localement ces déchets en matériaux d'isolation.

Compréhension psychologique[modifier | modifier le code]

Une des principales barrières au passage à l'action est un sentiment d'impuissance, de solitude ou d'accablement que les catastrophes écologiques provoquent souvent. Le modèle des villes en transition utilise la compréhension de la psychologie en formulant une vision positive, en offrant des espaces rassurants où les personnes peuvent exprimer leurs craintes, et en valorisant les actions déjà effectuées en incluant dans le processus autant d'occasions de célébrer les succès que possible.

Les fondateurs du mouvement de transition analysent les raisons de l'inaction des gens conscients des dangers écologiques de leur mode de vie en faisant le parallèle entre la dépendance au pétrole et les études psychologiques des comportements face à la dépendance toxicologique[11].

Solutions crédibles et appropriées[modifier | modifier le code]

Une fois que les dangers du pic pétrolier et du dérèglement climatique ont été révélés au public, les initiatives de Transition doivent laisser la possibilité aux gens de chercher des solutions pertinentes à une échelle appropriée, et ne pas se limiter aux solutions comme "éteindre les lumières en sortant de la pièce". Ceci est très important car les gens ne conçoivent en général que deux types de réponses : la réponse individuelle chez soi, et la réponse gouvernementale à l'échelle nationale. Les initiatives de transition explorent le niveau intermédiaire, celui des communautés.

Influence de la permaculture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Permaculture.

L'influence de la permaculture est prégnante dans le concept des villes en transition[12]. Rob Hopkins, l'initiateur du mouvement, enseigne la permaculture depuis plus de 10 ans.

La permaculture est une science de conception visant la création de lieux de vie humains soutenables. Lorsqu'il découvrit la réalité du pic pétrolier, le premier réflexe de Rob Hopkins fut de se servir des principes de la permaculture pour organiser une réponse. Il s'appuya notamment sur les travaux de David Holmgren[13], cofondateur de la permaculture.

L'idée centrale des villes en transition, la résilience, est directement inspirée des écosystèmes naturels. En effet, ces derniers ont, contrairement à nos champs cultivés, la propriété d'être stables, diversifiés, de consommer un minimum d'énergie, d'être autonomes (cycles fermés) et de ne pas produire de pollution (grâce à la forte interconnexion de ses éléments : les déchets d'un système sont utilisés par d'autres systèmes). C'est un modèle parfait pour des systèmes humains devant drastiquement réduire leur consommation d'énergie et leur émissions de CO2 (et d'autres polluants). L'apport de la permaculture est d'offrir une base philosophique ainsi que des principes généraux et des exemples concrets de mise en œuvre de systèmes basés sur les caractéristiques souhaitables des systèmes naturels.

Cependant la permaculture souffre de deux inconvénients, qui ont participé à la création des villes en transition. Tout d'abord, la permaculture a vu le jour en Australie, dans un contexte géographique de terres abondantes et de climat difficile. Ces deux points ont amené la permaculture à se focaliser sur la production de nourriture, et l'aménagement de terrains individuels (ou de petites communautés). Le mot permaculture vient d'ailleurs à l'origine de la contraction de permanent agriculture (agriculture soutenable), avant d'être redéfinie comme permanent culture (culture durable), sous le travail de David Holmgren. Deuxièmement, la permaculture est un concept difficile à expliquer facilement à la première personne venue (Rob Hopkins s'amuse à dire qu'il faut un tableau, des feutres, et quinze minutes pour dessiner des poules, des mares et des serres).

Ces deux points font dire à Rob Hopkins que les permaculteurs privilégient généralement une distanciation vis-à-vis de la majorité de la société (vivant dans des villes de moyenne et grande taille), en retournant à la campagne et aménageant leur terrain, plutôt que de choisir de transformer directement la société. Si la permaculture est cette première vision, les villes en transition seraient donc cette seconde facette complémentaire.

