Fourrage

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Séchoir à fourrage, utilisé en Slovénie, vers 1680

Un fourrage est, dans les domaines de l'agriculture et de l'élevage, une plante ou un mélange de plantes utilisé pour l'alimentation des animaux.

Il s'agit en premier lieu des parties végétatives de la plante (feuilles, tiges, éventuellement racines), à l'exclusion des fruits et des graines et que l'on utilise soit à l'état frais, soit conservés, généralement par séchage. Certaines parties de plantes comme la racine de la betterave à sucre sert à d'abord produire du sucre, puis la pulpe résiduelle, éventuellement fermentée en ensilage peut être utilisée comme fourrage.

Le fourrage est utilisé pour bovins, caprins, ovins, équins, mais également pour porcins, camélidés, canards, oies, lapins, etc.

Étymologie et vocabulaire dérivé[modifier | modifier le code]

Le terme fourrage est dérivé du français feurre (aussi fouarre), « fourrage pour les animaux » en ancien français, puis « paille de céréales » et « paille longue utilisée pour empailler les sièges, couvrir les habitations rurales » de manière plus contemporaine, suivi du suffixe -age[1]. Ce mot est désuet. Il trouve son origine dans un terme vieux bas francique *fodar, même sens, apparenté au moyen néerlandais voder, au vieux haut allemand fôtar qui a donné l'allemand Futter et à l'anglais food.

On parle aussi de

  • surface fourragère, qui est en France pour l'administration agricole la somme des surfaces destinées à l’alimentation des animaux (en France : de janvier à fin juillet, à l'exclusion des parcours ; elle est maintenant déclarée au travers des seuls intitulés de cultures et tout manquement au système de déclaration de surfaces fourragère peut impliquer une pénalité (réduction des aides PAC de l’année). Il peut s'agir de prés et prairies (naturelles ou non, permanentes ou non), d'estives (tant qu'il s'agit d'une surface non-partagée), de cultures fourragères annuelles (ex betterave fourragère, luzerne…) ainsi parfois que de maïs et céréales autoconsommées dans le cadre d'un système de type polyculture-élevage (notamment dans le cas des indemnités compensatoires des handicaps naturels, dits « ICHN »)[2]. Sous d'autres latitudes ou dans le passé, la surface fourragère peut aussi être partagée et gérée de manière communautaire (ex : prés communaux en France)
  • système fourrager Cette notion est récente et évolutive[3] ; on lui a d'ailleurs donné plusieurs définitions ; elle désignait d'abord l' « ensemble organisé des moyens destinés à produire les fourrages d'une exploitation ou d'un ensemble d'exploitation », pour A. Pousset (1974, 1978)[4],[5], il s'agit d' « un descriptif des cultures fourragères pratiquées, permettant de classer les exploitations ou les régions agricoles » (notion proche de celle d'assolement fourrager ou pour d'autres, c'est - de manière plus précise - « un ensemble de techniques allant du choix des fourrages jusqu'au revenu de l'éleveur en passant par l'assolement fourrager, la conduite générale de l'élevage, ... les investissements et le travail à mettre en œuvre, sans négliger le niveau technique de l'éleveur, ses goûts et ses idées personnelles », puis la définition a encore évolué pour aussi désigner « un système d'information et de décision visant à équilibrer les ressources et les besoins en fourrages »[6], éventuellement (depuis les années 2000 à l'aide de logiciels de simulation[7] et/ou d'aide à la décision de choix de gestion et d’affectation/utilisation de parcelles en herbe[6],[8]. C'est en tous cas l'un des éléments caractérisant le « système d'exploitation » et sa mise en œuvre dans l'espace et dans le temps. Pour L'ITCF et l'EDE d'Ille-et-Vilaine en 1977, il se définit aussi par le choix des espèces, de leur agencement combiné, de leurs proportions et de leurs modes de culture (fertiliation[9], irrigation[10]...) et d'exploitation (fauche, ensilage...), de l'assolement à la récolte[11].
    Il peut être simple, mixte ou complexe. Une diversification des espèces, et un choix d'espèces complémentaires en termes de période de germination et de croissance (pour avoir du fourrage toute l'année), et en termes de nutrition (en associant graminées et légumineuses par exemple) et une certaine biodiversité sont des facteurs permettant de sécuriser le système et de le rendre écologiquement plus résilient face à divers aléas (ex : forte pluviométrie, grêles, gel, sécheresses, inondations, sécheresse ou canicule, etc.)[12]. « Les systèmes mixtes associant prairies, fourrages annuels, et cultures dérobées sont les plus robustes ». Dans tous les cas, il faut que les plantes fourragères soient bien adaptées au contexte édaphique et écopaysager local.
  • Région fourragère, une région où les systèmes herbagers sont dominants.

