L'Internationale

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L'Internationale

Hymne national de Flag of Russian SFSR.svg RSFS de Russie
Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Paroles Eugène Pottier
1871
Musique Pierre Degeyter
1888
Adopté en 1918 en Flag of Russian SFSR.svg RSFS de Russie
1922 en Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Utilisé jusqu'en 1944 en Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
1944 en Flag of Russian SFSR.svg RSFS de Russie
Remplacé par Hymne de l'Union soviétique en Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Chanson patriotique en Flag of Russian SFSR.svg RSFS de Russie

L'Internationale est un chant révolutionnaire dont les paroles furent écrites en 1871 par Eugène Pottier et la musique composée par Pierre Degeyter en 1888[1].

Traduite dans de très nombreuses langues, L'Internationale est le chant symbole des luttes sociales à travers le monde. La version russe d'Arkady Yakovlevich Kots a servi d'hymne national de l'URSS jusqu'en 1944.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le poème[modifier | modifier le code]

À l'origine, il s'agit d'un poème à la gloire de l'Internationale ouvrière, écrit par le chansonnier, poète et goguettier Eugène Pottier en juin 1871, en pleine répression de la Commune de Paris.

Suivant la tradition goguettière, L'Internationale de Pottier est à l'origine une chanson nouvelle à chanter sur un air connu, ici celui de La Marseillaise, utilisé pour quantité de chants revendicatifs et révolutionnaires. L'Internationale est dédiée à l'instituteur anarchiste Gustave Lefrançais[2].

L'histoire de ce poème et de son auteur est liée à celle des goguettes. En 1883, Eugène Pottier présente une chanson au concours de la goguette de la Lice chansonnière et remporte la médaille d'argent. Il retrouve à cette occasion le chansonnier Gustave Nadaud qu'il a croisé en 1848 et à qui il avait alors fait une forte impression[3]. Grâce à ces retrouvailles, une cinquantaine de chansons de Pottier sont publiées pour la première fois en 1884 et sauvées de l'oubli par Nadaud qui admire beaucoup son talent poétique tout en étant très loin de partager ses opinions politiques.

L'initiative de Nadaud incite les amis politiques de Pottier à publier en 1887 ses Chants révolutionnaires avec une préface de Henri Rochefort[4]. Au nombre de ceux-ci figure L'Internationale. Sans la Lice chansonnière et Nadaud, ce chant révolutionnaire célèbre et les autres œuvres de Pottier seraient aujourd'hui oubliées.

La musique[modifier | modifier le code]

En 1888, un an après la première édition imprimée des paroles, la chorale lilloise du Parti ouvrier français demande à un de ses membres, Pierre Degeyter, de composer une musique originale pour L'Internationale. Le 23 juillet 1888, pour la première fois, la chorale de la Lyre des Travailleurs, réunie dans l'estaminet À la Vignette à Lille, interprète le chant de l'Internationale sur l'air nouveau de Degeyter. Sa partition est publiée en 1889[2].

Les quatre premières mesures (thème et harmonies) sont sans doute extraites, vu leurs absolues similitudes, du final de l'opérette Les Bavards d'Offenbach. Celle-ci avait été créée avec un très grand succès populaire au théâtre des Bouffes Parisiens en 1863.

Le succès[modifier | modifier le code]

À partir de 1904, L'Internationale, après avoir été utilisée pour le congrès d'Amsterdam de la IIe Internationale, devient l'hymne des travailleurs révolutionnaires qui veulent que le monde « change de base », le chant traditionnel le plus célèbre du mouvement ouvrier.

L'Internationale a été traduite dans de nombreuses langues. Traditionnellement, ceux qui la chantent lèvent le bras en fermant le poing. Elle est chantée par les socialistes (au sens premier du terme), les anarchistes, les communistes mais aussi les membres des partis dits socialistes ou sociaux-démocrates et bien sûr par les syndicats de gauche, ainsi que dans des manifestations populaires. Ce fut même l'hymne de ralliement de la révolte des étudiants et des travailleurs sur la place Tian'anmen en 1989.

L'Internationale fut l'hymne national de l'URSS (dans une version la plupart du temps expurgée du cinquième couplet) jusqu'en 1944. Elle est toujours l'hymne de la majorité des organisations socialistes, anarchistes, marxistes ou communistes.

Dans de nombreux pays d'Europe, ce chant a été illégal durant des années du fait de son image communiste et anarchiste et des idées révolutionnaires dont elle faisait l'apologie. Plus tard, certains groupes anarchistes ont utilisé plus volontiers l'adaptation intitulée L'Internationale noire.

Références[modifier | modifier le code]

Dans le roman de George Orwell La Ferme des animaux, relatant allégoriquement l'histoire de la révolution russe sous couvert de narrer une révolution d'animaux, L'Internationale est parodiée sous le nom de Beasts of England et la déchéance des principes originaux de la révolution ouvrière et représentée par la falsification progressive des textes révolutionnaires par la nouvelle élite.

Interprètes[modifier | modifier le code]

L'Internationale a été interprétée, entre autres, par :

Filmographie[modifier | modifier le code]

L'Internationale apparaît dans plusieurs films, entre autres :

Droits d'auteur[modifier | modifier le code]

  • Le poème d'Eugène Pottier (mort en 1887) est entré dans le domaine public, a priori dans le monde entier.
  • Aux États-Unis[11], dans l'Union européenne[12] et dans la plupart des pays, le dernier auteur étant décédé depuis plus de 70 années plus les années de guerre requises par la jurisprudence, la musique de L'Internationale est dans le domaine public depuis 2008 (composée par Pierre Degeyter, décédé en 1932).

