Cas grammatical

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En grammaire, le cas est au sens large un trait grammatical principalement associé au nom, au pronom et à l'adjectif, et exprimant la fonction syntaxique de celui-ci dans la proposition, ou son rôle sémantique en rapport avec le procès exprimé par le verbe.

Par exemple, l’accusatif est le cas du complément d'objet direct (fonction syntaxique) ; l’élatif est le cas indiquant le lieu de l’intérieur duquel on sort (rôle sémantique).

Le cas ainsi défini de façon large peut s'exprimer dans les langues de trois manières :

On utilise souvent le mot « cas » dans un sens plus étroit, en le restreignant aux situations dans lesquels le dit cas s'exprime morphologiquement. L'ensemble des marques casuelles forme la déclinaison des noms, des adjectifs et des pronoms. Il existe souvent plusieurs séries de tels affixes, qui répartissent les mots déclinables en plusieurs déclinaisons selon la série de marques qu'ils sont susceptibles de porter. Par exemple, les noms latins qui ont une désinence de nominatif singulier en -a et de génitif singulier en -ae sont dits former la première déclinaison.

Exemple : le système casuel du latin[modifier | modifier le code]

Le latin possède un système de six cas (plus un locatif résiduel restreint à certains noms de lieu). C'est une langue flexionnelle où les marques de cas sont amalgamées en une désinence à celles de nombre et de genre et forment plusieurs séries, traditionnellement réparties en cinq déclinaisons. Le tableau ci-dessus illustre les principaux de leurs emplois, appliqués aux noms amīca « amie » (nom féminin de la première déclinaison) et amīcus « ami » (nom masculin de la deuxième déclinaison) au singulier. Les désinences sont soulignées en gras.

Cas Fonction Exemple Traduction en français
Début de phrase 1re déclinaison 2e déclinaison
nominatif sujet Advenit amīca amīcus Un(e) ami(e) arrive.
attribut du sujet Custōs est Le/La gardien(ne) est un(e) ami(e).
vocatif apostrophe Salvē amīca ! amīce ! Salut l'ami(e) !
accusatif complément d'objet direct[Note 1] Conspiciō amīcam amīcum J'aperçois un(e) ami(e).
attribut du complément d'objet direct Mē vocāvit Il/elle m'a appelé(e) un(e) ami(e).
sujet de proposition infinitive Crēdō mox ventūr(am/um) esse Je crois que mon ami(e) viendra bientôt.
certains compléments circonstanciels
(mesure, étendue, direction), avec préposition
Herī cēnāvī apud Hier, j'ai dîné chez un(e) ami(e).
génitif complément du nom Litterās legēbam amīcae amīcī Je lisais la lettre d'un(e) ami(e).
complément d'objet de quelques verbes Miserēre Aie pitié d'un(e) ami(e).
datif complément d'objet indirect[Note 1] Sīc vidētur amīcae amīcō Ainsi semble-t-il à mon ami(e).
complément d'objet second Illam vestem dabis Tu donneras cet habit-là à un(e) ami(e).
possession Multōs librōs sunt Mon ami(e) a beaucoup de livres[Note 2].
ablatif origine Hic puer nātus est amīcā amīcō Cet enfant est né d'un(e) ami(e).
nombreux compléments circonstanciels (avec préposition) Id fēcī prō Je l'ai fait pour un(e) ami(e).
complément d'agent Prōditus est ab Il a été trahi par un(e) ami(e).
complément du comparatif Fortior sum Je suis plus fort(e) que mon ami(e).
sujet de proposition participiale (ablatif absolu) Dēcubuī prōfect(ā/ō) Je me suis couché une fois mon ami(e) parti.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

La formulation du concept de cas remonte à la Grèce ancienne : c'est en effet un trait grammatical saillant du grec ancien, qui comporte cinq cas. Les premiers grammairiens grecs ont nommé πτῶσις « chute » l'ensemble des variations formelles susceptibles d'affecter les mots : le terme s'apparentait donc plus à la notion moderne de flexion. Ce sont les stoïciens qui ont par la suite restreint le terme à son sens actuel de flexion liée à la fonction syntaxique.