Liste des plantes fourragères[modifier | modifier le code]

Les fourrages sont principalement constitués de plantes prairiales herbacées, essentiellement des graminées et secondairement des légumineuses, mais de nombreuses autres espèces de plantes sont cultivées pour l'alimentation des animaux domestiques herbivores et entrent dans la catégorie des plantes fourragères.


Plantes sarclées[modifier | modifier le code]

Plantes de prairies[modifier | modifier le code]

Poacées[modifier | modifier le code]

Fabacées[modifier | modifier le code]

Arbres fourragers[modifier | modifier le code]

Certaines espèces d'arbre peuvent être utilisées comme fourrage grâce à leur feuillage ou à leurs fruits. En climat tempéré, on peut citer le feuillage et les jeunes rameaux du frêne, de l'orme, du mûrier, du robinier, du peuplier ou de l'érable sycomore. Stocké pour l'hiver, le feuillage sec de frêne, de mûrier ou d'orme est souvent l'égal de la luzerne ou du sainfoin[13].

D'autres arbres sont utilisés à la fois comme arbre fourrager et en agroforesterie. On peut citer l'albizzia, le paulownia ou l'argousier[14] sous climat tempéré ou Faidherbia et Acacia en régions arides.

On peut également utiliser les fruits du chêne, du châtaignier ou du févier d'Amérique.

Utilisation des fourrages[modifier | modifier le code]

Transport hippomobile de fourrage en Roumanie

Les fourrages donnés aux ruminants sont principalement cultivés sous formes de prairies, permanentes ou temporaires. La consommation du fourrage se fait alors directement par pâturage pendant la saison de pousse de l'herbe, pour les animaux de pacage. Les prairies peuvent aussi être fauchées et distribuées en frais, sous forme d'ensilage, ou en sec, aux animaux élevés dans des enclos.

Les différents fourrages et plantes fourragères sont distribués aux animaux seuls ou mélangés. Selon leur composition, il est généralement nécessaire d'ajouter à la ration d'autres produits tels que des concentrés afin de fournir une alimentation équilibrée.

L'ingestibilité d'un fourrage est d'autant plus faible que celui-ci est fibreux, c'est-à-dire riche en cellulose. La paille, sous-produit des cultures de céréales, peut ainsi être utilisée comme fourrage, notamment pour l'alimentation des bovins en période de sécheresse qui réduit les disponibilités en fourrage. Cependant ce produit peu nutritif et peu appétant doit être complémenté en urée (matière azotée) et en mélasse (pour améliorer l'appétence et la digestibilité).

Méthode de conservation[modifier | modifier le code]

Balles de foins ( séchage naturel )

Pour faire face aux besoins des animaux en toutes saisons, il est nécessaire de conserver le fourrage. Plusieurs méthodes sont utilisées :

  • le séchage naturel qui permet de produire le foin ;
  • le séchage en grange par ventilation du foin récolté, méthode permettant d'améliorer le séchage naturel ;
  • la déshydratation qui conduit au fourrage déshydraté, conditionné en bouchons ou granulés ;
  • l'ensilage, mode de conservation par voie humide, basé sur une fermentation acide plus ou moins contrôlée en stockant la matière humide densément serrée, dans des silos.
  • le stockage en tas pour des plantes qui respirent, telles que les betteraves fourragères.
  • l'enrubannage qui utilise le même principe de conservation que l'ensilage mais à l'échelle d'une balle de foin que l'on a préalablement mise en anaérobiose en l'entourant d'un film plastique spécifique.

Mode de distribution[modifier | modifier le code]

Des matériels de distribution des fourrages conviennent aux particularités des différentes exploitations d'élevage. Le choix du mode de distribution varie en fonction du type de production des exploitations ainsi que du milieu dans lequel elles sont, en plaine ou en montagne.

