Silicon Valley

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37° 22′ N 122° 02′ O / 37.37, -122.04 ()

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Silicon Valley (« Vallée du silicium ») désigne le pôle des industries de pointe situé dans la partie sud de la Région de la baie de San Francisco en Californie, sur la côte ouest des États-Unis. Même si cette région n'est pas une vallée à proprement parler, l'expression désigne souvent par métonymie l'industrie des technologies de pointe en général. La ville de San José est la plus grande ville de Silicon Valley. En anglais, l'expression « Silicon Valley » n'est généralement pas précédée d'un article. On parle d'ailleurs plus simplement de "The Valley". Fortement liée à la présence et au rayonnement de l'université Stanford, Silicon Valley a inspiré bon nombre de technopoles en Europe.

Silicon Valley (Vallée du silicium).

Une définition mouvante[modifier | modifier le code]

Silicon Valley étant définie par son activité économique, ses frontières sont floues et en constante évolution. L'expression ne correspond pas à une entité administrative et désigne une région comprenant environ 2 millions d'habitants et 6 000 entreprises de haute technologie. Son PIB équivaut à celui d'un pays comme le Chili[1].

Certains font correspondre Silicon Valley au comté de Santa Clara, qui comprend le plus gros des entreprises de technologies de pointe de la région. Plus généralement, on considère que Silicon Valley englobe la partie nord de la vallée de Santa Clara, ainsi que les localités du sud de la péninsule de San Francisco et du sud-est de la baie. L'organisme Joint Venture Silicon Valley Network, qui a mis sur pied un indice socio-économique pour la région, la définit comme l'ensemble du comté de Santa Clara, plus les localités de Foster City, San Mateo, Belmont, San Carlos, Redwood City, Atherton, East Palo Alto, Woodside, Portola Valley et Menlo Park dans le comté de San Mateo, les localités de Union City, Fremont et Newark dans le comté d'Alameda, et Scotts Valley dans le comté de Santa Cruz.

Il arrive enfin parfois que l'expression soit utilisée, souvent par les médias nationaux ou internationaux, pour désigner l'ensemble des entreprises technologiques de la région urbaine de San Francisco. Nombre de sociétés spécialisées dans le logiciel ou les services Internet sont en effet situées à San Francisco, et un pôle de biotechnologies existe dans l'est de la péninsule. D'autres entreprises sont situées dans l'est de la baie, comme Pixar à Emeryville ou E-Loan à Pleasanton.

Silicon Valley est traversée dans le sens nord-sud par l'autoroute U.S. 101 (appelée simplement One-O-One par les autochtones).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le passé agricole[modifier | modifier le code]

Les Amérindiens Ohlone furent les premiers habitants de la région aujourd'hui désignée comme Silicon Valley. Lorsque les Espagnols arrivent, de nombreuses missions sont construites et exploitées avec la main-d'œuvre indigène. Les premiers colons espagnols puis américains exploitent principalement leurs terres pour la culture céréalière et l'élevage, mais à partir des années 1860, les fermiers se reconvertissent dans l'arboriculture fruitière, et des conserveries apparaissent. La vallée de Santa Clara devient une région d'arboriculture fruitière importante jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. L'agriculture intensive força les fermiers de la région à creuser des puits artésiens pour irriguer leurs exploitation dès la fin du XIXe siècle, causant des affaissements géologiques — dans les années 1960, la ville de San José s'était ainsi enfoncée de plus de trois mètres[2]. Les sécheresses des années 1920 et 1930 et l'expansion démographique de l'après-guerre conduisirent les comtés de la région et l'État à construire des barrages et des aqueducs pour alimenter l'ensemble de la baie. L'aqueduc du sud de la baie achemine ainsi de l'eau provenant du delta du Sacramento, celui de Hetch Hetchy arrive de la Sierra Nevada, et le réseau du San Felipe Project arrose le sud de la baie avec l'eau du San Luis Reservoir dans le comté de Merced.

Aujourd'hui, de très rares exploitations agricoles commerciales subsistent au cœur de Silicon Valley, même si l'on trouve çà et là des traces des anciens vergers qui couvraient une bonne partie du comté de Santa Clara. La ville de Scotts Valley reste cependant très rurale, ainsi que les environs de Gilroy.

Paradoxalement, la prospérité économique de Silicon Valley a contribué à celle de nombreuses exploitations viticoles dans la région, notamment dans les monts Santa Cruz et le comté de Santa Cruz. De nombreux individus ayant fait fortune dans les technologies de pointe se sont ainsi reconvertis ou ont investi dans le secteur vinicole.

