Estaminet

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Estaminet flamand, par Lesser Ury

Un estaminet est un débit de boisson, synonyme de café, mais servant en général de la bière et proposant aussi du tabac. Ils se situent en Belgique, en Nord-Pas-de-Calais et en Picardie. Ils font partie du patrimoine culturel des Pays du Nord.

On trouve également jadis le terme utilisé ailleurs. Ainsi, parlant des cafés de Paris, Jules Lovy écrit en 1858[1] : « Le même monde qui s'épanouit aujourd'hui dans les brasseries se prélassait autrefois dans les estaminets et les cafés-caveaux. »

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'histoire du mot estaminet est plutôt riche et donne lieu a plusieurs hypothèses concernant son origine. En 1802, l'Académie française le définit en une formule lapidaire : « Assemblée de buveurs et de fumeurs », ayant établi le constat, a posteriori, que cette appellation nouvelle qu'on ne trouve qu'à partir du milieu du XVIIIe siècle désigne aussi le lieu où elle se tient. Il est précisé également que « Cet usage qui vient des Pays-Bas s'est propagé à Paris où l'on dit aussi Tabagie pour distinguer ces sortes d'assemblées ».

L'hypothèse la plus répandue, est que le mot serait d'origine Wallonne, et viendrait de « Staminé », qui signifie une salle à piliers ou encore du jeu Wallon, le stamon appelé jeu du poteau. De là quand on voulait se réunir pour boire de la bière, pour traiter des affaires entre les pots de bière on disait : « Allons au sta, Menheer » et, peu après, par corruption : « allons à l’estaminet ». Une origine flamande lui est également attribuée, provenant du mot stam, qui veut dire souche, in stam « être en famille », l'estaminet serait donc une réunion de famille. Puis, ils admirent au milieu d’eux des amis, des personnes étrangères. Or, d’après les anciennes chroniques, il arriva souvent que les hommes ainsi rassemblés vidaient plus de pots de cervoise qu’il ne fallait, au point que leur raison en était altérée. De là, le mécontentement des ménagères ; les maris ne voulurent plus subir les observations et prirent la résolution de se réunir dans un endroit où ils pussent être à l’abri de la surveillance conjugale. Et, comme ceux qui les recevaient gagnèrent de l’argent, d’autres les imitèrent et fondèrent des établissements semblables, sous la même dénomination. Le patron flamand invitait d'ailleurs les clients à entrer en leur lançant un « Sta Menheer » malicieux (« faîtes une halte, monsieur »). Finalement cette phrase, réclame bon marché de la maison, passa de bouche en bouche, et fut adoptée comme enseigne, tant parce qu’elle était devenue sacramentelle que par son laconisme significatif [2].

Une autre explication commune, wallonne et flamande, proviendrait du mot « étable », staulle en wallon, stalle en flamand.

On lui donne aussi une origine espagnole (la Belgique fut, un temps, espagnole par mariage et héritage) provenant de « Esta un minuto », un lieu où on passe rapidement boire un verre. Cette explication est considérée farfelue par de nombreux espagnols. Le mot n'existant pas en Espagne et est plutôt de nature folklorique en Belgique.[réf. nécessaire]

Les estaminets au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le mot Estaminet était très utilisé avant la première guerre mondiale, et désignait plutôt un débit de boisson, où l'on pouvait boire un verre et fumer. On y trouvait parfois, dans le même lieu, une épicerie ou un maréchal-ferrant[3], et il s'apparentait un peu à nos cafés multi-services d'aujourd'hui.

Lieu de détente par excellence des ouvriers, l'estaminet était aussi souvent le point de rendez-vous des sociétés locales, depuis les sociétés colombophiles jusqu'aux bourleux[4].

Il arrivait que les sociétés chantantes incluent dans leur nom celui de l'estaminet où elles se réunissaient. Ainsi, on peut relever à Flers : Les Amis-Réunis de l'estaminet du Pont du Breucq, à Lambersart : la Société des Rigolos Réunie à l'Estaminet de la Carnoy à Lambersart[5], à Lille : Les Amis-Réunis à l'Estaminet du Grand Quinquin, Les Amis-Réunis à l'Estaminet du Réveil-Matin, Les Bons Buveurs de l'Estaminet de l'Alliance, à Roubaix : Les Amis-Réunis à l'Estaminet du Bas Rouge à Pile[6], Les Amis-Réunis Estaminet Bauwens, Les Amis Réunis à l'Estaminet du Poète de Roubaix[7], Les Amis-Réunis à l'Estaminet tenu par Augustin Roger[8], et à Tourcoing : la Société des Amis Réunis, Estaminet du Lion-Blanc, à Tourcoing[9].

La renaissance des estaminets[modifier | modifier le code]

Drincham L’estaminet du Gallodrome Drincham
Estaminet Le Blauwershof (Le repaire des fraudeurs) à Godewaersvelde

Aujourd'hui, on donne le nom estaminet à des tavernes ou auberges typiques qui reprennent en décoration des ustensiles anciens, et des décorations typiques, rustiques et traditionnelles.

Sources[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Début de l'article Les cafés de Paris, Le Tintamarre, 18 avril 1858, p.5, 2e colonne. Voir l'original de ce début d'article reproduit sur la base Commons. Le Tintamarre est un hebdomadaire parisien qui paraît de 1843 à 1912. Les années 1843 à 1888, 1891, 1893 et 1899 sont consultables sur le site Gallica de la BNF.
  2. D’après « Le Home », paru en 1907
  3. Les estaminets Site de Leers historique]
  4. Collectif, dir JP Wytteman, Le Nord de la préhistoire à nos jours, Bordessoules, , p. 260
  5. Une chanson de la Société des Rigolos Réunie à l'Estaminet de la Carnoy à Lambersart
  6. Le Pile est un quartier de Roubaix.
  7. Manière d'engager ses amis à souper, une chanson chantée dans cette goguette.
  8. Mentionnée dans le catalogue de l'exposition Chantons... mais en patois ! tenue du 8 juin au 1er juillet 2010 à la Médiathèque de Roubaix.
  9. Une chanson de la Société des Amis Réunis, Estaminet du Lion-Blanc, à Tourcoing. et une autre chanson, de la même société.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En 1886, l'éditeur Ravet-Anceau a établi le premier inventaire des estaminets dans son Annuaire du Nord. Depuis 2005, les estaminets nordistes et belges sont répertoriés dans le Guide Ravet-Anceau des estaminets.

Liens externes[modifier | modifier le code]