Ces différent mode de distribution des fourrages sont:

  • Le godet désileur :

Le godet désileur est de petite capacité. Il est généralement porté par un tracteur à bras télescopique. Il peut être fixé sur l´attelage avant ou arrière du tracteur ou sur le chargeur frontal. La capacité du godet est limitée, en raison de son poids, à 1,5 - 2 m3. Ce matériel est mal adapté à la réalisation de rations complexes. Pour limiter le temps passé à faire ce type de ration la zone de stockage doit se trouver à proximité de l'auge des animaux.

  • La désileuse pailleuse:

La désileuse pailleuse est surtout utilisée pour sa polyvalence. Celle-ci peut permettre en effet de créer une ration mais aussi d'épandre de la paille. Certains modèles conviennent également pour distribuer de l´enrubannage et rendent ainsi possible la réalisation de rations complètes. L´ajout d´une trémie à concentrés permet d'enrichir la ration et favorise la régularité de la distribution. La désileuse pailleuse est un équipement maniable et peu encombrant. Dans tous les cas, un seul tracteur d´une puissance moyenne est suffisant.

  • La remorque distributrice :

Cette machine demande peu de puissance. Un tracteur de 60 chevaux est suffisant pour une remorque de 10 m3. Toutefois, son chargement nécessite un second tracteur ou le dételage de celui-ci à plusieurs reprises. Comme pour les mélangeuses, la remorque distributrice convient aux exploitations ayant résolu le problème du paillage.

  • La mélangeuse :

Différents matériel permettent de réaliser des mélanges avec de nombreux fourrages.

On distingue trois principaux modèles :

  • La mélangeuse à pales

Le mélange réalisé est apprécié car il est aéré, homogène, et sa fibrosité est correcte.

  • La mélangeuse à une ou deux vis horizontales

Ce matériel procure un mélange moins comprimé par comparaison aux modèles à 3, voire 4 vis horizontales.

Le fourrage et plus particulièrement le maïs, nécessite un chargement et un mélange complet. Lors du chargement, les éléments fragiles de la ration tels que le maïs doivent être chargés en dernier. Les vis permettant l´incorporation de balles entières requièrent un tracteur peu puissant.

  • La mélangeuse à une vis verticale

Ce matériel donne la possibilité d´incorporer des fibres en quantité et de réaliser des rations aérées. La vis verticale permet le chargement sur trois côtés de de balles entières. La forme du bol est importante pour que le mélange se fasse correctement[15].

  • Robot d'alimentation :

Le robot d'alimentation est tout d'abord une faciliter de travail au éleveur car cela leur permet de gagner du temps lors de la réalisation de la ration. Ensuite cela permet de limiter un maximum les refus car la ration est distribuer plusieurs fois par jours en fonction de la quantité de ration qu'il reste dans l'auge. De plus celui-ci permet une meilleur suivi de l'élevage par l'éleveur car il a accès à des informations faciles à comprendre, les éleveurs laitiers et de bovins viande peuvent mieux gérer l’alimentation de leur troupeau. Des informations en temps réel aident l'éleveur à prendre des décisions sur l'alimentation des animaux pour améliorer l'efficacité alimentaire. La réduction des refus a un effet positif sur la marge alimentaire et offrant à l'éleveur davantage de rentabilité[16].

