Guelfes et gibelins

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Les guelfes et les gibelins sont deux factions (parti ou, plus souvent, brigate ou sette[1]) médiévales qui s'opposèrent militairement, politiquement et culturellement dans l'Italie des Duecento et Trecento. À l'origine, elles soutenaient respectivement deux dynasties qui se disputaient le trône du Saint-Empire : la pars Guelfa appuyait les prétentions de la dynastie des « Welfs » et de la papauté, puis de la maison d'Anjou, la pars Gebellina, celles des Hohenstaufen, et au-delà celles du Saint-Empire.

Conflit en apparence limité au Saint-Empire, l'opposition entre Guelfes et Gibelins va se transporter dans diverses parties d'Europe, principalement dans les villes de la péninsule italienne. Dans cette bipolarisation, parfois surestimée, les allégeances dynastiques sont parfois secondaires, les adhésions fluctuantes, et il faut attendre le règne de Frédéric II pour que papauté et empire deviennent des symboles forts de ralliement et que se construise une véritable division antithétique. Ce clivage trouve des manifestations dans le domaine civique et religieux et cristallise les tensions entre les villes italiennes, au sein de leurs élites et parfois entre la ville et son contado. L'écho du conflit se manifeste à des époques ultérieures, en revêtant de nouveaux caractères et en stigmatisant des oppositions idéologiques nouvelles.

Origine des termes[modifier | modifier le code]

Otton IV et le pape Innocent III, manuscrit du XVe siècle.

Les vocables font leur apparition, a posteriori, dans les années 1240, dans la cité de Florence, avant de se diffuser dans toute la Toscane.

  • Le terme « guelfe » est une francisation du nom italien « Guelfo » (pl. « Guelfi ») qui provient lui-même du nom de la dynastie des « Welfs » – nom-emblème de la famille d'Otton IV – et désigne la faction qui soutient la papauté.
  • Le terme « gibelin », ((it), « Ghibello », « Ghibellino » (pl. « Ghibellini »)) est le diminutif de « Guibertus », forme italienne de Waiblingen (Bade-Wurtemberg), château souabe auquel se réfèrent les partisans Hohenstaufen.

L'expression « pars imperii » est le synonyme noble pour Gibelins, tandis que « pars ecclesiae| » a la même fonction pour les Guelfes.

Genèse de l'antagonisme[modifier | modifier le code]

L'opposition entre les deux parti a pour origine lointaine la crise de succession, en 1125, de l'empereur Henri V, décédé sans héritier direct. Ceux qui ne sont pas encore identifiés comme guelfes soutiennent une ligne politique d'autonomie contre tout type d'intervention extérieure contre les privilèges nobiliaires et présentent l'Église comme gage d'opposition et d'indépendance face à l'Empire. Les adversaires, futurs gibelins, s'opposent au pouvoir des pontifes en affirmant la suprématie de l'institution impériale. À la mort d'Henri V, les « papistes » installent sur le trône d'Allemagne Lothaire III, duc de Saxe, auquel est opposé Conrad III, de la famille Hohenstaufen, que le pape Honorius II excommuniera en raison de sa lutte contre l'Église.

En 1138, à la mort de Lothaire III, son gendre ne parvient pas à lui succéder et les « impériaux » triomphent en installant durablement les Hohenstaufen sur le trône de l'Empire, Conrad III, puis Frédéric Barberousse.

L'expédition italienne de Frédéric Ier, au milieu du XIIe siècle, apparaît comme la première étape de l'institutionnalisation des deux factions, en particulier lors de la création de la Ligue des cités lombardes, pensée comme un rempart contre les prétentions de l'Empire dans la péninsule. L'intervention impériale, en menaçant les libertés et privilèges de certaines communautés urbaines, transpose en Italie du Nord un conflit qui, dans le terreau communal, change de nature.