Le choix de ce terme provient d'une métaphore conceptuelle des variations formelles comme déviation loin d'une position d'équilibre, assimilée à la forme habituelle de citation du mot (son lemme, en terminologie moderne). Cette position d'équilibre a reçu le nom de πτῶσις ὀρθή ou πτῶσις εὐθεῖα « cas direct » (correspondant au nominatif), les autres formes étant dénommées πτώσις πλάγια « cas oblique »[1][2]. Cette terminologie subsiste encore de nos jours pour décrire certains systèmes à deux cas. Les termes spécifiques à chaque cas n'ont été introduits que plus tard.

Les grammairiens latins ont rendu la notion dans leur langue par un calque lexical : cāsus « chute », et ajouté, selon une métaphore semblable, le terme de dēclīnātiō, littéralement « inclinaison ». D'autres langues ont suivi le même exemple, telles l'allemand avec Fall (à côté de Kasus), le tchèque avec pád, etc.

Théories des cas[modifier | modifier le code]

Les systèmes casuels et leur évolution[modifier | modifier le code]

Le nombre de cas dans les langues qui le marquent dans leur morphologie est extrêmement variable. Dans le cas le plus simple, certaines ne distinguent que deux cas : c'est par exemple le cas de l'ancien français, du hindi, du pachto, de l'abkhaze. À l'inverse, les langues daghestaniennes ont typiquement des systèmes de plusieurs dizaines de cas, qui marquent très précisément un grand nombre de relations spatiales.

Liste de cas[modifier | modifier le code]

Un cas n'a pas de signification dans l'absolu, il s'inscrit dans un système grammatical propre à la langue considérée ; des cas de même dénomination peuvent donc recouvrir des fonctions syntaxiques quelque peu divergentes d'une langue à l'autre. Dans de nombreuses langues, certains cas sont susceptibles d'exprimer plusieurs fonctions : on parle alors de syncrétisme. L'appellation des cas peut aussi varier selon les traditions grammaticales. La liste ci-dessous ne doit donc être prise qu'à titre indicatif.

Les typologues recourent fréquemment à une subdivision fonctionnelle des cas en trois groupes[3] :

  • les cas centraux indiquent les différents actants, c'est à dire les groupes nominaux dont la présence est régie (et parfois requise) par la valence du verbe ;
  • les cas locaux expriment les différentes variétés de de complément circonstanciel de lieu ;
  • les autres cas indiquant les circonstants forment un groupe résiduel sans dénomination bien fixée.

Cas centraux[modifier | modifier le code]

Ce sont les cas les plus répandus, en ce qu'ils marquent les constituants fondamentaux de la proposition. Certaines langues ne possèdent que ce type de cas, et marquent les circonstants par l'usage secondaire de certains cas centraux ou l'intervention d'adpositions. L'inventaire des cas centraux d'une langue est directement lié à sa structure d'actance, c'est à dire la façon dont elle organise le marquage des différents actants par rapport aux différents types de verbes, en particulier selon leur transitivité.

Nom du cas Fonction typique[Note 3] Exemples de langues possédant une flexion selon ce cas
Nominatif sujet des verbes transitifs et intransitifs langues accusatives
Absolutif sujet des verbes intransitifs et objet des verbes transitifs langues ergatives
Accusatif objet des verbes transitifs langues accusatives et tripartites
Ergatif sujet des verbes transitifs langues ergatives et tripartites
Intransitif (en) sujet des verbes intransitifs langues tripartites
Régime fonctions autres que le sujet, dans un système à deux cas (s'oppose au nominatif dit alors cas sujet) ancien français, ancien occitan
Direct (en) 1) sujet, dans un système à deux cas (s'oppose à cas oblique)
2) sujet ou objet, dans un système à deux cas (s'oppose à cas oblique)
1) hindoustani, kurmandji, pachto
2) roumain
Oblique 1) fonctions autres que le sujet, dans un système à deux cas (s'oppose à cas direct)
2) fonctions autres que le sujet et l'objet direct, dans un système à deux cas (s'oppose à cas direct)
1) hindoustani, kurmandji, pachto
2) roumain
Datif objet indirect ou objet second général
Génitif 1) complément du nom
2) certains compléments d'objet
1) général
2) langues fenniques, langues slaves
Partitif 1) partie d'un tout
2) certains compléments d'objet
langues fenniques