Paroles[modifier | modifier le code]

Première version connue[modifier | modifier le code]

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Une version manuscrite du poème existe, plus ancienne que la version finale imprimée en 1887. Elle a été publiée en 1990 par Robert Brécy[13] :

L'INTERNATIONALE

Couplet 1 :
Debout! l'âme du prolétaire
Travailleurs, groupons-nous enfin.
Debout! les damnés de la terre!
Debout! les forçats de la faim!
Pour vaincre la misère et l'ombre
Foule esclave, debout ! debout!
C'est nous le droit, c'est nous le nombre:
Nous qui n'étions rien, soyons tout:

Refrain :
C’est la lutte finale
Groupons-nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain :

Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes:
Ni Dieu, ni César, ni Tribun.
Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes;
Travaillons au salut commun.
Pour que les voleurs rendent gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Allumons notre grande forge!
Battons le fer quand il est chaud!

Refrain

Couplet 3 :
Les Rois nous saoulaient de fumées
Paix entre nous! guerre aux Tyrans!
Appliquons la grève aux armées
Crosse en l’air ! et rompons les rangs!
Bandit, prince, exploiteur ou prêtre
Qui vit de l'homme est criminel;
Notre ennemi, c'est notre maître:
Voilà le mot d'ordre éternel.

Refrain

Couplet 4 :
L'engrenage encor va nous tordre:
Le capital est triomphant;
La mitrailleuse fait de l'ordre
En hachant la femme et l'enfant.
L'usure folle en ses colères
Sur nos cadavres calcinés
Soude à la grève des Salaires
La grève des assassinés.

Refrain

Couplet 5 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs.
La terre n’appartient qu’aux hommes.
L'oisif ira loger ailleurs.
C'est de nos chairs qu'ils se repaissent!
Si les corbeaux si les vautours
Un de ces matins disparaissent …
La Terre tournera toujours.

Refrain

Couplet 6 :
Qu'enfin le passé s'engloutisse!
Qu'un genre humain transfiguré
Sous le ciel clair de la Justice
Mûrisse avec l'épi doré!
Ne crains plus les nids de chenilles
Qui gâtaient l'arbre et ses produits
Travail, étends sur nos familles
Tes rameaux tout rouges de fruits!

Refrain

Version finale[modifier | modifier le code]

L'INTERNATIONALE

Couplet 1 :
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain : (2 fois sur deux airs différents)
C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.

Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

Refrain

Couplet 3 :
L’État comprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »

Refrain

Couplet 4 :
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail,
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande,
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.

Refrain

Couplet 5 :
Les Rois nous saoûlaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Refrain

Couplet 6 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L'oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

Refrain

Une chanson anti-communarde homonyme[modifier | modifier le code]

La même année 1871, indépendamment de Pottier qui rédige sa première version de L'Internationale, le chansonnier, poète et goguettier Clairville écrit une chanson anti-communarde qui porte le même nom : L'Internationale. Il y exprime son hostilité envers l'Association internationale des travailleurs.

On y trouve notamment ce couplet :

Dans tous les bagnes acclamée,
Pour tenter son premier essai,
Elle a recruté son armée
A Cayenne, à Botany-Bay.
Oui, parcourant du monde
Toutes les régions,
De chaque bouge immonde
Sortent ses légions[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Œuvres complètes d'Eugène Pottier, rassemblées, présentées et annotées par Pierre Brochon, Éditions Maspero, Paris 1966.
  • Hem Day, Histoire du chant de L'Internationale, Le combat syndicaliste, 1970[15].
  • Maurice Dommanget Eugène Pottier, membre de la Commune et chantre de l'Internationale, EDI Paris 1971.
  • L'Internationale, Marc Ferro, édition Noesis, Paris, 1996.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Florilège de la Chanson française de Jean-Claude Klein, Bordas.
  2. a et b « L'Internationale (chant) » sur le site Encyclomarx.ovh.org.
  3. Le récit de cette rencontre improbable est conté par Jean-François Gonon dans son Histoire de la chanson stéphanoise et forézienne depuis son origine jusqu'à notre époque., éditée par l'imprimerie coopérative « L'Union Typographique », Saint-Étienne, 1906, page XXVI.
  4. Robert Brécy, Florilège de la Chanson Révolutionnaire, De 1789 au Front Populaire, Éditions Ouvrières, Paris 1990, page 136.
  5. Album CD Autour de la Commune, 1994, Compilation, Florilège de la Chanson Populaire française, Disques Vogue.
  6. Album Chants de révolte - 1796-1935, 1978 - Réédition 2008 - EPM France - Distribution Socadisc - Prod. : ABR : R. Dubois.
  7. Arrangement pour guitares manouches, 45 tours Unidisc (Naïve) UD 11057 La Marseillaise - L'Internationale.
  8. Album Adelante
  9. « générique complet du film The Internationale de Peter Miller, produit par Willow Pond Films »
  10. « site officiel de Willow Pond Films »
  11. Car publiée avant 1923 et même avant 1909. Voir Loi américaine d'extension du terme des droits d'auteur et (en) Le copyright aux États-Unis.
  12. Voir Directive européenne sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et des droits voisins dans la société de l'information.
  13. Robert Brécy, Florilège de la Chanson Révolutionnaire, De 1789 au Front Populaire, Éditions Ouvrières, Paris, 1990, page 137.
  14. Le Caveau, 1871.
  15. WorldCat - notice

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]