Les étapes[modifier | modifier le code]

Les étapes de la transition peuvent servir de guide de route à une nouvelle initiative de transition. Elles ont été élaborées pour maximiser les chances de succès d'une initiative, et la rendre plus efficace. Par exemple, la première expérience d'initiative de transition, initiée par Rob Hopkins et les étudiants du cours de soutenabilité appliquée de l'université de Kinsale, a commencé par la rédaction d'un plan d'action de descente énergétique. Mais la mise en œuvre de ce plan a échoué car il n'y avait pas eu de travail préparatoire pour initier les habitants et les politiques aux enjeux des crises à venir, et à l'importance d'un plan énergétique approprié[réf. nécessaire]. Se basant sur les retours d'expériences des premières initiatives de transition, douze étapes ont été définies[14]. Cette section présente un résumé de certaines de ces étapes.

Former un groupe de pilotage temporaire[modifier | modifier le code]

Le groupe de pilotage se compose d'environ six personnes, et permet d'initier une transition. Les personnes formant ce groupe doivent bien maîtriser (ou se former sur) les notions de pic pétrolier et de dérèglement climatique, ainsi qu'avoir une bonne idée du mouvement des initiatives de transition. Ce groupe va prendre en charge les étapes suivantes jusqu'à la création des groupes de travail. Une fois que quatre de ces groupes de travail seront formés, le groupe de pilotage sera dissout et recomposé à partir d'une personne de chaque groupe de travail. Le groupe de pilotage ne doit pas être trop grand pour pouvoir être efficace, mais doit contenir un minimum de personnes, pour que l'initiative ne repose pas que sur la volonté d'une ou deux personnes. Il est conseillé à au moins un membre de suivre une formation en permaculture, et il est nécessaire qu'au moins deux membres du groupe de pilotage suivent une formation aux initiatives de transition[15] (uniquement en anglais à l'heure actuelle) pour que l'initiative soit reconnue officiellement[16].

Sensibiliser[modifier | modifier le code]

La sensibilisation permet d'introduire les notions de pic pétrolier et de dérèglement climatique, ainsi que de descente énergétique et de résilience, à la communauté (grand public, décideurs économiques, instances politiques). Cette sensibilisation peut prendre plusieurs formes (articles de presse, interventions dans des écoles, etc.), mais c'est en général les projections avec conférence et débats qui sont privilégiées.

Les films ont l'avantage d'attirer un large public. Les films généralement choisis concernent le pic pétrolier, et dans une moindre mesure le dérèglement climatique[17]. Les conférences permettent de compléter les informations (par exemple en introduisant les autres problématiques, car les documentaires se concentrent généralement sur un seul problème), de gagner en crédibilité, d'attirer plus de monde, et d'orienter le débat vers une vision positive et la recherche de solutions. Les débats permettent aux gens d'exprimer leurs angoisses au sujet de ce qu'ils ont appris, pour éviter qu'ils ne s'enferment dans le déni ou la dépression.

Organiser un « grand lancement »[modifier | modifier le code]

Lorsque la communauté est suffisamment sensibilisée (ce qui prend en général de 6 mois à un an après la première projection) et que des contacts avec d'autres groupes (associations environnementales ou sociales, etc.) ont été liés, le groupe de pilotage organise le «grand lancement» (Great Unleashing). Cet événement mémorable va permettre de catalyser toutes les craintes et les attentes des gens pour trouver et mettre en œuvre des solutions. L'élan et l'énergie libérés pendant cet événement va permettre au mouvement de s'agrandir, en formant de nouveaux groupes.

Former des groupes de travail[modifier | modifier le code]

Les groupes de travail se focalisent sur divers aspects de la vie quotidienne de la communauté : alimentation, déchets, énergie, éducation, jeunesse, économie, transports, eau, municipalité… Ces groupes ont leur propre façon de fonctionner. De manière générale, le déroulement d'une initiative de transition ne peut pas être contrôlé, car il dépend intrinsèquement des désirs, attitudes, façons de penser, de la communauté. Dans chaque groupe un membre est choisi, et l'ensemble de ces membres forme le nouveau groupe de pilotage, qui se réunit régulièrement pour faire le point. Le travail combiné des groupes doit permettre la rédaction d'un plan d'action de descente énergétique.

