Amérindiens au Canada

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Le terme Amérindiens, ou Indiens d'Amérique, désigne les premiers occupants du continent américain (autrefois appelé « Indes occidentales »), et leurs descendants. En absence d'appellation qui fasse consensus, on utilise parfois les expressions de « premières nations » ou « premiers peuples » pour les Nord-Amérindiens.

L'expression « Peaux rouges » est ancienne et provient de la nation Béothuks qui teignaient leurs peaux avec l'ocre. Au Canada anglophone, on utilise les expressions Native Americans (américain d'origine), Native peoples (peuple d'origine), American Indians, First Nations ou Aboriginal Peoples (peuples aborigènes). Au Québec, le terme le plus utilisé actuellement est « Autochtone ». Toutefois, ces termes sont souvent rejetés par les intéressés qui préfèrent être appelés en fonction des noms de leurs nations.
Selon l'Office québécois de la langue française, l'expression première nation, tirée et séparée du nom de l'Assemblée des Premières Nations, ne doit pas être employée comme synonyme des termes peuple, communauté ou nation ni, au pluriel, comme synonyme des termes Autochtones, Indiens ou Amérindiens, Métis et Inuits.

Au Canada, c'est le Ministère des affaires indiennes et du Nord Canada qui s'occupe et gère tout ce qui concerne les Amérindiens.
La Commission royale sur les peuples autochtones aussi connue sous le nom de Commission Erasmus-Dussault est une commission d'enquête mise sur pied par le Parlement du Canada le 26 août 1991 pour étudier les conditions de vie des Autochtones du Canada.

Au Canada, il y a plus d'un million de personnes déclarant une identité autochtone[1], parlant plus de 200 langues réparties dans 11 familles linguistiques, membres de 55 nations et vivant dans plus de 550 communautés indiennes différentes.

Sommaire

[modifier] Peuplement originel

[modifier] Théories anciennes

L'arrivée de ces peuples en Amérique remonte à 12 000 ans environ mais de récentes découvertes archéologiques feraient remonter les premières migrations à 40 000 ans. Venant de Sibérie, ils auraient traversé le détroit de Béring, plusieurs fois à sec au cours de la dernière grande glaciation, puis peuplé le continent américain.

Icône de détail Article détaillé : Béringie.

D'autres théories, plus controversées, parlent de peuples océaniens ayant traversé l'océan Pacifique, ou encore de peuples européens : cette dernière hypothèse est celle de l'archéologue Dennis Stanford.

Les Amérindiens eux-mêmes croient qu'ils ont toujours habité là. Quoi qu'il en soit, la diversité des milieux naturels du continent a permis l'apparition de cultures très différentes.

[modifier] Découvertes les plus récentes

On notera cependant des découvertes qui remettent en cause le schéma général de la colonisation des Amériques par les Amérindiens. Certains spécialistes pensent que le peuplement du continent américain n'a pas une seule origine :

Un squelette entier de type europoïde, l'homme de Kennewick, datant de plus de 9 000 ans a été découvert dans l'État de Washington en juillet 1996, sur les bords de la Columbia[2].

L'autre question problématique est celle de la date du peuplement. Là encore le travail des archéologues semble repousser l'origine du peuplement à des époques plus anciennes qu'on ne l'a longtemps cru.

[modifier] Langues

Au Canada les ethnolinguistes estiment le nombre de langues amérindiennes avant les premiers contacts avec les Européens entre 300 et 500, et aujourd'hui à 200. Bien que certaines comportent des différences majeures par rapport à d'autres les spécialistes ont pu cependant les regrouper en « familles » n'ayant parfois connu aucun contact. Aujourd'hui, il y a une cinquantaine de langues autochtones parlées au Canada, réparties dans 11 familles linguistiques dont 7 sur la côte ouest[3],[4]:
1. La famille algonquienne qui comprend les langues suivantes: abénaquis, pied-noir, cri, delaware, malécite, micmac, montagnais, naskapie, ojibwa et potéouatami. (Des montagnes Rocheuses à l'océan Atlantique)
2. La famille athapascane regroupe les langues suivantes: castor, porteur, chilcotin, tcippewayan, flanc-de-chien, han, lièvre, kaska, kutchin, sarsi, sakani, esclave, taguish tahltan et tutchoni. (Du Manitoba à la Colombie Britannique, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon)
3. La famille siouenne est représentée par: Dakotas. (Alberta)
4. La famille wakaskenne regroupe les langues suivantes: haisla, heiltsuk, kwakiult, nuuchalnulth ou nootka et nitinat. (Côte du Pacifique)
5. La famille salishenne regroupe les langues suivantes: bella-coola, comox, halkomelem, lillooet, okanagan, sechelt, shuswap, squamish, salish-des-détroits et thompson. (Colombie Britannique)
6. La famille iroquoienne comprend: cayuga, mohawk, onéida, onondaga, sénéca et tuscarora. (vallée du Saint-Laurent et Grands Lacs)
7. La famille tsimshenne regroupe les langues: thimshian de la côte, thimshian du sud et nass-gitksan. (côte et nord de la Colombie Britannique)
8. La famille haïda (îles de la Reine Charlotte)
9. La famille tlingitte. (nord-ouest de la Colombie Britannique et sud du Yukon)
10. La famille kootenayenne. (sud-est de la Colombie Britannique)
11. La famille eskimo-aléoute comprend: inuktitut et innuinaqtun. (Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, nord du Québec et Labrador)

Familles de langues amérindiennes et isolats en Amérique du Nord
Familles de langues amérindiennes et isolats en Amérique du Nord


[modifier] Population

Population autochtone connaissant au moins une langue autochtone[5]
Provinces & Territoires % de la population autochtone
Terre-Neuve & Labrador 12,3 %
Île-du-Prince-Édouard 13,0 %
Nouvelle-Écosse 28,2 %
Nouveau-Brunswick 22,0 %
Québec 48,5 %
Ontario 13,5 %
Manitoba 28,8 %
Saskatchewan 29,4 %
Alberta 21,3 %
Colombie-Britannique 9,8 %
Territoire du Yukon 16,6 %
Territoires du Nord-Ouest 37,2 %
Territoire du Nunavut 91,1 %
Canada (Total) 24,1 %
Population de 25 ans et + ayant un diplôme d'études secondaires[6]
Provinces & Territoires % de la population autochtone % de la population totale
Terre-Neuve & Labrador 7,5 % 15,8 %
Île-du-Prince-Édouard 7,5 % 20,3 %
Nouvelle-Écosse 6,8 % 18,2 %
Nouveau-Brunswick 10,5 % 24,2 %
Québec 11,3 % 25,4 %
Ontario 11,4 % 24,4 %
Manitoba 7,8 % 22,5 %
Saskatchewan 7,2 % 21,8 %
Alberta 8,0 % 22,7 %
Colombie-Britannique 9,8 % 24,2 %
Territoire du Yukon 5,1 % 21,4 %
Territoires du Nord-Ouest 5,2 % 20,2 %
Territoire du Nunavut 2.9 % 20,2 %
Canada (Total) 9,1 % 23,9 %

