Raymond Roussel

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Raymond Roussel

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Raymond Roussel à 19 ans (1896)

Activités écrivain, dramaturge et poète
Naissance 20 janvier 1877
Drapeau de la France Paris
Décès 14 juillet 1933 (à 56 ans)
Drapeau de l'Italie Palerme
Langue d'écriture français

Œuvres principales

Raymond Roussel, né à Paris, le 20 janvier 1877[1] et mort à Palerme, en Italie, le 14 juillet 1933, est un écrivain, dramaturge et poète français.

Sommaire

L’œuvre : un bilan [modifier]

Ses premiers livres, La Doublure, La Vue, Impressions d'Afrique, n'obtinrent aucun succès. Tous ses autres ouvrages, comme Locus Solus ou L'Étoile au front, furent perçus comme des œuvres déroutantes. En 1932, il fit paraître ses Nouvelles Impressions d'Afrique, suivies de 59 énigmatiques photogravures issues de dessins à la plume commandés[2] à Henri-Achille Zo.

Dans Comment j'ai écrit certains de mes livres (1935), Raymond Roussel explique les mécanismes de son écriture imaginaire, en insistant notamment sur :

  • l'homophonie, la paronymie, les métagrammes, pratiques relevant de la langue des oiseaux[3] ;
  • les bouts-rimés, contrainte formelle essentiellement poétique au cœur de la dialectique entre nécessité et signification de la langue;
  • l'enchâssement, mode d'écriture consistant à placer des incises dans des incises, à l'image de la règle dite des parenthèses en calcul algébrique[4].

Son faible succès auprès de ses contemporains, voire le mépris ou l'incompréhension qu'il en reçoit, l'amènent à publier à compte d'auteur, d'où le jeu de mots dans le titre de son ouvrage Impressions d'Afrique, à comprendre « impressions à fric », conformément aux mécanismes de construction/déconstruction du langage et du double sens employés dans ses ouvrages.

Adulé des jeunes surréalistes (dont André Breton), défendu par Jean Cocteau, Louis Aragon, Michel Leiris[5], Paul Éluard, Marcel Duchamp, Georges Perec, François Caradec[6] ou Michel Foucault[7], cet écrivain fut assez peu lu, compte tenu en définitive moins de la complexité de ses ouvrages que du caractère singulier de ce qui s'y passe.

Raymond Roussel fut un inventeur dans bien des domaines :

  • pour son propre agrément et en prévision de nombreux voyages, il conçoit un modèle de roulotte automobile[8] (ancêtre du camping-car).
  • pour faciliter la lecture de ses livres il imagine une "machine à lire" ;
  • il enregistre le dépôt d'un brevet sur l'utilisation du vide ;
  • il est l'auteur de la formulation aux échecs d'une méthode de mat dans le cas de la finale roi, fou et cavalier contre roi seul[9] ;
  • il aurait fait la découverte d'un théorème mathématique, etc.

Excellent pianiste, il a aussi été médaille d'or de tir au pistolet.

Il était, par ailleurs, l'oncle de Michel Ney, descendant du Maréchal Ney : à la suite du mariage de sa sœur, il fut lié aux Bonaparte[10].

Biographie [modifier]

L'auteur âgé de 18 ans : c'était là son portrait préféré[11].

« On en sait plus sur Virgile que sur lui » écrit Jean Ferry. Pour résoudre certaines énigmes de sa biographie, on peut interroger Roussel lui-même en consultant Comment j'ai écrit certains de mes livres, publié deux ans après sa mort.

Raymond Roussel est né le samedi 20 janvier 1877 à six heures du matin[12] au 25 boulevard Malesherbes (Paris) dans un milieu extrêmement aisé. Ses parents sont Eugène Roussel, 47 ans, agent de change et fils d'un avoué normand et Marguerite Moreau-Chaslon, 30 ans, fille du président du conseil d’administration de la Compagnie Générale des Omnibus, Aristide Moreau.