Rédiger un Plan d'action de descente énergétique[modifier | modifier le code]

Le Plan d'action de descente énergétique (Pade) se base sur les travaux des différents groupes et organise les résultats en une vision unifiée à moyen terme (15 à 20 ans) ainsi que les étapes à effectuer à certaines dates pour y parvenir. Le Pade se base également sur un état des lieux des ressources de la commune (circuits de distributions, ressources naturelles, etc.) et prend en compte la politique actuelle mise en place. Le premier Pade a été rédigé à l'université de Kinsale, mais il a été le premier élément de l'initiative de transition de la ville, et non pas son achèvement.

Le Pade n'est pas une fin en soit. Une fois rédigé, il faut le mettre en œuvre et prendre en compte les retours d'application (difficulté imprévue, changement de contexte politique, social ou économique…). C'est à ce moment seulement que commence véritablement la transition de la communauté vers un futur plus résilient.

Exemples d’actions concrètes[modifier | modifier le code]

Concrètement, ces sont des projets diversifiés qui participent aux différentes expériences de transitions en cours, qu'ils soient ou non à l'initiative du groupe de pilotage. Ces projets peuvent concerner des sujets aussi différents que les transports, l'éducation, la santé, l'énergie où l'alimentation. S'ils ne sont pas déjà présents dans la communauté, ces projets sont initiés par les différents groupes de travail, en association avec des partenaires légitimes ou qualifiés, lorsqu'ils existent.

Économie[modifier | modifier le code]

L'action qui a eu le plus grand retentissement pour la transition de Totnes est la création d'une monnaie locale[18], le «Totnes Pound». Une telle monnaie a pour but de relocaliser les échanges économiques, et d'éviter la fuite de la richesse. De nombreuses monnaies locales existent, ainsi 66 systèmes de monnaie locale existent ou sont en projet en Allemagne et en Angleterre. Il existe en Suisse, le système du WIR depuis 1930 (1700 millions d'euros d'échanges en 2007) et les BerkShares dans le Vermont (États-Unis) depuis 2006 (1 million de billets en circulation). Ces actions sont encouragées par les acteurs locaux : élus, banquiers, et bien sûr entreprises et commerçants. Un système existe en France, le Sol (pour solidaire) à Grenoble.

Des monnaies locales «fictives» existent également dans les Systèmes d'échange local (Sel). Ces systèmes permettent l'échange de biens ou de services sans passer par une monnaie réelle, seul un système de points étant mis en place pour pouvoir quantifier la valeur des échanges.

Alimentation[modifier | modifier le code]

L'alimentation occidentale est fortement dépendante des énergies fossiles, et une transition dans ce domaine est donc inéluctable[19]. La résilience dans le domaine de l'alimentation passe par une relocalisation et des modifications de la production agricole.

Ainsi des projets pourront avoir comme objectif de développer des potagers ruraux ou urbains, individuels ou collectifs (jardins familiaux, jardins communautaires), la plantation d'arbres (avec par exemple le projet de plantation de noyers à Totnes[20]), ou le partage de graines, pour augmenter les savoirs, les pratiques et l'auto-production au sein de la communauté.

Concernant les circuits d'alimentation, les projets visent à relocaliser la production et à raccourcir les circuits de distribution. C'est le cas avec la création de marchés de producteurs, d'Association pour le maintien d'une agriculture paysanne (Amap) ou de coopératives d'achat.

Les pratiques agricoles doivent également évoluer vers une agriculture plus respectueuse vis-à-vis de l'environnement et moins consommatrice d'hydrocarbures (pétrole pour les pesticides et la mécanisation, gaz naturel pour les engrais minéraux). Les projets pourront se tourner vers la mise en place d'une agriculture biologique ou biodynamique. La permaculture, dont les principes sous-tendent le mouvement des villes en transition, offre également des solutions pertinentes en matière agricole.

