Fezzan

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Fezzan

فزان (ar)

Fezzan
Les trois provinces traditionnelles de Libye.
Administration
Pays Drapeau de la Libye Libye
Statut politique Région historique de Libye
Coordonnées 26° 19′ 58″ nord, 13° 25′ 31″ est
Les trois provinces traditionnelles de Libye.

Le Fezzan (berbère : ⴼⴻⵣⵣⴰⵏ, arabe : فزان) est une région désertique du Sud-Ouest de la Libye, très riche en hydrocarbures. La capitale historique de cette province historique est la ville de Sebha.

Ce territoire a été administré par la France de 1943 à 1951 (voir Territoire du Fezzan).

Géographie[modifier | modifier le code]

L'oasis d'Al Fejeij, en novembre 2010.

Le Fezzan est notamment bordé à l'ouest par le Tadrart Acacus, zone désertique montagneuse.

Sebha, avec ses 200 000 habitants, est la capitale administrative de la région et le principal centre des trafics transfrontaliers[1].

Le reste de la population (environ 300 000) vit dans les oasis[1], dont les principales Al Fejeij, Gaberoun, Ghadduwah, Hagiara, Socna, Umm al Ahrar, Waw an Namus et Zawila.

Le Fezzan comporte deux portes d'entrée[1] en venant de la côte, qui deviendront stratégiques pendant la deuxième guerre civile libyenne et donc l'enjeu des rivalités entre milices :

Au sud se trouve la frontière la plus poreuse de la Libye, celle avec le Niger[1]. Sebha est reliée à Madama, au Niger, via la passe de Toummo.

Economie[modifier | modifier le code]

Le Fezzan produit environ un quart de la production pétrolière libyenne, soit environ 400 000 barils par jour[1]. On y trouve aussi du gaz naturel et des mines d'or artisanales[1].

Le Fezzan dispose d'importantes nappes phréatiques fossiles qui fournit de l'eau aux villes côtières et à différents projets agricoles grâce à la « Grande rivière artificielle »[2].

Ainsi, la région, comme le Sud de la Libye en général, est stratégique dans la mesure où son contrôle détermine « si les lampes s'allument à Tripoli et Benghazi, si l'eau coule des robinets et si les salaires sont payés »[2].

Enfin, le contrôle du Fezzan détermine le contrôle des routes des trafics, que ce soient de biens courants, de drogue, d'armes ou d'êtres humains[2].

Population[modifier | modifier le code]

Environ 500 000 personnes vivent dans le Fezzan (10 % de la population libyenne)[1], répartis en trois ethnies principales : Arabes, Toubous et Touaregs.

On trouve en outre les Fezzana (ahali), une communauté locale entièrement arabisée[1].

Arabes[modifier | modifier le code]

Les Arabes sont divisés en quatre grandes tribus : les Ouled Souleymane, les Qadhadhfa (tribu dont était originaire Mouammar Kadhafi), les Warfallah, majoritaires dans le pays et les Meghara.

Les Hodairi sont une petite tribu mais très influente religieusement et se prévalant d'une ascendance chérifienne[1].

Touaregs[modifier | modifier le code]

En Libye, les Touaregs vivent dans le Fezzan et font partie de la confédération des Kel Ajjer également implantée dans l'est de l'Algérie[2].

Climat[modifier | modifier le code]

Le Fezzan est une contrée extrêmement aride faisant partie du Sahara central, où le climat est hyper-désertique. Les principales caractéristiques du climat fezzanais sont la sécheresse, la chaleur, les grandes variations de températures, la grande durée de l'ensoleillement et la forte évaporation.

Les températures moyennes annuelles sont très élevées, avec des valeurs de 25° à 28° et la chaleur estivale est excessive[3] : les températures du Fezzan ne sont pas les plus hautes du Sahara mais atteignent parfois 50° et même 55° à l'ombre[3], en plein air et en plein été à la faveur d'un vent chaud et très sec qui souffle de l'intérieur du désert connu sous le nom de ghibli. Le thermomètre dépasse 40° pendant plusieurs semaines[4] mais en hiver, la gelée n'est pas inconnue à la suite du fort rayonnement nocturne sur un terrain sec, sous un ciel le plus souvent clair et la température peut descendre jusqu'à - 3° voire - 4° juste avant le lever du soleil[4].