Il est le cadet d'une famille de trois enfants : un frère, Georges et une sœur, Germaine. Après des études musicales, durant lesquelles il s'est essayé à la composition, mais vainement, « la musique restant rebelle »[13], il décide à dix-sept ans de ne plus faire que des vers, dans une versification parfaite. Il écrit nuit et jour pendant de longues périodes. Son premier livre La Doublure lui fait éprouver une sensation de « gloire universelle d'une intensité extraordinaire ». Le livre, paru le 10 juin 1897, reste cependant un échec complet. « J'eus l'impression d'être précipité jusqu'à terre du haut d'un prodigieux sommet de gloire ».

Ses insuccès provoquent chez lui de véritables crises de délire. Toutefois, il persiste et se livre à de complexes exercices avec les phrases et les mots. André Breton dira de lui : vient de naître « le plus grand magnétiseur des temps modernes ». Roussel écrit Impressions d'Afrique. Il faudra vingt-deux ans pour en épuiser la première édition. Pour écrire ce livre, il se déplace à travers une partie de l'Afrique mais ne sort jamais de sa chambre d'hôtel.

Pour le reste, certaines étapes de sa vie sont repérées par les dates suivantes :

  • 1883 : la famille Roussel quitte le boulevard Malesherbes pour venir s'installer dans un hôtel particulier[14], au 50 rue de Chaillot qui deviendra le 20 rue Quentin-Bauchart, et sera l'adresse de Raymond de 1928 jusqu'à sa mort.
  • 1893 : à 16 ans, il est admis au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, en classe de piano.
  • 1894 : sa mère, sa sœur et lui-même héritent de la fortune du père, ancien agent de change, mort le 6 juillet. Cette fortune, qui sera gérée par le père de Michel Leiris, est estimée alors à 40 millions de francs-or. Raymond Roussel commence à écrire des vers pour accompagner ses compositions musicales. À 17 ans, il écrit Mon Âme[15], un long poème publié 3 ans plus tard dans Le Gaulois.
  • 1896 : il commence la rédaction d’un long poème intitulé La Doublure pendant laquelle il aura ce qu’il appelle une « curieuse crise » où, durant quelques mois, il éprouvera une « sensation de gloire universelle d’une intensité extraordinaire ». En octobre il est à Milan avec sa mère : il s'éveille à la vie et à la poésie.
  • 10 juin 1897 : parution de La Doublure qui est un total insuccès. Il tombe alors en dépression. Il est soigné par le psychiatre Pierre Janet qui décrira son cas dans De l'angoisse à l'extase (1926)[16].
Continue de passer des auditions de piano.
Admire les académiciens, Paul Bourget et Pierre Loti ; il aime aussi le poète François Coppée.
Il fréquente les salons mondains ; il y rencontre Marcel Proust.
  • 1899 : rend visite à Jules Verne[17].
  • 1910 : parution d’Impressions d’Afrique auquel personne ne s’intéresse sauf Edmond Rostand qui prétend en faire une « pièce extraordinaire ». Roussel en fait alors jouer successivement trois versions, mais la critique s’acharne sur la pièce qui est un échec.
  • 1911 : mort de la mère de Raymond Roussel. Sa sœur, Germaine Roussel (1873-1930), duchesse d'Elchingen, s'installe dans l'hôtel particulier familial.
  • 1914 : parution du roman Locus Solus qui n’est pas mieux accueilli que les précédents.
  • En 1920 et 1921, il effectue un tour du monde. Il séjourne notamment à Tahiti, sur les traces de Pierre Loti.
La fameuse roulotte automobile présentée ici sur une carte postale (1925) imprimée aux frais de l'auteur.
  • 1923 : Roussel charge Pierre Frondaie de faire une adaptation théâtrale de Locus solus, qui est aussi un insuccès et provoque des bagarres. Roussel accède à une forme de célébrité par le scandale.
  • 5 mai 1924 : pensant que ses pièces échouaient parce qu'elles n’étaient que des adaptations, Roussel écrit L’Étoile au front, mais c’est encore un échec accompagné de protestations et de bagarres. « Pendant le second acte, un de mes adversaires ayant crié à ceux qui applaudissaient : « Hardi la claque », Robert Desnos lui répondit : « Nous sommes la claque et vous êtes la joue ». Le mot eut du succès et fut cité par divers journaux »[18].
  • 2 février 1926 : La Poussière de soleils, sa dernière pièce, jouée au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, avec des décors de Numa et Chazot. « On s'arracha les places, et l'affluence y fut énorme. Beaucoup ne venaient que pour avoir le plaisir d'assister à une séance houleuse et d'y jouer leur rôle. Cependant la représentation fut calme »[18], et la critique fut encore mauvaise.
  • 1932 : parution de son dernier livre, Nouvelles Impressions d’Afrique.
  • 1933 : le 14 juillet, il est retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel, au Grand Hôtel et des Palmes[19], à Palerme, suite à une ingestion excessive de barbituriques. Le 2 juillet, il avait déjà tenté de s'ouvrir les veines, mais fut sauvé par son mystérieux chauffeur Orlando et par sa "gouvernante", Charlotte Dufrêne[20]. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
  • 1935 : parution de son ouvrage posthume, Comment j’ai écrit certains de mes livres.
  • 1989 : une malle contenant de nombreux documents et manuscrits appartenant à Raymond Roussel est retrouvée chez un garde-meuble[21]. On y découvre en particulier plusieurs textes inédits, notamment, La Seine.
  • 1963 : Début de la réédition de son œuvre chez Jean-Jacques Pauvert.
  • 1991 : "Décade Roussel", colloque de Cerisy-la-Salle.
  • 1992 : Exposition à la BNF des manuscrits inédits.
  • 1993 : Accord de publication entre les Éditions Fayard et la BNF pour publier les Œuvres complètes.
  • 1994 : Adaptation théâtrale de La Seine au Festival d'Avignon, retransmise par France Culture.