[modifier] Les conditions économiques

[modifier] Les ressources alimentaires

Diverses sortes de maïs
Diverses sortes de maïs

L'une des bases importantes des civilisations modernes demeure l'agriculture, plus spécifiquement, la culture des céréales. Dans l'Ancien Monde, on cultivait le blé, l'orge, l'avoine, le millet, le seigle et le riz tandis que sur le continent américain, en Amérique centrale plus précisément, on faisait pousser le maïs en abondance.
Avec le réchauffement du climat suite à la dernière grande période glaciaire, la culture du maïs s'est répandue vers le nord, jusque dans la région des Grands Lacs et sur l'étroite bande de terre cultivable de la vallée du Saint-Laurent. En plus du maïs, ces Amérindiens cultivaient diverses sortes de fèves, de courges, du tournesol pour son huile ainsi que du tabac. Cependant, pour les Iroquois, le maïs était à la fois, une force et une faiblesse. Cette merveilleuse plante leur fournissait une nourriture abondante en toutes saisons grâce à ses facilités de conservation mais aussi, le maïs les exposait à de grandes famines, si ces réserves alimentaires étaient détruites lors de guerres ou d'incendies.
Pour les peuples un peu plus au nord de la région des Grands Lacs, le riz sauvage, une céréale qui n'était pas cultivée mais plutôt cueillie remplissait le même rôle de réserve alimentaire pour la saison froide. De plus, une grande variété de baies de toutes sortes étaient ramassées et séchées pour les mêmes raisons.
L'un des mets favoris des premiers occupants du Canada était le pemmican. Il est fabriqué d'un mélange de viande et de fruits déshydratés et d'huile. Quant à eux, les Algonquins récoltaient l'eau des érables au printemps pour en extraire le célèbre sirop et sucre. Vu l'absence totale d'animaux à viande et à laine domestiqués, la chasse procurait aux Amérindiens les protéines animales nécessaires à leur alimentation et les fourrures obligatoires pour se protéger du rude climat de ces régions nordiques.
Pour ces cultures non-agricoles, le Canada était peut-être l'une des régions du monde les plus riches du point de vue de la ressource écologique. Par exemple, la région de la côte du Pacifique regorgeait de plusieurs espèces de saumons qui remontent les rivières annuellement, de mollusques et crustacés divers, de mammifères marins comme les phoques, baleines, morses, lions de mer et otaries. Dans les montagnes et vallées de l'intérieur, la faune était composée d'ours, de cerfs, de wapitis, de lapins, d'élans, de caribous et de plusieurs espèces de chèvres et mouflons. Dans les grandes plaines centrales broutaient d'immenses troupeaux de bisons et d'antilopes. D'immenses zones marécageuses devenaient à chaque saison estivale, des aires de nidification pour la faune ailée comme les canards, les oies, bernaches et autres espèces migratoires.
Toutes les activités saisonnières des premiers américains étaient donc influencées par les déplacements et la présence de cette faune. Par contre, si le moindre changement dans les habitudes des bêtes survenait à un endroit précis, de graves famines pouvaient provoquer des taux de mortalité très élevés dans les populations affectées. C'est le destin impitoyable de tous les peuples dont l'économie est fondée sur la chasse et la cueillette de subsistance.

[modifier] Les chasseurs-pêcheurs-cueilleurs

Une vie de plein air, avec de nombreux déplacements saisonniers, permettait aux Amérindiens de développer une importante connaissance de la faune, de la flore et de son environnement en général. Ils étaient pour ainsi dire des naturalistes avant même que le mot ne soit inventé. Ils connaissaient très bien la vie des animaux qu'ils chassaient ou pêchaient, les stades de croissance, les mouvements saisonniers ainsi que leur alimentation. La connaissance des plantes qu'elles soient comestibles ou médicinales n'échappait pas plus à ces gens. Par contre, selon les écosystèmes régionaux, certains peuples développaient des spécialités soit à la chasse, soit à la pêche, soit pour certaines cueillettes. Pensons aux nations de la côte ouest avec les salmonidés, les Indiens des Plaines lors des grandes chasses au bison ou les Ojibwés des forêts du bouclier canadien avec la récolte du riz sauvage en canot. En résumé, chaque groupe possédait l'expertise nécessaire pour leur assurer une alimentation suffisante et diversifiée. Parce que la chasse ou la pêche était une affaire de groupe, la répartition équitable des réserves alimentaires entre les membres était primordiale. Personne dans les clans ne pouvait festoyer pendant que certains mouraient de faim comme c'est le cas aujourd'hui dans nos sociétés modernes.

Icône de détail Article détaillé : Chasseur-cueilleur.
Icône de détail Article détaillé : Armement préhistorique.
Icône de détail Article détaillé : Propulseur.

[modifier] Les agriculteurs

Contrairement aux nouveaux arrivants européens, les Autochtones qui vivaient en Amérique avaient une structure économique très différente. À titre d'exemple, le seul animal domestiqué par les amérindiens à l'époque du contact était le chien.
Bien que les tribus iroquoiennes eussent appris à cultiver le maïs, les fèves, les courges et le tournesol, les méthodes de culture utilisées demeuraient passablement primitives. Ils ne possédaient pas encore d'outils de métal comme les Européens. Les agriculteurs iroquoiens à l'arrivée des Blancs utilisaient encore des outils de pierre et de bois, quelquefois d'os, pour travailler le sol. De plus, ils ne connaissaient pas vraiment la rotation des cultures et la fertilisation des sols, ce qui les forçait à déménager leurs villages à tous les 10 - 12 ans environ. Avec ces conditions plus difficiles, ils n'avaient d'autres choix que de compléter leur diète alimentaire avec les produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette de baies sauvages. Malgré une certaine pratique agricole, ils demeuraient donc des migrants périodiques et des nomades saisonniers. À l'extérieur de la région des Grands Lacs, des basses terres du Saint-Laurent et de quelques cas isolés dans les provinces maritimes, les conditions climatiques et de sol n'avaient pas permis un développement agricole soutenable et une réelle sédentarisation des premiers peuples qui habitaient le Canada.

[modifier] L'art vestimentaire

En plus de fournir la nourriture quotidienne, la chasse procurait également des peaux pour la confection des vêtements obligatoires au rude climat canadien. Bien que ces animaux n'étaient pas domestiqués, la laine des chèvres de montagnes, du bœuf musqué et du bison était aussi utilisée par les Amérindiens du nord-ouest pour fabriquer des couvertures en particulier. Mais généralement, c'était le cuir, complètement épilé ou la fourrure tournée vers l'intérieur qui servait le plus à la fabrication de vêtements. En fait, ce travail de confection vestimentaire était la tâche principale des femmes, à l'exception peut-être des peuples de la côte du Pacifique qui profitaient d'un climat beaucoup plus doux. Chez les Inuits, on affirme même qu'un bon mariage entre un homme et une femme est un partenariat entre un bon chasseur et une bonne couturière. Aujourd'hui, la majorité des vêtements traditionnels autochtones a disparu de la vie quotidienne, sauf pour les jours de fêtes, des cérémonies culturelles ou pour les touristes.

[modifier] Les habitations

Campement ojibwé sur les rives de la baie Georgienne Peinture de Paul Kane (1810-1871) Galerie d'art de l'Ontario (Toronto)
Campement ojibwé sur les rives de la baie Georgienne
Peinture de Paul Kane (1810-1871)
Galerie d'art de l'Ontario (Toronto)

Les habitations sont aussi différentes les unes des autres entre les diverses Premières Nations du Canada qu'elles le sont entre les diverses régions du monde. Une première et importante distinction est facilement perceptible entre l'architecture des peuples sédentaires et celle des nomades. Par contre, à l'exception des tribus de la côte du Pacifique, la durabilité des maisons est quasi semblable d'un bout à l'autre du pays. Dans le reste du Canada, aucun peuple n'utilisait de matériaux ayant une vie utile relativement longue comme la pierre taillée, la brique d'argile cuite, les panneaux de bois de divers gabarits, etc. La plupart des matériaux utilisés comme les perches de bois formant les structures ou les peaux comme matériel de recouvrement extérieur duraient environ une décennie. Dans certains cas, les recouvrements d'écorces par exemple, n'avaient qu'une courte vie d'une année ou deux, les maisons de neige des Inuits (igloos), que quelques mois. Pour ce qui est de l'ampleur des surfaces habitables, plus les gens étaient sédentaires, plus les habitations devenaient imposantes et complexes. Pensons aux longues maisons des peuples iroquoiens construites au milieu des champs de maïs et protégées par des palissades de rondins.