Les factions dans les villes italiennes[modifier | modifier le code]

Les termes « guelfe » et « gibelin » apparaissent dans les sources italiennes dans les années 1240-1250, sous le règne de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen (1220 - 1250), dominant alors la Sicile et l'Italie. Les chroniques, postérieures à la bipolarisation, datent leur apparition aux années 1210-1220. La prise de parti peut apparaître à l'occasion comme l'expression des tensions qui préexistent au sein des lignages nobles[2]. Le conflit, qu'il s'exprime sur un mode militaire, politique ou culturel, se montre particulièrement violent dans les cités à l'économie florissante, telles Gênes et Florence, et met à mal la paix civique. Ainsi, le conflit n'est pas étranger à l'émergence d'instruments politiques et d'institutions comme la podestatie ou la charge de capitaine du peuple.

Selon Machiavel dans Le Prince, Venise entretenait la querelle entre Guelfes et Gibelins afin de « diviser pour régner »[3], et le résultat fut mauvais.

Montaigne rapporte dans ses Essais que lors de ses voyages dans la péninsule italienne, il était souvent considéré comme "gibelin par les guelfes et guelfe par les gibelins".

Les affrontements du XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

La dynastie des Hohenstaufen s'éteignit en 1268 avec la capture de Conradin, petit-fils de Frédéric II, après la bataille de Tagliacozzo (1268) et son exécution en place publique à Naples. Les communes d'Italie passent majoritairement sous le tropisme guelfe après les retentissantes défaites gibelines de Tagliacozzo et de Colle Val d'Elsa (1269). Le conflit semble s'apaiser dans les années 1280.

Le cas des principales communes[modifier | modifier le code]

  • À Gênes, l'une des quatre républiques maritimes d'Italie, le conflit avait pour arrière-plan les querelles intestines entre les quatre familles dominantes et leur alberghi[4] : Grimaldi et Fieschi qui se réclament du parti guelfe contre les familles gibelines Doria et Spinola. Non seulement ces familles peuvent aligner des armées, mais plus encore, le pape et ses alliés, tout comme l'empereur, cherchent à se rallier les puissantes galères génoises.
  • À Florence, le conflit a également pour ancrage les querelles entre familles, les Buondelmonte et les Arrighi, qui s'identifièrent respectivement aux Gibelins et aux Guelfes. En Toscane, cependant, la tragédie de ces guerres prit une toute autre dimension sous la plume du poète Dante. Les Guelfes florentins étaient partisans du pape en même temps qu'ils avaient des revendications patriotiques. En 1249, lorsque le fils de Frédéric II, Frédéric d'Antioche, pénètre dans la cité accompagné de ses cavaliers allemands, ces derniers sont soumis à un exode massif. Mais à la mort de Frédéric II (1250), les Gibelins perdent du terrain. Ils sont contraints à leur tour de laisser Florence en 1258 pour se réfugier à Sienne, en espérant une intervention du deuxième fils de Frédéric, Manfred. Les Guelfes, alors revenus en force, sont à nouveau défaits lors de la bataille de Montaperti (1260). Ils prennent leur revanche en février 1266, à la bataille de Bénévent. La mort de Manfred, la même année, confirme le renversement guelfe en Toscane. En avril de l'année suivante, Charles d'Anjou, principal allié du pape, rentre à Florence avec ses cavaliers et chasse définitivement les Gibelins de la ville. Le gouvernement guelfe durera de 1267 à 1280. C'est à cette époque que le pape Nicolas III, inquiet de la prédominance croissante de la France, envoie à Florence le cardinal Latino, afin d'établir un gouvernement également partagé entre Guelfes et Gibelins.

Guelfes blancs et Guelfes noirs[modifier | modifier le code]

À la fin du XIIIe siècle, le parti guelfe se divise en deux factions : les blancs et les noirs. À l'origine de cette division est encore une querelle de clans, celle qui oppose les Vieri dei Cerchi (blancs) aux Donati (noirs). Cette division est également sociale, les Cerchi étant proches du peuple et les Donati de l'élite florentine. Ces derniers entendent s'opposer aux Ordonnances de justice émises par Giano della Bella.

