Alfred Métraux

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Alfred Métraux

Anthropologue et ethnologue américain d'origine suisse

XXe siècle

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Alfred Métraux à Candeleria (Argentine) en juillet 1932 : « Je sers de mesure à un pétroglyphe indien »

Naissance 5 novembre 1902
Lausanne (Suisse)
Décès 11 avril 1963
Vallée de Chevreuse
Nationalité Drapeau de la Suisse Suisse Drapeau des États-Unis États-Unis
École/tradition Culturalisme - Diffusionnisme - Américanisme
Idées remarquables La possession comme comédie rituelle
Œuvres principales Ethnologie de l'Île de Pâques, Le Vaudou haïtien, Religion et magie indienne d'Amérique du Sud
Célèbre pour Travaux sur l'Île de Pâques

Alfred Métraux, né le 5 novembre 1902 à Lausanne et retrouvé mort le 11 avril 1963[1] dans une forêt de la vallée de Chevreuse, est un anthropologue d'origine suisse formé à Paris qui obtiendra la nationalité américaine. Spécialiste des peuples d'Amérique latine, d'Haïti et de l'île de Pâques, son œuvre touche de nombreux domaines : histoire, archéologie et ethnographie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfant, il accompagne ses parents en Argentine, dans la région de Mendoza, où son père est médecin, puis retourne à Lausanne, où il est né, pour suivre ses études. Il s'inscrit ensuite à l'École nationale des chartes, à Paris, où il rencontre Georges Bataille et Michel Leiris. Il suit aussi les cours de l'École des langues orientales et de l'École pratique des hautes études dans la section des sciences religieuses. Mais c'est à la Sorbonne, où il a comme professeurs Marcel Mauss et Paul Rivet, qu'il soutient en 1928 une thèse ès lettres sur les Tupinambas.

Ses voyages le ramènent en Argentine, où il crée en 1928 l'Institut d'ethnologie de l’université nationale de Tucumán, qu'il dirige jusqu'en 1934. Il visite le Chaco et les hauts plateaux boliviens, se consacrant à l'étude de plusieurs groupes ethniques, comme les Calchaquís, les Guaranís, les Chiriguano, les Toba et les Wichís, puis les Uros-Chipaya. Il collabore avec des anthropologues américains à la rédaction du Handbook of South American Indians, contribuant notamment sur les thèmes de la religion et la mythologie. Après quelques années marquées par des difficultés financières, il tente sans succès de rentrer en Europe. Le Docteur Paul Rivet lui confie la direction de la mission française à l'île de Pâques en 1934-1935 où il étudie la langue et les mythes locaux[2].

En 1938, il est nommé chercheur au Bishop Museum d'Honolulu, puis part enseigner aux États-Unis, à Berkeley et à Yale. Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, il s'active pour obtenir que ses collègues français menacés par les nazis, comme Claude Lévi-Strauss, le rejoignent[3]. En 1941, il prend la nationalité américaine et participe en 1945 à la mission sur les bombardements alliés en Allemagne. Il devient l'année suivante responsable de la recherche du Département des affaires économiques et sociales de l'ONU à New York[3]. Chercheur à la Smithsonian Institution et membre permanent du département des sciences sociales de l'Unesco, il dirige entre 1948 et 1950 une enquête à Haïti, à laquelle participe Michel Leiris, qui fournira la matière de son livre Le Vaudou haitien.

Entre 1959 et jusqu'à sa mort, il est directeur d'étude à la VIe section de l'École pratique des hautes études, à Paris, et dirige le séminaire « Ethnologie et sociologie des populations indigènes d'Amérique du Sud ». Il s'est suicidé le 11 avril 1963, son corps ne fut retrouvé que le 20 avril. Il a succombé à l'absorption de barbituriques et enregistré sur un carnet les étapes de son intoxication[2]. Il protesta dans sa lettre d'adieu contre l'indifférence de la société envers les personnes âgées, d'une cruauté sans équivalent dans les sociétés qu'il avait étudiées sur la planète, et qu'il présenta comme raison de son suicide. France Inter consacra une émission d'une heure à ce suicide et à sa raison invoquée, mais sans suite.

Travaux[modifier | modifier le code]

Alfred Métraux s'est spécialisé dans l'étude des peuples d'Amérique du Sud et des Caraïbes, notamment dans l'étude la paysannerie haïtienne et les cultes afro-américains. Ses travaux sur le Vaudou haïtien et sur le chamanisme font d'ailleurs toujours référence aujourd'hui en anthropologie religieuse.

Sa riche expérience et son érudition sur les populations autochtones d'Amérique du Sud expliquent sa forte contribution au monumental ouvrage Handbook of south american Indians publié par Steward en 1949.

Son passage à l'Unesco fut l'occasion pour lui de promouvoir de nombreux programmes d'anthropologie appliquée, particulièrement en Amazonie, dans les Andes et en Haïti. De plus, il lutta activement contre le racisme en coordonnant le projet interdisciplinaire à l'origine de la publication de la revue Le Racisme devant la Science (publiée à partir de 1951).

Alfred Métraux reste aujourd'hui dans la mémoire des anthropologues comme un scientifique hors pair, ayant eu une éthique d'autant plus exemplaire qu'il a mis ses travaux au service des droits de l'homme, et possédant une connaissance d'une rare finesse des cultures dont il s'est fait le spécialiste.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

La bibliographie d'Alfred Métraux comporte plus de deux cent articles et ouvrages, en voici les titres les plus importants :

  • La Civilisation matérielle des tribus Tupi-Guarani, Paris, Paul Geuthner, 1928.
  • Ethnologie de l'Île de Pâques, 1935.
  • Mythes et contes des Indiens Matako, 1939.
  • Le Vaudou haïtien, Paris, Gallimard, 1958.
  • Les Incas, Paris, Le Seuil, 1962.
  • Religions et magies indiennes d'Amérique du Sud, Paris, Gallimard, 1967.
  • Les Indiens de l'Amérique du Sud, Paris, Métaillé, 1991.
  • Le Pied à l'étrier, avec Pierre Verger, Paris, Éditions Jean-Michel Place, 1997.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]