[modifier] Voyage et transport

Pour les peuples civilisés, le développement d'un réseau routier est souvent le symbole de la prospérité. Par exemple, les Romains de l'Antiquité ont été de grands constructeurs de routes, mais aussi, les Incas de l'Amérique du Sud ont construit un vaste réseau de routes commerciales qui partaient dans toutes les directions, à partir de la capitale de l'Empire, Cuzco. Il faut préciser ici que ce ne sont pas des chemins construits pour du matériel roulant, c'était plutôt des sentiers de montagnes très bien aménagés où l'on retrouvait de multiples ponts et haltes. Par contre, d'un bout à l'autre du Canada, avant l'arrivée des Européens, aucun kilomètre de route n'a été trouvé. Il n'y avait aucune nation avec une population suffisante pour de telles constructions.
Selon les saisons et le territoire parcouru, les moyens de transport variaient. Durant l'été, la plupart des groupes utilisaient des embarcations pour se déplacer sur les autoroutes naturelles qu'étaient les lacs et rivières. Ces petites barques étaient construites habituellement d'une structure légère de bois recouverte d'écorce comme celle du bouleau ou de peaux épilées. Sur la côte ouest, où poussent des cèdres et des pins de grande dimension, les Amérindiens de l'endroit creusaient à même les billes, des embarcations au gabarit impressionnant. Dans certains cas, elles pouvaient transporter plus d'une trentaine de passagers à la fois.
Lorsque les plans d'eau étaient gelés, le toboggan et le traîneau devenaient alors le véhicule de transport des biens par excellence. Pour avancer dans la neige profonde, ils utilisaient des raquettes fabriquées d'un mince cadre de bois avec à l'intérieur, un tressage de lanières de cuir servant de support à l'utilisateur. Tous ces moyens de transport servaient à se déplacer lors des migrations saisonnières, à faire du commerce, à faire la guerre et surtout dans l'exercice de la chasse et de la pêche.

[modifier] Art, folklore et traditions

Masque du poisson Peuple Yupi'k (Yukon) conservé au Musée du Louvre, Paris, France
Masque du poisson
Peuple Yupi'k (Yukon)
conservé au Musée du Louvre, Paris, France
Icône de détail Article détaillé : Attrapeur de rêves.

[modifier] Croyances et religions

Un Pow wow

On regroupe le plus souvent les cultures amérindiennes en grands ensembles géographiques : les régions subarctiques, les forêts du Nord-Est, les Grandes Plaines centrales, le plateau intérieur des Rocheuses et la côte du Pacifique. Les conditions de vie étaient donc très différentes selon le milieu de vie des Amérindiens. La diversité des peuples amérindiens s'exprime également dans le domaine des croyances. On peut néanmoins dégager quelques points communs aux nombreuses tribus amérindiennes :

  • Un Dieu créateur et unique appelé "Le Grand Esprit " auquel les Amérindiens donnent le nom de Wacondah.
  • Des dieux secondaires ou "Esprits Auxiliaires" (par exemple : les esprits du vent, du feu, du tonnerre, ou wakantanka le dieu de la chasse).
  • Les Indiens d'Amérique étaient animistes. Offrandes à la terre-mère.
  • Le chamanisme : lecture des signes au moyen de drogues ou d'artifices.
  • Le symbolisme : chaque animal et élément sacré doit être représenté sous forme de totem ou de signes (cercle, croix, triangle).
  • Les Amérindiens partageaient également des rites communs :
    • Rites de purification avant les prières et les cérémonies : utilisation du tabac et de la sauge.
    • Prières et transes en cercles
    • Les Pow wow
    • La Danse des Esprits (The Ghost Dance) : les participants répètent des couplets au son des tambours. Les incantations peuvent mener à la transe.
    • La Danse du Soleil (The Sun Dance) dans les Grandes Plaines pour vénérer le soleil, pendant la période du solstice d'été. Elle était accompagnée de mutilations corporelles volontaires destinées à montrer son courage et à entrer en transe.
Icône de détail Article détaillé : Religions algonquiennes.
Icône de détail Article détaillé : Religions iroquoïennes.

[modifier] La Préhistoire

[modifier] 30 000 à 10 000 ans avant J.C.

[modifier] Les chasseurs sibériens du Paléolithique

Flèches préhistoriques amérindiennes, conservées à Washington
Flèches préhistoriques amérindiennes, conservées à Washington

Pendant la majorité des 100 000 dernières années, le Groenland et la majeure partie du Canada étaient recouverts par d'imposantes calottes glaciaires continentales. Cette grande calotte polaire se divisait en quatre inlandsis: l'inlandsis de la Cordillère, l'inlandsis Innuitien, l'inlandsis du Groenland et le grand inlandsis Laurentidien[7]. L'Alaska et le nord du Yukon jusqu'au delta du fleuve Mackenzie, tout comme la Sibérie d'ailleurs, étaient les seuls territoires libres de glace. Des chasseurs en provenance de Sibérie (Paléolithiques Supérieurs asiatiques), après avoir emprunté le pont intercontinental de la Béringie, ont probablement atteint la région d'Old Crow, tout au nord du Yukon[8]. Nous devons garder en mémoire que les ancêtres des Paléoindiens ont eu à traverser un immense territoire depuis la Sibérie centrale, puis une fois en Amérique, se sont dispersés sur un très vaste continent pour se diversifier en de multiples cultures.
Plusieurs archéologues pensent qu'il y a eu trois migrations majeures en provenance du continent asiatique. Il y a 15 000 ans, peut-être 25 000, arrivèrent les ancêtres (Paléoindiens) de la plupart des premières nations de l'Amérique du Nord et du Sud. Un second groupe, ancêtres des Tlingits, Eyaks, Athapaskans, Navajos et Apaches arrivent des forêts du nord-est de la Sibérie, il y a 9 000 à 14 000 ans. Un dernier groupe, 4 000 à 10 000 ans avant aujourd'hui, immigra des régions côtières de la Sibérie orientale. Ces derniers seraient les ancêtres des Inuits et des Aléoutes. D'après les résultats de récentes recherches, il est plus que probable que ces migrations par le pont intercontinental, dans ses périodes non submergées, aient été quasi continuelles, petits groupes par petits groupes et dans les deux sens.

Icône de détail Article détaillé : Béringie.
Icône de détail Article détaillé : Paléolithique.

[modifier] 12 000 à 8000 ans avant J.C.

[modifier] Les Paléoindiens

Pointe de Clovis
Pointe de Clovis

Il y a 12 000 ans, un corridor libre de glace s'ouvre entre l'inlandsis de la Cordillère et l'inlandsis Laurentidien permettant aux gens arrivés en Béringie auparavant de descendre vers le sud. La colonisation des Amériques par les Paléoindiens a constitué tout un exploit dont l'importance dans l'histoire de l'humanité est comparable aux déplacements des populations africaines, d'Europe, d'Asie et celles qui traversèrent plus tôt, en Australie. L'ampleur de cet évènement revêt un caractère unique à l'image de la culture paléoindienne. L'analogie avec les Indiens d'aujourd'hui n'est pas très appropriée à l'étude de cette culture, particulièrement en ce qui a trait à la technologie qui s'est à peine modifiée en dépit des distances énormes parcourues.
Une telle continuité doit être analysée dans un contexte de vie complètement différent des sociétés historiques connues. En effet, ces peuples ont affronté des changements écologiques de grande envergure et d'une incroyable variété. La propagation rapide sur le continent américain des populations paléoindiennes revêt un caractère unique à expliquer. L'occupation et l'exploration de l'hémisphère occidental par les Paléoindiens méritent le plus grand respect accordé à l'un des exploits importants de l'histoire de l'homme.

Pointe de Folsom
Pointe de Folsom

À l'exception du territoire de la Béringie d'aujourd'hui, les Paléoindiens semblent représenter la première occupation humaine largement répandue en Amérique du Nord. Le plus ancien des sites connus est celui de Clovis alors que le site de Folsom serait le plus récent. Cette population couvrait tout le continent nord-américain à l'est des Rocheuses et descendait au sud jusqu'en Amérique centrale.
La propagation de la culture paléoindienne coïncide avec d'importants changements de climat, de végétation, d'hydrologie et de la disparition de certaines espèces animales à la fin du Pléistocène. Les mastodontes, mammouths, chevaux, chameaux, tapirs et bisons antiques des Amériques faisaient partie des gibiers recherchés et les Paléoindiens seraient peut-être les responsables de ces extinctions. Cette possibilité a déjà provoqué et provoque encore des discussions très mouvementées parmi les anthropologues. Il est prouvé aujourd'hui que le javelot-propulseur (atlatl) était une arme assez efficace pour abattre ces gros gibiers. Par contre, on sait aujourd'hui, qu'un rapide réchauffement climatique serait plutôt le grand responsable de la disparition des grands mammifères. Le territoire des petits groupes de Paléoindiens, d'après la distribution des artefacts trouvés dans les sites de chasse, nous laisse croire qu'ils avaient un rayon d'une centaine de kilomètres autour d'un camp de base[9]. C'est à cet endroit que se pratiquait un large éventail d'activités telles que la taille de la pierre, le travail des peaux, le dépeçage, le travail des os et du bois. De 15 à 50 personnes pouvaient y vivre et y travailler d'une façon temporaire. Il y avait, semble-t-il, des périodes de regroupements, suivies de périodes de dispersions.
Avant de terminer, il est important de souligner que les Paléoindiens seraient les ancêtres directs des populations des cultures archaïques de l'est et des cultures planoïennes de l'ouest du continent.