Œuvres anthumes [modifier]

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Éditions critiques, inédits [modifier]

  • Épaves, Paris, J.-J. Pauvert, 1973.
  • Nouvelles impressions d'Afrique suivi de Mon Âme, mise en couleurs et postface de Jacques Sivan, Al Dante/Léo Scheer, 2004
  • L'Allée aux lucioles (1914), ouvrage inachevé, Dijon, Les Presses du réel, 2008, suivi d'un essai de J. Sivan.

L'édition intégrale Fayard-Pauvert [modifier]

  • Tome 1 : 1896-1899
Mon Âme ; Poèmes inachevés ; La Doublure ; Chroniquettes
  • Tome 2 : 1900
Textes-Genèse ; Chiquenaude ; Nanon ; Une page du Folk-Lore Breton
  • Tome 3 :
La Seine ; La Tonsure
  • Tome 4 :
La Vue ; Poèmes inédits
  • Tome 5 et 6 :
Les Noces
  • Tome 7 : 1912[23]
Impressions d'Afrique (édition critique et comparée)
  • Tome 8 : ??
  • Tome 9 : 1914-1918
L'Allée aux lucioles ; Flio ; Pages choisies
  • Tome 10 : Œuvres Théâtrales[24]
Impressions d'Afrique ; Locus Solus ; L’Étoile au Front ; La poussière de Soleils

Études [modifier]

