Olympia (Manet)

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Olympia
Image illustrative de l'article Olympia (Manet)
Artiste Édouard Manet
Date 1863
Type huile sur toile
Technique peinture
Dimensions (H × L) 130,5 cm × 190 cm
Localisation Musée d'Orsay, Paris()
Commentaire Manet a aussi gravé cinq versions de son Olympia

Olympia est un tableau réalisé par Édouard Manet en 1863 et conservé au musée d'Orsay. Initialement prévue pour le Salon des Refusés de la même année, l'œuvre ne sera finalement dévoilée par le peintre que deux ans plus tard, au Salon.

Description[modifier | modifier le code]

L'œuvre, qui allait susciter un scandale encore plus important que le Déjeuner sur l'herbe, représente une femme nue, le pied gauche encore chaussé, allongée sur un divan dans un intérieur décoré de tentures et de tapisseries. Posée sur deux oreillers satinés, elle est accoudée sur son bras droit, la main gauche sur la naissance de ses jambes, le regard porté vers le spectateur.

Une femme noire, derrière le lit, lui présente à droite un bouquet de fleurs devant un fond vert ; un chat noir se dresse sur l'extrémité droite du lit, la queue levée.

Dans le livret du Salon, le titre Olympia était accompagné de cinq vers de Zacharie Astruc :

« Quand, lasse de songer, Olympia s'éveille
Le printemps entre au bras du doux messager noir ;
C'est l'esclave, à la nuit amoureuse pareille,
Qui vient fleurir le jour délicieux à voir ;
L'auguste jeune fille en qui la flamme veille... »

Bien que Manet ait à l'évidence cherché le scandale[réf. nécessaire], l'avalanche de récriminations dont il fut la victime malgré le soutien de son ami Charles Baudelaire et d'Émile Zola[1] l'accabla assez fortement. La critique, suivie par le public, trouvait que la figure n'était pas assez jolie[2]. « Pour cette école tout réside dans la justesse du rendu ; elle affecte malheureusement une prédilection pour les sujets communs ou repoussants », écrit un critique modéré[3]. La médaille d'honneur avait été attribuée à Alexandre Cabanel, dont la Vénus, présentée au Salon deux ans auparavant, figure par contraste le goût de l'époque.

Analyse[modifier | modifier le code]

Olympia s'inspire de la Vénus d'Urbin du Titien, dont Manet avait pris une copie lors d'un voyage en Italie. La composition est identique, avec la division du fond en deux au milieu de la figure principale, et la figure secondaire à droite. Le modèle de l'Olympia adopte une pose identique à celle de la Vénus d'Urbin, mais son regard fixe le spectateur, comme dans La Maja nue de Francisco Goya[4]. Manet a aussi remplacé le chien aux pieds de la jeune femme dans le tableau de la Vénus d’Urbin, associé, au temps du Titien, à la fois à la pulsion sexuelle et à la fidélité, par un chat noir à la queue relevée.

Le modèle est Victorine Meurent. Des éléments de la composition ont perturbé les critiques : c'est le cas du bouquet de fleurs, nature morte s'invitant de manière incongrue dans un tableau de nu, mais aussi du bracelet (qui appartenait à la mère du peintre)[5], et de l'absence d'une perspective construite[6]. Au XIXs siècle le nu n'est concevable que s'il est dans un autre espace temps. Dans cette toile, le modèle est fortement individualisé ce qui s'oppose à la traditionnelle idéalisation des nus. Manet peint ici Victorine avec ses jambes courtes, sa petite poitrine, son menton pointu et son visage carré. Cette individualisation va de pair avec une certaine dureté dans le nu. La représentation non expressive s'observe dans le rendu des chairs.

Contrairement au Déjeuner sur l'herbe, Olympia n'est pas tant choquante par son thème que par la manière dont ce thème est traité et les critiques d'art vont être choqués par le caractère du tableau qui inaugure la modernité. Paul de Saint Victor parle de « l'Olympia faisandé de monsieur Manet »[réf. nécessaire].

Legs[modifier | modifier le code]

En 1884, le scandale n'est pas éteint. L'œuvre est au enchère lors de la vente publique de l'atelier de l'artiste. Sa veuve décide de racheter le tableau. En 1889, alors qu'un amateur américain semble intéressé par l'œuvre, Claude Monet décide de racheter le tableau à la veuve afin de l'offrir au musée du Louvre. Il lance alors une souscription afin de rassembler les 20 000 francs demandés par la veuve. Le docteur Bellio résume le mieux les objectifs de l'opération : « Elle (la souscription) aura le triple mérite d'être un juste tribut d'hommages rendu à la mémoire de ce pauvre cher Manet, de venir en aide d'une façon discrète à sa veuve et enfin de conserver à la France une œuvre vraiment valeureuse ». Monet entretient cette année là une correspondance très active. Mi-octobre 15 000 francs sont déjà réunis, cependant il semble que le Louvre n'est pas prêt à accepter le don[7].

Monet a en effet demandé au député Antonin Proust son aide pour sonder le musée, Proust répond que s'il est favorable à l'entrée de Manet au Louvre, cela devrait se faire par d'autres tableaux que l'Olympia. Une solution transitoire semble être de faire d'abord entrer le tableau au musée du Luxembourg. Au même moment, Suzanne Manet fait savoir qu'elle n'a nullement besoin d'aide par l'intermédiaire du Figaro. S'en suit des échanges peu aimable entre Proust et Mirbeau, ami de Monet, par journaux interposés. Cependant l'incident est rapidement clos[7].

Le , il est reçu par Camille Pelletan, alors ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, et lui remet la lettre officialisant le don de l'œuvre au Louvre avec la liste des souscripteurs à la condition que le tableau soit exposé soit au Louvre soit au Luxembourg. La décision revient à Gustave Larroumet, alors directeur des Beaux-Arts. Il répond que l'œuvre peut être admis au Luxembourg mais sans assurance d'exposition. Cette réponse ne satisfait pas Monet, qui est soutenu par Pelletan, entretemps remplacé par Léon Bourgeois au ministère. Finalement le Louvre donne l'assurance que le tableau sera exposé[7].

En mars 1890, le tableau est acheté à Suzanne Manet pour 19 415 francs et entre au Luxembourg peu après[7].

Itinéraire du tableau[modifier | modifier le code]

Après son entrée au Luxembourg en 1890, le tableau est transféré au Louvre en 1907[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Zola, Ed. Manet, 1867
  2. « L'idéalisme régnait en maître absolu (...) On était fanatique du joli », expliquera Edmond Bazire (Manet, 1884).
  3. Louis Gallet, Salon de 1865, p.17. Cet auteur dédaigne de commenter Olympia.
  4. « il est plus que probable que Manet en eut l'idée en regardant la Maja de Goya », selon Paul Jamot, « Études sur Manet », La Gazette des beaux-arts, 1927/01 , p.42, sur Gallica.
  5. Pour une analyse détaillée du bracelet de l’Olympia lire : Vaxelaire Marie-Emilie, « Le bijou féminin dans la peinture du XIXème siècle », dans L’Estampille L’Objet d’Art, n°437, juillet/août 2008.
  6. En cela il s'approche encore plus du tableau du Titien (voir l'analyse de Daniel Arasse)
  7. a, b, c, d et e Wildenstein 1996, p. 256-268

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir Histoires de peinture de Daniel Arasse pour le parallèle analytique avec la Vénus d'Urbin du Titien et surtout l'absence de perspective.

  • Daniel Wildenstein, Monet ou le Triomphe de l'Impressionnisme, Cologne, Taschen,‎ 1996 (ISBN 978-3-8365-2322-6)