Icône de détail Article détaillé : Extinction de l'Holocène.

[modifier] 8000 à 4000 ans avant J.C.

[modifier] Les Archaïques de l'Est

Le territoire des Archaïques de l'Est du Canada couvre le nord des lacs Érié et Ontario, la rive est du lac Huron, la vallée et les côtes du golfe Saint-Laurent ainsi que les Provinces Maritimes. Nous avons que très peu de données sur cette culture parce que dans les provinces maritimes, l'élévation de la plaque continentale, suite à la fonte des glaciers, n'a pas été assez suffisante pour préserver des sites d'occupation appartenant à cette culture. Pour la partie ouest du territoire, la majorité des sites d'occupation sont aujourd'hui inondés par les eaux des Grands Lacs et du lac Champlain ou sont détruits par l'érosion ou sont enfouis profondément dans les sédiments.
Les principales caractéristiques de la période archaïque sont une dépendance accrue envers une faune plus variée et de taille plus petite suite à la disparition de la mégafaune, une augmentation des populations dans les groupes, un grand nombre d'ustensiles en pierre pour la préparation des légumes sauvages, d'outils pour le travail du bois, d'armes de chasse et d'ornements divers. On remarque aussi que les groupes occupent les mêmes sites plus longtemps à cause du développement de la pêche et de la cueillette, une plus grande variété de pointes lithiques et le début de l'inhumation des corps[10].
Nous savons qu'ils étaient d'habiles chasseurs de mammifères marins et qu'ils exploitaient également une faune terrestre variée, principalement le caribou. À cette époque, à cause des conditions difficiles du climat et de la végétation, ces grands cervidés s'approchaient du littoral marin beaucoup plus qu'aujourd'hui. À cette époque, une bande de toundra de 2 à 300 kilomètres de largeur s'étirait tout au long de la limite sud de la calotte glaciaire laurentidienne.
Les quelques os trouvés dans des sites de campements laissent supposer également que ces gens capturaient des phoques, des morses, des oiseaux migrateurs et peut-être même de petites baleines comme le béluga. Ces dernières restaient à l'occasion prisonnières des battures à marée basse devenant une nourriture d'appoint appréciable. Il est également inconcevable que ces peuples n'aient pas exploité les abondantes ressources que sont le saumon, la morue et le capelan.
Les Archaïques de l'Est vivaient en petits groupes familiaux la majeure partie de l'année, mais durant la saison estivale, ils se regroupaient par bandes[11] sur la côte. Bien que sujettes à des variations locales, leurs occupations saisonnières se répartissaient probablement comme suit: la chasse au phoque de la fin de l'hiver jusqu'au début de l'été; la pêche au saumon et au capelan, la collecte des œufs et la chasse aux oiseaux pendant l'été; puis la chasse au caribou et aux petits gibiers à l'intérieur des terres en automne et au début de l'hiver. L'une des caractéristiques particulières des Archaïques du maritime étaient la construction de monticules funéraires complexes. L'ampleur de ces aménagements présuppose donc une certaine forme de hiérarchie et d'organisation sociale. Les restes des squelettes trouvés dans ces installations révèlent qu'ils étaient de forte taille, qu'ils étaient victimes de fractures accidentelles, qu'ils souffraient d'arthrite et qu'ils étaient souvent atteints d'une maladie des gencives entraînant la perte des dents. De riches offrandes mortuaires étaient également placées dans les sépultures, surtout dans celles des adultes mâles. On y retrouvait des lances, des poignards et des harpons à tête détachable. On y plaçait également des peignes, des pierres colorantes, des perles et des outils comme aiguilles à chas en os, des haches et des herminettes pour le travail du bois.

[modifier] Les Archaïques de l'Ouest (culture planoïenne)

Le territoire immense des Planoïens[12] s'étendait du plateau méridional de la Colombie-Britannique jusqu'à la côte de l'Atlantique et de la partie orientale des Territoires du Nord-Ouest jusqu'au golfe du Mexique avec les grandes plaines nord-américaine comme centre culturel et géographique. Vers 7 000 avant J.C., le retrait des glaciers et des lacs glaciaires avait permis des déplacements vers le nord et vers l'est entre la frange sud de la calotte glaciaire et les nombreux lacs créés par les eaux de fonte.
Pour ces populations de Planoïens, le bison avait remplacé le mammouth [13] comme principale ressource alimentaire. Ils pouvaient être abattus par un ou deux chasseurs, mais la plupart du temps, ils étaient poussés du haut d'un précipice par tout un groupe. Nous avons découvert jusqu'à 120 squelettes de bisons antiques au pied de certaines falaises. En hiver, les Planoïens pouvaient aussi utiliser les pentes trop enneigées ou trop glacées des collines pour capturer les ancêtres des bisons d'aujourd'hui. Des antilopes, castors géants, wapitis, cerfs, rongeurs, ratons-laveurs et coyotes complétaient la diète carnée.
Principalement, le passage de la culture paléoindienne à celle des Planoïens se caractérise par des changements dans la forme des pointes de projectiles (de Folsom à Plano). Par contre, l'outillage, le mode d'habitat et le régime alimentaire avait très peu changé. À cause de changements technologiques[14], les Planoïens deviendront plus tard, deux entités culturelles régionales: le Bouclérien ancien (Bouclier canadien) et le Planussien ancien (Plaines de l'Ouest).

  • Les Bouclériens anciens

Les Bouclériens anciens ont habité la partie occidentale du Bouclier canadien au fur et à mesure que la calotte glaciaire laurentienne se retirait. Considérant les changements climatiques et écologiques de l'époque (8 000 ans avant J.C.), le territoire n'a donc pu supporter d'importantes populations. Bien que la région n'était pas très riche en ressources alimentaires, ces petits groupes de nomades saisonniers se nourrissaient principalement de caribou et de poisson, mais aussi d'ours, de castor, de lièvre et de gibier d'eau. L'acidité des sols de la région n'a épargné que très peu de sites archéologiques de cette culture. Par contre, on peut facilement imaginer que les Bouclériens anciens utilisaient déjà le canot d'écorce de bouleau et la raquette de babiche pour se déplacer l'hiver sur la neige.

  • Les Planussiens anciens

Les Planussiens anciens étaient principalement des chasseurs de bison. Ces derniers s'étaient possiblement réfugiés dans les forêts-parcs ou les régions boisées durant une période sévère de sécheresse qui affecta à cette époque, une bonne partie des grandes plaines canadiennes[15]. La première phase de la culture des Plaines s'étend de 6 000 à 4 000 ans avant J.C. L'apparition des pointes encochées du javelot-propulseur qui, depuis peu, avait remplacé la lance est la principale caractéristique de ce groupe culturel. Pour le reste, l'outillage, les styles d'habitat et le régime alimentaire sont assez semblables aux Planoïens, leurs prédécesseurs des prairies de l'Ouest.