L’héritage de Frederick Terman[modifier | modifier le code]

Professeur au département d'ingénierie électrique de Stanford dans les années 1930 et troublé par l’absence d’emplois pour les diplômés de l'université, Frederick Terman était parvenu à convaincre deux de ses étudiants, William Hewlett et David Packard de ne pas suivre le flux classique de brain drain vers la côte Est mais de créer leur entreprise dans la région. 

Devenu doyen du département, Frederick Terman profita, pour attirer les entreprises dans le voisinage de l’université, de la vague d’investissement dans les technologies de défense amorcée par le gouvernement fédéral pendant la Seconde Guerre mondiale (la côte pacifique était un emplacement stratégique), et dont Stanford était l’un des principaux bénéficiaires. Les plus de 3 230 hectares dont l’université était propriétaire lui permirent d’inviter les entreprises à installer leurs activités de recherche. À l’argument de l’espace disponible, Frederick Terman en ajouta un autre, de sa propre initiative : le Honors Cooperative Program, créé en 1955, donnait aux ingénieurs des entreprises locataires un accès favorisé aux programmes de l’université. Les entreprises affluèrent dans la région à tel point que la population de Palo Alto doubla dans les années 1950. Terman et ses successeurs surent aussi, avec beaucoup d’opportunisme, faire profiter la recherche et l’enseignement de Stanford des avancées des entreprises locales. Ils encouragèrent les pionniers de l’industrie des tubes à vide comme Charles Litton à enseigner cette nouvelle technologie aux étudiants. Des laboratoires d’électronique furent développés pour perfectionner ces technologies (klystron, magnétron, tube à onde progressive). De même, dès l’apparition d’une industrie locale de semi-conducteurs solides puis de circuits intégrés, les laboratoires de Stanford s’intéressèrent à ces technologies et à leurs applications. Ainsi John Linvill, successeur de Terman et père d’une fille aveugle, réalisa en 1962 un des premiers dispositifs à circuits intégrés : l’Optacon transcrivait des caractères imprimés en vibrations correspondant à leur transcription en Braille, permettant aux aveugles équipés de ce dispositif de lire en suivant de leur index les lignes d’un livre courant.

La phase de percée[modifier | modifier le code]

Le nom de Silicon Valley, forgé en 1971 par un journaliste local, Don Hoefler, fut inspiré par la concentration d'entreprises de semi-conducteurs et d'informatique dans la vallée de Santa Clara, jusqu'alors connue surtout pour ses nombreux vergers. Silicon est le mot anglais pour silicium, l'un des matériaux de base des composants électroniques, plus précisément les industries de l'électronique et de l'informatique.

C'est là que s'est véritablement forgée l'image d'entreprises parties de rien (jeunes pousses, ou startups) souvent dans une résidence familiale (avec par exemple, le Garage Hewlett-Packard où a été lancé Hewlett Packard à Palo Alto, devenu un musée, symbole du rêve américain et monument historique) pour devenir des géants technologiques et industriels (comme Apple à Cupertino ou Sun Microsystems et Intel à Santa Clara).

Pour obtenir une combinaison aussi fructueuse, il a fallu rassembler des atouts très particuliers. Même s'il est difficile de déterminer quelle a été la formule miracle (nombreux sont ceux qui voudraient la trouver pour la reproduire en d'autres lieux), quelques éléments concordants ont contribué d'une manière claire :

  • accès facile à l'eau, nécessaire à la purification des composants à base de silicium ;
  • environnement universitaire ;
  • sources de financement (capital risque) facilement disponibles.

Robert Noyce (1927-1990), l'inventeur des circuits intégrés en 1958 et cofondateur de la société Intel en 1968 avec Gordon Moore et Andrew Grove, a été surnommé « le maire de la Silicon Valley » (titre honorifique et historique).

La ré-émergence[modifier | modifier le code]

Après un passage à vide, la vague du Web 2.0, et surtout une accélération de la diversification vers d'autres domaines que l'informatique, notamment vers les biotechnologies et les énergies renouvelables, ont redonné un nouveau souffle à Silicon Valley. En 2008, il existe sept entreprises travaillant pour l'énergie solaire parmi lesquelles figurent SolarCity (Foster City), Sun Power (San José), Nanosolar, Ausra (Palo Alto) et eSolar (Pasadena)[3].

La région reste l'épicentre technologique principal de la Californie, offrant les plus hauts salaires et employant le plus de salariés et de « cerveaux » du secteur, selon le rapport California Cybercities 2006 publié par l'AeA, une association professionnelle de l'industrie des hautes technologies.