En 1300, sur la Place de la Sainte Trinité à Florence, éclate une bataille qui marquera un clivage définitif entre les deux partis. Les Guelfes noirs, très proches de Boniface VIII, vont prévaloir sur les blancs, incapables de se défendre convenablement, et Charles de Valois, venu de France en appui du pape, investira Florence sans rencontrer aucune résistance. Dès janvier 1302, on commence à exiler les blancs (à Ravenne notamment), dont Dante Alighieri, ainsi que le père de Pétrarque (Pétrarque, l'écrivain, naquit pendant cet exil). C'est le comte de Gabrielli de Gubbio qui règne alors sur la ville.

Dante et le guelfisme[modifier | modifier le code]

On considère souvent que Dante, qui vit pleinement ces événements, puisqu'il fait partie de diverses assemblées politiques florentines, est guelfe blanc. En effet, il est exilé le 27 janvier 1302, à la suite d'un voyage officiel à Rome pour y rencontrer Boniface VIII ; il y est emprisonné avant de s'évader. Mais si les vicissitudes politiques de son temps et de ses relations l'obligent à s'allier à plusieurs partis, il est clair que d'un point de vue doctrinal, Dante est gibelin, comme le prouve son traité De Monarchia, qui plaide très clairement en faveur d'un empereur, unique souverain, régnant depuis Rome, avec la bénédiction du pape. Il mit d'ailleurs ses espoirs de rénovation impériale en la personne de l'empereur romain Henri VII, qui mourut trop tôt pour accomplir ce que Dante attendait de lui.

Postérité[modifier | modifier le code]

La trace des Guelfes perdure dans le Saint-Empire et la Confédération germanique ; elle se retrouve jusque dans l'influence des Welfes de Hanovre dans l'Empire allemand du XIXe siècle.

La division se retrouve par exemple à Florence et dans la Toscane des Médicis au XVIe siècle : les Guelfes sont partisans des Français (ennemis de l'Empire, voir les guerres d'Italie) et donc eux aussi hostiles à un rôle politique de l'empereur en Italie.

Au XIXe siècle, la philosophie allemande s'inspira de l'opposition entre Guelfes et Gibelins pour définir ce qui est à gauche et ce qui est à droite, ce qui est libéral et ce qui est conservateur.

L'idéologie gibeline survécut encore plusieurs siècles, principalement en Italie (par exemple Sienne), en Allemagne et en Espagne sous les Habsbourg. Au moment de la Réforme, les Gibelins devinrent les champions de la cause catholique, contre des Guelfes devenus protestants.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Heers, « Guelfes et Gibelins », Clio.fr
  2. Le chroniqueur Giovanni Villani, ainsi que Dino Compagni, attribue leur naissance à Florence à la rupture, en 1215, de fiançailles entre Buondelmonti et les Amidei et à la vendetta qui s'ensuivit entre les deux familles. (it) Giovanni Villani, Nuova Cronica, VII - 65, cité par Jean-Claude Maire Vigueur, Cavaliers et citoyens : guerre, conflits et société dans l'Italie communale, XIIe-XIIIe siècles, École des hautes études en sciences sociales, 2003, p. 313.
  3. Chap. 20 : « Les Vénitiens, qui, je crois, pensaient à cet égard comme nos ancêtres, entretenaient les partis guelfe et gibelin dans les villes soumises à leur domination. »
  4. (en) Steven A. Epstein, Genoa and the Genoese, 958-1528, UNC Press, 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Heers, Les partis et la vie politique dans l'Occident médiéval, Presses Universitaires de France, 1981.
  • Isabelle Crouzet-Pavan, Enfer et Paradis : l'Italie de Dante et de Giotto, , Paris, Albin Michel (Bibliothèque de l’évolution de l’humanité), 2001.
  • (de) Robert Davidsohn, Geschichte von Florenz : Band II. Guelfen und Ghibellinen., Adamant Media Corporation, 2001 (réédition de 1908).
  • J. C. L. Simonde de Sismondi, Histoire des Républiques italiennes du Moyen Âge, Tomes deuxième & troisième, Gallica.fr