[modifier] Les Archaïques de la côte du Pacifique

  • Les cultures de la côte

Ces cultures apparaissent sur la côte de la Colombie-Britannique et dans le sud de l'Alaska, il y a 9 000 ou 10 000 ans. Comme ce fut le cas pour les Archaïques de l'Est, pour remplacer la mégafaune disparue du Pléistocène, ces gens de la côte ouest canadienne n'ont eu d'autres choix que de se tourner vers de nouvelles ressources alimentaires. Ces gens exploitaient à la fois les ressources terrestres et marines. Ils possédaient probablement des embarcations de haute mer, capables de les amener à la chasse aux dauphins, tortues et lions de mer. Ils étaient sûrement de bons chasseurs de mammifères marins puisqu'ils consommaient de grandes quantités de phoques, d'otaries, de loutres marines et de marsouins. En plus du saumon très abondant dans les rivières de la région, ils se nourrissaient de wapitis, de cerfs et autres petits gibiers.
Du point de vue de l'habitation, durant l'hiver, ils occupaient des maisons de terre semi-souterraines et durant la saison estivale, vu la douceur relative du climat, de simples abris rudimentaires étaient suffisants. Le matériel lithique de cette culture est dominé par l'utilisation de microlames. Elles servaient principalement à armer des lances, des couteaux et autres objets en les insérant dans les parties de bois ou d'os.
Il est difficile de déterminer avec précision les origines de la culture du Sud-Ouest (8 000 ans avant J.C.). Une première possibilité est qu'il y avait des liens entre les cultures du Sud-Ouest et du Nord-Ouest surtout lorsqu'on examine certaines ressemblances linguistiques tout au long de la côte de la Colombie-Britannique. Malgré tout, cette hypothèse semble peu probable. Le deuxième choix qui s'offre à nous est que cette culture soit directement reliée à l'éclatement du Paléoindien en plusieurs cultures régionales distinctes. Le matériel lithique trouvé sur place et les modèles de chasse et d'habitat semblent donner raison à cette possibilité[16].

  • Les cultures du plateau intérieur

7 000 ans avant J.C., des gens de la côte immigrent dans la région du plateau intérieur méridional de la Colombie-Britannique en empruntant la vallée de la rivière Fraser. Ces populations façonnaient des microlames et des pointes de projectiles à encoches. Mais les recherches les plus récentes nous incitent à penser que les Platéliens anciens ont aussi profité de l'apport de la culture paléoindienne, de l'utilisation des pointes pédonculées ainsi que des influences culturelles du nord de la côte du Pacifique.
Vu la rareté des artéfacts trouvés jusqu'à maintenant et l'éparpillement des sites archéologiques, il est très difficile de faire la reconstitution de cette culture. À cette époque (7 000 ans avant J.C.), tout ce territoire subissait encore les effets de la dernière glaciation. Malgré tout, l'étude de lieux d'occupations anciens nous apprend que ces gens fabriquaient surtout des bifaces. L'usage des micro-lames nous est apparu beaucoup plus tard avec l'arrivée de populations en provenance de l'Alaska intérieur (Paléoindiens). Tout cela est un bel exemple de mixité anthropologique mais il reste encore beaucoup à étudier sur la préhistoire de cette région de la Cordillère nord-américaine.

[modifier] 4000 à 1000 ans avant J.C.

[modifier] Les Archaïques de l'Est (phase moyenne)

À cette époque, les populations ont encore tendance à augmenter. Cet accroissement démographique rapide force les gens à jeter un regard neuf sur des ressources inexploitées jusqu'à maintenant et à raffiner leurs équipements pour le prélèvement et la préparation des aliments. En 4 000 avant J.C., le climat de l'Amérique du Nord a atteint son optimum climatique, c'est-à-dire un peu plus chaud que les températures contemporaines. Les territoires côtiers deviennent dès ce moment assez riches pour accueillir de plus grandes populations. Les habitats deviennent alors quasi-permanents, nous sentons une forte tendance à la sédentarisation. Les Archaïques de l'Est, en tenant compte des variantes territoriales, peuvent être divisés en deux sous-cultures: les Maritimiens et les Grands-Lacs-Saint-Laurentiens.

  • Les Maritimiens moyens

De 4 000 à 2 000 ans avant J.C., le territoire des Maritimiens moyens s'étendait du nord du Maine jusqu'au nord du Labrador et de l'île de Terre-Neuve jusqu'à la ville de Québec. Sauf quelques différences régionales comme la chasse au morse dans la partie septentrionale du territoire et la pêche à l'espadon dans sa partie sud, les ressources alimentaires étaient principalement composées de phoque, de la baleine, des poissons marins et anadromes, des crustacés et mollusques, du castor, de l'ours, des oiseaux migrateurs et des grands cervidés (caribou, cerf et élan d'Amérique). Pour ceux du Maine et des provinces maritimes, à peu près vers 1 500 ans avant J.C., il semble qu'un accroissement dans l'amplitude des marées aurait grandement diminué les populations d'espadons et provoqué une augmentation significative des colonies de palourdes. Absents des sites archéologiques, on suppose que le capelan, l'éperlan, le calmar, le crabe et le homard faisaient partie de cette diète des plus variées. On capturait le poisson avec des filets maillants faits de lanières de cuir vert, d'écorces de saule ou de racines flexibles. Des hameçons d'os ou d'ivoire étaient également utilisés pour la pêche à la dandinette. En été, on construisait des barrages avec des trappes à panier. Le poisson était fendu en deux et fumé au-dessus d'un feu, les baies et racines étaient séchées avant l'entreposage. On chassait les animaux terrestres à l'aide de lances, de trappes à assommoir et de collets. Après une bonne chasse, la viande en surplus était séchée et placée dans une cache au-dessus du sol ou surgelée durant la période hivernale.
Ils utilisaient des embarcations capables de naviguer en haute mer réduisant au minimum les difficultés du portage. Les tentes, les vêtements, les couvertures à canot étaient faits de peaux grattées et salées, cousues avec des fils de tendons d'animaux. Une grande quantité d'outils étaient fabriqués de pierre, de bois, d'andouillers et de dents de castors. Tous les clans familiaux édifiaient plusieurs types de maisons ou tentes, selon les dimensions requises, la saison, la durée du séjour et les matériaux disponibles. Les tentes avaient la forme d'un dôme, recouvert d'écorces ou de peaux. Pour une habitation pouvant abriter une quinzaine de personnes, de 30 à 35 peaux de caribous étaient nécessaires.
Ils étaient très mobiles, ce qui facilitait les échanges culturels et économiques avec les membres des clans familiaux voisins ou avec d'autres bandes souvent très éloignées. À titre d'exemple de relations commerciales, il y avait des outils en cuivre du lac Supérieur échangés contre de l'ivoire de morse et du quartzite (Ramah) en provenance du Labrador. Il y a 4 000 ans (A.A.), les Maritimiens moyens du Labrador et du golfe du St-Laurent ont disparu avec le début d'une période climatique plus froide et avec l'arrivée de deux cultures étrangères: les Paléoesquimaux anciens (voir Inuits) et les chasseurs bouclériens moyens.

  • Les Grands-Lacs-Saint-Laurentiens moyens

Le territoire de la culture des GL/Saint-Laurentiens moyens couvrait il y a 6 000 ans (A.A.), le sud de l'Ontario, du Québec et le sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Les Grands-Lacs-Saint-Laurentiens moyens se nourrissaient alors de chevreuils, d'élans, d'ours et de castors qu'ils chassaient avec des chiens. Comme compléments alimentaires, on retrouvait des petits gibiers, des poissons, des crustacés et des baies sauvages. Pour la fabrication de l'outillage et des armes de chasse, ils utilisaient principalement la pierre taillée, plus rarement la pierre polie et d'une façon beaucoup moins courante, mais passablement répandue, le cuivre natif du lac Supérieur. Par contre, on ne possède aucune indication sur le type d'habitations utilisées, les fouilles archéologiques sont restées muettes sur le sujet jusqu'à maintenant. Par ailleurs, on peut supposer que des abris rudimentaires convenaient durant la saison estivale et des constructions plus résistantes étaient utilisées lorsque les familles gagnaient leur territoire de chasse pour y passer l'hiver.

[modifier] Les Archaïques du bouclier

Depuis le sud-ouest des Territoires du Nord-Ouest et de l'est du Manitoba, des bandes de Bouclériens ont occupé le bouclier canadien qui se libérait lentement de sa calotte glaciaire. D'ouest en est, ces occupations ont débuté 6 000 ans avant J.C. pour se terminer dans les basses terres de la baie d'Hudson et au Labrador, il y a 3 000 ans environ. On se nourrissait surtout de caribous et de poissons, mais aussi d'ours, de castors, de lièvres et d'oiseaux migrateurs. L'outillage des Bouclériens moyens se caractérisait par des couteaux, des grattoirs et des pointes de projectile en pierre taillée. À l'inverse, la pierre polie est complètement inexistante dans cette culture. Pour vivre dans ces régions nordiques, les habitations consistaient en des structures semi-souterraines imposantes, dotées d'un corridor d'accès. On suppose qu'ils utilisaient le canot d'écorce de bouleau et les raquettes à neige leur servaient à se déplacer durant la saison hivernale.