Transports[modifier | modifier le code]

Dans le domaine des transports, comme pour l'énergie qui est liée, l'action la plus efficace d'est d’éviter de consommer ou détruire des ressources. Le second est de transporter ou se déplacer par des moyens qui préservent mieux la nature. On aboutit donc à 2 types d'initiatives :

Énergie[modifier | modifier le code]

La consommation d'énergie est essentiellement la conséquence de choix dans tous les autres domaines. Ainsi, une agriculture biologique, le choix des transports en commun, de produits locaux et de saison diminue l'empreinte énergétique au niveau local comme global.

Le scénario négawatt[21] propose une réduction de l'empreinte énergétique sur la période 2000-2050 suivant trois axes : sobriété, efficacité et utilisation d'énergies renouvelables.

Autres[modifier | modifier le code]

Le mouvement francophone[modifier | modifier le code]

Tout comme la permaculture, les villes en transition se développent principalement dans les pays anglophones (Angleterre, États-Unis, Australie, …)[2]. Pour remédier au manque de visibilité des initiatives de transition dans le monde francophone, un groupe de discussion, Objectif Résilience, a été créé en avril 2008. Ce groupe coordonne notamment des traductions, comme celle du guide des initiatives de transition. En mars 2009, le site francophone des villes en transition a été lancé, dont le but est de fournir de l'information ainsi qu'un service aux initiatives francophones. En France, les villes en transition ont acquis une plus grande visibilité depuis la parution d'un article dans le numéro de février 2009 du journal S!lence[22] et de la parution du livre Antimanuel d'écologie d'Yves Cochet[23], qui y consacre une demi-douzaine de pages.

Liste des initiatives francophones[modifier | modifier le code]

Voici la liste de quelques initiatives francophones de transition.

Belgique :

France (pour la liste complète, voir ce site) :


Suisse :

Québec :

Mouvements similaires ou proches[modifier | modifier le code]

D'autres mouvements ont traité les mêmes problématiques que le mouvement des villes en transition, c'est le cas notamment de l'association Oil Depletion Analysis Centre au Royaume-Uni et l'ONG Post Carbon Institute aux États-Unis. Ces organismes ont rédigé des guides pour aider les municipalités à affronter le pic pétrolier, respectivement Preparing for Peak Oil et Post Carbon Cities Guidebook.
Ces guides viennent en aide aux élus qui ont signé le Protocole de Rimini pour leur permettre de l'appliquer dans leur ville.

Lorsqu'une ville est déjà le siège de plusieurs associations environnementales, la difficulté est de travailler en partenariat avec ces initiatives, en leur faisant comprendre que l'initiative des villes en transition n'est pas en concurrence, mais peut servir de cadre plus général dans lequel l'expertise et la connaissance de ces associations ont toute leur place. Des associations comme Les Amis de la Terre, ATTAC ou des initiatives comme Slow Food ou le réseau Cocagne sont des partenaires privilégiés pour une initiative de transition.

Décroissance[modifier | modifier le code]

Le mouvement de la décroissance (ou de l'après-développement) est en France celui qui pourrait se rapprocher le plus des initiatives de transition. Les points communs sont en effet nombreux : décroissance énergétique, relocalisation de l'économie, diminution de l'empreinte écologique, réappropriation des savoirs et des techniques, simplicité volontaire, …

Dans certaines villes, le mouvement pour la décroissance est à l'origine de nombre d'initiatives (AMAP, SEL, GASAP…) dans la droite ligne du concept des villes en transition.

Les différences entre la décroissance et l'initiative des villes en transition sont à peu près les mêmes qu'avec les autres mouvements, et se retrouve dans les principes évoqués précédemment. Premièrement, la décroissance ne développe pas une vision positive aussi poussée que celle des villes en transition et tient plus de l'utopie que de la vision pragmatique et subordonnée à un calendrier d'actions.