  • Désileuse mélangeuse automotrice : Les désileuses mélangeuses automotrices se sont beaucoup développé ces dernières années dans le monde grâce aux Cuma de désilage. Aujourd’hui, le marché des automotrices est en plein développement et se partage beaucoup entre les grandes exploitations et les Cuma. Pour celle-ci, les automotrices permettent aux petites et moyennes exploitations d’accéder à des technologies et des modes d’alimentation comme les rations complète qu’il serait difficile de faire avec une mélangeuse traînée. La désileuse, mélangeuse automotrice est un confort de travail supplémentaire pour les éleveur car cela leur permet d'avoir un seul matériel pour faire la ration au lieux de deux matériel pour les autres méthodes de distribution. De plus cela permet d'être beaucoup plus précis dans les quantité de fourrager ingérer dans la ration tandis que dans les mélangeuse normale il faut charger aux tracteur et le mélange n'est pas toujours précis. D’un point de vue technique, la fraise et le convoyeur constituent un équipement important sur l’automotrice. Ils assurent l’autonomie de la machine et est combinés au système de pesée. Il permettent de constituer une ration avec des quantités précises. Difficile en effet de charger 200 kg de foin avec exactitude en un minimum de temps avec un chargeur frontal ou télescopique, même équipé d’un capteur de pesée[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site du cnrtl : étymologie de feurre
  2. PAC : Surfaces fourragères - 2014, par la chambre d'Agriculture de Normandie (2014)
  3. Planquaert P & Mathieu J (1977) « Évolution probable des systèmes fourragers en France », Fourrages n? 72,239-246.
  4. Pousset A (1974) « Physionomie actuelle de la production fourragère et de sa fertilisation », Fourrages 57,3-42
  5. Pousset A (1978) : « Évolution récente des productions fourragères en France et de leur intensification », Fourrages 73, 3-30.
  6. a et b Moreau JC, Delaby L, Duru M, Guérin G (2009) Démarches et outils de conseil autour du système fourrager : évolutions et concepts ; Fourrages 200, 565-586
  7. CROS M.J., DURU M., GARCIA F., GRASSET M., LEGALLA., MARTIN-CLOUAIRE R., PEyRE D., DELABy L., FIORELLI J.L., PEyRAUD J.L. (2000) : “ Évaluation d’un simulateur de stratégies de pâturage de vaches laitières”, rencontres rech. ruminants, 333-336.
  8. Delaby L, Peyraud JL., Faverdin P (2001) : “Pâtur’IN : le pâturage des vaches laitières assisté par ordinateur”, Fourrages, 167, 385-398
  9. Salette J, Bonischot R, CapIllon A, Cossée B, Demarquilly C, Jourdan O, Pousset A & Saget J (1990) “remarques et réflexions sur les attitudes et comportements des éleveurs en matière de fertilisation”, Fourrages, 122, 113-118.
  10. Jarrige R (1988) « Dépenses, besoins et capacité d'irrigation » ; Alimentation des bovins, ovins et caprins, INRA, 17-28.
  11. ITCF EDE d'Ille-et-Vilaine (1977) Bilan de trois années d'observation d'un système fourrager destiné à l'alimentation des vaches laitières, Rennes, E.D.E. d'Ille-et- Vilaine.
  12. Produire des fourrages toute l'année pour faire face aux aléas climatiques, Polyculture-élevage, Arvalis, 2012-11-08, consulté 2014-07-08
  13. "Les haies rurales: rôles, création, entretien" par Fabien Liagre - Édition France agricole 2006
  14. Quelques idées sur les pratiques agroécologiques.
  15. « Un vaste choix de concepts d´affouragement », sur Réussir Bovins Viande (consulté le 25 avril 2016)
  16. « Alimentation | Lely », sur www.lely.com (consulté le 25 avril 2016)
  17. « Autonomie et débit de chantier grâce aux automotrices », sur Réussir Lait (consulté le 25 avril 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • DURU M., GIBON A & OSTy P.L. (1986) : pour une approche renouvelée du système fourrager, communication colloque DMDR, Paris, 13 p.
  • DURU M., FIORELLI J.L & OSTy P.L. (1988) : “Propositions pour le choix et la maîtrise du système fourrager, Notion de trésorerie fourragère”, Fourrages, 113, 37-56.
  • DURU M. (2000) : “Le volume d’herbe disponible par vache : un indicateur synthétique pour évaluer et conduire un pâturage tournant”, Inra prod. anim., 13, 5, 325-336
  • GREENE R.A & OLIVER D.P. (1983) : adas grassland management calendar, ADAS.
  • Guérin G& Rouquette JL (1990) : appui technique ovin, systèmes d’alimentation / 1. utilisation et gestion des surfaces fourragères et pastorales, PublITOVIC, 40 p.
  • Guérin G., Léger F & Pflimlin A. (1994) : stratégie d’alimentation. méthodologie d’analyse et de diagnostic de l’utilisation et de la gestion des surfaces fourragères et pastorales, Institut de l’Elevage, collection Lignes, 36 p.
  • Institut de l’Élevage (1999) : mallette référentiel pastoral parcellaire (document de présentation et d’utilisation, fiches d’itinéraires parcellaires), 405 p.
  • Institut de l’Elevage (1999) : renouvellement des références fourragères régionalisées, bilan de l’action 1997, compte rendu n° 9993301, Institut de l’Élevage, Unité de Programme “systèmes fourragers”, 80 p.
  • Lebrun V (1982) Comment gérer le pâturage, ITEB, Paris, 46 p.