[modifier] Les Archaïques des plaines

De 4,000 à 1,000 ans avant J.C., on retrouve des Planussiens moyens dans les prairies centrales du continent nord-américain. Les facteurs qui ont influencé l'occupation de ce territoire sont l'amélioration de la végétation due à la sécheresse de l'Altithermal (de 5,000 à 3,500 ans avant J.C.), le remplacement du bison antique par l'espèce moderne[17], le dressage du chien pour le transport des équipements, la construction de tipis et de structures cérémonielles et l'introduction de pierres de chauffe pour extraire le gras requis à la préparation du pemmican. L'outillage en pierre de cette culture comprend des pointes de projectile, des grattoirs et des couteaux bifaciaux. Dans le nord des plaines canadiennes se sont succédé trois complexes culturels qui ont donné des travaux de la pierre différents les uns des autres. Chaque complexe dure environ 1,000 ans chacun soit celui d'Oxbow (4,000 à 3,000 ans avant J.C.), de McKean (3,000 à 2,000 ans avant J.C.) et de Pelican Lake (2,000 à 1,000 ans avant J.C.). De son côté, le travail de l'os semble plutôt rudimentaire. Sans avoir laissé de trace, les peaux comme la babiche, le bois et les fibres des plantes ont servi probablement de matières premières dans la confection d'outils, d'armes et d'habitations.

[modifier] Les Archaïques de la côte du Pacifique

  • Les cultures de la côte

La ressource alimentaire qu'est le saumon est disponible en grande quantité dans cette région. L'été et l'automne, on pêche et on entrepose ces salmonidés, l'hiver, on exploite plutôt les coquillages. Ce modèle économique favorise, sans l'ombre d'un doute la sédentarisation puisque ces gens vivent dans un environnement à fort potentiel écologique. Ils passent donc la majeure partie de l'année dans de longues maisons construites au sein de villages permanents de plusieurs centaines de personnes[18].
Vers 4,000 ans avant J.C., les cultures de la côte de la Colombie-Britannique s'uniformisent. Grâce à la stabilité climatique de l'époque, de grands villages apparaissent tout au long de la côte du Pacifique. Même si le cèdre rouge s'implante de plus en plus dans la région, ce n'est qu'à la fin de cette période, soit 1,000 ans avant J.C. qu'apparaissent les grandes maisons de planches telles qu'on les connaît aujourd'hui. Les sociétés de la côte nord-ouest ne sont pas égalitaires comme celles des plaines centrales et des forêts du Nord-Est; les individus héritent de leur statut social et de leur richesse. Tout au bas de l'échelle sociale, il y avait de véritables esclaves qui étaient capturés lors des guerres inter-tribales. En plus des esclaves et des crânes-trophées ou scalps, ces conflits servaient également à la prise de contrôle des bons sites de pêche ou des endroits stratégiques le long des routes commerciales[19].

  • Les cultures du plateau intérieur

Le territoire qui couvre le plateau intérieur de la cordillère va de la chaîne côtière jusqu'aux montagnes Rocheuses, et au sud, de la frontière canado-américaine jusqu'à la source du fleuve Fraser, plus au nord. Vers 4,000 ans avant J.C., l'arrivée du propulseur, possiblement en provenance du sud, apporte des changements dans les us et coutumes de ces gens. Aussi, la construction de maisons semi-souterraines (Pithouse) près des rivières à saumon continue ce long processus de changements. Ce type de construction a été la transition significative et la plus importante culturellement entre un peuple nomade de chasseurs à l'état de résidents en villages semi-permanents (jusqu'à 200 maisons). Cet important changement remonte à 2,000 ans avant J.C. Ces maisons de terre étaient de forme circulaire, de 5 à 10 mètres de diamètre et de 1 à 2 mètres de profondeur. Elles étaient surmontées d'un toit conique supporté par des poteaux. Au centre du toit, un trou laissant sortir la fumée, laissant pénétrer air et lumière et servait d'entrée au moyen d'une échelle.

  • La culture de l'Intérieur du Nord-Ouest

Le relief de la région habitée par les bandes de l'Intérieur du Nord-Ouest est fortement dominé par des chaînes de montagnes entrecoupées par des plateaux. Les principales rivières drainant ce territoire sont en fait des fleuves importants: la rivière Yukon et le fleuve Mackenzie. Ces petites bandes de chasseurs nomades vivaient de poissons et de caribou ainsi que de petits gibiers, d'oiseaux aquatiques, d'élan et de bison. D'un point de vue technologique, la tradition des microlames du Nord-Ouest représente une mixité culturelle entre des microlames provenant de l'Asie et les pointes de projectiles encochées, empruntées à la culture des plaines.

[modifier] 1000 avant J.C. à 500 ans après J.C.

[modifier] Les Archaïques de l'Est (phase récente)

  • Les Maritimiens récents

Les Maritimiens récents ont occupé les provinces maritimes, la Gaspésie côtière et le nord du Maine. Les deltas de rivières et les lagunes d'eau saumâtre de ces régions se caractérisent par l'abondance d'oiseaux migrateurs, de mollusques et de crustacés. Le saumon et l'anguille appréciaient également ces riches écosystèmes. La très vaste majorité des sites occupés par cette culture se retrouvent sur les côtes et sur les rives fluviales. La méthode de fabrication, la décoration et la forme des vases (poterie) sont les mêmes que celles de la haute vallée du St-Laurent. Il y a donc influence interculturelle avec les GL/Saint-Laurentiens. Parmi les évènements importants qui sont survenus à cette époque est l'apparition des complexes funéraires d'Adena en provenance de la vallée de l'Ohio (rivière). La culture d'Adena exerça une forte influence chez les Maritimiens récents. Des objets en cuivre par exemple, en provenance des Grands Lacs, furent exhumés à divers endroits. L'arrivée de la poterie, 500 ans avant J.C., nous conduit en ligne droite à la formation des nations Micmacs, Malécites et Passamaquoddy à la fin de la période archaïque et au début de la culture sylvicole (forêts du Nord-Est) pour les peuples de la côte Atlantique.

  • Les Grands-Lacs-Saint-Laurentiens récents

Il y a 3 000 ans, c'était la fin de l'Archaïque et le début de la période sylvicole pour les GL/Saint-Laurentiens récents. Le territoire occupé par ces gens était les lacs Ontario et Érié, la partie est du lac Huron, le fleuve St-Laurent jusqu'à Québec, une partie de l'Estrie et le nord des états de New York et du Vermont. L'introduction de la poterie, l'arrivée de l'arc et de la flèche, la fabrication et le commerce des pointes (préformes) de flèche en chert d'Onondaga et l'apparition de rituel funéraire Adena sont les changements importants de la culture du Sylvicole. Les Gl/Saint-Laurentiens étaient organisées en bandes locales qui se fusionnaient durant l'été à des endroits propices à la pêche. C'est pour cette raison qu'on les considère comme étant des nomades saisonniers. La période du Sylvicole se divise en deux: le Sylvicole initial qui va de 1000 avant J.C. à 1000 après J.C. et le Sylvicole tardif qui lui débute vers 700 avant J.C. Cinq cultures appartiennent au Sylvicole initial: Meadowood, Pointe Péninsule, Saugeen, Pointe Princesse et Laurel. Les Grands-Lac-Saint-Laurentiens récents sont les ancêtres des Iroquoiens du Nord-Est et de tous les Algonquiens de l'Amérique du Nord. Enfin, les descendants du Sylvicole tardif deviendront plus tard les Iroquoiens de l'Ontario et du St-Laurent ainsi que les Algonquins de l'Est, de l'Ouest et du Nord.