Les positions des mouvements décroissants vis-à-vis des instances politiques diffèrent également. En effet, soit les mouvements y sont intégrés (avec la création d'un parti pour la décroissance[24]), soit ils se trouvent dans une position de confrontation (manifestations, désobéissance civile, position anarchiste[25] …). La décroissance ne possède également pas la philosophie permaculturelle sous-jacente dans les initiatives de transition, notamment la compréhension des écosystèmes naturels et leur transposition à des systèmes anthropiques.

Les villes en transition ne sont donc pas la transposition anglo-saxonne de la "décroissance française" mais ces différences ne masquent pas les profondes ressemblances de ces mouvements, appelés à collaborer.

Autres[modifier | modifier le code]

  • La « transition énergétique » s'inscrit généralement dans une perspective d'économie circulaire et « écologiquement efficiente » (avec par exemple le recyclage complet des déchets, et l'usage d'écomatériaux) ;
  • La transition évoque souvent aussi une nouvelle forme du travail des métiers plus orientés vers l'utilité écologique et sociale et non sur la seule augmentation de la production[26] ;
  • La « transition énergétique » appelle aussi une transition vers une économie de la fonctionnalité.
  • Elle s'insère plus largement dans la « transition écologique et sociale » que certaines collectivités intègrent peu à peu[27] comme objectif et nouveau modèle de développement (La Région Nord-Pas-de-Calais dispose ainsi d'une Commission « Transformation écologique et sociale », présidée par Jean-François Caron, qui peut notamment appuyer une transition énergétique sur des scénarios alternatifs[28] produit par "Virage Énergie" avec comme enjeux « se préparer au pic pétrolier, se passer rapidement du nucléaire, lutter contre le dérèglement climatique ». La Région Île-de-France développe des actions de « conversion écologique ») ;
  • Jeremy Rifkin a théorisé dans les années 2000 le concept d'une 3ème révolution industrielle, bâtie sur 5 piliers qui nécessitent et permettent une transition énergétique, mais la voiture (électrique ou à hydrogène) reste un élément central de son système ;
  • Lester Brown propose une économie solaire (où l'énergie est d'origine photovoltaïque, éolienne, ou fournie par des moteurs à hydrogène, tout en développant le vélo…). Il propose un « plan B »[29],[30] (réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre) ; via un nouveau modèle énergétique et une taxe carbone à mettre en place entre 2010 et 2020, pour une « 3° transition énergétique » (la 1re étant le passage du bois au charbon du XIX°, et la 2de le passage du charbon au pétrole au XX°) ;
  • Serge Latouche va dans le même sens dans son traité de la décroissance sereine[31] en proposant une a-croissance “solaire”.
  • La notion de transition a donné lieu en France à la création d'un "Collectif pour une Transition Citoyenne" s'appuyant sur une dizaine de mouvements citoyens actifs dans de nombreux secteurs d'activité (agriculture, finance, éducation, énergie, économie, bien-être social, insertion, démocratie, accompagnement du changement)
  • Un festival de la transition a été organisé en 2012 et 2013 à Cluny[32].

Critiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs critiques ont été émises à l'encontre du mouvement des initiatives de transition[33],[34]. Ces critiques ont donné lieu a des réponses de la part de Rob Hopkins[35],[36],[37].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rob Hopkins, Energy Descent Pathways:evaluating potential responses to Peak Oil ; 2006
  • (fr) Paul Chatterton et Alice Cutler, Un écologisme apolitique ? : débat autour de la transition, Écosociété, Montréal, 2013
  • (fr) Rob Hopkins, Manuel de transition de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Écosociété, 2010
  • Revue Silence, dossier dans les n°417 (novembre 2013) ; n°398 (février 2012) ; n°385 (décembre 2010) ; n°379 (mai 2010)