  • Raymond Roussel, numéro spécial, Revue Bizarre no 34-35, 2e trim. 1964
  • François Caradec, Vie de Raymond Roussel, Pauvert, 1972 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Leonardo Sciascia, Actes relatifs à la mort de Raymond Roussel, L'Herne, 1972
  • Raymond Roussel, Revue Europe, octobre 1988 - numéro dirigé par Patrick Besnier & Pierre Bazantay
  • Philippe G. Kerbellec, Comment lire Raymond Roussel. Cryptanalyse, éd. Jean-Jacques Pauvert et compagnie, 1988 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Raymond Roussel, L'Arc/Duponchelle, 1990 (réédition)
  • Georges Perec & Harry Mathews (1975-76) : "Roussel et Venise, esquisse d'une géographie mélancolique" in Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, Éditions du Seuil, coll. « Librairie du XXe siècle », 1991 (ISBN 2-02-013650-3)
  • Pierre Courteau, Tombeau de Raymond Roussel, éd. L'incertain, 1993
  • Annie Le Brun, 20 000 lieues sous les morts, Raymond Roussel, Pauvert, 1994
  • Michel Leiris, Roussel & Co., édition établie par Jean Jamin avec A. Le Brun, Fata Morgana/Fayard, 1998
  • (en) Mark Ford, Raymond Roussel and the Republic of Dreams, Cornell University Press, 2000 - préface de John Ashbery Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Voir aussi [modifier]

Liens externes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 8/101/1877 (consulté le 13 novembre 2012)
  2. En réalité, Roussel passe par une agence de détective, laquelle lui recommande cet artiste (d'apr. Caradec (1972), cf. infra).
  3. In : Philippe G. Kerbellec, Comment lire Raymond Roussel : Cryptanalyse, Paris, J.-J. Pauvert et compagnie, coll. « Bibliothèque rousselienne », 1988, 264 p. (ISBN 978-2-8769-7035-9), p. 9 à 12 
  4. L'auteur Ian Watson rendra hommage à Roussel et cette technique avec L'Enchâssement (The Embedding), prix Apollo et Nebula 1975, considéré comme l'un des chefs-d’œuvre de la science-fiction post-moderne.
  5. Leiris, dont le père, Eugène, agent de change et homme de confiance de Roussel (qui lui confia des manuscrits), œuvra grandement à la reconnaissance posthume de ce dernier.
  6. François Caradec est l'auteur de Raymond Roussel 1877-1933 : biographie d’un écrivain excentrique et génial, Fayard, 1997.
  7. Michel Foucault est l'auteur de Raymond Roussel, Paris, Gallimard, 1963, 256 p. (ISBN 2-07-032728-0)
  8. Les plans sont sans doute antérieurs à l'année 1920, mais c'est en 1925 qu'il prend la route, accompagné d'un chauffeur. Michel Leiris cite un curieux voyage entre Paris et Rome à la fin de l'année 1926 durant lequel Roussel ne quittait jamais son "logement mobile". Sources : Revue La Bête noire, no 1, 1er avril 1935.
  9. Dans le numéro de novembre 1932 du journal L’Échiquier, d'après l'ouvrage Fischer : le roi maudit de Fernando Arrabal, qui reproduit l'explication de Roussel page 131.
  10. Précisions à lire à la fin de Comment j'ai écrit certains de mes livres.
  11. Dans son testament rédigé le 30 mai 1933, Roussel note, à l'intention des éditeurs, qu'il souhaite voire imprimée cette photo : « En tête de tous mes livres sur les tirages posthumes » (cité par François Caradec, Raymond Roussel, éd. Fayard, 1997).
  12. Réf. : Fr. Caradec, Biblio.
  13. Raymond Roussel, Comment j'ai écrit certains de mes livres, Paris, Pauvert, 1985, 324 p. (ISBN 2-72020-187-1), p. 28 
  14. L'hôtel fut démoli dans les années 1950.
  15. Poème paru le 12 juillet 1897 dans Le Gaulois.
  16. (Consulter ce texte en ligne.)
  17. cf. Alexandre Tarrieu, « Un peu de Jules Verne chez Raymond Roussel », Revue Jules Verne, no 12, 2001.
  18. a et b Raymond Roussel, Comment j'ai écrit certains de mes livres, éd. Gallimard, coll. L'imaginaire, p. 32
  19. Selon la graphie officielle de l'établissement.
  20. Selon l'enquête menée par L. Sciascia (1972), cf. biblio.
  21. Celui de la Société Bedel Lire la notice fournie par les Éditions Fayard.
  22. Achevé d'imprimé le 24 octobre 1913.
  23. EAN13 : 9782720215148
  24. EAN13 : 9782720215315