2006 semble avoir vu un tournant décisif pour le pôle, qui a retrouvé sa santé économique selon le rapport annuel du Joint Venture Silicon Valley[4]. L'organisation estime que plus de 30 000 emplois auraient été créés entre juillet 2005 et juillet 2006, accompagnés notamment d'un investissement de 900 millions de dollars dans des technologies touchant aux énergies dites « propres ». Le Département du développement économique de l'État confirmait cette tendance en annonçant en mars 2007 une augmentation de 2,6 % du taux d'emploi de la région entre janvier 2006 et janvier 2007, une croissance inédite depuis avril 2001[5].

Le même rapport note aussi le rôle crucial joué par les étrangers : l'immigration y a doublé entre 2005 et 2006, on parle une autre langue que l'anglais dans 48 % des foyers de Silicon Valley, et 55 % des employés dans les domaines des sciences et des technologies sont nés en dehors des États-Unis (l'Inde et la Chine représentant les viviers de cerveaux les plus importants).

Le niveau de vie dans Silicon Valley et la région de la baie de San Francisco en général reste cependant parmi les plus élevés de la planète, et seuls 26 % des foyers ont un pouvoir d'achat suffisant pour devenir propriétaires[4]. Le rapport de Joint Venture Silicon Valley note aussi une tendance inquiétante dans le domaine de l'éducation, avec un déclin du nombre des diplômés et une augmentation de la délinquance juvénile.

Dans la Silicon Valley, le niveau de vie est élevé pour les informaticiens de haut niveau et les cadres. Cependant, ce n'est pas le cas pour toute une population de salariés. Beaucoup de personnes travaillant dans les services non informatique sont sous-payées et ont les plus grandes difficultés pour se loger ou pour manger à des prix abordables[4]. Même dans les entreprises informatiques des problèmes de recrutement se posent notamment pour les personnels administratifs (secrétaire, comptable, employé) et techniques (services généraux)[4]. Fin 2013, il semble que la population de la Silicon Valley se répartisse principalement en deux catégories : « quelques oligarques richissimes et une classe de travailleurs mal payés pour les servir, pas de classe moyenne, ou alors minuscule[6] ».

La Silicon Valley est aujourd'hui concurrencée par de nouveaux technopôles : Bangalore est devenue l'une de ses rivales, où nombre d'entreprises de hautes technologies ont partiellement ou complètement déplacé leurs centres d'appels, et, progressivement, une partie de leurs activités. De même, des projets d'aménagement inspirés de la Silicon Valley sont lancés ailleurs dans le monde, comme à Paris-Saclay en France ou à Skolkovo dans la banlieue de Moscou.

Entreprises implantées[modifier | modifier le code]

Silicon Valley accueille les sièges sociaux et campus de nombreuses entreprises, parmi lesquelles :

Adobe Systems
Apple Inc.
eBay
Siège de Facebook, à Palo Alto.

Autres sièges sociaux ou présence significative à Silicon Valley incluant des entreprises ayant cessé leurs activités :

Anecdote[modifier | modifier le code]

  • La municipalité de San José, la plus grande ville de la vallée de Santa Clara, se proclame Capital of Silicon Valley.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Christophe Victor, Virginie Raisson, Franck Tétart, Le dessous des cartes, Paris, Arte éditions, Tallandier, 2006, page 201
  2. (en) Martin Cheek, Silicon Valley, Moon Handbooks, 2002, page 5
  3. (en) A Green Energy Industry Takes Root in California - Matt Rochtel, John Markoff, The New York Times, 1er février 2008
  4. a, b, c et d (en) 2007 Index of Silicon Valley, Joint Venture Silicon Valley
  5. (en) Silicon Valley clocks 2.9 percent job gain - The Mercury News, 2 mars 2007
  6. Avons-nous vraiment envie de devenir la Silicon Valley ?, article sur le blog de trois journalistes du quotidien Le Monde, daté du 6 décembre 2013 et consulté le 8 décembre 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français :

En anglais :

  • Dennis Hayes, Behind the Silicon Curtain: The Seductions of Work in a Lonely Era, London, Free Association Books, 1989.
  • David Naguib Pellow et Lisa Sun-Hee Park, The Silicon Valley of Dreams: Environmental Injustice, Immigrant Workers, and the High-Tech Global Economy, New York University Press, 2003.
  • Martin Cheek, Moon Handbooks: Silicon Valley, Avalon Travel Publishing, 2nd edition, 2002.
  • Anna Lee Saxenian, Regional Advantage : Culture and Competition in Silicon Valley and Route 128, Harvard University Press, 1994.
  • Hervé Lebret, Start-Up : what we may still learn from Silicon Valley 2007

Filmographie[modifier | modifier le code]