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « What is Transition Town Kinsale? »,‎ 19 février 2009
  2. a, b et c (en) « Liste des initiatives officielles » (consulté le 27 mai 2013)
  3. a et b (en) Département US de l'énergie, Peaking of World Oil Production: Recent Forecasts,‎ 2007 (lire en ligne)
  4. (en) « ASPO Newsletter n°99 »,‎ mars 2009
  5. a et b (en) Rob Hopkins, Energy Descent Pathways:evaluating potential responses to Peak Oil,‎ 2006 (lire en ligne), p. 18-19
  6. Insee, Annuaire statistique de la France,‎ 2004 (ISBN 2-11-068237-X), p. 460
  7. Insee, Consommation d'énergie primaire par type d'énergie et par secteur , 2007.
  8. Direction Générale de l’Énergie et des Matières Premières, Observatoire de l’Énergie, Bilan énergétique de la France pour 2007,‎ 2007 (lire en ligne), p. 22
  9. (en) Shaun Chamberlin, The Transition Timeline: For a local, resilient futur, Green Books,‎ 2009 (ISBN 9781900322560), p. 1
  10. (en) Rob Hopkins, The Transition Handbook: From Oil Dependency to Local Resilience, Green Books,‎ 2008 (ISBN 9781900322188), p. 141
  11. (en) Rob Hopkins, Energy Descent Pathways:evaluating potential responses to Peak Oil,‎ 2006 (lire en ligne), p. 33-40
  12. (en) Rob Hopkins, The Transition Handbook: From Oil Dependency to Local Resilience, Green Books,‎ 2008 (ISBN 9781900322188), p. 136
  13. (en) David Holmgren, Permaculture: Principles and Pathways Beyond Sustainability, Holmgren Design Services,‎ 2002 (ISBN 0646418440)
  14. Transition Primer, p. 24-28. Traduction française.
  15. Transition Training, Transition Network.
  16. Criteria for becoming an "official" Transition Initiative, Transition Network.
  17. « Guide des initiatives de transition, liste de films. »
  18. Media Coverage of the Totnes Pound, sur la page de Totnes du Transition Network.
  19. The Food and Farming Transition, Post Carbone Institute, printemps 2009.
  20. Nut tree planting in Totnes, sur la page de Totnes du Transition Network.
  21. Association négaWatt, Scénario négaWatt 2006 : pour un avenir énergétique sobre,efficace et renouvelable,‎ décembre 2005 (lire en ligne)
  22. S!lence, numéro 365, Villes vers la sobriété, février 2009.
  23. Yves Cochet, Antimanuel d'écologie, Bréal,‎ 2009 (ISBN 2749508452)
  24. Parti français pour la décroissance.
  25. Jean-Pierre Tertrais, Du développement à la décroissance, Éditions du Monde Libertaire,‎ 2004 (ISBN 2-903013-91-8, lire en ligne)
  26. Thomas Coutrot, David Flacher, Dominique Méda, Pour en finir avec ce vieux monde : les chemins de la transition, avril 2011, 280 pages, 9 euros.
  27. CERDD, 1ères Assises de la transformation écologique et sociale – 28 juin 2011
  28. Virage énergie Nord Pas-de-Calais, « Scénarios pour une transition énergétique et sociétale en Nord-Pas de Calais » , consulté 2012-06-17
  29. Lester R. Brown, Janet Larsen, Jonathan G. Dorn and Frances C. Moore, Le Plan B à l’horizon 2020 ; réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre, (Earth Policy Institute, préfacé par Nicolas Hulot et traduit de l'anglais par P.-Y. Longaretti)
  30. par Lester R. Brown (Earth Policy Institute), Plan B 3.0: Mobilizing to Save Civilization (New York: W.W. Norton & Company, 2008),
  31. Petit traité de la décroissance sereine, Mille et Une Nuits, 2007
  32. Site web du festival
  33. (en) Paul Chatterton, Alice Cutler, The Rocky Road to Transition: The Transition Towns movement and what it means for social change, Trapeze,‎ 2008 (lire en ligne)
  34. (en) John Michael Greer, « Premature triumphalism »,‎ 19 novembre 2008
  35. (en) Rob Hopkins, « The Rocky Road to a Real Transition: A Review »,‎ 2008
  36. (en) Rob Hopkins, « Responding to Various Critiques of Transition »,‎ 2008
  37. (en) Rob Hopkins, « Responding to Greer’s Thoughts on ‘Premature Triumphalism’ »,‎ 2008