Cas locaux[modifier | modifier le code]

Les cas locaux expriment en premier lieu les différentes possibilités de complément circonstanciel de lieu, mais ont souvent des fonctions figurées exprimant l'état, le temps, la cause, le but, l'attribution ou la possession.

Les langues à déclinaisons diffèrent considérablement quant à leur façon d'exprimer le lieu. Certaines ont des systèmes complexes de cas locaux, variant selon plusieurs paramètres : c'est par exemple le cas du basque, des langues daghestaniennes et de la plupart des langues ouraliennes[4]. Pour ces dernières, on peut établir le tableau récapitulatif suivant :

Lieu où l'on est Lieu où l'on va Lieu d'où l'on vient
Générique locatif directif ou latif séparatif[Note 4]
Intérieur inessif illatif élatif
Extérieur adessif allatif ablatif
Surface superessif sublatif délatif
État essif translatif exessif

La nomenclature dépend quelque peu des traditions descriptives : certains noms d'application spécifiques dans les langues à nombreux cas locaux peuvent s'employer dans un sens plus large dans des langues qui en ont moins.

D'autres langues n'ont pas du tout de cas locaux, exprimant plutôt le lieu par un usage secondaire de cas centraux éventuellement associé à l'emploi d'adpositions : c'est par exemple le cas du grec ancien, où l'accusatif exprime le lieu où l'on va, le génitif le lieu d'où l'on vient et le datif le lieu où l'on est.

Il est enfin des systèmes mixtes : ainsi le sanskrit a un locatif pour le lieu où l'on est et un ablatif pour le lieu d'où l'on vient, mais utilise l'accusatif pour le lieu où l'on va (à côté de son rôle principal de marqueur de l'objet) ; le turc a également un locatif et un ablatif mais utilise le datif pour le lieu où l'on va.

Nom du cas Fonction typique[Note 3] Exemples de langues possédant une flexion selon ce cas
Locatif lieu où l'on est (générique) sanskrit, langues slaves, restes en latin, langues tokhariennes, langues dravidiennes
Directif (ou directionnel) / Latif[Note 5] lieu où l'on va (générique) hittite, mari, mongol, quechua
Adessif lieu où l'on est (en extérieur) langues ouraliennes, vieux lituanien, ossète
Allatif 1) lieu où l'on va (générique) - synonyme de directif ou latif
2) lieu où l'on va (en extérieur)
1) basque, inuit, ossète, langues tokhariennes
2) langues ouraliennes, vieux lituanien
Ablatif 1) lieu d'où l'on vient (générique)
2) lieu d'où l'on vient (en extérieur)
1) sanskrit, latin, ossète, langues tokhariennes, langues turques, langues mongoles, basque, inuit
2) langues ouraliennes
Inessif 1) lieu où l'on est (générique)
2) lieu à l'intérieur duquel on est
1) basque
2) langues ouraliennes, vieux lituanien, ossète
Illatif lieu où l'on entre langues ouraliennes, vieux lituanien
Élatif lieu d'où l'on sort langues ouraliennes
Essif état où l'on est langues fenniques
Translatif état où l'on entre langues fenniques, hongrois
Exessif (en) état d'où l'on sort quelques langues fenniques
Superessif surface sur laquelle on est hongrois
Sublatif surface sur laquelle on va hongrois
Délatif surface depuis laquelle on vient hongrois
Perlatif / Prolatif[Note 6] lieu par où l'on passe ou que l'on suit langues fenniques, langues tokhariennes,inuit
Terminatif point ultime dans l'espace ou le temps estonien, hongrois