[modifier] Les Bouclériens récents de l'est

Ces groupes des régions de l'est ont occupé la taïga et la toundra forestière du Labrador jusqu'au nord-est de l'Ontario. Ils ont continué à utiliser la pierre taillée comme leurs prédécesseurs. Par contre, le faible usage de la poterie provient de mariages inter-bandes avec leurs voisins: les Bouclériens récents de l'ouest et les Grands-Lacs/Saint-Laurentiens récents. Plus on s'aventure vers l'est, plus les restes de poterie semblent rares dans les sites archéologiques. L'habitat et la recherche de nourriture restent inchangés avec la période précédente (Bouclériens moyens) et le demeureront ainsi jusqu'à l'arrivée des Européens. Il n'y a pas l'ombre d'un doute que les Bouclériens de l'Est et de l'Ouest (voir plus bas) sont originaires des Bouclériens moyens. Seule la technologie constitue la différence culturelle principale entre ces deux groupes. Leur mode d'établissement et leurs activités de subsistance sont très similaires. Les Cris de l'est, les Ojibwés, les Saulteux, les Algonquins, les Montagnais, les Naskapis et les Attikameks sont les descendants directs des Bouclériens récents de l'est.

[modifier] Les Bouclériens récents de l'ouest (Laurelliens)

Leur territoire immense débute près de la frontière Québec-Ontario et se rend jusqu'au centre de la Saskatchewan. Leurs activités de subsistance étaient principalement dirigées vers le castor et l'élan. Le poisson, surtout en été, faisait également partie de la diète. Durant la saison chaude, de nombreux clans familiaux se rassemblaient le long des grandes rivières ou séries de lacs pour des échanges et des rencontres cérémonielles. En hiver, des petits groupes se déplaçaient plutôt sur l'ensemble du territoire pour pratiquer la chasse aux grands et petits mammifères. Vu le grand nombre de lacs et rivières de cette région, ils utilisaient très possiblement le canot d'écorce. En plus de la magnifique poterie décorative, ils travaillaient toujours la pierre taillée comme leurs ancêtres.

[modifier] Les Archaïques des plaines

Les divers complexes culturels des Planussiens récents ont occupé l'Alberta, le sud de la Saskatchewan et du Manitoba, des parties du Montana, du Dakota du Nord, du Wyoming, du Dakota du Sud et de l'Ontario. Le bison constituait la nourriture principale de la culture des plaines comme ce fut toujours le cas des 12 000 ans de la préhistoire de la région. L'antilope d'Amérique, le cerf de Virginie, le cerf-mulet, l'élan, le mouflon et la chèvre de montagne, le castor, le petit gibier, le poisson, les racines et les baies variaient la diète journalière. On pense que l'arc et la flèche ont été introduits dans les plaines vers 500 ans avant J.C. ce qui nous permet de penser qu'ils ont utilisé longtemps le propulseur. Pour ce qui est de l'outillage, de la poterie, des rites funéraires, ce vaste territoire provoqua nécessairement des différences culturelles notables entre les sous-régions. En résumé, la chasse communautaire du bison qui requiert un grand nombre d'individus et de chiens, implique obligatoirement une certaine forme d'ordre social. La fabrication du pemmican ainsi que son commerce à grande échelle demande, quant à elle, une certaine structure de l'économie et des règles sociales plus complexes.

[modifier] Les Archaïques de la côte du Pacifique

  • Les cultures de la côte

C'est l'émergence des sociétés hiérarchisées sur les côtes de la Colombie-Britannique qui caractérise le plus, les différences culturelles entre la phase ancienne et la phase récente. Le contrôle des ressources alimentaires était un ingrédient essentiel à l'inégalité entre les hommes et les bandes. Ce n'est pas l'exploitation de la ressource comme le saumon qui fut un problème, mais ce fut plutôt la conservation et l'entreposage de cette nourriture qui déclencha les inégalités. Cette nouvelle forme économique impliqua une structure de classes composée de puissants, de gens du peuple et d'esclaves. Comme nous pouvons le voir dans l'étude de civilisations anciennes et présentes, c'est le surplus, donc une certaine richesse qui déclenche la mise en place de classes sociales hiérarchisées. Les cérémonies comme le Potlatch servaient à amoindrir ces différences de richesse entre les individus. En résumé, les cultures de la Côte-Ouest (phase récente) sont d'une complexité telle qu'une étude plus approfondie n'est peut-être pas la place dans cet article.

  • Les cultures du plateau intérieur

Dans l'extrême sud-est du territoire des Platéliens, le bison était disponible, mais avec une densité et une distribution irrégulière sur le reste du territoire. Cependant, le cerf-mulet, le cerf de Virginie, le caribou, le wapiti, la chèvre et le mouflon de montagne étaient présents sur l'ensemble du plateau intérieur des montagnes rocheuses. Les Platéliens récents vivaient dans des villages sédentaires de maisons semi-souterraines durant l'hiver et des camps temporaires un peu plus haut dans la montagne, durant l'été. À partir de 1000 avant J.C., le nombre et la taille des villages vont en s'accroissant dû aux grandes quantités de nourriture entreposées. Les techniques de pêche au saumon et les méthodes de conservation ont certainement permis une augmentation de la population et une sédentarisation plus permanente. Ces sociétés consistaient en plusieurs familles regroupées en bandes locales. Il est très probable qu'une certaine hiérarchie s'était développée au cours de cette époque. Il y avait même des groupes corporatifs qui possédaient la ressource minérale de certains endroits comme les gisements de bonne pierre à tailler. On peut donc, sans se tromper, que nous assistons à un début de société organisée.

  • La culture de l'Intérieur du Nord-Ouest

Durant la période allant de 1000 avant J.C. jusqu'à 500 de notre ère, il faut diviser la culture de l'Intérieur du Nord-Ouest en deux parties: l'ouest et l'est du fleuve Mackenzie qui avait pourtant de fortes ressemblances. Le fleuve, semble-t-il, agissait comme zone tampon. Les différences se faisaient surtout sentir sur la technologie de l'outillage et des armes de chasse. Pour ces gens, le caribou revêtait une importance capitale, non seulement pour la viande, mais aussi pour les peaux, les nerfs (fils à coudre), les os et les andouillers. Le poisson servait également, surtout en hiver, à nourrir les hommes, mais aussi les chiens. On peut même affirmer que les sites d'occupation étaient choisis en fonction des traverses de caribous et de la densité des populations de poisson dans certains cours d'eau.
La structure sociale de la culture de l'Intérieur du Nord-Ouest était composée de clans familiaux regroupés en bandes régionales et ces groupes constituaient une structure tribale pas très développée. Dans ces petites sociétés égalitaires, la liberté individuelle occupait une place capitale dans la vie des gens. C'était en quelque sorte l'opposé des cultures de la côte du Pacifique ce qui nous démontre la très grande diversité des peuples qui habitaient le Canada à cette époque.

[modifier] 500 à 1453 après J.C.