En plus d'un climat thermique aux grands écarts de température entre le jour et la nuit et entre été et hiver, les pluies sont d'une extrême rareté et d'une extrême faiblesse dans cette région saharienne : à Mourzouk, la moyenne annuelle pluviométrique s'établit à 6,6 mm[5] et dans les oasis du Fezzan méridional, elle descend encore plus bas jusqu'à frôler la nullité. Aussi, la variabilité et l'irrégularité inter-annuelle des précipitations sont très fortes, parfois plusieurs années voire des décennies peuvent passer sans la moindre trace mesurable de pluie mais en contrepartie, il peut tombe l'équivalent de dix années de pluie en seulement quelques heures. De même que les précipitations, le couvert nuageux est épars dans cette contrée désertique : les systèmes nuageux que connaît le Fezzan ne sont guère que des cirrus et des altostratus[6] mais le plus souvent, le ciel est sans nuages surtout en juillet et en août où la nébulosité moyenne est presque totalement nulle mais en hiver et au printemps, elle est moins faible.

Avec un climat chaud et sec à l'extrême, l'évaporation potentielle moyenne est partout très élevée : entre 4 et 5 m d'eau voire plus seraient potentiellement évaporés par année.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette province a connu brièvement l'autonomie avant d'être rattachée à la Régence d'Alger en 1520. Elle en est partie intégrante jusqu'en 1830, puis passe sous le contrôle de la Régence de Tripoli après la chute d'Alger aux mains des Français.

En 1911, durant la guerre qui l'oppose à l'empire ottoman, l'Italie s'empare du Fezzan, en même temps que de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque ; dès lors, cette région suit le destin politique de la Libye. Les forces de Leclerc y effectuent un raid en 1942 puis le conquièrent en 1943.

Après la Seconde Guerre mondiale, qui a marqué la fin de la colonisation italienne, l'administration de cette région est confiée à l'administration de l'Algérie française sous le nom de territoire du Fezzan par l'ONU jusqu'à l'indépendance de la Libye en 1951.

Première guerre civile libyenne (2011)[modifier | modifier le code]

La région resta sous le contrôle du régime de Khadafi relativement tard et connut peu de combats[1]. Toutefois, la prolifération des armes et la concurrence entre groupes pour le contrôle des routes des trafics a fini par faire éclater des conflits.

Après 2011[modifier | modifier le code]

Depuis la chute de Kadhafi, cinq grands conflits communautaires ont éclaté dans le Fezzan et ont causé des centaines de morts, suscités par trois rivalités[1] :

  • entre les Toubous et les Oulad Souleymane : 2012 puis 2014
  • entre les Qadhadhfa et les Oulad Souleymane : 2014 puis 2016 à Sebha
  • entre les Toubous et les Touaregs : 2014-2015 à Oubari et Sebha

Au mois de mars 2018, puis de nouveau mois d'octobre, l’aviation de l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar a bombardé les positions d’un groupe rebelle tchadien évoluant dans le Fezzan[7].

Au printemps 2017, la Troisième Force, sous la pression militaire de l'ANL, est contrainte de se retirer progressivement du Fezzan[7]. Dans la région, l'ANL peut notamment s'appuyer sur la brigade Khalid bin Walid, une force dirigée par un Toubou salafiste[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j et k (en) « How Libya’s Fezzan Became Europe’s New Border », International Crisis Group, no 179,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2019).
  2. a b c et d (en) ANDREW MCGREGOR, « The Strategic Topography of Southern Libya », Combating Terrorism Center, vol. 9, no 5,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2019).
  3. a et b Jean Despois, « Géographie humaine [du Fezzân] », Impr. Imbert,
  4. a et b « Mission scientifique du Fezzân, 1944-1945 », En dépôt à la libraire P. Lechevalier,
  5. « Climatologie globale à TRAGEN - Infoclimat », sur www.infoclimat.fr
  6. Jean Despois, « Géographie humaine [du Fezzân] », Impr. Imbert,
  7. a b et c Frédéric Bobin, « Des « mercenaires étrangers » en Libye, une stratégie à risque », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 23 janvier 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Gandini, Libye du Sud-Ouest, Le Fezzan, Extrem'Sud éditions, 1999, (ISBN 2-913-41200-9)
  • Bernard Vernier, Le Fezzan, Alger, Office français d'éditions, Publication du Centre des Hautes Études d'Administration Musulmane, 1944
  • Bernard Vernier, Le statut du Fezzan, Politique étrangère, 1947, Volume 12, No 2, p. 188-200.
  • Anne-Charles Froment de Champlagarde, Histoire abrégée de Tripoly de Barbarie 1794 et Suite de l'histoire de la Régence de Tripoly de Barbarie, règne d'Ali Caramanly 1793, Paris, Bouchène, 2001 (ISBN 2-912-94634-4)
  • P. Trousset, J. Despois, Y. Gauthier, Ch. Gauthier et E.B., Fezzân, Encyclopédie berbère, vol.18, Edisud, 1997, p. 2777-2817
  • Jean-Claude Zeltner, Tripoli, carrefour de l'Europe et des pays du Tchad 1500-1795, Paris, L'Harmattan, 1992 (ISBN 2738410464)