Autres cas[modifier | modifier le code]

Nom du cas Fonction typique[Note 3] Exemples de langues possédant une flexion selon ce cas
Abessif (ou caritif ou privatif) absence ou privation langues fenniques, hongrois, langues turques
Aversif (en) entité crainte ou évitée certaines langues aborigènes d'Australie
Bénéfactif bénéficiaire ou destinataire basque, quechua
Causal (ou causatif) cause, raison, motif quechua, langues tokhariennes
Comitatif (ou sociatif ou associatif) accompagnement langues ouraliennes,langues mongoles, ossète, langues tokhariennes, basque, quechua
Distributif répartition en sous-ensembles égaux finnois, hongrois
Équatif (ou comparatif) comparaison, assimilation, identité ossète, quechua, inuit
Instructif manière langues fenniques
Instrumental instrument, moyen sanskrit, langues slaves, langues baltes, langues ouraliennes, langues mongoles, basque, quechua, inuit
Possessif possesseur d'une entité anglais, basque
Prépositionnel[Note 7] régime d'une préposition russe
Vocatif apostrophe latin, roumain, grec, sanskrit, langues slaves, langues baltes
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Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b La terminologie direct/indirect, qui fait référence à l'absence ou la présence d'une préposition, est à vrai dire impropre en latin, puisque l'opposition y est plutôt portée par la différence des formes casuelles.
  2. Littéralement : « beaucoup de livres sont à mon ami(e) ».
  3. a, b et c Dans une optique de vulgarisation, la description des fonctions suit ici une terminologie usuelle en linguistique francophone pour la description du français et des langues européennes, malgré son caractère souvent impropre dans des langues de structures éloignées.
  4. Séparatif est employé dans l'étude des langues ouraliennes comme terme générique pour les différents cas indiquant le lieu d'où l'on vient, mais pas comme désignation de cas individuel. Dans les langues qui ne font pas de subdivisions selon la position, c'est généralement ablatif qui s'emploie pour désigner cette relation de manière indifférenciée, selon le modèle du latin (où l'ablatif a cependant un emploi beaucoup plus large).
  5. Les noms proviennent de traditions descriptives différentes mais recouvrent approximativement le même emploi.
  6. Les noms proviennent de traditions descriptives différentes mais recouvrent approximativement le même emploi. Le cas appelé traditionnellement prolatif en basque correspond plutôt dans son usage à un essif ou un translatif.
  7. C'est le nom traditionnel en russe du cas locatif des autres langues slaves : en russe moderne, en effet, il se construit toujours avec une préposition.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Blake 2001, p. 18-19
  2. Franck Neveu, Dictionnaire des sciences du langage, Paris, Armand Colin,‎ 2004, 24 cm, 316 p. (ISBN 2-200-26378-3, OCLC 300269132, notice BnF no FRBNF39903133, lire en ligne), entrée CAS.
  3. Jack Feuillet, Introduction à la typologie linguistique, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de Grammaire et de Linguistique » (no 19),‎ 2006, 23 cm, 716 p. (ISBN 2-7453-1269-3, OCLC 300511156, notice BnF no FRBNF40153083, présentation en ligne), p. 455.
  4. Abondolo 1998, p. 18-21.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

(en) Martin Haspelmath (dir.), Matthew S. Dryer (dir.), David Gil (dir.) et Bernard Comrie (dir.), The World Atlas of Language Structures Online, Munich, Max Planck Digital Library,‎ 2011 (ISBN 978-3-9813099-1-1)

  • Matthew Baerman et Dunstan Brown, chapitre 28 « Case Syncretism »
  • Oliver A. Iggesen, chapitre 49 « Number of Cases »
  • Oliver A. Iggesen, chapitre 50 « Asymmetrical Case-Marking »
  • Matthew S. Dryer, chapitre 51 « Position of Case Affixes »
  • Thomas Stolz, Cornelia Stroh et Aina Urdze, chapitre 52 « Comitatives and Instrumentals »