[modifier] Les peuples des régions subarctiques

Entre la toundra des régions polaires et les forêts de feuillus des régions tempérées s'étendent les vastes forêts de conifères et de bouleaux des régions subarctiques. Ce territoire de quatre millions de kilomètres carrés traverse tout le Canada d'ouest en est de la frontière Alaska-Yukon jusqu'à l'île de Terre-Neuve. Les longs hivers froids et enneigés alternent avec des étés relativement courts et chauds de ce territoire. Cette vaste région, où il existe une multitude de lacs, de zones marécageuses et un réseau de rivières des plus denses a déjà été recouverte par d'imposants inlandsis lors de la dernière grande glaciation.
En hiver, il y avait alternance entre les périodes de disette et les périodes d'abondance par les peuples habitant ce territoire. Si la neige se faisait rare, l'élan d'Amérique, animal central dans l'alimentation, devenait alors très difficile à abattre. Par contre, en été, les sources d'alimentation devenaient alors plus variées. Les caribous, par exemple, se déplaçaient en troupeaux entre leurs quartiers d'hiver et d'été. Ils devenaient faciles à capturer dans des enclos fabriqués d'arbres et d'arbustes. Chaque espèce animale avait ainsi son propre système de pièges ce qui nous démontre que ces chasseurs des régions du Nord étaient très bien adaptés à cet environnement des plus rude. Dans la partie sud du territoire, les Slaves et les Beavers chassaient le bison des forêts qui vivait de façon isolé ou en petits groupes contrairement à ses cousins des régions plus méridionales. Il faut aussi ajouter que les végétaux ne représentaient qu'une infime partie de la diète classique des peuples du Nord, à l'exception peut-être, des myrtilles, airelles et groseilles qui entraient dans la fabrication du pemmikan[20]. Par contre, les Saulteux (Anishinabés) comptaient fortement sur une plante non cultivée, le riz sauvage. Ils l'ont même propagé au-delà de ses zones de croissance naturelle. Dans les périodes difficiles, pour remplacer le gros gibier qui manquait, les lapins et autres petits animaux étaient alors pris dans des pièges comme des collets et les poissons étaient capturés sous la glace dans des filets de babiche. Dans les cas extrêmes, les habitants des régions subarctiques étaient obligés de manger des écorces d'arbre et même des morceaux de cuir usagé provenant de vêtements ou de tentes.
Parce que l'environnement subarctique ne pouvait nourrir convenablement de grandes communautés, les Algonquins et les Athapascans passaient la majeure partie de l'année en petits groupes isolés. Ils vivaient à une ou deux familles sous le wigwam[21] fait d'écorce de bouleau ou de peaux de caribou. Lors de la chasse au caribou ou pour la période de fraie des salmonidés au printemps ou à l'automne, ces familles se regroupaient en des groupes plus importants constitués de quelques centaines de personnes. Il n'y avait pas de chefs à proprement parler. C'était les chasseurs plus expérimentés qui géraient les affaires du groupe. Dans les régions plus à l'ouest où il y avait de grands enclos pour capturer le caribou ou d'importants barrages à poissons, il semble que les communautés se sédentarisaient plus longuement durant l'été et que ces sociétés étaient plus clairement hiérarchisées. Tout était utilisé dans le caribou et l'élan. Les os et les bois devenaient des outils, l'estomac, une écuelle et la cervelle, une sorte de tanin. Les peaux servaient à la confection des vêtements, des chaussures et des habitations. En hiver, le toboggan[22], tiré par les hommes ou les chiens servait principalement à transporter les lourdes charges. Mais la raquette[23] demeurait le principal moyen de locomotion pour se déplacer dans ces régions enneigées. Quant à elle, l'écorce de bouleau servait à faire des paniers, des boîtes, des outils, des porte-bébés, des embarcations légères et des huttes de toutes grandeurs. Le bois de cet arbre était utilisé dans la fabrication des raquettes, des traîneaux, des structures pour les canots et des cadres de tambour. Enfin, la sève donnait à tous les printemps, un délicieux sirop sucré semblable à celui de l'érable.
Sur ce vaste territoire, nous retrouvons que trois familles linguistiques soit les Béothuks[24] à Terre-Neuve, les peuples de la famille algonquienne[25] qui s'étendent de la côte du Labrador jusqu'au nord-est de l'Alberta[26] et ceux de la famille athapascane qui occupent le nord des plaines et des rocheuses canadiennes ainsi que les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon.

Les peuples des régions subarctiques

La famille linguistique algonquienne: Innu (Montagnais) | Atikamekw | Cri | Naskapi | Anishinaabe (Ojibwé)
La famille linguistique athapascane: Déné (Esclaves, Sahtu, Tli Cho et Chipewyan) | Gwich'in | Tutchone du Sud | Tutchone du Nord | Tagish | Upper Tanana | Hän | Gwitchin (Vuntut) | Kaska (Nahanne) | Tsilhoqot'in (Chilcotin) | Sekani | Dakelh (Carrier) |Dunne-Za (Beaver) | Tahltan | Wet'suwet'en
La famille linguistique tlingitte: Tlingit

[modifier] Les peuples des forêts du Nord-Est

Les Mic-macs Le Monde illustré, no 53
Les Mic-macs
Le Monde illustré, no 53

Ce territoire s'étend de la côte atlantique jusqu'à la vallée du Mississipi. Il comprend entre autre au Canada, la région du bassin des Grands Lacs, la vallée du Saint-Laurent et les Provinces Maritimes. Elle est couverte dans sa partie canadienne particulièrement, de forêts mixtes composées d'érables, de bouleaux et de hêtres. Le climat est de type continental humide avec des étés chauds à modérés et des hivers enneigés, surtout dans sa partie nordique. Ces habitats abritaient une faune très riche: cerfs, wapitis, ours noirs, ratons laveurs, castors; animaux essentiels pour leurs viandes, leurs fourrures et leurs peaux. La végétation était tout aussi variée. Les habitants y tiraient nourriture, médicaments, matériaux de construction, fibres textiles, colorants et substances tannantes.
En plus de la diversité et des quantités suffisantes de gibiers dans cette Amérique du Nord-Est, le climat permettait au maïs, aux haricots et aux courges[27]de pousser dans presque toutes les régions. Certaines bandes iroquoiennes faisaient pousser jusqu'à 80% de leurs besoins alimentaires. De plus, les ressources aquatiques de la côte Atlantique et des Grands Lacs ont permis à plusieurs de ces peuples de se sédentariser. La cueillette du riz sauvage a aussi permis l'accumulation de réserves alimentaires suffisantes pour que de grandes communautés puissent se former de façon permanente. Pourtant, certains peuples comme les Micmacs n'ont jamais pratiqué l'agriculture. Même dans les villages à haut rendement agricole, les habitants n'ont pas abandonné totalement leurs activités de chasse. Chez certaines bandes, le cerf de Virginie représentait 90% de l'alimentation animale. Dans la partie nord de la région, élan, ours noir, lièvre, rat musqué, perdrix, canard et dindon sauvage complétaient la diète carnée. Sur la côte atlantique nord, la chasse aux mammifères marins[28]constituait l'activité de chasse principale des hommes. Au printemps et en été, les femmes et les enfants ramassaient des tubercules, des noix variées et des plantes comestibles. Les bleuets, framboises et raisins sauvages étaient séchés pour être consommés plus tard.
Les longues-maisons, mesurant 60 mètres dans certains cas, étaient le type d'habitations privilégié par les peuples de la famille iroquoienne. L'autre modèle de huttes que l'on retrouvait dans les forêts du Nord-Est était le wigwam en forme de dôme. Les villages qui abritaient jusqu'à 1 500 habitants, parfois plus, étaient palissadés. La pratique de l'agriculture avait sûrement facilité une certaine sédentarité saisonnière, et cela, dès 800 ap. J.C. Mais, l'épuisement des sols ou des ressources[29] forçait le déplacement complet de ces villages[30]. À partir du XVIe siècle, les groupes d'Iroquoiens se sont organisés en confédération. Elle regroupait les Hurons de la baie Georgienne, les Neutres de la péninsule de l'Ontario et de l'état de New York ainsi que les Cinq-Nations[31]. Ce conseil confédéral était présidé par 50 chefs, représentant chacun une tribu participante. Il avait comme mandat de maintenir la paix et de coordonner les affaires extérieures. Par contre, l'autonomie des bandes demeurait importante. Ces dernières étaient divisées en phratries ou en clans. Les femmes[32] avaient une influence considérable sur les clans familiaux et avaient le pouvoir de destituer quiconque faisant preuve d'un rendement insuffisant. En temps de guerre, tous les Iroquoiens pratiquaient la torture et le cannibalisme qui semblent être venus du sud relativement tard[33].
Au début du XVII ième siècle, les Hurons cultivaient 2 800 hectares de terres. Ils commerçaient avec les tribus du nord des produits agricoles comme le maïs, les haricots, les courges et le tabac en échange de produits de la chasse comme la viande, les peaux et les fourrures. Grâce à leur situation géographique privilégiée, les Hurons contrôlaient les routes commerciales régionales dans un axe nord-sud. Pourtant, cette position envieuse va disparaître avec l'arrivée du commerce des produits européens et l'établissement d'un nouvel axe commercial est-ouest avec le développement de la traite des fourrures.
Sur ce territoire, nous retrouvons deux familles linguistiques: les Algonquiens dans les provinces maritimes, le Québec et l'Ontario ainsi que les Iroquoiens le long du fleuve Saint-Laurent et autour des Grands Lacs.

Les peuples des forêts du Nord-Est

La famille linguistique algonquienne: Mi'kmaq (Mic